La première mondialisation financière : l’argent de Potosi

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Il ne reste aujourd’hui qu’une montagne dont la base se trouve à plus de 4000 mètres d’altitude, rongée de l’intérieur par des milliers de galeries de mine, entourée d’une ville de près de 150000 habitants menacés d’être les victimes d’un éboulement de cet édifice pierreux. En effet, cette montagne, le Cerro Rico qui se trouve en Bolivie renferme encore d’importantes réserves de minerai d’argent et d’étain.

Le Cerro Rico (montagne riche) de Potosi fut intensivement exploité pour extraire l’argent du minerai dès les années 1530 et la technique de l’amalgame avec du mercure mise au point au début des années 1550 par le Sévillan Bartolomé de Medina au Mexique provoqua une augmentation spectaculaire de la production d’argent. En quelques années cette bourgade compta plus d’habitants qu’aujourd’hui ce qui en fit la plus grande ville du monde avec jusqu’à 200000 habitants, plus peuplée que Londres, Milan, Séville ou Paris en comptant les milliers de travailleurs forcés dont l’espérance de survie était limitée à quelques mois. Il fallait extraire l’argent à grande échelle et elle devint également la première grande ville industrielle du monde. Potosi était enviée par les rois, en particulier le Roi d’Espagne, pays propulsé première super-puissance financière mondiale.

Les mineurs littéralement kidnappés dans tout les pays environnants et forcés de travailler pour extraire chaque jour près d’une tonne de minerai et le descendre sur les pentes de la montagne dans des sacs pesant jusqu’à 50 kilos jusqu’aux centres de purification avaient une espérance de vie très limitée et il fallait renouveller cette main-d’oeuvre gratuite chaque jour. Durant la période la plus active, de 1570 à 1610, toute cette main-d’oeuvre forcée à travailler dans la mine du Cerro Rico provoqua un effondrement démographique de la Bolivie mais aussi de l’Equateur et du nord du Chili. L’argent commença alors à se raréfier mais l’exploitation de la montagne pour extraire l’argent se termina au début du XIXe siècle. Aujourd’hui seul l’étain est encore extrait avec un peu d’argent.

Les conséquences de cette afflux massif d’argent vers l’Europe furent immenses. Le commerce fut bouleversé, que ce soit le trafic d’esclaves, les tissus, les épices et bien d’autres produits tout autour de la planète. Il provoqua des guerres (il faisait plutôt froid à l’époque en Europe) entre les Espagnols, les Anglais et les Hollandais mais cet argent les aida aussi à maîtriser les ambitions territoriales des Ottomans. L’afflux de monnaie conduisit à des bulles spéculatives commerciales jusqu’à Macao en Chine (dynastie des Mings) mais aussi en Andalousie, en France et en Hollande avec la première globalisation de l’économie qui pénétra aussi les tribus arabes nomades. Et pourtant ce n’était pas de la fausse monnaie comme aujourd’hui mais les effets pervers de cet afflux gigantesque de monnaie ont pourtant tendance à se reproduire aujourd’hui avec la confusion faite par les économistes et le monde politique entre monnaie, strict intermédiaire dans les échanges commerciaux, et création de richesse, ce qu’Adam Smith avait parfaitement décrit. L’afflux massif d’argent depuis Potosi provoqua cette confusion qui mènera plus tard le royaume d’Espagne à la ruine.

Brève réflexion au sujet de la Syrie : les djihadistes de retour

Après le refus de Washington d’accueillir une djihadiste de retour de Syrie je me suis posé une question que nulle part les médias ont avancé. Pourquoi en 1939 les pays européens ont accueilli à bras ouverts les combattants des brigades internationales qui étaient intervenus en Espagne. Il s’agissait bien, si je ne me trompe pas, de troupes non officielles intervenant dans un pays étranger comme ceux qu’on appelle des djihadistes sont intervenus en Syrie sans mandat officiel.

L’histoire se répète … Certes Franco est devenu par la suite un dictateur, mais je me permets de douter qu’Assad devienne lui aussi un dictateur sanguinaire puisqu’il est soutenu par une grande majorité de la population syrienne. À moins que je sois mal informé Franco était un militaire ambitieux voulant débarrasser son pays des exactions des Républicains qui tuaient des prêtres, violaient des religieuses, massacraient des propriétaires terriens et mettaient à sac des monastères en brûlant des bibliothèques irremplaçables. À ma connaissance Assad ne fit rien de tout cela avec son peuple. De plus ce n’est pas un militaire mais un médecin.

