L’invention du « zéro » dans les statistiques économiques.

Dans les statistiques économiques il est rare que le numéro zéro soit utilisé pour décrire une tendance. Zéro c’est la stagnation, le néant. Il a d’ailleurs fallu des milliers d’années pour que l’homme invente ce nombre puisqu’il ne signifie rien de matériel. C’est ce qui vient d’arriver dans les statistiques officielles espagnoles relatives au tourisme : rien, le néant. Le produit intérieur brut de l’Espagne dépend du tourisme pour environ 15 % de son montant. C’est la deuxième destination touristique mondiale après la France et les archipels des Baléares et des Canaries représentent un part majeure de ce PIB. Cette industrie touristique espagnole génère approximativement 190 milliards d’euros de revenus.

Depuis que l’office national des statistiques touristes existe – il a été mis en place à l’époque de Franco quand le gouvernement central de Madrid développa le tourisme côtier au sud de la frontière entre la France et l’Espagne au cours des années 1950 – jamais le nombre zéro n’avait été utilisé dans ces statistiques. C’est maintenant chose faite. Lors des pics de fréquentation touristique environ 10 millions de touristes affluent vers l’Espagne (juin-juillet-août) chaque mois puis cet afflux est redirigé vers les Canaries durant les 5 mois d’hiver, de novembre à mars. En raison de l’épidémie de grippe coronavirale les frontières terrestres, maritimes et aériennes de l’Espagne ont été hermétiquement fermées le 14 mars 2020.

Capture d’écran 2020-06-04 à 14.11.05

Normalement au cours du mois d’avril l’activité touristique reprend comme l’indique l’illustration provenant des services de statistique du gouvernement espagnol. Cette année 2020 a vu une chute brutale de l’afflux de touristes pour le mois d’avril et il en sera de même pour les prochains mois. Les aéroports internationaux de l’archipel des Canaries, il y en a 6 dont trois fonctionnent normalement 24 heures sur 24, sont désespérément fermés. Les hôtels envisagent d’ouvrir parcimonieusement au cours de l’été mais beaucoup de boutiques ne survivant qu’avec le tourisme et certains petits hôtels resteront définitivement fermés. Et ce sera le même cas de figure pour l’Espagne péninsulaire.

On ne peut que remercier les politiciens pour leur gestion calamiteuse de cette grippe qui finalement n’aura occasionné qu’un maigre surplus de morts par rapport à une grippe saisonnière banale mais détruit des pans entiers de l’économie. Si cette gestion était préméditée alors ces politiciens sont des criminels et devront un jour rendre des comptes aux citoyens poussés par millions dans la misère dont ils ne pourront se sortir que par la criminalité ou le suicide … À méditer.

Source : Wolfstreet.com

Une autre pandémie aux conséquences économiques désastreuses dont on parle peu.

Capture d’écran 2020-04-26 à 13.12.45.png

Quand la santé humaine est menacée à l’échelle planétaire alors la peur s’installe et la vie quotidienne devient étrangement différente surtout quand on ne dispose d’aucun moyen de lutte contre l’agent pathogène à moins d’en détecter précocement la présence à l’aide de tests et d’être traité en conséquence avec des médicaments peu coûteux bien connus. Cette situation implique la mise en place de dépistages massifs avant l’apparition d’un quelconque symptôme. Dans le cas des végétaux, également susceptibles à toutes sortes d’agents pathogènes comme les virus, les champignons et les bactéries, les symptômes peuvent être tardifs et l’épidémie, voire la pandémie, est déjà bien installée et la situation s’aggrave alors d’autant plus vite qu’il n’existe aucun moyen de lutte contre le pathogène. C’est le cas en Europe du sud avec la bactérie Xylella fastidiosa transmise non pas par projection de gouttelettes de salive depuis un malade vers un individu sain mais des insectes suceurs de sève qui inoculent les plantes avec leur salive, nous allons y revenir ci-après.

Il existe aussi un agent pathogène redoutable pour les producteurs de pommes, de poires, d’abricots, de coings, tous de la famille des Rosacées. Il s’agit de la bactérie Erwinia amylovora disséminée par des insectes pollinisateurs comme les abeilles. Ce « feu bactérien » tue un arbre fruitier en moins d’une semaine. Seuls quelques pays dans le monde ont autorisé l’utilisation d’antibiotiques tels que le chloramphénicol ou la streptomycine pour combattre le feu bactérien afin d’éviter l’utilisation massive d’insecticides. Il existe donc un traitement d’usage très limité et strictement contrôlé. En cas d’urgence économique absolue l’usage de la streptomycine pourrait être utilisé et ce serait logique puisque cet antibiotiques provient de champignons microscopiques très communs dans les sols. Cependant comme pour les bactéries pathogènes pour l’homme des résistances à la streptomycine justifient un contrôle strict de l’usage de cet antibiotique.

