L’homéopathie ne guérit pas mais elle peut aussi tuer !

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Il s’agit d’un cas exemplaire de l’inutilité de l’homéopathie mais également de sa dangerosité. Non seulement cette fausse médecine ne guérit pas mais elle peut être dangereuse. Soigner une pathologie sérieuse par l’homéopathie est inutile voire dangereux dans la mesure où des traitements allopathiques permettraient d’en venir à bout. Utiliser des remède dits 100 % naturels fabriqués et vendus par ces firmes d’escrocs comme par exemple Boiron en France ou Hyland’s aux USA, les deux plus grosses compagnies qui se complaisent à abuser de la crédulité de millions de personnes, peut de surcroit être à la limite mortel.

Entre 2006 et 2016 la FDA américaine (Food and Drug Administration), l’équivalent de l’EFSA en Europe, a répertorié les cas de 370 enfants ayant souffert de sérieux effets adverses de gommes à mâcher ou de gels pour calmer les douleurs buccales lors des poussées des dents. Huit enfants sont morts à la suite de l’administration par leurs parents stupidement adeptes des traitements dits naturels et proposés par ces firmes mercantiles. Les « Teething Tablets » proposées par la firme Hyland’s contiennent des extraits de belladone (Atropa belladona) l’une des plantes les plus toxiques qu’on puisse rencontrer un peu partout dans l’Hémisphère nord. Cette plante contient divers alkaloïdes dont de l’atropine et de la scopolamine et elle est connue dans la médecine traditionnelle comme analgésique et son nom provient du fait qu’une décoction dilate les pupilles et rendrait les femmes plus belles ( bella dona). Les enfants sont infiniment plus sensibles que les adultes aux effets des neurotropes de ce type de substances et les firmes productrices de préparations naturelles pour soigner divers maux ne sont pas assujetties à la législation habituelle d’autorisation de mise sur le marché comme c’est le cas pour l’allopathie.

Bien que la FDA ait à plusieurs reprises averti le public que ces tablettes et autres gels utilisés pour les douleurs dentaires chez l’enfant étaient inefficaces voire dangereuses, ces firmes utilisent donc des dilutions suffisantes pour incommoder sérieusement (et très rapidement) des enfants et selon la sensibilité de ces derniers les tuer. Une dilution des principes actifs à 30CH, une notation pour le moins ésotériques – mais ça fait plus sérieux – n’a strictement plus aucun effet et la FDA ne statue en généralement pas. Alors, pour des raisons évidentes de marketing les extraits de belladone de Hyland’s ont été un peu « forcés » dans ces tablettes à mâcher pour bien prouver que ces produits étaient efficaces. Résultat : huit enfants morts, bravo l’homéopathie et bravo aux médecins qui se targuent de prescrire ces produits sachant parfaitement qu’ils sont soit totalement inutiles soit carrément dangereux …

Source : Statnews.com

Le saumon transgénique de nouveau à la une de l’actualité

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Le saumon de l’Atlantique est l’espèce la plus abondamment produite par aquaculture dans le monde : environ 2 millions de tonnes pour une valeur de 10 milliards de dollars. Les enjeux économiques sont donc à l’évidence considérables. La société canadienne AquaBounty a mis au point avec l’aide de l’Université du Newfoundland il y a plus de 20 ans un saumon génétiquement modifié qui produit continuellement l’hormone de croissance du saumon Chinook dont le gène est sous le contrôle du promoteur de la protéine « anti-gel » d’anguille. Il est intéressant de mentionner pour quelle raison ce montage fut choisi à l’origine. Le saumon ne produit pas d’hormone de croissance durant les longues nuits d’hiver de l’Atlantique Nord ni dans l’obscurité. Le saumon génétiquement modifié présente la particularité de produire cette hormone 24 heures sur 24 et le résultat est spectaculaire, il grossit deux fois plus vite que le saumon non génétiquement modifié en engloutissant 10 % de nourriture en moins.

Il aura fallu plus de 20 ans pour que la FDA américaine autorise la commercialisation de ce saumon et les autorités sanitaires canadiennes viennent de suivre leur homologue américain. La FDA, sous la pression des écologistes, en particulier le WWF, a fini par exiger un étiquetage évident pour ces saumons afin que le consommateur ne les confonde pas avec les saumons « normaux ». Si j’ai utilisé des guillemets c’est pour insister sur le fait que toutes les études et analyses réalisées ce dix dernières années sur le saumon AquaBounty n’ont jamais pu montrer une quelconque différence avec le saumon de l’Atlantique élevé dans des fermes marines, que ce soit en Norvège, en Islande ou en Ecosse.

