Sommes-nous, nous humains, des rongeurs ?

L’une des plus grandes erreurs – parmi bien d’autres – commises par les laboratoires pharmaceutiques qu’ils reproduisent systématiquement est qu’ils considèrent que les souris et les rats, les animaux de laboratoire de prédilection, ne sont pas différents des êtres humains. Quand une nouvelle molécule s’avère efficace chez une souris, immédiatement et presque automatiquement le laboratoire qui en a fait la découverte envisage tout de suite des essais cliniques dits en phase 2. La phase 1 est celle réservée au rongeurs qui n’ont pas été incommodés par le traitement à différentes doses, traitement qui a permis de « réparer » sinon « curer » une maladie quelconque. Les essais cliniques en phase 2 sur des volontaires humains grassement payés dont le nombre doit être suffisant pour que statistiquement les résultats puissent être aisément analysés sans biais possible, c’est-à-dire en respectant les règles déontologiques habituelles, est extrêmement gourmand en termes d’investissement financier. Ces essais doivent en outre être répétés par des organismes indépendants et leur coût global peur atteindre des dizaines de millions de dollars.

Cet investissement est à haut risque puisque nul ne connaît l’issue de ces essais. Les laboratoires pharmaceutiques, en quelque sorte, jouent à la roulette en misant sur un numéro qui « marchait » avec les souris. Or, premier point, nous ne sommes pas des souris ni des rats. Il n’y a aucune raison objective pour que nous puissions réagir identiquement. Les essais en phase 2 sont donc déterminants dans la stratégie générale du laboratoire pharmaceutique. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle ils sont aussi coûteux car l’enjeu du pari peut être astronomique du point de vue financier. Alors, deuxième point, pourquoi ne pas utiliser des primates comme des chimpanzés ou des vervets ou bien des porcs dont la physiologie est proche de celle de l’homme ? Après tout il est facile d’élever des primates en captivité, ils se reproduisent et sont tout de même, génétiquement parlant, beaucoup plus proches de l’homme qu’il est lui-même de la souris ou du rat. Quant aux porcs il existe des races naines dont l’élevage est moins coûteux que celui du porc saucisson-jambon.

Pour les primates c’est tout simplement une histoire de gros sous ! Dix chimpanzés représentent financièrement 50 à 100 volontaires humains dans un essai en phase 2 et qui plus est, des organisations non gouvernementales s’opposent aux expérimentations sur les primates ! Ceci soulève une véritable question qui préoccupe un bon nombre d’organisations non gouvernementales : donner une sorte de statut aux animaux pour qu’ils soient dignes de respect tout autant qu’il en est de la sorte pour les humains que nous sommes. Qu’il soit question de souris, de rats, de lapins, de porcs ou même de drosophiles, à la limite peu importe, mais que d’une manière générale on donne autant d’importance « statutaire » aux animaux qu’aux êtres humains représente un véritable danger éthique. En effet, un jour ou l’autre, à force de rabaisser la condition humaine et la rendre égale à celle des animaux, qu’ils soient de compagnie ou de laboratoire, cette attitude ne pourra se conclure que par l’émergence d’un statut d’animal pour l’homme … Belle perspective en effet !

Certes, comme la plupart des vertébrés, j’ai un coeur, un foie, des poumons, des reins, mais je ne suis ni une souris ni un rat, ni un chimpanzé. C’est ce que pourtant une ONG comme les « Amis de la Terre » considère que les animaux doivent être considérés comme égaux aux humains. Alors faut-il reconsidérer les essais cliniques puisque les animaux de laboratoire sont dignes de respect tout autant que les humains ? Pour parer à une éventuelle législation stupide émanant de ces organisations idéologiques les laboratoires pharmaceutiques ont inventé une parade consistant à effectuer des essais cliniques à haute fréquence en utilisant des cultures de cellules humaines parfois génétiquement modifiées pour exprimer une pathologie particulière. Chaque jour ou presque les résultats « tombent » au moins au niveau cellulaire.

Alors ces ONGs malthusiennes animées par une idéologie surannée ne pourront plus plaider que dans le vide cette égalité animal-homme qu’elles revendiquent, la quintessence du ridicule !

