La première plus grosse installation industrielle du monde se trouvait en France près d’Arles.

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Aux premier et second siècle de l’ère présente les Romains construisirent un moulin à grain d’une taille exceptionnelle dans le sud de la France à un peu plus de 10 kilomètres d’Arles (Arelate à l’époque), l’une des résidences favorites de l’Empereur Constantin au bord du Rhône. Arles doit son essor en s’alliant à Jules César un demi-siècle avant l’ère présente contre Marseille qui lui disputait la suprématie du commerce le long du couloir rhodanien. La ville fut équipée d’aqueducs et les débouchés de la riche campagne environnante furent exploités et transformés pendant les deux siècles qui suivirent. Ceci fut la raison pour laquelle les ingénieurs romains construisirent un moulin de taille industrielle à Barbegal alimenté par un aqueduc captant les eaux souterraines de la chaine des Alpilles alors que celui alimentant Arles en eau provenait du massif du Lubéron.

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Les moulins – il y en avait 16 – étaient alimentés par des buses (flume en anglais) en bois. L’eau provenant du moulin supérieur était recueillie dans un bassin et utilisée pour faire tourner la roue conçue en bois du moulin inférieur et ainsi de suite. Les pales des moulins étaient également en bois. Divers fragments retrouvés sur le site de Barbegal ont été minutieusement étudiés pour en quelque sorte retracer l’histoire de ce moulin exceptionnel. Il s’agit d’empreintes des structures de bois par des dépôts de calcite, l’eau souterraine des Alpilles captée dans les sources karstiques (k dans la figure ci-dessus) étant particulièrement chargée en carbonates. Ces fragments ont fait l’objet d’études stratigraphiques, cristallographiques et isotopiques ayant pour objet de retracer l’histoire de la buse d’arrivée de l’eau, des roues et donc du moulin lui-même.

Les études stratigraphiques et microscopiques ont mis en évidence l’alternance des saisons, la charge en calcaire de l’eau variant avec l’abondance des précipitations. Les précipitations ont formé des strates brunes dues à la présence de colloïdes provoqués par les eaux de ruissellement. La densité de ces dépôts de calcite indique en outre que les roues des moulins étaient probablement protégées des rayons solaires en comparant des dépôts d’autres moulins à Saepinum, Athènes ou encore Ephèse. Ces moulins n’étaient, en effet, pas protégés par un toit.

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Les études isotopiques ont concerné les isotopes 13 du carbone et 18 de l’oxygène. Les différences en teneur en ces isotopes permettent de retrouver la température de l’eau qui actionnait les moulins. Pour l’oxygène un δ18O élevé signifie que l’eau était plus froide, c’est-à-dire en hiver. Pour le δ13C c’est l’inverse car plus l’eau est chaude moins il y a d’isotope lourd du carbone en raison du dégazage plus intense de l’eau. Ces dernières études ont montré, combinées aux études cristallographiques et stratigraphiques, que les moulins étaient à l’arrêt durant quelques mois entre le milieu de l’été et le milieu de l’automne. Les dépôts de calcite recueillis et étudiés ont tous un âge d’environ 15 années ce qui indique que des opérations de maintenance étaient effectuées périodiquement chaque quinze années. L’épaisseur de ces dépôts de calcite représentaient en effet pour chaque roue des moulins un poids non négligeable d’environ 170 kg. Il fallait donc nettoyer ces roues périodiquement.

Les historiens ont cru pendant longtemps que l’économie romaine était basée sur l’esclavage. L’existence d’un tel moulin d’une taille industrielle unique au monde à cette époque explique au contraire que l’abandon progressif de l’exclavage libéra la créativité des ingénieurs romains. Puisqu’il y avait moins de main-d’oeuvre il fallait créer des machines performantes. Ce moulin pouvait en plein fonctionnement produire jusqu’à 25 tonnes de farine par jour afin d’alimenter en pain la population locale mais aussi les navires des ports d’Arles et de Fossae Marianae, aujourd’hui Fos-sur-Mer, à proximité d’Arles. Les navires embarquaient en effet un pain compact spécial qui pouvait être conservé plusieurs mois car il avait été cuit deux fois à cet effet. Parmi tous les débris de calcite conservés au musée archéologique d’Arles et rassemblés lors de fouilles du site de Barbegal en 1930, il a enfin pu être mis en évidence la date d’abandon du moulin, aux alentours du début du troisième siècle de l’ère présente probablement en raison des troubles qui affectaient l’Empire romain mais peut-être aussi avec l’apparition de moulins de taille plus modeste et de maintenance plus abordable pour des non-spécialistes. Il reste que le moulin de Barbegal reste le vestige de la plus grande construction industrielle de cette époque.

Source et illustrations : Science Advances

La Judée fut le premier producteur de verre du monde civilisé

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Des fouilles archéologiques effectuées lors de terrassements pour la construction d’une voie ferrée en Israël viennent de révéler un fait tout à fait inattendu : la terre de Judée était le premier fournisseur de verre brut de l’Empire romain. Il était expédié par bateau jusqu’aux fabriques pour façonner des vases et bien d’autres objets. On a en effet retrouvé lors de fouilles sous-marines cet étrange verre de couleur légèrement verte mais on ignorait d’où il provenait. Des documents romains signalaient que les sables de la vallée de l’Akko étaient d’une qualité apte à la production de verre mais jusqu’à ces fouilles on ignorait que le verre brut était produit dans cette région du Moyen-Orient et qu’il était ensuite disséminé à travers tout l’Empire romain.

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Les fouilles ont permis de reconstituer la configuration des fours formés d’une partie destinée à la combustion pour atteindre une température d’environ 1200 degrés et d’une chambre autorisant la récolte du verre en fusion. Le verre brut était ensuite chauffé pendant une semaine pour finalement former des blocs pouvant atteindre le poids respectable d’une tonne. Ces blocs étaient en majorité expédiés vers Rome et l’Europe ou utilisés localement pour être retravaillés. À l’époque de l’Empereur Dioclétien il existait dans l’Empire deux sortes de verre, celui de Judée et celui d’Alexandrie. Le verre de Judée, en raison de sa couleur légèrement verte était moins coûteux que celui en provenance d’Egypte don tla production avait été encouragée par les Ptolémée(s). La région de Khirbat’Asafna au sud-est d’Haïfa a fait l’objet de nombreuses fouilles archéologiques et elle était un grand centre industriel. Outre cette industrie de production de verre brut, les fouilles ont mis en évidence des unités de production d’huile d’olive et des sites de production de vin dans cette région proche du Mont Carmel. Aujourd’hui la région d’Haïfa est l’un des plus industrieuses d’Israël.

Source et illustrations : http://www.antiquities.org.il/article_eng.aspx?sec_id=25&subj_id=240