A propos de vaccins

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Après avoir lu un article paru dans Contrepoints (voir le lien) je suis tombé opportunément sur un rapport de la Society for General Microbiology (G-B) relatif aux premières retombées de la vaccination contre les virus du papillome (HPV). Ca se passe en Grande-Bretagne où où l’open data médical est maintenant installé et fonctionnel ce qui n’est toujours pas le cas en France pour des raisons obscures, faut-il le rappeler. Le virus du papillome (HPV types 16 et 18) est responsable de près de 100 % des cancers du col de l’utérus et de plus de 95 % des cancers de l’anus soit environ 5 % de tous les cancers. C’est la maladie sexuellement transmissible la plus courante. Les vaccins contre ces virus ont été introduits à la fin de l’année 1998 et si certaines controverses sont apparues, notamment alimentées médiatiquement par les pourfendeurs de la vaccination, mais jamais médicalement prouvées comme résultant de la vaccination proprement dite, les faits parlent d’eux-mêmes selon ce rapport.

Donc d’abord les faits : le cancer du col de l’utérus est le plus commun des cancers chez les jeunes femmes (moins de 35 ans) sexuellement actives. Environ 2500 d’entre elles sont diagnostiquées avec un tel cancer chaque année en Grande-Bretagne. Entre 2010 et 2012, 4000 échantillons de frottis vaginaux provenant de dépistages systématiques de la présence de Chlamydia ont montré qu’avant les programmes d’immunisation contre l’HPV, 20 % des jeunes femmes de 16 à 18 ans sexuellement actives étaient porteuses d’au moins un des deux types du virus oncogène. Après les premières campagnes de vaccination contre l’HPV, ce pourcentage est tombé à 6,5 % dans cette même tranche d’âge, celle maintenant la mieux couverte par la vaccination. C’est un bon début qui indique par ailleurs, selon le rapport, que la vaccination serait encore plus bénéfique en termes de protection immunitaire si la vaccination était réalisée avant que les jeunes filles deviennent sexuellement actives. Or, les jeunes filles, devant la peur que suscite le cancer du col de l’utérus, sollicitent le corps médical après avoir le plus souvent débuté une activité sexuelle, ce qui explique au moins en partie ce pourcentage résiduel de jeunes filles porteuses du virus, bien qu’étant immunisées.

Un autre effet de la vaccination, bien connu pour d’autres types de vaccins est la réduction de la transmission du virus à son entourage et dans le cas de l’HPV à d’autres partenaires, une conséquence tout à fait bénéfique pour les jeunes filles non vaccinées ainsi que pour les hommes. On peut donc d’ors et déjà considérer que les vaccins contre l’HPV sont grandement bénéfiques pour diminuer significativement l’apparition de cancers tant du col de l’utérus que de l’anus et accessoirement du rhino-pharynx et que le vaccin est parfaitement efficace.

Pour en revenir au virus lui-même, le mécanisme de son oncogénicité vient d’être élucidé formellement en alignant les séquences de la totalité de l’ADN de 10 lignées cellulaires provenant de cancers du col de l’utérus et du rhino-pharynx induits par ce virus. Il a fallu pour aboutir à quelques résultats probant utiliser le super-ordinateur de la Ohio State University, le challenge étant d’aligner et de comparer pour chaque échantillon les séquences d’ADN avec celles d’un témoin soit les quelques trois milliards de bases de chacun après avoir séquencé tous ces ADNs. Un immense travail qui a révélé le mécanisme d’endommagement de presque tout l’ADN des cellules hôtes, ce qui a permis de comprendre pourquoi les cellules infectées ne pouvaient devenir que cancéreuses. Le virus introduit des petits bouts de ses propres séquences un peu partout dans l’ADN et pour tous les chromosomes, entrainant des cascades incontrôlables de dérégulation de l’expression des gènes et presque de n’importe lesquels d’entre eux. Un véritable cataclysme au niveau cellulaire avec des fragments d’ADN purement et simplement supprimés, des insertions au hasard et multiples, un accroissement des copies de l’ADN du virus augmentant l’expression des protéines E6 et E7 de ce dernier, de véritables outils pour transformer irrémédiablement les cellules aboutissant à un cancer intraitable par chimiothérapie tant les cellules devenues cancéreuses sont devenues de véritables monstres avec un patrimoine génétiques, si on peut encore parler de patrimoine, complètement instable. Quand l’ADN du virus s’insère dans celui de la cellule hôte, il se produit un mécanisme totalement fou de multiplication de cet ADN qui va s’insérer partout comme l’illustre la figure ci-dessous.