Actualité : du Viagra administré à des femmes enceintes

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Une information qui a fait la une de nombreux journaux n’avait pas lieu d’être montée « en épingle » comme cela a été le cas. Il s’agissait d’un essai clinique relatif à l’utilisation du sildenafil, vasodilatateur plus connu sous le nom de Viagra. Toutes les jeunes femmes étaient âgées d’un vingtaine d’année, enceintes de quelques semaines, la plupart pour la première fois, et le corps médical avait diagnostiqué un retard pathologique de croissance du foetus dès la fin du troisième mois de grossesse. Il s’agit d’un syndrome concernant environ 0,5 % des grossesses qui conduit soit à un accouchement prématuré avec une chance de survie de l’enfant d’à peine 50 % ou d’enfant mort-né.

La cause de ce syndrome est supposée être une mauvaise irrigation sanguine du placenta ou du foetus lui-même. Administrer un vasodilatateur à la mère semblait logique pour améliorer cette irrigation sanguine et des essais cliniques ont débuté dans ce sens il y a plus de deux années dans divers pays. Il se trouve que les essais n’ont pas été vraiment concluants puisqu’il y a eu à peu près autant de fausses-couches et d’enfants morts-nés ou décédés peu après la naissance dans le groupe de femmes à qui avait été administré trois doses de 25 mg de sildenafil par jour en regard du groupe témoin n’ayant reçu qu’un placebo pour ce qui concerne l’essai clinique réalisé aux Pays-Bas. Dans le premier groupe il y a eu 11 décès et dans le groupe témoin seulement 9, une différence non significative qui, en elle-même, montre que le sildenafil ne constitue pas un traitement approprié pour ce syndrome de retard de croissance du foetus.

Mais il ressort aussi que depuis que cette molécule n’est plus protégée par des brevets le corps médical et les laboratoires pharmaceutiques en cherchent tout de même encore d’autres débouchés que les troubles d’érection chez l’homme même si ceux-ci sont limités. Si on considère le prix du sildenafil générique – 100000 dollars le kilo en pharmacie au détail, 4 fois plus cher que l’or – vendu en comprimés de 100, 50 et 25 milligrammes il est facile de comprendre pourquoi les laboratoires cherchent de nouveaux débouchés pour ce produit …

Source et illustration : livescience.com

Note. Le sildenafil agit indirectement sur le flux sanguin au niveau du pénis. La cible de ce produit est un enzyme qui dégrade le GMP cyclique, un important composé appelé régulateur métabolique par les biologistes. L’excitation sexuelle fait d’abord apparaître l’un des « régulateurs » les plus simple, l’oxyde nitrique NO, une molécule qui active l’enzyme produisant le GMP cyclique à partir de GTP (guanosine-triphosphate) dans le corps caverneux du pénis mais également dans tout le corps puisque c’est un puissant vasodilatateur. Plus il y a de NO plus le pénis va donc se remplir de sang mais l’excès de GMP cyclique, le signal secondaire, est également éliminé par une phosphodiestérase (type 5) qui dégrade ce GMP cyclique qui comme dans d’autres organes, en particulier les poumons, provoque une vasodilatation et donc un afflux de sang. Le bloquage de cet enzyme par le sildenafil favorise donc une érection durable du pénis.

La délocalisation des essais cliniques : un gros scandale !

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Après le scandale des essais cliniques qui eurent lieu en France pour le compte d’une société portugaise il y a quelques mois, je ne me souviens plus des détails sinon qu’il y eut quelques morts, ressurgit un autre scandale de bien plus grande ampleur. Refroidis par les recours en justice des « cobayes » occidentaux, c’est-à-dire des volontaires de pays européens par exemple comme en France, rémunérés pour ce service très spécial, les laboratoires pharmaceutiques ne se cachent même plus pour effectuer leurs essais cliniques dans les pays dits « du sud ». Plutôt que de payer 5000 dollars un ressortissant d’un pays européen, il est beaucoup moins coûteux de donner généreusement 500 dollars à un Egyptien, un Indien ou encore un Ukrainien, un véritable pactole pour ces derniers ! Au risque de leur vie …

Les grands laboratoires pharmaceutiques ont compris l’avantage de procéder à leurs essais cliniques dans les pays du sud et en 15 ans ce sont dix fois plus d’essais qui sont réalisés dans ces contrées. La corruption gouvernementales aidant, les portes leur sont ouvertes : cela revient presque moins cher que de procéder à des expérimentations sur des souris ou des rats ! En Egypte par exemple pour expérimenter une nouvelle molécule anti-diabétique ou anti-cancéreuse, il n’y a pas de problème, les candidats se précipitent car la couverture sociale santé est pratiquement inexistante et de surcroit, être pris en charge et payé pour tester une nouvelle molécule dans l’espoir de guérir est un véritable cadeau. Pratiquement tous les laboratoires pharmaceutiques ont installé des antennes dans ce pays et s’il y a quelques morts la justice fermera les yeux.