Revenons donc à la Xylella fastidiosa qui est en passe de ravager les oliveraies de Grèce, d’Italie, de Corse, de France, d’Espagne et du Portugal ainsi que certains vignobles dont les cépages préférés par cette bactérie sont le Pinot noir et le Chardonnay, les citronniers et dans une moindre mesure, mais on peut s’attendre à tout, les plantations de café. Il y eut il y a quelques années une alerte dans les vignobles de Bourgogne et l’insecte vecteur était la cicadelle. Le désastre économique déjà bien présent dans les pays précités est pour l’instant incontrôlable et pourrait ruiner en une décennie l’ensemble de la production d’huile d’olive d’Europe du sud. Le caractère d’urgence économique de cette pandémie s’explique par la rapidité de son expansion. Les premières atteintes aux oliviers européens ont été observées dès octobre 2013 dans le sud de l’Italie en Apulie. Deux ans plus tard la totalité de la Province de Lecce était affectée. Plus d’un million d’oliviers multi-centenaires des cultivars Cellinadi Nardo et Ogliarola salentina étaient décimés. La bactérie fut détectée sur la côte ouest de la Corse en juillet 2015 et la région de Nice en octobre de la même année ravageant également les lauriers-rose, une autre plante très sensible. En Janvier 2017 la présence de la bactérie fut signalée dans l’archipel des Baléares et en juillet elle atteignit la région d’Alicante en Espagne péninsulaire.

Le très gros problème avec cette bactérie est que, comme pour le virus qui préoccupe l’humanité entière en cette année 2020, il existe une multitude de plantes qui sont des « porteurs sains » sans aucun intérêt économique comme le laurier-rose mis à part qu’il s’agit d’un arbuste décoratif hautement toxique. Comme pour le virus qui préoccupe les politiciens en ces jours troublés la Xylella se répand par voie aérienne, non pas avec des avions mais avec des insectes suceurs de sève qui peuvent se déplacer sur de longues distances et il n’existe pas de contrôleurs aériens pour ces insectes volants à moins que l’usage d’insecticides soit autorisé dans les oliveraies. Écrire ces quelques mots, « usage d’insecticides », est contraire à la mode croissante de l’huile d’olive « bio » et les défenseurs de cette huile bio prétendent que les oliveraies dites bio sont résistantes à la Xylella, une affirmation de toute évidence grossièrement mensongère. La recherche s’oriente donc vers la création par génie génétique d’oliviers résistants à la bactérie, en quelque sorte des arbres vaccinés, alors qu’un traitement massif des oliviers avant la floraison avec des insecticides pourrait nettoyer les régions de production intensive comme en Andalousie (illustration) de tout insecte suceur de sève. Un peu d’insecticides dans ces oliveraies andalouse ne modifierait en rien le biotope semi-désertique existant.

Le résultat attendu de cette pandémie, comme pour le virus couronné millésime 2019, est une crise économique majeure dans tous les pays européens producteurs d’huile d’olive car si tous les oliviers disparaissent ce sera une perte de près de 10 milliards d’euros, des paysages ravagés et des dizaines de milliers d’emplois perdus à jamais.

Source partielle The Guardian. Illustration (oliveraies en Andalousie) Wikipedia

https://www.annualreviews.org/doi/pdf/10.1146/annurev.ento.49.061802.123403

https://www.pnas.org/content/pnas/early/2020/04/07/1912206117.full.pdf

Relire aussi sur ce blog :

https://jacqueshenry.wordpress.com/2015/10/13/et-si-on-parlait-aujourdhui-de-xylella-fastidiosa/

https://jacqueshenry.wordpress.com/2017/12/31/va-t-on-autoriser-les-antibiotiques-en-agriculture/

 

Brève. La France « privatise » : et alors ?

J’habite en Espagne, plus précisément dans l’archipel des Canaries, première destination touristique dans le monde si on calcule le nombre de touristes visitant la province par rapport au nombre d’habitants résidents. Je voyage, oui ! et je participe à la pollution que provoquent les avions et je m’en moque complètement. Pour aller au Japon je voyage avec Iberia dont le hub est à l’aéroport de Madrid et pour aller en France avec la compagnie Vueling dont le hub est à Barcelone. Tous les Espagnols croient que ces deux compagnies aériennes sont hispano-espagnoles. Pas de chance elles appartiennent à British Airways via le propriétaire de BA qui est une compagnie privée contrairement à tout ce que les Espagnols croient. Les aéroports, tous les aéroports espagnols sont gérés par une société gérante appelée Aena dont l’Etat espagnol est actionnaire à hauteur de 51 %. C’est la disposition que devrait choisir l’Etat français pour les aéroports de Paris mais le Président français est tellement soumis aux requins de la finance qui l’ont porté au pouvoir qu’il a préféré jeter l’éponge et priver ainsi la France de revenus appréciables.

En Espagne les jeux de hasard sont légaux et non pas réservés aux stations balnéaires en bord de mer ou dans les montagnes. Tous les locaux où il est loisible de tenter sa chance avec des jeux qui sont toujours gagnants appartiennent à des sociétés privées. L’Etat engrange des taxes sur les bénéfices que réalisent ces sociétés. Il existait, outre BP, Shell et d’autres multinationales deux compagnies pétrolières hispano-espagnoles, Cepsa et Repsol. Tous les espagnols sont persuadés que ce sont deux sociétés espagnoles, erreur Cepsa appartient à Abu Dhabi à 100 %. Il y a probablement d’autres entreprises espagnoles emblématiques qui ne sont plus du tout espagnoles mais je n’ai pas cherché à en savoir plus. Et alors ? Que l’Etat français cesse de planifier la seule entreprise stratégique française qui fonctionne encore bien, je veux parler d’EDF, en l’amputant de surcroit d’un équipement de production (Fessenheim) qui peut encore fonctionner pendant peut-être 40 ans, mais que tout le reste soit privatisé, la France ne s’en portera que mieux car l’Etat a toujours prouvé par le passé, et encore aujourd’hui, qu’il est un très mauvais gestionnaire. Et pour quelle raison ? C’est clair : les politiciens s’en moquent, ils ne pensent qu’à leur réélection prochaine, et les fonctionnaires des administrations sont tous incompétents. Pourquoi l’Etat français n’oblige-t-il pas la SNCF à explorer des pistes pour rentabiliser son emprise foncière urbaine gigantesque ? Pourquoi ne pas prendre exemple sur le Japon où la moindre station de train (pas les plus petites, certes) comporte un centre commercial appartenant à la compagnie de train. En France, pour aller faire ses achats il faut prendre sa voiture et parcourir des kilomètres pour aller dans un centre commercial au milieu de nulle part alors que ce serait tellement plus confortable pour les usagers des trains de trouver tout ce dont ils ont besoin en sortant de leur bétaillère sale et recouverte de graffitis le soir après le travail ? N’importe quoi et donc la France fait tout à l’inverse de la logique et court à sa perte. Comme le répète inlassablement H16 ce pays est foutu !

