Cholestérol : la controverse des statines

Il y a quelques semaines je suis allé dans le centre de santé dont je dépends pour une vérification de l’état de mon coeur. Ce n’était pas une démarche dictée par une sorte de paranoïa de ma part mais je ressentais tout simplement des douleurs thoraciques intermittentes au niveau précisément du coeur. On m’a fait une prise de sang, un électrocardiogramme et une échographie cardiaque. Tout s’est avéré normal (il s’agissait de banales douleurs musculaires inter-costales) sauf … pour le cholestérol. L’analyse sanguine a révélé un taux de cholestérol (total ?) de 254. Converti en unités compréhensibles il doit s’agir probablement de 2,54 grammes par litre. Mon médecin référent m’a vivement suggéré que des statines seraient bienvenues pour mon état de santé. J’ai catégoriquement refusé. Après lui avoir confié que je buvais chaque jour un litre de lait entier en guise de petit-déjeuner cette digne représentante du corps médical m’a alors fait une autre suggestion : boire plutôt du lait semi-écrémé ou du lait artificiel d’origine végétale.

Je bois toujours mon litre de lait entier et je me porte très bien mais je suis resté perplexe devant cette attitude du corps médical qui veut à tout prix prescrire des statines quand le taux de cholestérol dépasse une certaine norme fixée, voire décrétée par on ne sait pas trop qui. Et puis au hasard de mes lectures je me suis régalé en lisant un rapport sur une étude effectuée en Grande-Bretagne au sujet de la relation entre certaines formes de cancers, le taux de cholestérol et le traitement avec des statines publiée par la British Cardiovascular Society. Cette étude a consisté à étudier les dossiers médicaux de 929552 personnes entre le premier janvier 2000 et le 31 mars 2013. Le tableau ci-dessous résume les résultats obtenus après élimination de tous les facteurs pouvant influer sur la morbidité tels que l’âge, le sexe ou l’origine ethnique.

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Quatre cancers les plus fréquents en Grande-Bretagne ont été pris en compte : poumon, sein, prostate et colo-rectum. Il apparait très clairement qu’il existe une relation inversement proportionnelle entre l’hyperlipidémie (incluant le cholestérol) et les cas de cancer puisque la mortalité par cancer semble beaucoup plus faible chez les sujets ayant des analyses sanguines susceptibles de faire frémir le moindre médecin. On pourrait s’arrêter là et se dire qu’après tout un peu trop de cholestérol et éventuellement de triglycérides ne nuit pas à la santé, bien au contraire. Là où l’étude devient douteuse c’est la conclusion qu’en tirent ses auteurs. Les sujets étudiés et souffrant d’hypercholestérolémie étaient pour la plupart sous traitement de longue durée avec des statines, ces médicaments mis sur le marché au milieu des années 1990 après une campagne de promotion agressive des Laboratoires Merck sur l’effet protecteur de la simvastatin contre les accidents cardiovasculaires.

Si les effets secondaires des statines sont bien connus comme les douleurs musculaires ou encore les troubles de la mémoire, cet effet (secondaire) protecteur contre les cancers était jusque là inconnu sinon suspecté. Il aura donc fallu une étude statistique rondement menée pour faire avaler de nouvelles pilules au public crédule pour le plus grand bénéfice des laboratoires pharmaceutiques. Pour ma part, j’appelle ce genre d’étude à laquelle on peut faire dire ce que l’on veut de la pseudo-science. Le Docteur Rahul Potluri, principal auteur de l’étude, en rajoute une couche en clamant que trop peu de travaux ont été réalisés sur les effets protecteurs contre le cancer des statines mais aussi de l’aspirine et des beta-bloquants … Ben voyons !

Source et illustration : British Cardiovascular Society