Les écologistes, un peu dépités par les décisions américaine et canadienne, ont alors mis en avant le fait que AquaBounty avait choisi les montagnes du Panama pour y installer une grande ferme d’élevage de saumons à 1500 mètres d’altitude. Ce choix a paru suspect pour les écolos qui semblent ignorer que le saumon vit aussi bien en mer qu’en rivière …

Le gouvernement canadien considère que la nourriture issue de plantes transgéniques est saine et non détrimentale pour la santé humaine. Elle est consommée depuis de nombreuses années sans qu’un quelconque effet adverse ait pu être détecté. D’autre part les modifications génétiques apportées améliorent les qualités nutritionnelles des aliments. Les autorités canadiennes ont déclaré qu’un étiquetage spécifique des saumons d’AquaBounty n’était pas nécessaire (voir le lien). Les écolos canadiens réfutent tout en bloc et considèrent comme déplorable et dangereux que le peuple soit pris en otage pour être le premier au monde à expérimenter un animal génétiquement modifié. Comme je le mentionnais dans un précédent article de ce blog (voir les liens au sujet du saumon AquaBounty) l’écologie est devenue une véritable religion qui s’appuie sur de la fausse science, une résurgence détestable du Lysenkoisme …

Illustration : Deux saumons de l’Atlantique du même âge, élevés dans les mêmes conditions. En arrière plan le saumon AquaBounty

Source : news.gc.ca/article-en.do?nid=1068309 et aussi sur ce blog :

https://jacqueshenry.wordpress.com/2013/10/20/saumon-transgenique-belle-bataille-en-perspective/

https://jacqueshenry.wordpress.com/2016/03/30/ou-la-religion-se-mele-des-ogms/

Le scandale opaque de l’oxycodone (aux USA).

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L’oxycodone est une molécule dérivée de la thébaïne, proche de la morphine et de la codéine. Elle est interdite en France car elle est classée comme stupéfiant. Aux USA, on pourrait dire qu’elle est presque en vente libre puisqu’entre 1993 et 2015 la production de cet analgésique normalement réservé au traitement des douleurs liées à des cancers en remplacement de la morphine a été multipliée par 39 ! Tout ça avec l’approbation de la FDA et de l’agence anti-drogues (DEA ou Drug Enforcement Agency). En 22 ans la production est passée de 3520 à 137500 kilos, à croire qu’au cours de ces 22 années 39 fois plus d’Américains souffrent de douleurs récurrentes. Mais ce n’est pas tout, comme on peut le constater sur l’illustration ci-dessous la FDA a aussi autorisé la production d’hydrocodone et de morphine. Le fentanyl n’est pas un dérivé de la thébaïne mais agit comme un opioïde avec un effet 50 fois plus puissant que la morphine et 100 fois plus puissant que l’héroïne avec des effets d’accoutumance prononcés. Il est aussi utilisé pour traiter les douleurs liées à des cancers. Quant à l’hydromorphone c’est aussi une dérivé de la thébaïne, le pendant de la morphine, comme l’hydrocodone est le pendant de la codéine.

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Bref, les choses se passent de la manière suivante. La DEA organise une réunion ultra-secrète avec les fabricants et distribue des quotas à chacun. Les informations ne sont pas rendues publiques, seule la quantité globale produite est connue. La production d’oxycodone augmentera encore légèrement en 2016, tout va très bien … On est donc en présence d’un lobbying caractérisé car les compagnies pharmaceutiques n’ont eu de cesse de clamer que ces dérivés de la thébaïne étaient des opioïdes sans danger. Des millénaires de pratique de l’opium directement dérivé du pavot – comme la thébaïne (voir infra) – contredisent clairement les affirmations de ces pharmaciens. Exemple : entre 1999 et 2015 il y a eu seulement aux USA 220000 morts par overdoses d’héroïne (illégale) ou d’opioïdes autorisés sur ordonnance. En 2013 seulement sur 37000 morts par overdose 16000 cas furent provoqués par l’oxycodone …

Les laboratoires pharmaceutiques et le corps médical exercent une sorte de chantage sur la DEA (et la FDA par voie de conséquence) car si les quotas d’oxycodone diminuent alors les prix augmenteront et les patients souffriront. Or l’oxycodone en particulier est utilisée comme substitut à l’héroïne. On assiste donc à une sorte de complicité entre les autorités de régulation, les laboratoires fabricant entre autres opioïdes l’oxycodone et les médecins qui prescrivent ce produit aux patients ne souffrant pas nécessairement de douleurs mais étant plutôt en état de manque d’héroïne.