Les gouvernements de pays occidentaux alliés des Américains sont de sales faux-culs !

Brève : Qu’est devenu Hervé Falciani ?

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Arrêté en Espagne et mis à l’ombre par la mafia madrilène au pouvoir et qui se plie aux dictakts de l’Opus Dei – le vrai gouvernement espagnol – Falciani est considéré comme une monnaie d’échange pour rapatrier de Suisse deux « dissidents » séparatistes catalans. La soeur du roi d’Espagne vit très confortablement à Genève, merci pour elle …

Il est tout à fait probable que comme pour le vol MH17 on n’en saura rien avant longtemps. Sommes-nous encore en Europe un ensemble de pays respectant les rêgles fondamentales de la démocratie ? On peut en douter en considérant les errances de la justice néerlandaise et de celle de Madrid, justice pourtant considérée comme indépendante du pouvoir. Il faut croire que l’Opus Dei a gros à cacher avec les « HSBC-leaks ». La corruption espagnole à grande échelle ne date pas d’aujourd’hui : c’est Franco qui l’a organisée main dans la main avec l’Opus Dei. Pour le vol MH17 c’est une toute autre corruption organisée, celle-là, par la CIA. Qu’il est beau ce monde dans lequel nous vivons …

https://jacqueshenry.wordpress.com/2018/04/07/laffaire-hsbc-falciani-rebondit-la-faute-aux-democraties-corrompues/

Illustration : HSBC à Hong-Kong

Catalogne : on se croirait dans les années 1930 tant en France qu’en Espagne.

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Pendant la Guerre civile espagnole, appelée en Espagne « la Guerre de 1936 », beaucoup de dirigeants politiques loyalistes et de membres du gouvernement républicain émigrèrent pour organiser le combat contre la dictature fasciste du Generalissimo Francisco Franco depuis l’étranger. Cette année 2018 ressemble de plus en plus à 1939. Après la chute de la deuxième république espagnole entre les mains de Franco, qui avait bénéficié de l’aide de l’Allemagne nazie et de l’Italie fasciste, le Président de l’Espagne Manuel Azana et le Premier Ministre Juan Negrin s’exilèrent en France. Après la déclaration d’indépendance de la Catalogne le 27 octobre 2017 par le Parlement catalan suivie de la dissolution du gouvernement de la Généralité de Catalogne par le successeur proto-fasciste à la Franco, Le Premier Ministre d’Espagne Mariano Rajoy, les membres clés du gouvernement catalan s’exilèrent. Le Président de la Généralité de Catalogne (en réalité le Premier Ministre) Carles Puigdemont et 4 de ses ministres ont fui en Belgique pour éviter d’être arrêtés par les forces de sécurité de Rajoy.

D’autres dirigeants catalans ont été emprisonnés à Madrid où ils attendent d’être jugés pour sédition et rébellion. La dirigeante du parti pro-indépendantiste (Candidature Unité Populaire, CUP) Anna Gabriel a demandé l’asile politique à la Suisse d’où elle a déclaré au quotidien Le Temps (Genève) : « Je n’irai pas à Madrid … Puisque je ne pourrai pas avoir un procès équitable en Espagne, j’ai choisi un pays qui peut protéger mes droits« . Comme avec les loyalistes emprisonnés sous le régime de Franco les leaders indépendantistes catalans qui ont obtenu la majorité dans le parlement nouvellement élu risquent d’être condamnés à des années de prison par le régime de Madrid soutenu par l’Union Européenne. Rajoy, suivant les traces de Franco, a nommé comme Premier Ministre de la Généralité de Catalogne non pas une Catalane mais une Espagnole castillane en la personne de Maria Soraya Saenz de Santamaria Anton. Rajoy, comme d’ailleurs Franco est originaire de Galice. La dictature de Franco fut réputée pour effacer tout pouvoir catalan, la langue, la culture et l’identité régionale et Rajoy, dont le Parti Populaire (PP) est l’héritier des Phalangistes de Franco, fait tout ce qui est en son pouvoir pour imiter l’inspirateur idéologique de son parti politique. Mais contrairement à 1936 où ce furent Adolf Hitler et Benito Mussolini qui se rallièrent à Franco, en 2018 ce sont le Commission Européenne de Jean-Claude Junker et le Président du Conseil européen Donald Tusk qui soutiennent Rajoy.

