Le plaisir sexuel féminin est toujours tabou !

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Aphrodite, ici une reproduction de la Vénus de Milo, était dans la Grèce antique la déesse de l’amour, de la beauté, du plaisir et de la procréation. Pour les Grecs une seule déesse, et non pas un dieu, matérialisait donc dans les esprits ces quatre notions qui n’en faisaient donc qu’une seule car elles sont effectivement liées. Comment, en effet, dissocier l’amour dit « charnel » du plaisir sexuel, de la beauté du corps de la femme et de la procréation. Il y a quelques jours j’ai laissé un billet sur ce blog relatant la censure par Facebook d’une photo du tableau de Courbet et j’ai osé illustrer le texte avec deux photos d’une sculpture – ou plutôt un moulage – que j’ai réalisé tranquillement chez moi avec la patience et l’assistance de ma compagne qui a bien voulu se prêter à ce jeu particulier.

Je me suis longuement demandé pourquoi elle m’avait justement donné son accord pour lui mouler son sexe car elle s’était plutôt pliée à cette véritable épreuve, je passe sur les détails de la technique du moulage. Et j’ai trouvé un élément de réponse : contrairement à l’homme la femme ne voit pas son sexe directement sans faire un effort et s’arcbouter pour éventuellement apercevoir son clitoris. Et c’est la raison pour laquelle selon une étude réalisée à l’Université du Wisconsin, un tiers des adolescentes ne connaissent pas leur anatomie « intime » en revanche elles peuvent parfaitement dessiner les attributs sexuels de l’homme. En d’autres termes jamais personne ne leur a expliqué que leur clitoris était précisément lié au plaisir sexuel, ni les enseignants, ni les médecins, ni à plus forte raison les parents, et j’ajouterai certainement pas les imams dans les pays musulmans … L’éducation sexuelle au collège n’est pas approchée correctement car elle dissocie le plaisir de l’acte de procréation. La même étude américaine mentionne également que moins de 50 % des collégiennes sont correctement préparées à la venue de leurs premières règles que ce soit par leur mère ou par les enseignants !

Une étude réalisée par le centre de recherche sur le cancer Eve Appeal en Grande-Bretagne a montré que près de 50 % des adolescents ne savent pas précisément identifier le vagin sur une illustration schématique représentant le sexe féminin et que la grande majorité (78 %) d’entre eux ignorent où se trouve le clitoris. C’est dire à quel point la qualité de l’éducation sexuelle laisse à désirer.

Pour l’homme la situation est plus claire car le plaisir est lié à l’éjaculation or l’éjaculation est aussi synonyme de procréation. C’est pourquoi le plaisir sexuel masculin est mieux accepté culturellement d’où d’ailleurs cette situation également admise à tort que la femme n’est alors qu’un objet de plaisir pour la seule satisfaction de l’homme. Une autre étude réalisée par le Kinsey Institute (kinseyinstitute.org) indique que plus de 85 % des hommes atteignent rapidement et aisément un orgasme alors que seulement 60 % des femmes déclarent timidement atteindre leur plaisir. De plus l’homme parle plus volontiers de ce que sa partenaire pourrait faire pour que la relation soit satisfaisante (surtout pour lui) alors que la femme reste en général très réservée. Toujours selon cet institut la femme n’ose pas parler ouvertement de son plaisir car elle n’a pas reçu d’éducation qui positive le plaisir sexuel.

Chez les Grecs anciens il était reconnu que la sexualité formait un tout incluant le plaisir tant de la femme que de l’homme et ce n’est pas un hasard si le dieu du plaisir avait une représentation féminine. Puisque la civilisation occidentale moderne prône l’égalité des « genres » pourquoi le plaisir sexuel féminin est-il toujours considéré comme un sujet tabou ? Durant des siècles n’a-t-on pas déclaré haut et fort qu’ « une femme honnête n’a pas de plaisir » ? Les musulmans ont résolu ce problême civilisationnel dérangeant pour les hommes en légalisant l’excision qui est devenue au fil des siècles obligatoire dans de nombreux pays : la femme n’a pas le droit d’éprouver un quelconque plaisir sexuel. Par exemple en Egypte 96 % des femmes sont excisées !

Comme le dit très justement l’auteure américaine Peggy Orenstein « nous avons éduqué une génération de filles pour qu’elles s’expriment, qu’elles attendent un traitement égalitaire à la maison, à l’école, à l’université, et sur leur lieu de travail. Il est grand temps qu’elles revendiquent maintenant une « justice intime » dans leur vie personnelle« . Peggy Orenstein est l’auteur d’un bestseller intitulé Girls & Sex (2016) sous-titré « De l’importance de parler aux jeunes filles du plaisir sexuel« .

Inspiré d’un article paru dans The Guardian sous la plume de Shannon Bledsoe et voir aussi doi : 10.1080/15546128.2016.1209451 et https://www.npr.org/sections/health-shots/2016/03/29/472211301/girls-sex-and-the-importance-of-talking-to-young-women-about-pleasure (que je conseille à mes lecteurs anglophones de lire à défaut de se procurer le livre de Peggy Orenstein) , illustration Associated Press : atelier de moulage du musée d’Athènes.

Les USA : un pays moyenâgeux …

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Les USA se targuent d’être le pays le plus représentatif des libertés, de la démocratie et du respect des droits de l’homme en faisant la leçon à des dizaines de pays de par le monde. Pour de basses raisons économiques ils flirtent avec des royaumes comptant parmi les plus rétrogrades du monde comme l’Arabie Saoudite. Mais qu’en est-il exactement dans l’Amérique profonde puritaine jusqu’à la nausée ?

Un rapport datant de 2012 publié par le CDC (Center for Disease Control) faisait état de 513000 mutilations génitales de jeunes filles d’origine afro-américaines pour cette seule année 2012. On n’est pas loin des mêmes statistiques de la Guinée, de l’Ethiopie ou de la République Centrafricaine. Il faut rappeler ici qu’en Egypte, un autre grand pays ami des USA, 98 % des femmes sont excisées. La loi américaine interdit cette pratique et pourtant … Sous prétexte de revenir aux sources de nombreux afro-américains vont en quelque sorte en pèlerinage dans les pays putatifs d’où sont originaires leurs ancêtres avec leurs gamines pour soumettre ces dernières à une excision dans les règles de l’art des ancêtres. On appelle ce genre de voyage le « vacation cutting », littéralement les vacances pour couper !

Ces jeunes filles excisées en Afrique pour les besoins de la cause plus traditionnelle que religieuse sont pour la majorité nées aux USA ainsi que leurs parents. Leurs grands-parents immigrèrent dans le pays dans les années 40 quand les USA faisaient appel à de la main-d’oeuvre bon marché afin de pourvoir l’industrie de l’armement en personnel peu rémunéré. Malgré un semblant d’assimilation, cette coutume perdure après deux générations en dépit des campagnes de sensibilisation organisées par les églises et les gouvernements des Etats … Ça laisse rêveur.

Sources : bioedge.org et Unicef. Illustration bioedge.org (FGM : female genital mutilation)