La « sécurité sociale » en Espagne : on nage dans le surréalisme.

Je n’ai pas à me plaindre, je suis globalement en excellente santé et je ne suis pas un consommateur compulsif de consultations médicales ni de médicaments. La dernière fois que je me suis administré un médicament celui-ci avait été prescrit par un ophtalmologue que j’avais consulté à titre privé (100 euros non remboursés par le système étatique espagnol) au sujet d’une blépharite récurrente. Il s’agissait d’un antibiotique qu’on administre à un cheval plutôt qu’à un être humain normalement constitué. Il ne fut suivi d’aucun effet sur l’infection oculaire dont je souffrais car j’interrompis le traitement qui provoqua très rapidement des dérangement digestifs dont je garde un souvenir très vif. En dehors de l’huile essentielle d’arbre à té, excellent traitement pour la blépharite, de l’huile de tamanu, de l’ashitaba et de mes levures fraîches chaque jour, sans oublier la glycine, je suis ne prends plus aucun médicament et je suis en excellente santé, en apparence.

Il y a quelques mois je suis allé consulter mon médecin généraliste par laquelle (c’est une femme) je dois obligatoirement passer pour n’importe quel rendez-vous auprès d’un spécialiste. C’est normal, c’est ainsi. Si on ne passe pas par le circuit normal on paye, ce que j’avais accepté avec cet ophtalmologue – 100 euros ici c’est plus de dix heures de travail pour un salarié au minimum local qui est de 700 euros par mois. Bref, mon médecin, constatant que je ne m’étais pas soumis à une analyse sanguine depuis près de 5 ans me plia à ce pensum, c’est-à-dire attendre au moins deux heures à jeun (pour la glycémie) dans un local bondé d’une foule bruyante utilisant sans retenue son téléphone portable, un calvaire !

J’attendis deux semaines pour reprendre un rendez-vous avec Magdalena (j’ai changé le prénom) qui a eu la surprise d’apprendre que mon taux de cholestérol s’était effondré alors qu’il atteignait 5 ans plus tôt un seuil alarmant, à tel point qu’elle m’avait alors prescrit des statines que j’avais véhémentement refusé. Je lui soulignai dans mon espagnol approximatif qu’il s’agissait d’un effet bénéfique de l’ashitaba. Je pense qu’elle crut comprendre que je parlais chinois. Dépitée de ne pouvoir me prescrire un autre poison elle me fit remarquer que mon taux de PSA était trop élevé et qu’il fallait que je consulte un urologue. Le système informatique de la protection santé espagnole consiste à donner au patient un rendez-vous « fictif ». Il appartient au patient de se mettre ensuite en contact par téléphone avec un robot qui va gérer la demande de rendez-vous. Ma pratique de l’espagnol étant limitée, au téléphone elle est pratiquement nulle et je dus faire appel à un ami français résidant depuis des années ici pour réaliser cette opération. Aujourd’hui, après 3 mois, je suis toujours inscrit sur la liste d’attente pour montrer mon service trois pièces à un urologue qui fera probablement une échographie plutôt que de mettre son index dans mon anus et me dire que tout va bien au sujet de ma prostate.

Quant au traumatologue pour lequel j’avais sollicité auprès de ma généraliste dédiée un rendez-vous, l’histoire est encore plus surréaliste. Je souffre depuis je ne sais plus combien d’années de deux hernies discales. Pour les curieux une hernie L4-L5 et une hernie L5-S1 qui provoquent régulièrement des douleurs parfois insoutenables voire handicapantes. De plus, lorsque je n’étais pas encore trop vieux pour qu’une assurance maladie privée soit abordable financièrement, il y a plus de 10 ans, je me soumis à deux imageries par résonance magnétique nucléaire qui montrèrent que outre ces deux hernies, je souffrais également des effets inattendus mais très malfaisants d’un kyste de Tarlov. Quand je présentais le compte-rendu du radiologue de la clinique privée ma toubib référente se précipita sur internet pour comprendre ce que je lui racontais. Elle me conseilla donc de prendre un rendez-vous avec un traumatologue. Je suppose qu’en France il s’agit d’un rhumatologue, bref, un spécialiste des os et des osselets variés. Ce lundi 16 septembre je suis allé donc consulter le traumatologue car j’avais selon le document dont je disposais rendez-vous à 16h45.