Il a fallu une puissance de calcul phénoménale d’un Xeon cluster construit par HP comprenant 8300 noyaux (cores) et capables d’effectuer 154 teraflops (calculs) par seconde nécessitant une capacité de mémoire de 2 petabytes. La capacité de mémoire du CERN, pour donner une idée est seulement 6 fois plus importante que celle du centre de calcul de la Ohio State.

Illustration

Sources : Ohio State University, Society for General Microbiology (G-B)

http://www.contrepoints.org/2014/04/16/163023-les-vaccins-oppression-etatique

Et pourtant le BCG est bien efficace !!!

Des membres de l’école londonienne de médecine tropicale ont décortiqué des données datant pour la plupart d’avant les années 80 relatives à l’efficacité du BCG. On sait que cette vaccination n’est plus obligatoire dans de nombreux pays malgré l’apparition de souches de bacille de la tuberculose résistantes à pratiquement tous les antibiotiques connus. Le BCG est le seul vaccin homologué pour combattre la tuberculose. Il est peu coûteux et son efficacité a été mise en doute partant du fait que par exemple au sud de l’Inde, plus précisément au Kerala, vaccination ou pas, les enfants contractaient la tuberculose sans différence significative. Pourtant en Grande-Bretagne la même vaccination a fait pratiquement disparaître l’occurrence de cette maladie. Toutes sortes de théories ont été échafaudées pour tenter d’expliquer ces différences qui semblent proportionnelles à la distance à l’équateur, mais si, c’est vrai et prouvé statistiquement ! Cette étude récente a permis au contraire de montrer qu’il n’en était rien et que l’efficacité du BCG était d’autant plus grande que la vaccination avait lieu très tôt après la naissance. Comme on dit souvent « le plus tôt sera le mieux » et cet adage s’applique parfaitement au BCG. Encore fallait-il trouver une explication à cette observation rendue possible par traitement informatique de centaines de milliers de données provenant de dispensaires parfois éloignés de tout centre urbain mais soigneusement conservées par les soins des médecins anglais depuis des décennies.

Ce qui a permis de lever le voile sur le mystère de l’efficacité du BCG est d’abord le fait que les enfants qui avaient été en contact avec le bacille de Koch sans pour autant développer la tuberculose (primo-infection bénigne) ne réagissaient que faiblement au BCG, réaction suivie par le test à la tuberculine. Par comparaison, les enfants vaccinés très tôt après la naissance, quelques jours seulement, développaient une réaction normale à la tuberculine. L’étude a montré qu’en réalité l’efficacité du BCG diminuait si l’enfant était tardivement vacciné et cette observation a été expliquée par le fait que très tôt dans la vie on peut se trouver en contact avec des mycobactéries, famille dont fait partie le bacille de Koch, qui se retrouvent dans l’eau du robinet, sur les aliments et aussi dans les poussières de maison ! La vaccination contre la tuberculose avec le BCG n’a donc pas perdu sa réputation et administré très tôt après la naissance est un gage d’efficacité durable.

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Déclarer que le BCG est « devenu » inefficace est donc une contre-vérité que tous les médecins doivent éliminer de leur mémoire alors que le bacille fait de plus en plus de ravages y compris dans les pays développées.

Pou rappel le test à la tuberculine, mis au point par Koch avec les controverses qui s’ensuivirent, est un extrait dans du glycérol de bacille qui après injection sous-cutanée entraine une inflammation bien visible si je sujet a été préalablement en contact avec le bacille vivant au cours d’une primo-infection. Ce test est utilisé pour valider l’immunité acquise après la vaccination avec le BCG.

Source : London School of Hygiene and Tropical Medicine, illustration Wikipedia (appareil utilisé pour la vaccination BCG au Japon)

Voir aussi sur ce blog : https://jacqueshenry.wordpress.com/2013/08/22/le-bacille-de-la-tuberculose-va-tres-bien-merci/