Une autre question se pose en dehors du fait qu’il y a à l’évidence un usage dévié des opioïdes aux USA, d’où provient la thébaïne ? La DEA a fixé en 2014 les quotas de production de thébaïne à 145 tonnes à partir du pavot Papaver bracteatum qui ne contient pas de morphine mais essentiellement de la thébaïne. Il faut 1 kg de thébaïne pour produire environ 1 kilo d’oxycodone (137 tonnes) ? Il y a comme un lézard puisqu’un hectare de pavot produit au mieux entre 1,5 et 2 kilos de thébaïne … Il faut donc 90000 hectares de cultures de pavot pour la seule production de thébaïne outre la culture de celui utilisé pour la production de morphine et de codéine, elle-même dérivée de la morphine. Ces deux opioïdes sont en effet produits à partir d’une autre variété de pavot, le Papaver somniferum dont la culture est étroitement contrôlée, et ne fait pas l’objet de ce billet. L’administration américaine a donc, par une attitude laxiste scandaleuse déplacé le problème de l’héroïne sur son propre sol en permettant aux laboratoires pharmaceutiques de réaliser des profits au passage et en toute légalité. C’est pas beau la vie ?

Source et illustration, The Daily Beast, photo Papaver bracteatum (Wikipedia)

Voir aussi les billets des 4 septembre 2014 et 15 août 2015 sur ce blog

La fin prochaine de la malbouffe industrielle ?

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La FDA américaine a finalement admis que les « trans-fat » ou acides gras « trans » apparaissant lors de l’hydrogénation des graisses végétales pour fabriquer par exemple de la margarine qui ne rancit pas sont mauvaises pour la santé. Dans trois ans ces produits industriels contre nature seront définitivement interdits, du moins sur le territoire américain. L’Europe traine encore les pieds car les écologistes dont le rôle devrait pourtant être de se pencher sur ce grave problème s’occupent plus de politique et d’autres sornettes que de la santé des consommateurs. L’EFSA (European Food Safety Authority) publie des documents, certes, mais il semble que la santé des consommateurs ne soit pas sa préoccupation première. Ce sont les OGMs et l’étiquetage des denrées alimentaires qui préoccupe ces fonctionnaires qui au final ne servent pas à grand-chose. On est d’ailleurs étonné de l’inertie de cette administration comprenant une multitude de comités et de « task-forces » dédiées à des problèmes secondaires alors que les vrais sujets sont mis de côté. Et ce n’est pas un hasard car comme la plupart des institutions européennes l’EFSA est soumise au lobbying incessant des géants du secteur agroalimentaire. Aller obliger par une directive administrative un producteur industriel de beurre de cacahuète à ne plus commercialiser que le produit non hydrogéné, il répondra que c’est impossible car en 48 heures son produit sentira tellement mauvais qu’il sera devenu immangeable et il rétorquera au législateur que c’est pour cette raison que le beurre de cacahuète est hydrogéné, peu importe la santé du consommateur.

L’industrie agro-alimentaire entre les mains de gigantesques multinationales a fait en sorte que le consommateur soit satisfait par un produit quel qu’il soit comme les doughnuts par exemple. Si cette pâtisserie était fabriquée avec des graisses non hydrogénées, beurre ou graisses animales, il faudrait la vendre le jour de sa fabrication or c’est tout simplement impossible ! Des milliers d’aliments industriels préparés avec des acides gras « trans » peuvent séjourner plusieurs jours sur les linéaires des supermarchés et effectuer un retour en arrière pour préserver la santé des consommateurs semble irréaliste tant les habitudes des industriels mais aussi des consommateurs ont rendu ces produits irremplaçables … et il y en a des milliers !

Et il n’y a pas que les acides gras trans, le cas du sirop de maïs enrichi en fructose est presque caricatural car ce produit est infiniment moins coûteux que le sucre de betterave ou de canne et à l’abri de la fluctuation des cours de ces deux cultures car le maïs est la première céréale en volume produite dans le monde. La production industrielle à grande échelle de sirop de maïs consiste à effectuer des traitements enzymatiques du sucre après hydrolyse acide de l’amidon et il existe deux qualités de sirop, le grade 42 et le grade 55 correspondant aux pourcentages de fructose effectivement présent dans le mélange. Les raisons justifiant cette production industrielle contre nature sont de deux ordres : manipuler un sucre liquide plutôt que cristallisé est plus simple industriellement et le pouvoir sucrant du mélange est 1,5 fois plus élevé que celui du sucre de canne ou de betterave. Or comme pour les acides gras trans qui sont l’une des causes premières d’inflammations en particulier des artères, le fructose est un puissant perturbateur de la régulation de la glycémie, d’une part, et du métabolisme des graisses d’autre part car le fructose ne peut être avantageusement métabolisé que pour la synthèse d’acides gras.