En Afrique du Sud la situation est identique et personne ne semble s’en préoccuper. Là où il y a problème est que ces essais cliniques sont réalisés dans leur suivi par des personnels parfois peu qualifiés et qu’ils se retrouvent ensuite dans les rayonnages des pharmacies et prescrits par les médecins qui ont subi un intense conditionnement marketing de la part de ces mêmes laboratoires. Autant dire que tout concoure pour que les bonnes pratiques cliniques ne soient plus respectées. Après avoir testé leurs nouvelles molécules sur des cobayes humains au rabais, les laboratoire pharmaceutiques, pressés de rentabiliser leurs produits brevetés (un brevet n’est valable que 20 ans), passent sous silence les effets secondaires indésirables et vendent leurs nouvelles molécules hors de prix pour rentabiliser leurs investissements le plus vite possible pour passer à un autre projet.

Les instances régulatrices sont également corrompues et n’ont pas accès aux dossiers des essais cliniques. Elles ferment donc les yeux et il arrive alors que des scandales comme celui du Mediator surgissent et préoccupent l’opinion publique. Mais combien de millions sinon de milliards d’euros (ou de dollars) auront été dépensés par les organismes de protection sociale le plus souvent inutilement car il s’avère que près de 60 % des médicaments prescrits par le corps médical n’ont aucune efficacité !

Source : adapté d’un article paru dans Le Temps. Illustration : essai clinique en Inde.

Le point sur la maladie d’Alzheimer : du gros business !

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Les deux hypothèses relatives au mécanisme d’apparition de la maladie d’Alzheimer se résument ainsi : apparition, d’une part, d’une accumulation de plaques riches en protéine amyloïde-beta puis formation d’amas de protéine tau, d’autre part, avec mort concomitante des neurones. On ne connait toujours pas le mécanisme induisant l’apparition de ces désordres d’ordre structural (voir un prochain billet dans ce blog). Les laboratoires pharmaceutiques ont focalisé leurs recherches sur ces deux protéines et ont mis au point des anticorps recombinants hybrides (à l’aide d’OGMs, n’en déplaise à certains) qui peuvent traverser la barrière cérébrale et neutraliser ces accumulations protéiques.

Après plus de 30 années de travaux de recherche sans succès la firme Lilly vient de se reconvertir à la protéine tau. Les essais cliniques, plus de 150, ciblant la protéine amyloïde ont été décevants voire aggravaient l’état des malades, quelques autres laboratoires se sont aussi orienté récemment vers des anticorps dirigés contre la protéine tau.

Comme on ne sait pas quelle protéine, tau ou amyloïde, est le facteur primaire de déclenchement de la maladie, ni de surcroit la cause première de l’apparition d’une accumulation de ces dernières, les travaux des divers laboratoires cités par Bloomberg n’ont finalement pour but que de réaliser dans un futur incertain le maximum de profits. Les anticorps recombinants hybrides sont en effet hors de prix – qui peut s’offrir un traitement de plus de 30000 dollars par an, même avec une bonne assurance santé privée ? – et cette tendance pourrait bien perdurer car l’homologation de bio-similaires afin de faire baisser les prix est complexe et entourée d’une opacité plus que douteuse (lien sur ce blog). Peut-être bien que les dizaines de milliards engloutis dans ces travaux n’atteindront jamais le stade commercial mais quand on est CEO d’un grand laboratoire pharmaceutique on peut toujours rêver …

Source : Bloomberg

https://jacqueshenry.wordpress.com/2016/04/13/et-si-on-parlait-des-biosimilaires/

Expérimentations sur l’homme : un business juteux !

