Le baiser de l’enfant à sa mère : un pur instinct

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Mon petit-fils voulait l’autre soir absolument embrasser sa mère sur la bouche. C’était un spectacle totalement inattendu surtout au Japon, pays où les manifestations de tendresse sont considérées comme incongrues y compris dans l’intimité d’une maison et en famille. Bref, je me suis demandé pourquoi mon petit-fils manifestait cette soudaine envie de tendresse épidermique intime. Chez l’enfant ce besoin de contact avec les lèvres remonte aux premières heures de la vie quand il commence à se nourrir au sein. Les lèvres jouent un rôle important dans la tétée et sont les zones érogènes du corps les plus facilement accessibles mais c’est au cours de l’évolution de l’homme que les lèvres ont pris toute leur importance dans les relations sociales.

Dans les temps anciens, quand la mère constatait que l’abondance de son lait diminuait, elle avait pour mission de nourrir à tout prix son enfant et elle pratiquait une pré-mastication des aliments qu’elle transférait directement dans la bouche de son enfant, geste primordial et vital qui se transforma plus tard en baiser romantique. Durant ces mêmes temps reculés, on considérait que le souffle et la parole sortant tous deux de la bouche étaient l’expression de l’esprit ou de la personnalité profonde, sinon de l’âme, et le baiser était une façon de rapprocher physiquement les âmes. Enfin, le baiser implique une série de mécanismes sensoriels et physiologiques instinctifs comme l’odorat qui agissent directement sur le cerveau. Il ne faut pas oublier de signaler que la salive de l’homme contient de la testostérone qui participe à l’apparition du désir sexuel chez la femme ( https://www.webmedcentral.com/article_view/3785 ). J’ai écrit dans ce blog un article sur le transfert de bactéries au cours d’un baiser, un processus somme toute anodin, beaucoup plus anodin que de serrer la main de dix personnes étrangères par simple politesse !

L’enfant est donc « conditionné » au baiser très tôt dans sa vie et recherchera tout naturellement le contact des lèvres plus tard. L’importance du baiser est d’autant plus indéniable qu’une étude a montré qu’un « baiser mal vécu » était souvent le point de départ d’une rupture amoureuse chez 60 % des garçons et les deux tiers des jeunes filles étudiants à l’Université de New-York à Albany ayant participé à cette étude. Un baiser mal vécu peut très prosaïquement signifier une trop grande similitude entre les complexes majeurs d’histocompatibilité de chacun des partenaires. Le baiser permet en effet de détecter par un mécanisme encore inconnu que la descendance sera d’autant mieux armée sur le plan immunologique que la différence entre les complexes majeurs d’histocompatibilité (MHC) de chacun des partenaires sera plus marquée. Très curieusement, les femmes prenant des pilules anticonceptionnelles sont incapables d’établir une préférence entre MHCs de leurs partenaires avec qui elles échangent des baisers, observation qui a conduit à considérer que les anticonceptionnels dupaient l’ensemble de l’organisme et pas seulement le processus de reproduction.

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Pour conclure un baiser romantique fait vibrer l’organisme qui ressent alors la sensation très particulière qu’englobe l’expression « tomber amoureux » et c’est sur cette seule observation, largement suffisante, qu’on peut affirmer que le baiser est le préliminaire majeur au rapprochement physique entre deux êtres, un comportement remontant aux premiers instants de notre vie et qu’extériorisait mon petit-fils à l’âge de trois ans …

Source : theconversation.com

A la ferme à vaches, les enfants sont moins allergiques

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J’ai laissé récemment deux billets consécutifs sur l’allergie dans ce blog et comme on dit jamais deux sans trois (voir les liens), en voici un autre. L’allergie compte parmi l’une des préoccupations majeures de notre société de plus en plus urbanisée, sanitarisée, détergentisée, savonnée, shampooinée, désodorisée, pommadée, antibiotiquée, parfumée, colorée ou décolorée, bref, on agresse notre corps par tous les moyens modernes de la civilisation de consommation (ça va plaire aux écolos pour une fois que je suis de leur coté) qui avilit l’organisme et altère ses réponses immunitaires spontanées. Une équipe de médecins de l’Université de Gothenburg en Suède a mis le doigt sur un fait nouveau dans le domaine des allergies de l’enfant en comparant un échantillon d’enfants vivants en milieu rural, dans des fermes laitières du Västra Götaland ou un échantillon équivalent d’enfants vivant dans des fermes ne produisant pas de lait ni de produits laitiers.

A leur grande surprise, dès la naissance, les enfants vivant dans des fermes laitières avaient un taux de lymphocytes B satisfaisant alors que ceux qui vivaient dans une ferme sans bétail présentaient un déficit en ces mêmes lymphocytes dont beaucoup étaient encore immatures dès la naissance. Cette observation montre d’abord que certains signaux provenant de la mère via le sang placentaire parviennent jusqu’au fœtus et accélèrent la maturation des lymphocytes de l’enfant in utero. De plus ce déficit se prolongeait jusqu’à l’âge d’un an. Les examens de routine réalisés par les pédiatres jusqu’à l’âge de trois ans montrèrent une incidence d’allergies chez les enfants vivant dans des fermes laitières dix fois moins élevée que ceux dont la mère n’avait jamais été en contact avec le cheptel bovin ni les enfants après leur naissance puis leurs trois premières années. Or comme il semble que tout se passe avant la fin de la première année selon les études réalisées avec la prise d’antibiotiques (voir le lien ci-dessous) et que cette étude montre que l’effet résulte d’une maturation tardive des lymphocytes B au cours de la vie foetale, il reste à déterminer quels facteurs agissant sur la mère peuvent avoir un tel effet bénéfique sur le fœtus puis l’enfant. Ce genre d’investigation risque tout de même d’être périlleux car à n’en pas douter cette observation est sans doute le résultat d’une combinaison de facteurs.