On est devant un cocktail mortel quand une préparation industrielle contient ces deux vrais poisons que constituent les acides gras « trans » et le sirop de maïs pour la plus grande satisfaction des papilles gustatives mais pas du tout pour la santé de l’organisme. L’émergence industrielle des huiles hydrogénées fut favorisée par une campagne publicitaire à la limite de l’honnêteté qui prétendait que les acides gras insaturés étaient nocifs pour les artères, or l’effet des acides gras trans est exactement le contraire de celui dont on incriminait les acides gras insaturés : augmentation des triglycérides et du « mauvais » cholestérol dans le sang ! Il aura fallu exactement 12 ans pour que la FDA et l’EFSA lancent une alerte qui ne sera effectivement respectée qu’en 2018. Combien de personnes sont mortes d’accidents coronariens depuis la fin des années 50 et l’apparition des premières margarines, substituts bon marché du beurre ? C’est une bonne question à laquelle personne n’osera répondre.

Ce que l’on peut dire de cette histoire est que la science louvoie et oscille entre ce qui semble être deux extrêmes : tout est bon ou tout est mauvais. La science bio-médicale n’est pas une discipline figée mais elle évolue avec la sophistication des moyens modernes d’investigation. La nutrition est devenue une discipline scientifique à part entière et il est donc nécessaire de faire évoluer les (mauvaises) habitudes prises par le consommateur sous l’impulsion implacable du marketing organisé par les industriels de la malbouffe. Le corps médical insiste sur le fait que pour préserver sa santé il faut varier la nourriture et se nourrir modérément mais aussi et surtout revenir à une nourriture plus saine qu’on prépare à la maison avec des ingrédients traditionnels. Bon appétit !

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Note : depuis le début des années 2000 la consommation de sirop de maïs a légèrement diminué aux USA et celle de sucre de table (betterave ou canne) augmenté. Pour ce qui concerne les sirops de maïs (HFCS) cette diminution n’est pas un effet direct des régulations de la FDA mais une utilisation du maïs pour produire de l’éthanol qui est incorporé à raison de 10 % dans de nombreux véhicules automobiles selon les régulations mises en place :

Source : Science News

Du rififi dans l’industrie pharmaceutique : il s’agit de gros sous comme d’habitude !

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Cet billet est inspiré d’un article paru dans Le Temps (samedi 9 mai) et dont l’auteur est Julie Zaugg. J’ai cru intéressant d’en faire part à mes lecteurs car il est important d’alarmer les assurés sociaux et tous les autres acteurs du secteur santé de ce qui se trame actuellement dans le monde au sujet de ce qu’il est maintenant convenu d’appeler les médicaments biosimilaires. Pour définir ce qu’est un médicament biosimilaire l’exemple de l’insuline suffira à clarifier les idées. Jusqu’en 1982, une personne souffrant de diabète (type 1) n’avait pas vraiment le choix et devait se soumettre à des injections d’insuline extraite de pancréas de porc ou de bœuf. Il se trouve que l’insuline de ces animaux est légèrement différente dans sa composition en aminoacides – l’insuline est une petite protéine constituée d’un enchainement de différents aminoacides – et à la longue les malades finissaient parfois par développer une intolérance à cette hormone étrangère. Inutile de décrire les catastrophes ayant pu survenir au cours de ce processus. À la fin des années 70 et au début des années 80, les biologistes ont vu littéralement exploser la disponibilité en outils moléculaires pour réaliser de la « haute couture » sur l’ADN et arriver à obliger des levures ou des bactéries à diriger leur machinerie cellulaire pour produire et excréter des protéines thérapeutiquement intéressantes, dont justement l’insuline. Ce ne fut pas chose facile car le produit provenant de la bactérie doit parfaitement convenir à l’organisme humain, il faut le purifier et au cours de ce processus respecter la conformation spatiale délicate de cette petite molécule. En 1982, après avoir très justement flairé que l’insuline « transgénique » pouvait éventuellement être une source de profits appréciables et après de multiples déboires expérimentaux, la société Genentech, une petite start-up californienne, réussit à produire les premiers milligrammes puis rapidement des kilos d’insuline humaine en tous points identique à celle synthétisée par le pancréas mais que les malades souffrant de cette forme de diabète de type 1 sont incapables de produire.

