Du nouveau sur le virus d’Epstein-Barr

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Tout le monde ou presque a connu une infection par le virus de l’herpès au niveau des yeux, c’est très douloureux et on peut éventuellement perdre définitivement la vue, au niveau du sexe, ça gratte, ça suppure mais on finit par trouver un traitement de soulagement parce que le virus est toujours là et peut se manifester n’importe quand et enfin au niveau des lèvres avec ce qu’on appelle communément les boutons de fièvre. Ce sont trois souches distinctes du virus de l’herpès qui compte plus d’une centaine de types divers, comme celui de la varicelle et dont un type particulier, appelé EBV, acronyme pour Epstein-Barr Virus, peut générer des tumeurs. Quand on sait en plus que plus de 90 % de la population est infectée par l’EBV ça fait peur et d’autant plus peur que ce virus a été formellement reconnu comme étant la cause de certains types de cancer et que, de plus, une fois qu’on a été infecté il reste tranquillement latent dans des lymphocytes (type B) toute notre vie parce que le système immunitaire n’arrive plus à le reconnaître, il y a de quoi frémir. Pire encore, ce virus a trouvé le moyen de se nicher subrepticement dans ces cellules B qui sont justement impliquées dans la « mémoire » immunitaire, il faut le faire, on ne peut pas trouver mieux comme protection. Entre autres formes de cancer il faut tout d’abord citer le carcinome du rhino-pharynx, le plus commun des cancers provoqués par l’EBV puisque ce virus commence lors d’une primo-infection à se multiplier dans les cellules épithéliales du pharynx mais il est aussi la cause du lymphome de Burkitt qui a permis de faire sa découverte en tant que virus oncogène et enfin le lymphome de Hodgkin. Si on a échappé dans l’enfance au virus quand on l’attrape au cours de l’adolescence on souffre d’une mononucléose souvent passée inaperçue sinon qu’on ressent une grosse fatigue mais on peut aussi se coller une encéphalo-myélite plus connue sous le nom de sclérose en plaques déclenchée par ce même virus qui a donc finalement tout pour plaire. Pour finir de peindre le tableau l’EBV se présente sous deux formes, les types 1 et 2, qui diffèrent seulement sur l’un des 85 gènes que code l’ADN viral. On ignore encore comment le virus latent est réactivé et peut produire des effets catastrophiques du genre lymphome ou carcinome du larynx. Pour en savoir un peu plus, une équipe de biologistes du Centre de Recherche sur le Cancer d’Heidelberg en Allemagne ont séquencé l’ADN de plusieurs souches de virus et ont ainsi montré qu’il existe en réalité plusieurs familles d’EBV dont le pouvoir carcinogène est différent ce qui peut vouloir dire qu’on sera plus exposé à un cancer par l’EBV que d’autres personnes selon la souche à laquelle on a inconsciemment offert le gite et le couvert dans nos lymphocytes B (dans la moelle osseuse) sans le savoir. En isolant une souche d’EBV appelée M81 d’un carcinome du pharynx d’un patient chinois, ces biologistes ont montré qu’elle était très différente des autres souches isolées du même type de tumeur de patients européens en termes d’infectivité ou de capacité tumorigène. Or le consensus était jusqu’alors que l’EBV était essentiellement identique dans le monde entier mise à part cette distinction entre les types 1 et 2 mentionnée plus haut, cette nouvelle observation remet donc en question les facteurs externes incriminés dans la levée de la latence de l’EBV comme par exemple la fumée de cigarette puisque cette souche M81 se multiplie à très grande vitesse et ce dans toutes les cellules qu’elle infecte dont l’épithélium du pharynx en particulier. Comme il est impossible de mettre au point un vaccin contre ce virus, il reste simplement à espérer qu’on n’est pas porteur de la méchante souche M81 qu’il ne faut pas confondre avec la galaxie de Bode ou Messier 81 située dans la Grande Ourse et presque visible à l’oeil nu par temps clair près de l’étoile alpha de la constellation …