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Vous êtes chômeur ou vous avez tout simplement une facture urgente à payer, c’est très simple inscrivez-vous comme volontaire auprès de hVIVO, une firme londonienne qui conduit des essais cliniques très particuliers appelés en anglais « Human Challenge Studies » (HCS). La particularité de ce type d’essais est d’inoculer des volontaires avec des bactéries ou des virus – plus ou moins atténués – et de procéder à des études sur des antiviraux, des vaccins ou des antibiotiques encore au stade de développement expérimental. Vous serez logé dans un hôtel de luxe, en quarantaine (il ne faut tout de même pas que vous contaminiez des centaines de personnes) pendant 10 à 15 jours, tous frais payés cela va de soi, et vous percevrez la modique somme de 5000 euros si tout s’est bien passé et éventuellement une prime si vous avez souffert de troubles sérieux.

C’est nettement mieux rémunéré que porter un enfant d’autrui (pour une femme au chômage qui loue son utérus pendant 9 mois), le tarif pratiqué en Espagne étant de 25000 euros. J’ai tenté de trouver des données à ce sujet pour d’autres pays d’Europe : rien de disponible, c’est l’omerta …

Mais revenons à ces essais cliniques qui semblent être pratiqués depuis plus de 25 ans dans la plus totale discrétion. Les commandes proviennent de grands laboratoires pharmaceutiques qui considèrent que les essais cliniques traditionnels sont trop coûteux, trop longs, compliqués à mettre en oeuvre et loin d’être concluants. Le catalogue non exhaustif est parlant : malaria, influenza, shigella, dengue, norovirus, tuberculose, rhinovirus, Escherischia coli, typhoïde, giardia ou encore campylobacter. Ces essais sont effectués sur une poignée de volontaires, une douzaine, et coûtent infiniment moins cher que des essais en phase 2 ou 3 qui atteignent des somme faramineuses de plusieurs centaines de millions de dollars. Ils sont rapides et les effets secondaires sont très vite cernés.

Ce type d’approche n’est pas nouveau puisque le vaccin contre la variole fut mis au point de cette façon par Edward Jenner (voir le lien sur ce blog). Cette approche a été reprise par les Américains dans les années 1940 en infestant 400 prisonniers (contre une remise de peine légère) avec le plasmodium de la malaria en quête de nouveaux produits chimiques pour combattre cette maladie. À peu près au même moment des médecins allemands s’en donnèrent à coeur joie, si l’on peut dire les choses ainsi, avec les prisonniers des camps de concentration. Ces évènement conduisirent à la formulation en 1947 de ce que l’on appelle aujourd’hui le « Code de Nuremberg » qui explicite les règles des essais cliniques, le consentement des volontaires et leur liberté de quitter un essai en cours.

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Des expérimentations de ce genre continuèrent à être pratiquées dans certaines prisons américaines, les personnes incarcérées ayant dûment compris l’objet de l’expérimentation et étant rémunérés 20 dollars par jour pendant la durée de l’essai ! À a fin des années 1980 il s’agissait cette fois d’un essai organisé par l’Université du Maryland sous la direction du Docteur Myron M. Levine et sous l’égide du National Institute of Health pour tester un vaccin contre le choléra (Vibrio cholerae), une bactérie loin d’être anodine. Un service d’hôpital fut mis en quarantaine pour héberger des volontaires qui furent facilement recrutés auprès des institutions religieuses locales. Les travaux ont conduit à la mise au point d’un vaccin contre cette maladie mortelle dans de nombreux pays qui devrait être homologué dans quelques mois. Certains volontaires en gardent un mauvais souvenir comme cet homme à qui on dut perfuser 26 litres d’électrolyte pour le sauver du vrai choléra ! (illustration en début de billet).

Par la suite, le Docteur Levine élargit ce type d’essais cliniques un peu particuliers au typhus et aux norovirus et rotavirus responsables de la gastroentérite. Ces derniers travaux ont conduit à la mise au point d’un vaccin.

Le cas de la malaria à Plasmodium falciparum est également exemplaire. Des essais « HCS » de ce type, ont conduit à la mise au point d’un vaccin dont l’efficacité n’est malheureusement pas totale au cours d’une collaboration entre l’armée américaine et les laboratoires GlaxoSmithKline. Le plus significatif est la découverte du Tamiflu en inoculant le virus de la grippe à des volontaires. Une dizaine de volontaires suffirent pour cerner l’efficacité de ce produit qui reste encore l’un des rares traitements efficaces contre la grippe malgré ses effets secondaires. Ce type d’approche permit également de découvrir quelle était la vraie réponse immunitaire à ce virus, ce qui aida à l’ajustement de la mise au point subséquente des vaccins qui sont maintenant produits chaque année pour protéger des centaines de millions de personnes à risque.