Ce fut l’année zéro des biosimilaires dont on ne peut plus aujourd’hui se passer. Les biosimilaires sont des médicaments, hormones, vaccins, anticorps et bien d’autres espèces d’intérêt médical synthétisés par des bactéries, des levures ou des cellules éventuellement humaines en culture dont l’ADN a été modifié et reprogrammé pour ces synthèses. Après avoir été extraites, purifiées, une étape essentielle qui fait partie du savoir-faire des entreprises impliquées dans ce business, et conditionnées, ces biosimilaires sont mis sur le marché avec à la clé de gigantesques profits. Il ne faut pas se leurrer, la firme Genentech a bien failli déposer son bilan plusieurs fois avant qu’elle ne soit absorbée par Roche justement quand le savoir-faire des techniciens de cette petite société finirent par trouver les « trucs » permettant d’obtenir une insuline active à 100 % chez l’homme sans effets secondaires et qu’il fallait investir pour assurer une production massive de cette insuline.

Je mentionne ici « les trucs » qui semblent être anti-scientifiques mais en réalité, après de nombreux tâtonnements on finit par trouver les conditions expérimentales idéales pour finalement arriver à obtenir dans un tube à essai la protéine active à l’état pur que l’on espérait. J’en sais quelque chose dans ce rayon très particulier de la biologie puisque ma carrière de chercheur fut consacrée essentiellement à la purification de protéines, surtout des enzymes, d’origines diverses qui devaient montrer au final une activité biologique satisfaisante et conforme à la littérature scientifique. Et je dois avouer aujourd’hui assez humblement que lors de la publication de mes travaux de laboratoire il m’est arrivé d’ « oublier » un détail infime mais crucial pour la bonne conduite de mes travaux afin de ne pas inciter les équipes concurrentes disposant de moyens financiers importants de me « doubler » après avoir eu vent de mes publications scientifiques.

Les médicaments biosimilaires sont aujourd’hui utilisés pour traiter certains cancers, des maladies comme l’arthrite ou le psoriasis, la sclérose en plaques ou encore certaines formes d’anémies. Les premiers brevets protégeant la fabrication de ces molécules biologiques ont fini par tomber dans le domaine public puisque la validité d’un brevet est de 20 ans. Les firmes capables de se lancer dans ces productions sophistiquées ont donc mis sur le marché des génériques qu’on appelle des « biosimilaires » à tort, non pas parce qu’ils sont identiques ou presque aux produits biologiques naturels mais parce que leur production et leur formulation sont légèrement différentes de celles décrites dans les brevets originaux. L’autorisation de mise sur le marché des génériques biosimilaires a été pour la première fois accordée au milieu des années 2000 par l’Europe (EMA) et ce n’est qu’en 2012 que les USA, dans le cadre de la politique de santé mise en place par Obama, ont suivi l’Europe. Et ce n’est qu’en mars 2015, donc tout récemment, que les dispositions de l’ « obamacare » ont été appliquées pour la première fois pour le Zarxio ou Filgrastim du Suisse Sandoz qui appartient maintenant à Novartis (voir le lien). Il s’agit d’une protéine qui stimule la prolifération des granulocytes et permet de traiter certaines infections chez les cancéreux soumis à une chimiothérapie ayant engendré une sévère modification de leur formule sanguine. Les USA comptent économiser ainsi près de 600 millions de dollars chaque année.

Le débat vient donc de s’aviver très sérieusement entre les pro- et les anti-biosimilaires. En ce qui concerne le Filgrastim, la firme Amgen qui produit la version originale sous le nom de Neupogen a immédiatement déposé une plainte contre Novartis qui aurait, selon elle, falsifié le dossier d’approbation présenté à la FDA (Food and Drug administration) en omettant certains détails du processus de production. Du coup le Filgrastim de Sandoz est interdit de vente aux USA, pour le moment. Pourquoi les Américains trainent les pieds pour autoriser les biosimilaires, tout simplement en raison du lobbying intense des firmes pharmaceutiques mais cet aspect n’est naturellement pas clairement indiqué. La raison officielle serait qu’il est impossible de reproduire au iota près le protocole industriel extrêmement sophistiqué développé par les firmes détentrices des brevets devenus publics et que l’on doit donc se « méfier » de ces biosimilaires. Le résultat serait que l’activité et l’efficacité escomptées de ces « copies » ne seraient tout simplement pas celles attendues. Et dans le pire des cas les malades pourraient souffrir d’une réponse immunitaire qui pourrait aggraver leur état de santé.