L’horreur ! Je n’avais pas réalisé que j’avais un rendez-vous le 16 septembre 2020 à la même heure. J’avais tout simplement mal lu le papier. Si je devais faire à nouveau appel à une compagnie d’assurance-maladie privée il m’en coûterait environ 500 euros par mois de cotisation. Je pourrais avoir un rendez-vous dans la semaine avec n’importe quel spécialiste y compris pour des examens radiologiques les plus sophistiqués. À mon âge, trois quart de siècle, il faut choisir, ou bien je continue à griller 30 cigarettes chaque jour, à picoler de la bière et du whisky, à me nourrir avec des trucs interdits par le corps médical comme par exemple un litre de lait entier chaque matin et des fromages très français ou de la charcuterie, trois cafés par jour et j’en passe pour les délices terrestres (non, j’ai oublié mon abstinence prolongée d’exercices physique horizontaux) alors je me plierai à l’inertie invraisemblable du système de santé local quitte à en mourir plutôt que d’enrichir une compagnie d’assurance-maladie privée pour justement moins profiter de la vie.

Ce billet, humoristique mais relatant des faits bien réels, met en évidence le vrai coût de la protection santé. C’est exactement la même situation dans la majeure partie des pays européens. Quand l’administration prend la main, le système devient très rapidement insupportable et proprement inimaginable pour les patients, ces citoyens normaux qui paient leurs impôts pour, justement, profiter de cette protection santé qui coûte une véritable fortune. Ici en Espagne et en particulier dans l’archipel des Canaries, je ne paie aucun impôt. La France prélève un certain pourcentage de ma retraite qu’elle transfère à l’Espagne pour ma protection santé. J’ignore le montant de ce pourcentage mais je ne paie pas de CSG, cet impôt universel qui ne dit pas son nom : il paraît qu’il s’agit d’une contribution et non pas d’un impôt … J’ai donc le droit de profiter du système de protection maladie local. Mais j’ai tout de même été surpris quand la jeune femme de la réception du centre de santé où je me trouvais ce lundi après-midi m’a conseillé d’aller aux urgences de l’hôpital au cas où …

Conclusion de ce récit : ce sont les services d’urgence des hôpitaux qui se trouvent dans le fait accompli. Le système étatique de santé ne fonctionne pas, quel qu’il soit et quel que soit le pays où on se trouve. Le seul conseil que je me permets de livrer à mes lecteurs : restez en bonne santé !

La première mondialisation financière : l’argent de Potosi

Capture d’écran 2019-03-04 à 15.58.30.png

Il ne reste aujourd’hui qu’une montagne dont la base se trouve à plus de 4000 mètres d’altitude, rongée de l’intérieur par des milliers de galeries de mine, entourée d’une ville de près de 150000 habitants menacés d’être les victimes d’un éboulement de cet édifice pierreux. En effet, cette montagne, le Cerro Rico qui se trouve en Bolivie renferme encore d’importantes réserves de minerai d’argent et d’étain.

Le Cerro Rico (montagne riche) de Potosi fut intensivement exploité pour extraire l’argent du minerai dès les années 1530 et la technique de l’amalgame avec du mercure mise au point au début des années 1550 par le Sévillan Bartolomé de Medina au Mexique provoqua une augmentation spectaculaire de la production d’argent. En quelques années cette bourgade compta plus d’habitants qu’aujourd’hui ce qui en fit la plus grande ville du monde avec jusqu’à 200000 habitants, plus peuplée que Londres, Milan, Séville ou Paris en comptant les milliers de travailleurs forcés dont l’espérance de survie était limitée à quelques mois. Il fallait extraire l’argent à grande échelle et elle devint également la première grande ville industrielle du monde. Potosi était enviée par les rois, en particulier le Roi d’Espagne, pays propulsé première super-puissance financière mondiale.

Les mineurs littéralement kidnappés dans tout les pays environnants et forcés de travailler pour extraire chaque jour près d’une tonne de minerai et le descendre sur les pentes de la montagne dans des sacs pesant jusqu’à 50 kilos jusqu’aux centres de purification avaient une espérance de vie très limitée et il fallait renouveller cette main-d’oeuvre gratuite chaque jour. Durant la période la plus active, de 1570 à 1610, toute cette main-d’oeuvre forcée à travailler dans la mine du Cerro Rico provoqua un effondrement démographique de la Bolivie mais aussi de l’Equateur et du nord du Chili. L’argent commença alors à se raréfier mais l’exploitation de la montagne pour extraire l’argent se termina au début du XIXe siècle. Aujourd’hui seul l’étain est encore extrait avec un peu d’argent.

Les conséquences de cette afflux massif d’argent vers l’Europe furent immenses. Le commerce fut bouleversé, que ce soit le trafic d’esclaves, les tissus, les épices et bien d’autres produits tout autour de la planète. Il provoqua des guerres (il faisait plutôt froid à l’époque en Europe) entre les Espagnols, les Anglais et les Hollandais mais cet argent les aida aussi à maîtriser les ambitions territoriales des Ottomans. L’afflux de monnaie conduisit à des bulles spéculatives commerciales jusqu’à Macao en Chine (dynastie des Mings) mais aussi en Andalousie, en France et en Hollande avec la première globalisation de l’économie qui pénétra aussi les tribus arabes nomades. Et pourtant ce n’était pas de la fausse monnaie comme aujourd’hui mais les effets pervers de cet afflux gigantesque de monnaie ont pourtant tendance à se reproduire aujourd’hui avec la confusion faite par les économistes et le monde politique entre monnaie, strict intermédiaire dans les échanges commerciaux, et création de richesse, ce qu’Adam Smith avait parfaitement décrit. L’afflux massif d’argent depuis Potosi provoqua cette confusion qui mènera plus tard le royaume d’Espagne à la ruine.