En 2011, le NIH finança un essai clinique de type HCS au cours de la mise au point d’un vaccin contre la dengue, une fièvre hémorragique provoquée par un virus proche du Zika. Un sous-type de virulence naturellement atténuée fut utilisé et les volontaires, une vingtaine, après avoir été « vaccinés » furent délibérément inoculés avec le virus natif. Tous résistèrent à ce type de virus, une expérience qui n’est pas sans rappeler l’essai d’Edward Jenner avec la variole et la forme atténuée du virus bovin cowpox. Ces essais ont été repris avec succès au Brésil au début de cette année 2016 en vaccinant 17000 personnes.

Le Docteur Levine, cependant, a décliné sa participation à des essais sur des volontaires dans le cadre de la mise au point d’un nouvel antibiotique et d’un vaccin contre la bactérie Neisseria gonorrhoeae (la blennorragie ou « chaude-pisse ») considérant qu’inoculer cette bactérie dans l’urètre de volontaires masculins dépassait, selon lui, les limites de l’éthique médicale. Ce n’est pourtant pas un hasard si de tels essais ont été envisagés car la bactérie responsable de la blennorragie devient résistante à pratiquement tous les antibiotiques.

Il reste que malgré certaines prises de position hostiles contre la pratique des HCS les comités d’éthique ont normalisé cette approche clinique et elle reste un outil très utile pour le développement rapide de nouvelles voies de prévention de nombreuses maladies.

Source et illustrations : http://www.sciencemag.org

https://jacqueshenry.wordpress.com/2015/06/22/retour-sur-linvention-du-vaccin-contre-la-variole-et-la-situation-actuelle/

Lien : hvivo.com

Les essais cliniques pour les médecines alternatives : une bouffonnerie !

 

La médecine a un peu perdu les pédales (comme la climatologie prospective) en ce sens que depuis une vingtaine d’années on dépense des fortunes pour réaliser des études en « double aveugle » sur d’innombrables volontaires dûment rétribués pour tenter de prouver que l’homéopathie est bien efficace pour ne citer que cet exemple trivial tant il défie les lois du bon sens et les lois basiques de la chimie. J’ai déjà écrit plusieurs billets dans ce blog sur l’homéopathie qui est une supercherie au même titre que la climatologie telle qu’elle est pratiquée par les « spécialistes de l’IPCC » et le mot supercherie est modéré. Il faut pour comprendre l’immensité de cette imposture faire quelques rappels. En chimie une grandeur bien connue est le nombre d’Avogadro qui stipule que par exemple 12 grammes de carbone sont constitués de six-cent-mille millions de milliards d’atomes de cet élément, un six suivi de 23 zéros, ça laisse rêveur. Pourtant les firmes qui produisent des médicaments dits homéopathiques proposent des dilutions de la matière active supposée présente dans les petits tubes de couleurs variées qui vont jusqu’à un facteur de 10 suivi de 59 zéros. Il n’est pas compliqué de comprendre que l’ampleur de la supercherie est tellement gigantesque qu’elle laisse aussi rêveur… Et pourtant les adeptes de l’homéopathie continuent à faire confiance à cette médecine alternative, le « vitalisme » prôné par Samuel Hahnemann il y a près de deux siècles. Sa doctrine se résume ainsi : plus on dilue la cause du mal plus le sujet est ensuite protégé. Scientifiquement c’est vraiment n’importe quoi.

Mais dans le genre des médecines alternatives il y a pire encore et ça vient de sortir ou plutôt c’est de plus en plus « tendance », la médecine par l’énergie, un nouveau concept émanant de la tête dérangée d’un moine bouddhiste japonais et qui s’appelle le Reiki, en japonais 霊気 , une médecine centrée sur l’imposition des mains sur le sujet, un transfert d’énergie, un truc invraisemblable supposé être efficace. C’est exactement comme le toucher thérapeutique, une autre médecine extravagante, ou encore la réflexologie, la sophrologie, la thérapie cranio-sacrée, l’acupuncture et l’homéopathie, je viens de parler de cette dernière. Alors que les progrès fulgurants de la biologie moderne et en particulier de la biologie moléculaire et de la génétique ne cessent d’identifier et de confirmer les causes intimes de nombreuses pathologies, il existe une frange de médecins (ou prétendus tels) ayant pignon sur rue qui pratiquent ce genre de charlatanisme avec la bienveillance indécente de l’administration dite de protection sociale. Il faut croire que leurs patients y croient et qu’ils sont consentants, donc consentants ils guériront, à coup sûr !