Puisqu’il n’y avait pas d’arguments pour soutenir une telle prise de position complètement fallacieuse, fort heureusement ce qui devait arriver arriva. Une autre protéine commercialisée sous le nom d’Eprex et qui n’est autre que l’EPO ou érythropoïétine dont la presse à sensation et de caniveau a largement fait ses choux gras avec les coureurs cyclistes qui se shootaient avec ce produit. L’Eprex est utilisé pour traiter certaines anémies. La firme Janssen-Cilag produisant le biosimilaire a très légèrement modifié le conditionnement de son EPO en y ajoutant du polysorbate 80, un émulsifiant autorisé dans l’alimentation (industrielle) connu aussi sous le nom de Tween-20 et codifié E433. Plusieurs patients ont développé une réaction allergique après injection du produit. On a finalement trouvé pour quelle raison cette préparation était allergène, tout simplement parce que le polysorbate 80 (c’est un détergeant assez puissant) réagissait avec le bouchon de caoutchouc des flacons et l’impureté alors introduite dans la préparation modifiait la conformation de l’EPO. Autant dire que l’argumentation des anti-biosimilaires a fait mouche. Et ils ont été naturellement soutenus par les fabricants des versions originales car « business is business » et la guerre entre firmes pharmaceutiques est permanente et soutenue par le fait que les biosimilaires génèrent à eux seuls un chiffre d’affaire de 200 milliards de dollars par an. Une diminution des prix de vente de 20 à 30 % représente déjà un véritable pactole d’économisé pour l’assurance maladie publique ou privée.

Un seul exemple pour illustrer les coûts parfois extravagants de ces médicaments d’un type nouveau est celui de l’Enbrel qui est une protéine hybride comportant deux récepteurs d’un facteur favorisant la nécrose des tumeurs (TNF) liés par recombinaison génétique au fragment léger Fc de l’immunoglobuline G1. Ce produit est efficace pour traiter le psoriasis et un certain nombre d’autres maladies auto-immunes comme la spondylite ankylosante et aussi (et surtout) l’arthrite rhumatoïde. Le traitement revient à 20000 dollars par an, excusez du peu, sans que l’on puisse d’ailleurs arriver à bout de ces maladies mais seulement d’en diminuer les symptômes … On assiste donc à une bataille devant les tribunaux pour que les uns continuent sur leur pré-carré d’engranger des bénéfices indécents et que les autres arrivent à obtenir quelques miettes du gâteau. Et ce sont des millions de dollars qui sont déboursés pour faire trainer devant les tribunaux plaintes et contre-plaintes. Le lobbying des géants de la pharmacie est même allé jusqu’à obliger les médecins (avec des contreparties financières, naturellement) à préciser à leurs patients que le produit qu’ils leur ont prescrit est ou non l’original et ce même lobbying finance sous le manteau de multiples associations qui se déclarent dévouées à la défense et à la sécurité des malades. Beau dévouement en effet ( ! ) car il s’agit de centaines de milliers de dollars investis par ces grosses firmes pour continuer à réaliser des dizaines de milliards de dollars de chiffre d’affaire avec des produits dont la valeur ajoutée peut atteindre 2000 % quand la production est bien rodée et parfois entièrement automatisée. Et si les parades contre les biosimilaires ne fonctionnent plus, on change un des « iotas », des petits « trucs » dont je parlais en début de billet, et le breveter pour se protéger à nouveau pendant quelques vingt années. Avec la sophistication croissante des recherches en génétique bio-médicale cette situation ne saurait que s’aggraver au détriment naturellement des consommateurs finaux, vous et moi ou plus précisément, et encore une fois, les contribuables qui sont rançonnés par les systèmes de protection sociale étatisés et ceux qui vont cotiser à des organismes privés de protection de santé de plus en plus onéreux.

http://www.fda.gov/NewsEvents/Newsroom/PressAnnouncements/ucm436648.htm

L’administration américaine contre le fromage !