Seule un poignée de pays reconnurent le gouvernement espagnol en exil, dont le Vénézuela et le Mexique.

Malgré le fait que la France ne reconnut pas le gouvernement espagnol en exil, elle accueillit cependant quelques dirigeants politiques républicains. Globalement la France était tout aussi opposée aux Républicains espagnols en 1939 qu’elle l’est aujourd’hui aux Catalans aujourd’hui. Deux Présidents du Conseil de gauche, Léon Blum et Edouard Daladier requirent des personnels militaires républicains espagnols demandant l’asile de se regrouper dans les « centres d’accueil » de Saint-Cyprien, Gurs et Le Vernet qui devinrent rapidement des camps de concentration. Quand l’Allemagne nazie envahit la France en juillet 1941 les réfugiés républicains espagnols furent déportés dans des camps de concentration en Allemagne où ils moururent. Ironiquement Blum et Daladier furent aussi déportés à Buchenwald et Dachau avec les réfugiés espagnols qu’ils avaient parqué dans des camps en France. En refusant d’accueillir le gouvernement catalan en exil de Puigdemont, le Président Français Emmanuel Macron a suivi l’exemple de Daladier et de Blum : accueillis oui, mais dans des camps de concentration … Puigdemont et 4 de ses ministres ont été les biens-venus en Belgique où le puissant parti indépendantiste flamand les a assurés qu’ils n’avaient rien à craindre du mandat d’arrêt international dont il font l’objet d’Interpol.

Le Président vénézuélien Nicolas Maduro a été l’un des rares leaders politiques à soutenir l’indépendance de la Catalogne, déclarant : « Résistez Catalogne ! L’Amérique Latine vous admire« . Au contraire le Mexique, qui avait apporté son soutien au gouvernement loyaliste républicain espagnol n’a pas été aussi bienveillant avec la Catalogne. Le Ministre des Affaires Etrangères mexicain Luis Videgaray Caso a déclaré au journal espagnol El Pais : « Si la Catalogne se sépare de l’Espagne mon pays ne la reconnaîtra pas en tant que pays indépendant« . L’Assemblée Nationale du Québec a apporté son soutien à la Catalogne mais le Premier Ministre canadien Justin Trudeau a fait une déclaration typiquement conforme à sa qualité de militant du Parti Libéral canadien pour le respect de la constitution espagnole, de facto un clin d’oeil bienveillant aux autorités de Madrid pour leurs actions.

Depuis le Vatican, le Pape François, faisant de son mieux pour imiter son prédécesseur le Pape Pie XII notoirement pro-nazi qui accéda au trône de Saint-Pierre en 1939, l’année même où les loyalistes espagnols furent contraints à l’exil, a condamné les indépendantistes catalans et soutenu l’Union Européenne dans le même temps. Ce n’est pas un secret : la papauté voit en l’Union Européenne un nouveau Saint Empire Romain. Pie XII n’a fait aucune objection quand le confesseur personnel de Franco, le Père Josemaria Escriva, a fondé l’ordre pro-fasciste Opus Dei. Selon son assistant personnel Escriva déclara : « Hitler n’a pas pu être une aussi mauvaise personne. Il n’a pas pu tuer 6 millions de personnes. Il n’a pas pu y en avoir plus de 4 millions« . Escriva a donné l’aval de l’Eglise catholique espagnole pour que Franco détruise les identités culturelles tant de la Catalogne que du Pays Basque.

L’Opus Dei a soutenu divers régimes fascistes dans le monde, les juntes en Argentine, le pays natal du Pape François. Comme le Père Jorge Mario Bergoglio à Buenos-Aires, François a été accusé d’avoir livré deux prêtres aux forces de sécurité de la junte argentine durant la Sale Guerre des années 1970. La propagande vaticane a tenté de laver l’honneur du Père Bergoglio en niant ses sympathies fascistes pro-régime. Il n’est donc pas étonnant que le Pape actuel se tienne coude-à-coude avec le gouvernement de Rajoy, infesté par l’Opus Dei. les proto-fascistes de Madrid qui comprennent aussi le monarque Bourbon corrompu Felipe VI, et enfin le Saint Empire Romain moderne qui dirige l’Europe depuis ses quartiers à Bruxelles.