Je voudrais ici citer un exemple vécu : une de mes amies souffrait d’un cancer du sein dont elle aurait pu parfaitement survivre. Cela se passait il y a environ une trente d’années et elle choisit par conviction personnelle de se soigner par « herbothérapie », une médecine alternative par les plantes qui fit qu’au bout de moins d’une année elle succomba d’un cancer généralisé, pratique contre laquelle je n’eus de cesse de la mettre en garde mais en vain …

Des millions de dollars ont été dépensés en pure perte pour mettre en place des essais cliniques relatifs aux agents chélatants supposés contribuer à une meilleure balance des minéraux dans l’organisme et pour soit-disant réguler « l’acidité des fluides corporels », encore une notion totalement surréaliste et dangereuse, l’obsession de l’acidité, j’y reviendrai dans un prochain billet. Après des années d’investigations variées la conclusion fut qu’aucun effet des agents chélatants ne pouvait être clairement reconnu. Comme pour le cancer du pancréas pour lequel un régime essentiellement basé sur des légumes et des fruits était supposé être efficace, là encore les résultats furent décevants, quelques dizaines de millions de dollars plus tard, la mortalité par cancer du pancréas n’avait pas diminué du tout avec ce genre de pratique fallacieuse. Et l’explication est simple, ces médecines dites alternatives ne sont basées sur aucune évidence scientifique et les essais cliniques n’ont aucune justification éthique ! Il s’agit de croyances populaires qui paraissent invraisemblables aujourd’hui comme est tout aussi invraisemblable le créationisme, pour ne faire que ce rapprochement … On a l’impression que l’humanité régresse, qu’elle croit encore à la magie ou pire encore à la sorcellerie, c’est triste et inquiétant.

Un essai clinique doit suivre le schéma parfaitement logique ci-après et si les résultats sont négatifs (objectivement) le produit ou la procédure seront abandonnés et on n’y reviendra pas :

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Source : Trends in Molecular Medicine

Maladresse ou malhonnêteté délibérée des laboratoires pharmaceutiques ? Le cas des nouveaux anti-coagulants.

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Pour toutes sortes de raisons on ne peut pas vraiment dire que les compagnies pharmaceutiques ont bonne réputation. On ne peut donc pas laisser planer de soupçons au sujet de leurs motivations et des procédures qu’ils utilisent pour s’assurer de la sécurité des patients. Un exemple parmi d’autres est révélateur de la quasi désinvolture de ces compagnies pharmaceutiques en ce qui concerne justement l’évaluation des risques de nouvelles spécialités au cours des essais cliniques, il s’agit du remplacement de la Warfarine par d’autres anticoagulants « plus modernes ». La Warfarine dont l’autorisation de mise sur le marché date de 1954, excusez du peu, a fait ses preuves comme anticoagulant prescrit pour prévenir les thromboses et les embolies. Le seul souci si l’on peut dire de l’usage de la Warfarine est qu’il est nécessaire d’effectuer périodiquement des tests de temps de coagulation du sang afin d’éviter les risques d’hémorragie induits par ce produit. Comme c’est un produit robuste, peu coûteux et familier au corps médical, les laboratoires pharmaceutiques ont activement recherché d’autres anticoagulants ne nécessitant pas ces tests de temps de coagulation qui doivent au moins être effectués par une infirmière ou un médecin, bref du bon pain à prendre avec de gros bénéfices à la clé.