Brève réflexion au sujet de la Syrie : les djihadistes de retour

Après le refus de Washington d’accueillir une djihadiste de retour de Syrie je me suis posé une question que nulle part les médias ont avancé. Pourquoi en 1939 les pays européens ont accueilli à bras ouverts les combattants des brigades internationales qui étaient intervenus en Espagne. Il s’agissait bien, si je ne me trompe pas, de troupes non officielles intervenant dans un pays étranger comme ceux qu’on appelle des djihadistes sont intervenus en Syrie sans mandat officiel.

L’histoire se répète … Certes Franco est devenu par la suite un dictateur, mais je me permets de douter qu’Assad devienne lui aussi un dictateur sanguinaire puisqu’il est soutenu par une grande majorité de la population syrienne. À moins que je sois mal informé Franco était un militaire ambitieux voulant débarrasser son pays des exactions des Républicains qui tuaient des prêtres, violaient des religieuses, massacraient des propriétaires terriens et mettaient à sac des monastères en brûlant des bibliothèques irremplaçables. À ma connaissance Assad ne fit rien de tout cela avec son peuple. De plus ce n’est pas un militaire mais un médecin.

Les gouvernements de pays occidentaux alliés des Américains sont de sales faux-culs !

Brève : Qu’est devenu Hervé Falciani ?

Capture d’écran 2018-04-26 à 22.54.05.png

Arrêté en Espagne et mis à l’ombre par la mafia madrilène au pouvoir et qui se plie aux dictakts de l’Opus Dei – le vrai gouvernement espagnol – Falciani est considéré comme une monnaie d’échange pour rapatrier de Suisse deux « dissidents » séparatistes catalans. La soeur du roi d’Espagne vit très confortablement à Genève, merci pour elle …

Il est tout à fait probable que comme pour le vol MH17 on n’en saura rien avant longtemps. Sommes-nous encore en Europe un ensemble de pays respectant les rêgles fondamentales de la démocratie ? On peut en douter en considérant les errances de la justice néerlandaise et de celle de Madrid, justice pourtant considérée comme indépendante du pouvoir. Il faut croire que l’Opus Dei a gros à cacher avec les « HSBC-leaks ». La corruption espagnole à grande échelle ne date pas d’aujourd’hui : c’est Franco qui l’a organisée main dans la main avec l’Opus Dei. Pour le vol MH17 c’est une toute autre corruption organisée, celle-là, par la CIA. Qu’il est beau ce monde dans lequel nous vivons …

https://jacqueshenry.wordpress.com/2018/04/07/laffaire-hsbc-falciani-rebondit-la-faute-aux-democraties-corrompues/

Illustration : HSBC à Hong-Kong

Catalogne : on se croirait dans les années 1930 tant en France qu’en Espagne.

Capture d’écran 2018-03-01 à 16.27.16.png

Pendant la Guerre civile espagnole, appelée en Espagne « la Guerre de 1936 », beaucoup de dirigeants politiques loyalistes et de membres du gouvernement républicain émigrèrent pour organiser le combat contre la dictature fasciste du Generalissimo Francisco Franco depuis l’étranger. Cette année 2018 ressemble de plus en plus à 1939. Après la chute de la deuxième république espagnole entre les mains de Franco, qui avait bénéficié de l’aide de l’Allemagne nazie et de l’Italie fasciste, le Président de l’Espagne Manuel Azana et le Premier Ministre Juan Negrin s’exilèrent en France. Après la déclaration d’indépendance de la Catalogne le 27 octobre 2017 par le Parlement catalan suivie de la dissolution du gouvernement de la Généralité de Catalogne par le successeur proto-fasciste à la Franco, Le Premier Ministre d’Espagne Mariano Rajoy, les membres clés du gouvernement catalan s’exilèrent. Le Président de la Généralité de Catalogne (en réalité le Premier Ministre) Carles Puigdemont et 4 de ses ministres ont fui en Belgique pour éviter d’être arrêtés par les forces de sécurité de Rajoy.

D’autres dirigeants catalans ont été emprisonnés à Madrid où ils attendent d’être jugés pour sédition et rébellion. La dirigeante du parti pro-indépendantiste (Candidature Unité Populaire, CUP) Anna Gabriel a demandé l’asile politique à la Suisse d’où elle a déclaré au quotidien Le Temps (Genève) : « Je n’irai pas à Madrid … Puisque je ne pourrai pas avoir un procès équitable en Espagne, j’ai choisi un pays qui peut protéger mes droits« . Comme avec les loyalistes emprisonnés sous le régime de Franco les leaders indépendantistes catalans qui ont obtenu la majorité dans le parlement nouvellement élu risquent d’être condamnés à des années de prison par le régime de Madrid soutenu par l’Union Européenne. Rajoy, suivant les traces de Franco, a nommé comme Premier Ministre de la Généralité de Catalogne non pas une Catalane mais une Espagnole castillane en la personne de Maria Soraya Saenz de Santamaria Anton. Rajoy, comme d’ailleurs Franco est originaire de Galice. La dictature de Franco fut réputée pour effacer tout pouvoir catalan, la langue, la culture et l’identité régionale et Rajoy, dont le Parti Populaire (PP) est l’héritier des Phalangistes de Franco, fait tout ce qui est en son pouvoir pour imiter l’inspirateur idéologique de son parti politique. Mais contrairement à 1936 où ce furent Adolf Hitler et Benito Mussolini qui se rallièrent à Franco, en 2018 ce sont le Commission Européenne de Jean-Claude Junker et le Président du Conseil européen Donald Tusk qui soutiennent Rajoy.