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Alors que les USA et l’Union Européenne sont toujours en discussion pour tenter de parachever un accord de libre-échange dans le plus grand secret la FDA (Food and Drug Administration) en rajoute en termes de régulations sanitaires et si on rapproche cette information des discussions en cours, il y a vraiment de quoi se faire du souci pour des pans entiers de l’économie européenne. Le but à peine déguisé des Américains est de prendre le contrôle de l’économie européenne insidieusement en l’asphyxiant littéralement à grands coups de régulations stupides. L’exemple paraît anecdotique mais il n’en reste pas moins qu’il est terrifiant. Il s’agit d’interdire les claies et autres étagères en bois utilisées pour affiner les fromages. Ce n’est pas propre et le bois est un nid à bactéries dont on peut pas se débarrasser car c’est un matériau poreux. Voilà en résumé l’argument de la FDA. Les gros producteurs comme Kraft ou Leprino qui ne font pas du fromage mais fabriquent industriellement quelque chose qui ressemble à du fromage ne se sentent pas concernés car ils disposent déjà d’installations aseptisées tout inox entièrement automatisées et il n’est pas difficile de comprendre que leurs produits soient infects. Par contre les milliers de petits producteurs américains de fromage du genre « blue cheese french style », vous avez compris qu’il s’agit d’une copie de bleu des Causses ou d’Auvergne, ne l’entendent pas de la même oreille que les gros industriels. Pour eux c’est la mort certaine car ils seront du jour au lendemain incapables de produire un seul fromage de qualité. L’environnement dans lequel un fromage est entreposé pour vieillir est constitué d’une panoplie de microorganismes allant des levures et des champignons jusqu’aux bactéries (et même quelques fois des asticots) et c’est justement là où les étagères jouent pleinement leur rôle de réservoir invisible mais efficace de spores et de bactéries.

L’argument de la FDA consiste à exiger pour des raisons de sécurité alimentaire des matériels qui puissent être stérilisés périodiquement pour éviter l’apparition de germes pathogènes. Les directives européennes ont interdit les plans de travail en bois ainsi que les planches à découper de la même matière. Une directive a également interdit l’usage de couteaux avec un manche en bois pour les mêmes raisons mais si la FDA fait pression sur l’Europe pour interdire le bois dans les fruitières et les caves d’affinage on sera tous condamnés, en premier lieu les Français, à manger des fromages industriels insipides. Ce type de décision de la FDA qui a naturellement provoqué un véritable mouvement de révolte des petits producteurs américains de fromages affinés a pour but de favoriser la pénétration sur le marché européen des grosses entreprises productrices de fromages industriels et de tuer les petits producteurs. Mais cette décision va également permettre d’élever en toute légalité des barrières douanières drastiques interdisant à terme toute importation de fromages étrangers notamment européens et à un moindre degré canadiens. C’est donc d’un protectionnisme déguisé qu’il s’agit en premier lieu avec à terme une destruction du tissu artisanal de l’industrie fromagère européenne et en particulier française, le pays aux 500 fromages.

Et comme on pouvait s’y attendre les conflits d’intérêts et le mélange des genres ont vite révélé le but inavoué de la FDA. La responsable en chef de la branche de la FDA en charge de l’industrie laitière, une dénommé Monica Metz, est en effet une transfuge de la société Leprino. Pour information Leprino, basée à Denver, Colorado, est le premier producteur mondial de fromage pour pizza avec un volume de 600000 tonnes par an seulement aux USA. Cette société possède plusieurs unités de production en Grande-Bretagne et en Irlande produisant plusieurs centaines de milliers de tonnes par an de provolone, de mozzarella et de cheddar écoulés sur le marché européen sous d’autres marques. Si vous dégustez une pizza à Paris ou Barcelone il y a de fortes chances que la mozzarella sorte des usines de Leprino qui a monté plusieurs joint-ventures avec Glanbia, le géant laitier anglo-irlandais. Surtout ne vous posez pas la question de savoir si cette mozzarella est 100 % pur fromage, vous seriez déçu d’apprendre que ce fromage n’est pas un fromage mais un ersatz qui contient au mieux 50 % de matière d’origine lactée !

Bref, la FDA œuvre pour ces grosses multinationales et l’avenir des petits industriels et artisans européens du fromage est bien compromis. Comme on peut d’ors et déjà s’y attendre les Européens vont se faire rouler dans la farine par les Américains lors des discussions de ces accords de libre-échange et des pans entiers de l’industrie agro-alimentaire européenne pourraient bien disparaître.

Source : cheeseunderground

Quand la théorie du genre en prend un coup !

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Il y a environ un an les laboratoires Sanofi ont émis un avis repris par la FDA signalant que le Zolpidem (Ambien, Stilnox, Intermezzo, …), un somnifère bien connu, n’avait pas la même durée de vie chez les hommes et les femmes et qu’il était préférable que ces dernières réduisent la dose habituellement prise de moitié pour favoriser le sommeil. Un véritable pavé dans la mare des adeptes de la théorie du genre car jusque là hommes et femmes étaient traités sur un plan d’égalité, quel que soit leur poids puisque le Zolpidem agit sur le cerveau et à quelques cuillères à soupe près les hommes et les femmes ont un cerveau de taille équivalente. Mais pour ce dernier organe seul l’usage qui en est fait peut peut-être différencier les hommes et les femmes, surtout dans le monde politique.

