Crise climatique : le rôle de l’Océan Atlantique Nord (2)

 

Afin d’éclairer le précédent billet relatif au rôle de l’Océan Atlantique Nord sur le climat tant de l’Europe que du continent Nord-Américain je me suis plongé dans la lecture plutôt ardue d’un article paru dans le Journal of Geophysical Research (voir le doi) qui m’a aimablement été communiqué par les auteurs. Ce travail très technique avait pour but d’effectuer une analyse des données altimétriques satellitaires et des relevés des températures à l’aide de bouées fixes de la partie nord de cet océan au delà de 45 degrés-nord. En effet les courants et les régimes des vents existant au sud de ce parallèle n’ont pas été pris en compte dans cette étude car ils n’affectent que modérément l’évolution du climat tant en Europe continentale qu’en Amérique du Nord en raison de leur remarquable stabilité.

Toutes les données utilisées proviennent soit du consortium d’estimation de la circulation et du climat de l’océan (ECCOv4), soit du Met Office Hadley Center (EN4 2.0), soit de la NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration, USA) et sont disponibles à l’état brut sur demande auprès de ces organismes.

À partir de ces données s’étalant sur la période 1993-2016 il a été possible de reconstruire l’évolution de la chaleur emmagasinée par l’océan sur la totalité de sa profondeur durant cette période, grandeur exprimée en joules puisqu’il s’agit d’une forme d’énergie. Cette reconstruction a fait appel à une analyse mathématique complexe dont je suis bien incapable de décrire les détails ici. Il s’avère que les eaux de l’Atlantique Nord suivent une tendance vers un refroidissement, tendance prononcée depuis 10 ans qui est loin d’être négligeable puisque entre 2006 et 2016 la température moyenne de l’Océan Atlantique Nord intégrée sur toute sa profondeur a chuté de 1 degré. Ce phénomène est beaucoup plus évident dans la représentation de la « chaleur » globale également intégrée sur toute la profondeur océanique (illustration en début de billet).

Il s’agit donc ici d’une confirmation du changement de régime du gyre sub-polaire de la Mer du Labrador (objet d’un précédent billet) et par voie de conséquence de l’affaiblissement du Gulf Stream qui va provoquer à n’en plus douter un refroidissement généralisé de l’Europe continentale. Certes, l’inertie thermique de l’Océan va contribuer à aplanir ce changement de climat sur la durée mais le processus est d’ors et déjà bien engagé. Il me paraît donc douteux voire suspect que le monde politique et les médias continuent à affirmer que le climat se réchauffe car tous les indicateurs, soigneusement rassemblés et analysés par des scientifiques d’une réputation qui ne peut pas être mise en doute, affirment le contraire …

Source et illustration : doi 10.1002/2017JC012845 Article aimablement communiqué par le Docteur Christopher G. Piecuch (très chaleureusement remercié ici) que je tiens à la disposition de mes lecteurs curieux.

Notes. 1. Explication de la figure : SPNA = sub-polar north atlantic, SST = sea surface temperature, ECCOv4 = Estimating the Circulation and Climate of the Ocean Consortium, EN4 = Met Office Hardley Center. La chaleur emmagasinée par l’Océan est exprimée en joules. Les températures et chaleur sont exprimées selon l’interpolation des optima fournis par la NOAA version 2 (NOAA = National Oceanic and Atmospheric Administration, USA). Il s’agit donc de l’écart par rapport à la valeur zéro de cette interpolation.

2. Je signale à mes lecteurs qui émettraient des doutes quant à mes prises de position au sujet du climat et de son évolution ainsi que de la plus grande majorité des billets à caractère scientifique de ce blog que je me réfère toujours – du moins dans la mesure du possible quand les auteurs daignent me communiquer sur ma demande leur article après publication – à des articles scientifiques publiés dans des revues à comités de lecture. Je m’abstiens de redigérer des articles sur ce blog en utilisant des sources parues dans les médias ou d’autres sites internet visiblement prédigérées quand il s’agit de science fondamentale ou appliquée. Je me réfère parfois à des dépêches d’agences de presse et je m’en excuse auprès de mes lecteurs car certaines de ces agences sont tendancieuses et politiquement orientées puisque celles-çi sont contrôlées par des organismes financiers qui ont leur mot à dire quant à l’opportunité de publication d’une quelconque information. Enfin j’évite de consulter les sites de vulgarisation scientifique qui sont également orientés politiquement et quand il m’arrive de consulter l’encyclopédie Wikipedia (en anglais, jamais en français, à croire que les contributeurs francophones à cette encyclopédie très bien documentée par ailleurs aient pour mission de faire passer des messages politiques subliminaux) je fais en sorte de pouvoir vérifier les informations qui y figurent en allant lire directement les articles qui sont référencés quand ceux-ci sont accessibles, ce qui n’est pas toujours le cas. Ainsi je considère que mon blog respecte globalement les règles de la déontologie scientifique de base qui furent durant toute ma carrière de chercheur en biologie fondamentale ma ligne de conduite.