Comme c’était le cas durant la guerre civile espagnole, les Bretons et les Corses en France se sont rangés du côté des indépendantistes catalans exactement comme leurs grands-parents on soutenu les loyalistes espagnols comme le firent les Catalans et les Basques à la fin des années 1930. Même si la coalition de Macron a obtenu la majorité lors des élections législatives en 2017 cette coalition n’a obtenu aucun siège de député en Corse. Jean-Guy Talamoni, président de l’Assemblée régionale de Corse, a déclaré que d’ici 10 ans la Corse suivrait la Catalogne en déclarant l’indépendance de l’île. La Catalogne et la Corse ne sont pas des pays indépendants et c’est le résultat de traités entre monarques européens datant de plusieurs siècles (Traité d’Utrecht, 1715). Aujourd’hui, en lieu et place des têtes régnantes c’est une création de la famille Rothschild qui est au Palais de l’Elysée à Paris et un Premier Ministre proto-fasciste au Palais Moncloa à Madrid qui déterminent le futur de la Catalogne et de la Corse. Ils font preuve d’autorité pour supprimer les identités culturelles et politiques de ces régions aspirant à devenir des nations européennes et il faut inclure le Pays Basque de chaque côté de la frontière franco-espagnole

Exactement comme les troupes de Franco patrouillaient le long de la frontière le long de la chaine des Pyrénées pendant la guerre civile recherchant des loyalistes faisant le va-et-vient entre France et Espagne, le Ministre de l’intérieur actuel, Juan Ignacio Zoido, un Andalou, a ordonné le renforcement des patrouilles de la Guardia Civile le long de la frontière avec la France pour éviter que Puigdemont rentre clandestinement en Catalogne depuis la France. Zoido a déclaré au Daily Telegraph qu’il avait tout mis en oeuvre pour que les forces de sécurité soient en alerte permanente et recherchent activement Puigdemont et les autres exilés, « par hélicoptère, caméras infra-rouge et par bateau ». Zoido aurait pu être un excellent général de Franco dans les années 1930.

Contrairement aux dirigeants du régime de Rajoy qui a fait un usage abusif de la Cour de Justice et des institutions pour jeter en prison les leaders politiques catalans sous le prétexte de sédition et de rébellion, le mouvement indépendantiste catalan a toujours été très clair en ce qui concerne son projet politique. En vertu des lois électorales de Catalogne les trois partis indépendantistes ont acquis la majorité au Parlement de la Généralité. Cette majorité désire être libérée des chaines de l’impérialisme castillan et de la supériorité culturelle et politique de Madrid. Les leaders indépendantistes catalans en exil en Belgique, en Suisse et dans d’autres pays n’ont pas d’agenda caché et ne sont pas non plus des marionnettes de Moscou comme l’ont suggéré certaines personnalités politique européennes. La cause catalane rappelle un passage du fameux poète catalan Joan Salvat-Papassei :  » Si j’étais un bandit ou un voleur, les geôliers de ce monde n’attraperaient pas mon ombre, alors ils ne pourraient pas retrouver mon chemin …« .

Article de Wayne Madsen (The Strategic Culture Foundation, strategic-culture.org ) paru sur le site ZeroHedge le premier mars 2018. Illustration Strategic Culture. Wayne Madsen est journaliste d’investigation, membre de la Société des Journalistes Professionnels (SPJ) et du National Press Club des USA. Sans commentaire.

La crise financière à venir ? Peut-être une origine imprévisible !

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Les analystes financiers m’amusent toujours quand je lis, ou entends parfois, leurs boniments, de la sauce tiède répétée depuis des années toujours sur la même longueur d’onde : ce sont les banques centrales qui sont fautives … C’est tellement facile de déclarer qu’il faut acheter de l’or pour préserver son épargne ou même des yens, ça vient de sortir ! Comme l’extraction de l’or est très très loin de satisfaire la demande et qu’il y a d’autres métaux précieux qui pourraient être une alternative mais que ce n’est pas à la portée de n’importe quel pékin moyen d’acheter un lingot de palladium ou de praséodyme alors il faut se rendre à la réalité : tout le système financier est profondément vicié et l’actualité vient d’en fournir une démonstration tellement évident qu’elle en est presque caricaturale. Et pourtant ce « f ait divers » est passé presque inaperçu (sauf pour les initiés dont je ne fais pas partie) tant la presse main-stream avait reçu des dirigeants des divers pays européens l’ordre de tout simplement oblitérer cette information de la plus haute importance : pourquoi le conglomérat britannique Carillion a-t-il fait faillite, une faillite très embarrassante pour Madame May, Premier Ministre de Sa Majesté ?