Mais revenons au Stilnox (ou Ambien), c’est aujourd’hui le seul médicament dont la dose prescrite est différente selon le sexe. Cette décision de la FDA a fait grand bruit aux USA car des associations féministes ont considéré que cette position était sexiste pour ne pas dire discriminatoire. Or on sait que l’aspirine n’a pas le même effet chez la femme et chez l’homme, et pour ne citer que cet exemple l’aspirine à faible dose diminue les risques de crise cardiaque chez l’homme alors que la même prescription aux mêmes doses ne protège que très modérément les femmes de ce même risque. Et ce n’est pas un hasard puisqu’il existe une différence significative dans la panoplie des enzymes du foie entre l’homme et la femme, enzymes impliqués dans la dégradation des médicaments.

Ce qui est incroyable dans cette histoire qui a provoqué une intervention véhémente de féministes jusque sur les plateaux de télévision, au moins aux USA, c’est que l’information était connue de la FDA dès 1992 quand les documents fournis pour obtenir l’autorisation de mise sur le marché avaient été communiqués aux régulateurs. Il était mentionné clairement que le Zolpidem persistait deux fois plus longtemps dans le sang des femmes. La FDA n’a jamais tenu compte de cette information, et pour cause, différencier la posologie entre hommes et femmes revenait à introduire une mesure discriminatoire. Or dans le pays champion de l’égalité des sexes pas question de prendre une telle décision ! Le problème qui ne fut donc jamais éventé pendant plus de 20 ans, à savoir que les femmes sont deux fois plus sensibles que les hommes au Zolpidem, provient du fait que seules quelques rares études furent conduites avec des femmes car à l’époque les essais cliniques comportaient toujours une majorité d’hommes, les études sur les femmes se limitaient à la « médecine bikini », c’est-à-dire la poitrine, les ovaires, l’utérus, la grossesse, la ménopause et les règles. Les pharmaciens considéraient que pour le reste du corps, les femmes et les hommes étaient en tous points égaux et pour les médicaments nouveaux concernant le cœur, les reins, l’estomac ou le cerveau, les essais cliniques étaient majoritairement conduits avec des hommes.

De même qu’au laboratoire la majorité des essais sur les animaux, rats ou souris, singes ou porcs, est réalisée avec des mâles, pas de problèmes de genres avec ces bestioles !

Et pourtant, malgré de nombreuses différences entre les femmes et les hommes, il a fallu attendre l’avènement des nouvelles thérapies à l’aide de cellules souches transformées dans un but thérapeutique, au moins au laboratoire, pour se rendre compte qu’en réalité il existait une différence selon qu’on utilisait des cellules issues de mâles ou de femelles. On s’est rendu compte au Texas Heart Institute de Houston qu’en traitant des rats mâles avec des cellules souches issues de femelles, le traitement était beaucoup plus satisfaisant alors qu’à l’inverse, des souris femelles traitées avec le même type de cellules provenant de mâles ne montraient aucune amélioration. Il s’agissait ici d’une thérapie à l’aide de cellules souches modifiées qui diminue l’étendue des plaques d’athérome.

Ce type de résultat a alerté la communauté scientifique médicale et il s’avère que dans de nombreux cas femmes et hommes ne réagissent pas de la même façon. Par exemple, entre 1997 et 2001, huit médicaments sur les dix qui furent retirés du marché présentaient un risque élevé chez les femmes alors qu’ils étaient plutôt bien tolérés chez les hommes. Il semblerait que cette affaire du Zolpidem ait fait prendre conscience aux régulateurs que les essais cliniques ne doivent pas agréger les deux sexes mais être effectués sur l’un et l’autre séparément afin de déterminer plus finement les effets secondaires et les posologies. A n’en pas douter les laboratoires pharmaceutiques ne vont pas apprécier car une décision dans ce sens augmentera considérablement les coûts des études. Il faudra peut-être aussi revoir les posologies de milliers de médicaments mais un grand nombre d’associations prônant la théorie du genre ne voudront pas en entendre parler. Physiologiquement et génétiquement parlant, malgré l’agitation véhémente des politiciens, l’égalité des sexes ce n’est pas pour demain !

Source : CBS News