Seule un poignée de pays reconnurent le gouvernement espagnol en exil, dont le Vénézuela et le Mexique.

Malgré le fait que la France ne reconnut pas le gouvernement espagnol en exil, elle accueillit cependant quelques dirigeants politiques républicains. Globalement la France était tout aussi opposée aux Républicains espagnols en 1939 qu’elle l’est aujourd’hui aux Catalans aujourd’hui. Deux Présidents du Conseil de gauche, Léon Blum et Edouard Daladier requirent des personnels militaires républicains espagnols demandant l’asile de se regrouper dans les « centres d’accueil » de Saint-Cyprien, Gurs et Le Vernet qui devinrent rapidement des camps de concentration. Quand l’Allemagne nazie envahit la France en juillet 1941 les réfugiés républicains espagnols furent déportés dans des camps de concentration en Allemagne où ils moururent. Ironiquement Blum et Daladier furent aussi déportés à Buchenwald et Dachau avec les réfugiés espagnols qu’ils avaient parqué dans des camps en France. En refusant d’accueillir le gouvernement catalan en exil de Puigdemont, le Président Français Emmanuel Macron a suivi l’exemple de Daladier et de Blum : accueillis oui, mais dans des camps de concentration … Puigdemont et 4 de ses ministres ont été les biens-venus en Belgique où le puissant parti indépendantiste flamand les a assurés qu’ils n’avaient rien à craindre du mandat d’arrêt international dont il font l’objet d’Interpol.

Le Président vénézuélien Nicolas Maduro a été l’un des rares leaders politiques à soutenir l’indépendance de la Catalogne, déclarant : « Résistez Catalogne ! L’Amérique Latine vous admire« . Au contraire le Mexique, qui avait apporté son soutien au gouvernement loyaliste républicain espagnol n’a pas été aussi bienveillant avec la Catalogne. Le Ministre des Affaires Etrangères mexicain Luis Videgaray Caso a déclaré au journal espagnol El Pais : « Si la Catalogne se sépare de l’Espagne mon pays ne la reconnaîtra pas en tant que pays indépendant« . L’Assemblée Nationale du Québec a apporté son soutien à la Catalogne mais le Premier Ministre canadien Justin Trudeau a fait une déclaration typiquement conforme à sa qualité de militant du Parti Libéral canadien pour le respect de la constitution espagnole, de facto un clin d’oeil bienveillant aux autorités de Madrid pour leurs actions.

Depuis le Vatican, le Pape François, faisant de son mieux pour imiter son prédécesseur le Pape Pie XII notoirement pro-nazi qui accéda au trône de Saint-Pierre en 1939, l’année même où les loyalistes espagnols furent contraints à l’exil, a condamné les indépendantistes catalans et soutenu l’Union Européenne dans le même temps. Ce n’est pas un secret : la papauté voit en l’Union Européenne un nouveau Saint Empire Romain. Pie XII n’a fait aucune objection quand le confesseur personnel de Franco, le Père Josemaria Escriva, a fondé l’ordre pro-fasciste Opus Dei. Selon son assistant personnel Escriva déclara : « Hitler n’a pas pu être une aussi mauvaise personne. Il n’a pas pu tuer 6 millions de personnes. Il n’a pas pu y en avoir plus de 4 millions« . Escriva a donné l’aval de l’Eglise catholique espagnole pour que Franco détruise les identités culturelles tant de la Catalogne que du Pays Basque.

L’Opus Dei a soutenu divers régimes fascistes dans le monde, les juntes en Argentine, le pays natal du Pape François. Comme le Père Jorge Mario Bergoglio à Buenos-Aires, François a été accusé d’avoir livré deux prêtres aux forces de sécurité de la junte argentine durant la Sale Guerre des années 1970. La propagande vaticane a tenté de laver l’honneur du Père Bergoglio en niant ses sympathies fascistes pro-régime. Il n’est donc pas étonnant que le Pape actuel se tienne coude-à-coude avec le gouvernement de Rajoy, infesté par l’Opus Dei. les proto-fascistes de Madrid qui comprennent aussi le monarque Bourbon corrompu Felipe VI, et enfin le Saint Empire Romain moderne qui dirige l’Europe depuis ses quartiers à Bruxelles.

Comme c’était le cas durant la guerre civile espagnole, les Bretons et les Corses en France se sont rangés du côté des indépendantistes catalans exactement comme leurs grands-parents on soutenu les loyalistes espagnols comme le firent les Catalans et les Basques à la fin des années 1930. Même si la coalition de Macron a obtenu la majorité lors des élections législatives en 2017 cette coalition n’a obtenu aucun siège de député en Corse. Jean-Guy Talamoni, président de l’Assemblée régionale de Corse, a déclaré que d’ici 10 ans la Corse suivrait la Catalogne en déclarant l’indépendance de l’île. La Catalogne et la Corse ne sont pas des pays indépendants et c’est le résultat de traités entre monarques européens datant de plusieurs siècles (Traité d’Utrecht, 1715). Aujourd’hui, en lieu et place des têtes régnantes c’est une création de la famille Rothschild qui est au Palais de l’Elysée à Paris et un Premier Ministre proto-fasciste au Palais Moncloa à Madrid qui déterminent le futur de la Catalogne et de la Corse. Ils font preuve d’autorité pour supprimer les identités culturelles et politiques de ces régions aspirant à devenir des nations européennes et il faut inclure le Pays Basque de chaque côté de la frontière franco-espagnole