C’est ainsi que l’arrivée de nouveaux produits aussi efficaces que la Warfarine administrés par voie orale et prétendument moins risqués en termes d’hémorragies, donc moins coûteux à utiliser puisque les patients ne sont plus obligés de procéder régulièrement à des tests, semblait constituer une avancée non négligeable à tel point qu’ils ont reçu leur autorisation de mise sur le marché selon une procédure simplifiée et plus rapide. Il s’agit du Dabigatran (Pradaxa en Europe, Prazaxa au Japon, Boehringer Ingelheim) et du Rivaroxaban (Xarelto, Bayer) l’un inhibiteur de la thrombine, l’autre du facteur de coagulation Xa. Bref, tout le monde semblait heureux de voir apparaître des anticoagulants sans risques, surtout les laboratoires pharmaceutiques, naturellement. Or après les homologations de ces deux produits aux alentours de 2010-2011, il s’est avéré que les risques d’hémorragie étaient beaucoup plus élevés que ne le prétendaient tant Boehringer Ingelheim que Bayer selon les documents remis aux certificateurs par ces deux groupes pharmaceutiques. Une étude récente parue dans le British Medical Journal en open-acces ( doi: http://dx.doi.org/10.1136/bmj.g4670 ) met directement en cause les laboratoires Boehringer Ingelheim sans « mâcher » ses mots et parlant même de malhonnêteté flagrante ! Tout simplement parce que ce laboratoire pharmaceutique a omis (ou oublié) de mentionner les risques d’hémorragie et donc de conseiller comme pour la Warfarine un contrôle sanguin périodique. Naturellement le laboratoire mis en cause directement par des praticiens indépendants ayant enquêté auprès des autorités de certification s’est véhémentement défendu. Il se trouve que Boehringer Ingelheim doit maintenant faire face à une class-action réunissant aux USA plusieurs milliers de plaignants victimes d’hémorragies intempestives réclamant à ce laboratoire la coquette somme de 650 millions de dollars.

Comment et pourquoi en est-on arrivé à ne plus se soucier finalement de la sécurité des malades ? Y aurait-il conflit d’intérêt au niveau des régulateurs ? La réponse est beaucoup plus simple et réside dans la manière dont les essais cliniques sont conduits et comment les effets adverses de ces nouveaux produits sont étudiés. Même le meilleur protocole d’études cliniques ne peut pas a priori détecter des effets secondaires indésirables et ce travers tient au fait que l’essai clinique est en lui-même artificiel, les patients étudiés ne sont pas choisis au hasard, loin de là, et les posologies et les durées de traitement sont également prévues pour justement réduire l’apparition d’effets secondaires indésirables. En aucun cas les essais cliniques, aussi parfaits soient-ils sur le papier, ne peuvent refléter les conditions d’utilisation réelle ni la réaction des patients à ces produits. Il est donc compréhensible qu’après une certaine période d’utilisation il puisse apparaître ces effets néfastes au détriment de la santé des malades.

Dans le cas particulier du Pradaxa, les essais cliniques n’ont pas suffisamment pris en compte les malades âgés ni ceux souffrant par ailleurs de problèmes rénaux et ce point est important à souligner puisque ce sont précisément ces malades-là qui sont les plus susceptibles à des complications hémorragiques. Selon l’étude du BMJ, tout produit nouveau, quels que soient les essais cliniques effectués, doit faire l’objet d’une pharmaco-vigilance renforcée mais il y a encore un problème avec cette approche plus pragmatique, la pharmaco-vigilance n’est pas vraiment une science exacte car elle s’appuie sur le retour d’expérience des médecins traitants eux-mêmes informés par leurs malades. Dans le cas précis du Pradaxa, les dernières études réalisées n’ont pas pu montrer de différence significative entre ce produit et la Warfarine en terme de sécurité d’utilisation. Toujours est-il que Boehringer Ingelheim est clairement montré du doigt et suspecté d’avoir dissimulé sciemment les résultats « négatifs » de ses essais cliniques, une pratique qui devrait avec l’open-data être sévèrement condamnée et mieux contrôlée dans l’avenir par le régulateur. La mise en place d’un tel système oeuvrera à terme vers des médicaments moins risqués pour les malades sans pour autant augmenter substantiellement les coûts des études cliniques.

Pour l’anecdote, ce qui n’a rien à voir avec le sujet de ce billet, la Warfarine est utilisée comme raticide car elle provoque de violentes hémorragies chez les rongeurs … La Warfarine est un dérivé du dicoumarol issu d’une attaque fongique du mélilot qui transforme la coumarine, donnant son odeur caractéristique à cette plante, en ce dicoumarol, un puissant anticoagulant naturel. Cette transformation provoque la « maladie du mélilot » chez les bovins sévèrement anémiés en raison d’hémorragies à répétition si le foin contient du mélilot attaqué par des champignons.

Sources : BMJ et theconversation.com