Ce fait divers apparemment anodin pour le non-initié dont je ne fais pas partie, je le répète, est tout à fait révélateur de l’ampleur de la corruption du monde financier internationalisé tel qu’il est aujourd’hui et cette corruption à grande échelle échappe de par son concept à tout contrôle, d’où la catastrophe pour la Grande-Bretagne, le pays de la « City », la place financière la plus importante d’Europe et donc de cette même City qui se garde bien de ventiler une quelconque information sur la débâcle de Carillion. Avez-vous lu un article dans la presse aujourd’hui au sujet de Carillion ? Certainement pas ! C’est trop dérangeant.

Que s’est-il passé au juste ? Carillion, une société acoquinée avec le gouvernement britannique pour gérer un certain nombre de services nationaux, est auditée comme toutes les entreprises cotées en bourse, c’est la loi, afin de publier ses comptes et son bilan. Il se trouve que les sociétés d’audit en font carrément à leur guise pour non pas effectuer un travail honnête vis-à-vis du législateur mais pour satisfaire les actionnaires des sociétés qu’elles gèrent sous contrat. S’il y a un « lézard » elles s’empressent de le dissimuler car elles sont ultra-puissantes et aussi parce qu’elles travaillent main dans la main avec les politiciens, les autorités financières et ces mêmes actionnaires des sociétés clientes, un mélange des genres pour le moins stupéfiant.

En Europe il existe 4 sociétés d’audit de taille monstrueuse dont le rôle, nous allons le découvrir, prête à confusion : Deloitte, Ernst & Young, KPMG et PwC (Price waterhouse Coopers). Ce sont les « Big Four » depuis la disparition d’Arthur Andersen qui ne résista pas à ses malversations lors de la faillite scandaleuse d’Enron qui révéla d’ailleurs la manière d’agir de ces sociétés d’audit très particulières. Ces « Big Four » ont en charge l’audit de 497 des 500 compagnies cotées à New-York au S&P 500, 99 des 100 sociétés cotées au FTSE à Londres et dans l’Union Européenne plus de 90 % des sociétés cotées en bourse font appel aux services de ces « Big Four ». Il ne faut donc pas s’étonner d’entre-apercevoir dans quel niveau de corruption ces sociétés évoluent en toute impunité avec la protection des gouvernements. En effet, et surtout quand elles auditent des compagnies ayant de gros contrats avec les gouvernements en place, il s’agit de dissimuler le fait que ces gouvernements sont souvent de mauvais payeurs, d’une part, et que les marchés entrent souvent – c’est le cas ce Carillion – dans un cadre monopolistique financé par des fonds publics. Or toutes les sociétés gérées en quelque sorte et pas seulement auditées par ces « Big Four » ont aussi des actionnaires qu’il faut rémunérer, c’est normal.

Et c’est là où le bât blesse et avec Carillion on va (peut-être, espérons-le) en entendre parler : ces « Big Four » ont en réalité une double casquette puisqu’elles évoluent au coeur de la finance, que ce soit à Paris, Londres, Madrid, Milan, Francfort, New-York ou Amsterdam : elles doivent faire en sorte de satisfaire les actionnaires, les traders des bourses, mais aussi les dirigeants des sociétés qu’elles ont sous gestion.

On se trouve très exactement dans le cas de figure de la corruption financière organisée. Les gouvernements ne peuvent strictement rien faire pour tenter de réguler l’activité délictueuse de ces « Big Four » car ils n’en ont plus le pouvoir, tout simplement ! Prenons l’exemple de Carillion et des 4 sociétés d’audit qui ont de près ou de loin été sollicitées pour gérer les comptes de cette entreprise. Au final c’est KPMG qui a approuvé l’état du bilan de Carillion alors que la dite société avait accumulé plus de 2,6 milliards de livres de dettes seulement pour les pensions de ses employés retraités. Acculée Carillion a été obligée de vendre des actifs uniquement pour payer les dividendes de ses actionnaires, essentiellement des banques et des organismes financiers eux aussi audités par ces mêmes « Big Four », c’est dire dans quel mélange des genres ou conflit d’intérêt KPMG, entre autres, a nagé sciemment ! Et KPMG était naturellement au courant des moindres détails de l’état délabré des finances de son client …