Exactement comme les troupes de Franco patrouillaient le long de la frontière le long de la chaine des Pyrénées pendant la guerre civile recherchant des loyalistes faisant le va-et-vient entre France et Espagne, le Ministre de l’intérieur actuel, Juan Ignacio Zoido, un Andalou, a ordonné le renforcement des patrouilles de la Guardia Civile le long de la frontière avec la France pour éviter que Puigdemont rentre clandestinement en Catalogne depuis la France. Zoido a déclaré au Daily Telegraph qu’il avait tout mis en oeuvre pour que les forces de sécurité soient en alerte permanente et recherchent activement Puigdemont et les autres exilés, « par hélicoptère, caméras infra-rouge et par bateau ». Zoido aurait pu être un excellent général de Franco dans les années 1930.

Contrairement aux dirigeants du régime de Rajoy qui a fait un usage abusif de la Cour de Justice et des institutions pour jeter en prison les leaders politiques catalans sous le prétexte de sédition et de rébellion, le mouvement indépendantiste catalan a toujours été très clair en ce qui concerne son projet politique. En vertu des lois électorales de Catalogne les trois partis indépendantistes ont acquis la majorité au Parlement de la Généralité. Cette majorité désire être libérée des chaines de l’impérialisme castillan et de la supériorité culturelle et politique de Madrid. Les leaders indépendantistes catalans en exil en Belgique, en Suisse et dans d’autres pays n’ont pas d’agenda caché et ne sont pas non plus des marionnettes de Moscou comme l’ont suggéré certaines personnalités politique européennes. La cause catalane rappelle un passage du fameux poète catalan Joan Salvat-Papassei :  » Si j’étais un bandit ou un voleur, les geôliers de ce monde n’attraperaient pas mon ombre, alors ils ne pourraient pas retrouver mon chemin …« .

Article de Wayne Madsen (The Strategic Culture Foundation, strategic-culture.org ) paru sur le site ZeroHedge le premier mars 2018. Illustration Strategic Culture. Wayne Madsen est journaliste d’investigation, membre de la Société des Journalistes Professionnels (SPJ) et du National Press Club des USA. Sans commentaire.

La crise financière à venir ? Peut-être une origine imprévisible !

Capture d’écran 2018-01-29 à 22.56.03.png

Les analystes financiers m’amusent toujours quand je lis, ou entends parfois, leurs boniments, de la sauce tiède répétée depuis des années toujours sur la même longueur d’onde : ce sont les banques centrales qui sont fautives … C’est tellement facile de déclarer qu’il faut acheter de l’or pour préserver son épargne ou même des yens, ça vient de sortir ! Comme l’extraction de l’or est très très loin de satisfaire la demande et qu’il y a d’autres métaux précieux qui pourraient être une alternative mais que ce n’est pas à la portée de n’importe quel pékin moyen d’acheter un lingot de palladium ou de praséodyme alors il faut se rendre à la réalité : tout le système financier est profondément vicié et l’actualité vient d’en fournir une démonstration tellement évident qu’elle en est presque caricaturale. Et pourtant ce « f ait divers » est passé presque inaperçu (sauf pour les initiés dont je ne fais pas partie) tant la presse main-stream avait reçu des dirigeants des divers pays européens l’ordre de tout simplement oblitérer cette information de la plus haute importance : pourquoi le conglomérat britannique Carillion a-t-il fait faillite, une faillite très embarrassante pour Madame May, Premier Ministre de Sa Majesté ?

Ce fait divers apparemment anodin pour le non-initié dont je ne fais pas partie, je le répète, est tout à fait révélateur de l’ampleur de la corruption du monde financier internationalisé tel qu’il est aujourd’hui et cette corruption à grande échelle échappe de par son concept à tout contrôle, d’où la catastrophe pour la Grande-Bretagne, le pays de la « City », la place financière la plus importante d’Europe et donc de cette même City qui se garde bien de ventiler une quelconque information sur la débâcle de Carillion. Avez-vous lu un article dans la presse aujourd’hui au sujet de Carillion ? Certainement pas ! C’est trop dérangeant.

Que s’est-il passé au juste ? Carillion, une société acoquinée avec le gouvernement britannique pour gérer un certain nombre de services nationaux, est auditée comme toutes les entreprises cotées en bourse, c’est la loi, afin de publier ses comptes et son bilan. Il se trouve que les sociétés d’audit en font carrément à leur guise pour non pas effectuer un travail honnête vis-à-vis du législateur mais pour satisfaire les actionnaires des sociétés qu’elles gèrent sous contrat. S’il y a un « lézard » elles s’empressent de le dissimuler car elles sont ultra-puissantes et aussi parce qu’elles travaillent main dans la main avec les politiciens, les autorités financières et ces mêmes actionnaires des sociétés clientes, un mélange des genres pour le moins stupéfiant.

