Science et statistiques ne font pas bon ménage

Il est maintenant admis que les méta-analyses, ces analyses d’analyses qui sont sensées détecter la vérité parce que le nombre de cas agrégés est tel qu’il apporte une crédibilité inattaquable aux résultats obtenus avec des logiciels qui font dire tout et n’importe quoi aux grands nombres, ces méta-analyses, donc, conduisent à des résultats et des recommandations inattaquables puisque la loi des grands nombres en est la garantie de véracité. Si une analyse ne donne pas les résultats attendus, qu’à cela ne tienne, on modifie les critères de classement et en quelques secondes d’utilisation de la CPU de n’importe quel ordinateur portable tout rentre dans l’ordre attendu. C’est la science moderne assistée par ordinateur, une science dévoyée surtout quand il s’agit justement de grands nombres manipulés sans la moindre règle d’éthique initiale. C’est exactement ce qui ressort d’une récente étude réalisée pendant 15 ans sur 74000 femmes d’Europe en cours de grossesse et vivant dans un environnement urbain normal. Normal veut dire vivre non pas à dix mètres d’une autoroute ou d’une usine d’incinération de déchets ménagers ou industriels, non, vivre seulement dans une ville anonyme, européenne, avec ses voitures, ses camions de livraison, ses autobus, la normalité, le fondement de la crédibilité de l’analyse. Sur la base des données il ressort que « les femmes enceintes exposées à la pollution atmosphérique urbaine « peuvent » être exposées à un plus grand risque de mettre au monde un enfant pesant moins de 5,5 livres (2,5 kg) ». Notons le « peuvent », ce qui n’est pas une affirmation mais une indication qui ressort donc de l’analyse portant tout de même sur 74000 femmes. Il est dit dans cette étude que si la pollution urbaine (par les microparticules) ne dépassait pas les recommandations de l’OMS qui sont de moins de 10 microgrammes de microparticules par mètre cube, 22 % des naissances avec déficit pondéral seraient évitées. C’est clair, c’est net, c’est dit, mais 22 % de quoi ? Pour apporter quelques précisions l’auteur en charge de cette étude, le Docteur Marie Pedersen du Centre de Recherche en Epidémiologie Environnementale de Barcelone précise que ces 22 % de différence « correspondraient » aux cas qui seraient évités si les femmes enceintes européennes cessaient de fumer durant la grossesse. Je n’invente rien, je l’ai lu dans un article de Reuters Health (New-York, premier novembre 2013), ce qui pourrait vouloir dire que 22 % des femmes enceintes en Europe fument pendant leur grossesse. En corrélant les données disponibles ainsi que les statistiques relatives aux pollutions urbaines, au moins celles disponibles, l’étude a permis de mettre en avant un autre résultat statistique tout à fait probant dont on appréciera la saveur : toute augmentation de 5 microgrammes de microparticules par mètre cube d’air entraine un accroissement  de 18 % du risque de naissance à terme avec déficit pondéral. Ca fait peur surtout quand le poids à la naissance est rapproché d’une autre donnée tout aussi alarmante qui est le périmètre crânien car tout le monde sait que ce dernier paramètre n’est absolument pas corrélé au poids de l’enfant nouveau-né … Les normes relatives à la pollution urbaine due aux particules fines varient d’un pays à l’autre. Par exemple l’Agence de Protection de l’Environnement américaine (EPA) place la barre assez haut : pas plus de 35 microgrammes par période de 24 heures. Elle est revenue sur ses recommandations en 2013 en fixant cette limite d’exposition à 12 microgrammes. En Europe cette limite est fixée à 25 microgrammes alors que l’OMS préconise 10 microgrammes. Voilà d’où viennent ces 22 % de naissances avec déficit pondéral qui pourraient être évitées si la norme de l’OMS était respectée. Mais pas de chance, l’étude a montré par ailleurs que toute augmentation de 5 microgrammes de microparticules par mètre cube d’air entrainait une augmentation de 18 % du déficit pondéral à la naissance. Si je demande à un enfant de CM1 de faire le calcul, il va certainement se tromper car il ne comprendra rien. En réalité ces 22 % d’augmentation correspondent à 6,1 microgrammes de microparticules de plus par mètre cube, oui mais en plus de quoi ? L’étude ne le dit pas mais cite tout de même un résultat ressortant très clairement de la méta-analyse comme le dit le Docteur Pedersen : « 145 cas de déficit pondéral à la naissance pourraient être évités sur 50151 naissances étudiées si les mères avaient été exposées à seulement 10 microgrammes de particules par mètre cube ». Ca fait beaucoup : 0,28 % de diminution. Cherchez l’erreur !

Ce genre d’étude de plus en plus courante est naturellement reprise par les médias qui s’emparent du mauvais côté des résultats pour les amplifier et les véhiculer jusqu’aux politiciens et autres décideurs y compris des opportunistes qui oeuvreront pour la bonne cause, le bien des générations futures. Par exemple munir les femmes enceintes de petits moniteurs portatifs de la pollution citadine pour que ces dernières se sentent culpabilisées en exposant le fœtus qu’elles portent aux émanations délétères des autobus, des taxis et des camions de livraison. Mais ce type de résultat « scientifique » est aussi utilisé pour obtenir que les pouvoirs publics prennent des mesures concrètes dans l’urgence afin de limiter les émissions de particules par les taxis, les voitures et les autobus en suggérant par exemple que les autobus soient équipés de piles à combustible et les taxis obligatoirement de technologie stop/start pour éviter ces émanations lorsqu’ils sont à l’arrêt. A partir d’une étude truquée pourtant publiée dans The Lancet, tout devient permis pour alourdir la législation au nom de l’environnement. Triste tournant qu’a pris la science et triste utilisation qui en est faite …

Source : Reuters Health