Lors de la crise financière des caisses d’épargne espagnoles c’est Deloitte qui a pris en charge l’audit des comptes de Bankia, une structure de défaisance mise en place par le gouvernement espagnol pour renflouer les caisses d’épargne locales et régionales et financée finalement par les contribuables, les actionnaires ayant perdu jusqu’à leurs chaussettes dans la faillite de Bankia qui survint moins de 6 mois après l’audit « R.A.S. » de Deloitte. Deloitte a agi main dans la main avec les autorités en charge du contrôle des marchés financiers à Madrid ce qui est totalement contraire à la déontologie basique. Le gouvernement espagnol a laissé faire et il n’est pas déraisonnable de se demander qui gouverne un pays et non pas seulement l’Espagne, le Premier Ministre et le Parlement ou les sociétés d’audit ?

Une autre faillite notoire encore une fois en Espagne et qui illustre l’étrange collusion entre le pouvoir, cette fois au sujet des énergies renouvelables, et ces « Big Four » qui n’en font qu’à leur guise et sont de facto au dessus des pouvoirs politiques et donc des lois : la faillite fracassante du géant espagnol de l’énergie « verte » Abengoa, en 2016. Deloitte, encore une fois, avait trafiqué en toute connaissance de cause, mais pour la bonne cause du réchauffement climatique, les comptes de la société. Cette affaire fut révélée par un étudiant en économie à l’Université de Barcelone qui constata en rédigeant son mémoire de fin d’étude qu’Abengoa, suivant les conseils de Deloitte, avait mis un signe « plus » devant ses pertes. Des centaines de milliers de petits actionnaires furent spoliés sans aucun recours et finalement le gouvernement espagnol supprima dans la foulée toute aide aux sociétés impliquées dans les énergies renouvelables : « chat échaudé par le réchauffement climatique craint l’eau chaude » !

Pour en terminer avec les « Big Four » ces compagnies au dessus de toutes les lois ont réalisé en 2017 un profit à l’échelle mondiale de 134 milliards de dollars – vous avez bien lu il n’y a pas d’erreur – et aucun gouvernement n’osera toucher à leur monopole de fait car tout est organisé par et pour la finance qui est maître en dernier ressort. Ces « Big Four » sont trop grosses, sont trop importantes dans leur activité qui est en totale collusion avec les financiers, les entreprises et par voie de conséquence avec les politiciens pour qu’une régulation puisse leur être appliquée, on pourrait imaginer en quelque sorte un audit public de ces sociétés d’audit réalisée par les députés, mais c’est de la pure fiction … Leurs dirigeants, comme ceux d’ailleurs des grandes banques, sont au dessus des lois et n’iront jamais en prison comme ce devrait être le cas pour les dirigeants de KPMG avec l’affaire Carillion. Tout le système est bouclé et ce sont au final les contribuables, toujours et encore, qui paient pour ces malversations cyniques.

Inspiré d’un article de Don Quijones paru sur le site wolfstreet.com et illustration : site anglais de KPMG au Canary Wharf à Londres, société dont le siège social se trouve aux Pays-Bas.

Le vin français vu de la Suisse Romande : tout un programme !

Article paru dans le quotidien en ligne Le Temps daté du 5 décembre 2017

Des pratiques étatiques hors d’âge altèrent le vin français

La rigidité des systèmes d’autorisation des plantations et de certification péjore la productivité du vin français et explique la baisse d’un quart de sa part au marché mondial de l’exportation. L’Institut de recherches économiques et fiscales propose des pistes de réforme.

Note : « péjore », le verbe péjorer n’est plus utilisé en France il faut dire « pénalise », « altérer » est aussi un verbe dont le sens en français de la Suisse romande est plutôt nuire, il faut donc lire « nuisent »)

Le marché du vin est de plus en plus international: 42% des vins ont traversé les frontières en 2016, contre 30% il y a 15 ans. La valeur des échanges a plus que doublé en 15 ans.

Sous l’effet des grands crus, la France reste leader en termes de valeur. Mais en volume, la part des exportations françaises est tombée de 29% à 20% du total des exportations mondiales en 15 ans, selon une analyse de l’Institut de recherches économiques et fiscales (IREF, Caluire et Cuire, Rhône, France). À l’inverse, les exportations viticoles espagnoles sont passées de 15% à 24%. Le Chili a doublé sa part de marché et la Nouvelle-Zélande l’a triplée.