En Europe il existe 4 sociétés d’audit de taille monstrueuse dont le rôle, nous allons le découvrir, prête à confusion : Deloitte, Ernst & Young, KPMG et PwC (Price waterhouse Coopers). Ce sont les « Big Four » depuis la disparition d’Arthur Andersen qui ne résista pas à ses malversations lors de la faillite scandaleuse d’Enron qui révéla d’ailleurs la manière d’agir de ces sociétés d’audit très particulières. Ces « Big Four » ont en charge l’audit de 497 des 500 compagnies cotées à New-York au S&P 500, 99 des 100 sociétés cotées au FTSE à Londres et dans l’Union Européenne plus de 90 % des sociétés cotées en bourse font appel aux services de ces « Big Four ». Il ne faut donc pas s’étonner d’entre-apercevoir dans quel niveau de corruption ces sociétés évoluent en toute impunité avec la protection des gouvernements. En effet, et surtout quand elles auditent des compagnies ayant de gros contrats avec les gouvernements en place, il s’agit de dissimuler le fait que ces gouvernements sont souvent de mauvais payeurs, d’une part, et que les marchés entrent souvent – c’est le cas ce Carillion – dans un cadre monopolistique financé par des fonds publics. Or toutes les sociétés gérées en quelque sorte et pas seulement auditées par ces « Big Four » ont aussi des actionnaires qu’il faut rémunérer, c’est normal.

Et c’est là où le bât blesse et avec Carillion on va (peut-être, espérons-le) en entendre parler : ces « Big Four » ont en réalité une double casquette puisqu’elles évoluent au coeur de la finance, que ce soit à Paris, Londres, Madrid, Milan, Francfort, New-York ou Amsterdam : elles doivent faire en sorte de satisfaire les actionnaires, les traders des bourses, mais aussi les dirigeants des sociétés qu’elles ont sous gestion.

On se trouve très exactement dans le cas de figure de la corruption financière organisée. Les gouvernements ne peuvent strictement rien faire pour tenter de réguler l’activité délictueuse de ces « Big Four » car ils n’en ont plus le pouvoir, tout simplement ! Prenons l’exemple de Carillion et des 4 sociétés d’audit qui ont de près ou de loin été sollicitées pour gérer les comptes de cette entreprise. Au final c’est KPMG qui a approuvé l’état du bilan de Carillion alors que la dite société avait accumulé plus de 2,6 milliards de livres de dettes seulement pour les pensions de ses employés retraités. Acculée Carillion a été obligée de vendre des actifs uniquement pour payer les dividendes de ses actionnaires, essentiellement des banques et des organismes financiers eux aussi audités par ces mêmes « Big Four », c’est dire dans quel mélange des genres ou conflit d’intérêt KPMG, entre autres, a nagé sciemment ! Et KPMG était naturellement au courant des moindres détails de l’état délabré des finances de son client …

Lors de la crise financière des caisses d’épargne espagnoles c’est Deloitte qui a pris en charge l’audit des comptes de Bankia, une structure de défaisance mise en place par le gouvernement espagnol pour renflouer les caisses d’épargne locales et régionales et financée finalement par les contribuables, les actionnaires ayant perdu jusqu’à leurs chaussettes dans la faillite de Bankia qui survint moins de 6 mois après l’audit « R.A.S. » de Deloitte. Deloitte a agi main dans la main avec les autorités en charge du contrôle des marchés financiers à Madrid ce qui est totalement contraire à la déontologie basique. Le gouvernement espagnol a laissé faire et il n’est pas déraisonnable de se demander qui gouverne un pays et non pas seulement l’Espagne, le Premier Ministre et le Parlement ou les sociétés d’audit ?

Une autre faillite notoire encore une fois en Espagne et qui illustre l’étrange collusion entre le pouvoir, cette fois au sujet des énergies renouvelables, et ces « Big Four » qui n’en font qu’à leur guise et sont de facto au dessus des pouvoirs politiques et donc des lois : la faillite fracassante du géant espagnol de l’énergie « verte » Abengoa, en 2016. Deloitte, encore une fois, avait trafiqué en toute connaissance de cause, mais pour la bonne cause du réchauffement climatique, les comptes de la société. Cette affaire fut révélée par un étudiant en économie à l’Université de Barcelone qui constata en rédigeant son mémoire de fin d’étude qu’Abengoa, suivant les conseils de Deloitte, avait mis un signe « plus » devant ses pertes. Des centaines de milliers de petits actionnaires furent spoliés sans aucun recours et finalement le gouvernement espagnol supprima dans la foulée toute aide aux sociétés impliquées dans les énergies renouvelables : « chat échaudé par le réchauffement climatique craint l’eau chaude » !

Pour en terminer avec les « Big Four » ces compagnies au dessus de toutes les lois ont réalisé en 2017 un profit à l’échelle mondiale de 134 milliards de dollars – vous avez bien lu il n’y a pas d’erreur – et aucun gouvernement n’osera toucher à leur monopole de fait car tout est organisé par et pour la finance qui est maître en dernier ressort. Ces « Big Four » sont trop grosses, sont trop importantes dans leur activité qui est en totale collusion avec les financiers, les entreprises et par voie de conséquence avec les politiciens pour qu’une régulation puisse leur être appliquée, on pourrait imaginer en quelque sorte un audit public de ces sociétés d’audit réalisée par les députés, mais c’est de la pure fiction … Leurs dirigeants, comme ceux d’ailleurs des grandes banques, sont au dessus des lois et n’iront jamais en prison comme ce devrait être le cas pour les dirigeants de KPMG avec l’affaire Carillion. Tout le système est bouclé et ce sont au final les contribuables, toujours et encore, qui paient pour ces malversations cyniques.

Inspiré d’un article de Don Quijones paru sur le site wolfstreet.com et illustration : site anglais de KPMG au Canary Wharf à Londres, société dont le siège social se trouve aux Pays-Bas.