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Source : University of Gothenburg, The Sahlgrenska Academy,

http://www.jimmunol.org/content/early/2014/06/13/jimmun ol.1302990

Article aimablement communiqué par le Docteur Anna-Carin Lundell

https://jacqueshenry.wordpress.com/2014/06/10/pour-lasthme-des-enfants-il-ny-a-pas-que-les-antibiotiques/

https://jacqueshenry.wordpress.com/2014/05/20/antibiotiques-et-asthme-chez-lenfant-encore-un-scandale/

Jouer d’un instrument de musique très jeune, c’est bon pour le cerveau !

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Apprendre dans l’enfance à jouer d’un instrument de musique rend plus alerte sinon plus intelligent, c’est ce qui ressort d’une étude très sérieuse publiée dans le journal en accès libre PlosOne, de même que les enfant bilingues sont significativement plus à même de réussir des tests d’évaluation de leurs capacités intellectuelles. Les fonctions exécutives impliquées dans les prises de décision relèvent des capacités cognitives qui permettent de planifier et de contrôler le comportement avec, chez l’enfant, une forte corrélation avec les aptitudes scolaires et les activités extra-scolaires, mais en ce qui concerne l’apprentissage de la pratique d’un instrument de musique peu d’études existaient et les quelques descriptions relevaient d’une méthodologie d’analyse approximative. Les fonctions exécutives ont été analysées et quantifiées par imagerie fonctionnelle par résonance magnétique nucléaire (fMRI) avec deux lots de personnes, 30 adultes et 27 enfants jouant ou non d’un instrument de musique. Toutes ces personnes ont été choisies afin d’être homogènes en ce qui concernait leurs capacité cognitives et leurs paramètres socioéconomiques pour ne pas avoir à faire des ajustement statistiques parfois sources d’erreurs pouvant conduire à des interprétations erronées. Pour exemple, les 15 enfants jouant d’un instrument de musique avaient été choisi sur des critères précis comme suivre des leçons dans un cours privé, faire des exercices au moins 3h45 par semaine et ayant débuté leur apprentissage de la musique avant l’âge de six ans. Les enfants ne jouant d’aucun instrument appartenaient à la même catégorie socioprofessionnelle. Pour les adultes, le choix fut un peu plus simple : 15 musiciens professionnels et 15 non musiciens tous de même couche sociale.

L’homogénéité de tous les sujets, enfants et adultes, fut vérifiée avec des tests de QI et d’évaluations cognitives. Pour les adultes, 6 d’entre eux jouaient du piano, 5 d’un instrument à cordes et les autres de la harpe ou d’un instrument à vent. Chez les enfants, à peu près la même répartition, 5 joueurs de piano, 5 joueurs d’un instrument à corde, deux percussionnistes, un guitariste et deux joueurs d’instruments à vent. Les tests cognitifs standards consistaient en une série de reconnaissances numériques ou alphabétiques comme par exemple citer le plus de mots commençant par la lettre V en 30 secondes, etc … les protocoles de tous ces tests étant décrits dans la littérature spécialisée. Seuls les enfants furent soumis à l’analyse par fMRI alors qu’ils étaient soumis à des tests visuels simples auxquels ils devaient répondre en appuyant sur un bouton ou un autre lors du défilement de symboles accompagnés de sons. Les curieux peuvent lire l’article dont je ne fais que relater les principaux résultats ( DOI: 10.1371/journal.pone.0099868 ).

Chez les adultes des différences marquées se sont immédiatement révélées au niveau de la fluence verbale, de la maîtrise des concepts, du temps de réaction à la mémorisation et de facilité de décodage des symboles. Par contre pour les interférences entre couleurs et mots et le suivi manuel à l’aide d’un crayon des objets dans le test du labyrinthe il n’y avait aucune différence entre musiciens et non musiciens. Pour les enfants, la situation s’est trouvée être sensiblement la même à quelques petites différences mineures près. Les enfants ont été préalablement habitués à se soumettre à une imagerie fonctionnelle en les familiarisant avec l’appareil qui est imposant (voir la photo, Wikipedia) puis ils ont été soumis au test corrélant des formes symboliques et des sons et le résultat obtenu est incontestable :

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Série A, enfants musiciens, série B, enfant non musiciens. En rouge les zones du cerveau activées lors du test. A l’évidence jouer d’un instrument de musique améliore la vitesse de traitement du cerveau en mobilisant un plus grand volume cérébral, si on peut appeler les choses ainsi, comme on peut le voir par fMRI. La maîtrise d’un instrument de musique favorise donc le développement des interconnections entre les différentes régions du cortex impliquées dans des processus complexes de reconnaissance et de prises de décision. Ceci ne veut en aucun cas signifier qu’un enfant musicien est plus intelligent mais il faut constater que l’enfant jouant d’un instrument dès l’enfance utilise de manière plus optimale et rapide son cerveau et cet « entrainement » lui est par la suite bénéfique puisqu’on a observé dans d’autres études qu’apprendre à jouer d’un instrument de musique très tôt améliore les fonctions cognitives et la capacité de prises de décisions rapides dans des tests de choix simples à l’âge adulte en comparaison d’autres adultes ayant débuté plus tard au cours de l’adolescence et ceci indépendamment des tests de QI. La fMRI a donc montré sans ambiguité une meilleure utilisation du cortex préfrontal ventrolatéral et de l’aire motrice supplémentale chez les enfants jouant d’un instrument de musique, juste pour faire plus sérieux, le choc des mots …

Source : PlosOne