L’Italie et l’Espagne deux fois moins chères

En dehors des grands crus et de quelques exceptions comme le Prosecco (voir note en fin de billet), les vins européens perdent du terrain, parce que les producteurs peinent à s’adapter et à devenir flexibles, selon l’IREF. Mais le recul est entièrement dû à la France. Les vins espagnols et italiens sont moitié moins chers dans les segments d’entrée de gamme.

L’empreinte de l’Etat français sur la viticulture ressemble à une tache de vin rouge sur un tapis au teint clair. Elle est très difficile à effacer malgré d’infinis travaux. Le fardeau réglementaire débute en 1931 avec l’établissement des systèmes d’autorisation de plantation, puis en 1935 la certification des vins d’origine à travers les AOC. En 1953, nouveau tour de vis avec un Code du vin qui introduit des subventions à l’arrachage, la distillation des «surplus» et des amendes pour des rendements trop élevés.

Un cocktail destructeur en termes de productivité. Pire, lors de la création de la Politique agricole commune, c’est la réglementation française qui donnera le ton. Les Italiens se voulaient plus libéraux. Depuis 1962, plus de 2000 règlements, directives ou décisions sur la filière sont décrétés dans l’UE.

«Un véritable monopole intellectuel»

Le processus de certification part de bonnes intentions. Il est censé accroître la transparence pour les consommateurs. Mais il protège davantage les producteurs existants que les consommateurs. A son apparition, en 1908, la loi définit les frontières des régions (Bourgogne, Cognac, etc.). Ces dénominations deviendront les appellations d’origine (AOC) en 1935. La qualité devient ainsi fonction du lieu d’origine. Pour obtenir un AOC – il en existe 368 en France –, les producteurs doivent passer par un Organisme de défense et de gestion (ODG) et obtiennent le privilège d’être les seuls à étiqueter leur vin du nom de l’appellation.

Mais le cahier des charges constitue «un véritable monopole intellectuel qui peut se retourner contre tous ceux qui n’acceptent pas les règles», selon l’étude. En cas de refus, le producteur ne peut que produire du «vin de France», soit en qualité d’entrée de gamme. Les règlements définissent par exemple des rendements maximaux, des interdictions de cultiver certains cépages ou d’utiliser certaines pratiques de vinification. C’est un moyen de lutte contre l’innovation. Les décisions des ODG étant prises à la majorité, les initiatives minoritaires sont pénalisées.

«La cartellisation des AOC permet un contrôle des prix», critique l’IREF. Ce système explique aussi la faible productivité des vins européens. Le rendement moyen est de 55 hectolitres par hectare (hl/ha) en France contre plus de 90 hl/ha en Nouvelle-Zélande, en Chine et au Chili et plus de 110 hl/ha aux Etats-Unis.

Besoin de libéralisation

La réglementation sur l’irrigation est également problématique. En France, elle est interdite sur tout le territoire entre la floraison et la véraison. L’Italie et l’Espagne sont nettement plus souples. Logiquement, 4% du vignoble français est irrigué, contre 21% en Espagne, 26% en Italie. Aux Etats-Unis, au Chili ou en Nouvelle-Zélande, la puissance publique se contente de favoriser les exportations en multipliant les traités commerciaux et en subventionnant la promotion.

Le système européen «profite aux acteurs qui connaissent le mieux les démarches administratives ou qui ont des compétences juridiques réservées aux grandes entreprises», observe l’IREF. Le groupe Les Grands Chais de France, leader de l’exportation, a reçu 1,3 million d’euros de subvention de la PAC. Au total, le contribuable français verse une enveloppe de 1,4 milliard entre 2014 et 2018.

L’IREF propose de supprimer toutes les formes de contrôle des prix par le contrôle de l’offre, la libéralisation des autorisations de plantation et la suppression des subventions. Les monopoles intellectuels associés aux AOC peuvent être abolis au profit d’une certification privée. Les certifications doivent être mises en concurrence.

Note. Le Prosecco est un vin blanc sec pétillant orginaire de la région de Trieste en Italie. Il est considéré comme un excellent substitut des champagnes français mais à un prix abordable pour toutes les bourses. Les créments du Jura et de Bourgogne ainsi que les « mousseux » de Catalogne sont ses proches cousins.