Généalogie du vaccin

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Je suis abonné au site BioEdge et il m’a paru intéressant de rappeler la genèse de la vaccination et son aspect éthique. Tout se passe au cours des dernières années du XVIIIe siècle en Grande-Bretagne. La variole a supplanté la peste et des millions de personnes en meurent. On estime que chaque année en Europe près d’un demi-million de personnes mouraient de la variole à cette époque. Edward Jenner, médecin de son état, va tenter une expérimentation périlleuse, fort de ses observations relatives aux personnes résistantes à la variole. Jenner s’était en effet aperçu que les femmes qui trayaient les vaches dont les tétines étaient couvertes de pustules provoquées par la maladie de la vaccine, une atteinte virale du bétail proche de celle de la variole, étaient résistantes à cette dernière maladie. Le terme variole (pox en anglais) était ambigu dans la mesure où il englobait aussi bien la variole du bétail (cowpox) que la variole elle-même, appelée aussi « petite vérole », le terme « grande » vérole étant réservé à la syphilis.

Jenner avait d’abord tenté d’inoculer du pus provenant des pustules de sujets souffrant de la vraie variole à des volontaires (pas toujours) pour les immuniser contre cette maladie, une pratique courante dans l’Empire Ottoman. Mais l’opération était risquée puisqu’on avait constaté qu’une personne sur 20 contractait la maladie, à la suite de cette expérimentation qui n’aurait rien d’éthique aujourd’hui, et en mourrait.

Jenner s’orienta donc vers l’inoculation du pus provenant des pustules retrouvées sur les pis des vaches atteintes de vaccine ou de celles des mains des vachères préposées à la traite. Il inocula délibérément ce pus au fils de son jardinier, le jeune James Phipps âgé de 8 ans. Pour parfaire son expérimentation il inocula quelques semaines plus tard du pus de la vraie variole à cet enfant pour vérifier que sa tentative d’immunisation était un succès. Il transgressa délibérément les règles élémentaires de l’éthique médicale. Cependant l’enfant survécut et ce succès de Jenner constitua le premier exemple de « vaccination » dans le monde.

L’histoire ne dit pas si le jardinier fut justement rémunéré pour avoir risqué la vie de son enfant et ainsi contribué au progrès de la médecine rudimentaire d’alors, comme sont indemnisés les volontaires participant aujourd’hui à des essais cliniques, parfois en risquant leur vie.

Jenner prit un risque calculé car il était parfaitement au courant de la réussite mitigée de la « variolation », une pratique consistant donc à inoculer du pus provenant des pustules de la vraie variole pour immuniser les personnes saines mais il ignorait s’il pourrait reproduire cette immunisation des vachères.

La « variolation » était une pratique relativement courante en Turquie dès le début du XVIIIe siècle et elle fut « importée » en Grande-Bretagne par Lady Mary Wortley Montagu, une amie de Caroline, Princesse de Galles. Elle fut mise en pratique par Sir Hans Sloane, futur fondateur du British Museum, pour protéger la famille royale de la variole. Pour ce faire la variolation fut appliquée à six prisonnières de la prison de Newgate qui survécurent et furent graciées par ordonnance royale. Pour bien vérifier que la « variolation » (voir note en fin de billet) avait été efficace, Sloane obligea l’une des prisonnières qui avait subi ce traitement à dormir pendant six semaines avec un enfant de dix ans atteint de variole. Elle survécut à la contagion. La Princesse Caroline, afin d’être absolument certaine que cette pratique était sans risque, ordonna la variolation des pensionnaires d’un orphelinat et convaincue alors du succès du protocole de Sloane tous les enfants de la famille royale furent alors traités par variolation.

Ce n’est que 70 ans plus tard que Jenner procéda à son expérimentation risquée à partir de variole bovine dont le virus avait probablement été atténué par passage sur les mains d’une vachère. L’histoire n’est pas très claire à ce sujet.

De même qu’aujourd’hui il existe des mouvements anti-vaccination, l’Eglise se mêla de cette histoire, prétendant que seul Dieu pouvait transmettre la maladie … De plus les jeunes filles qui trayaient les vaches et avaient échappé à la petite vérole (la variole) étaient réputées de moeurs légères car leur peau blanche exempte de cicatrices des pustules, en dehors des mains naturellement, était recherchée par les trousseurs de jupons. L’Eglise les considérait d’ailleurs plus ou moins comme des sorcières car elles avaient échappé au châtiment divin.

Les noms de vaccin et vaccine dérivent directement de vacca, la vache en latin et vaccinus qui signifie « provenant de la vache ». Jenner transgressa les lois de l’éthique en risquant la vie d’un jeune enfant, mais pas tant que ça puisque lui-même s’était plié à la variolation et qu’il conseillait vivement à ses patients ce traitement préventif. Le fait d’utiliser du matériel biologique provenant de la variole bovine, la « vaccination » par opposition à la « variolation », fut un réel progrès qui déboucha sur l’une des plus grandes avancées de la médecine contemporaine. La variole qui faisait encore 2 millions de victimes parmi les 15 millions ayant contracté la maladie en 1967 fut officiellement déclarée éradiquée en 1979, peut-être bien grâce aux travaux pionniers de Jenner.

Source et illustration : Adapté d’un article paru sur BioEdge

Note : on peut dire aussi « variolisation ».

Retour sur l’invention du vaccin contre la variole et la situation actuelle

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Pour les Français, c’est Pasteur qui a inventé la vaccination, en réalité ce n’est pas Pasteur et le nom même de vaccin vient directement d’une maladie contractée par les fermières anglaises (et de bien d’autres pays) en trayant leurs vaches, des sortes de pustules ressemblant à s’y méprendre à la variole. Les faits se déroulèrent au XVIIIe siècle, donc bien avant Pasteur et il est souvent riche d’enseignements de relire l’histoire car on découvre l’ingéniosité de l’esprit humain qui sut faire avancer la science à petits pas, certes, mais des petits pas qui aboutirent à la plus grande avancée de la médecine, c’est-à-dire la vaccination. On savait depuis des temps reculés en particulier en Chine et en Turquie, bien avant l’époque de l’empire Ottoman, que la variole de la vache – en français vaccine – protégeait efficacement contre la variole (humaine) ceux qui avaient souffert de cette maladie, la variole touchant les deux tiers de la population et tuant un cinquième d’entre eux.

La « vaccine » fut donc la première expérimentation dont la finalité était la stimulation du système immunitaire pour se protéger d’une maladie afin d’éviter d’en mourir. Les observations d’immunité acquise contre la variole après avoir souffert de la vaccine restaient inexpliquées et ce n’est qu’à la fin du XVIIIe siècle qu’Edward Jenner, un médecin anglais né à Berkeley dans le Gloucestershire, comprit ce qui se passait dans la réalité. Jenner préleva du pus provenant des pustules de malades souffrant de vaccine et inocula celui-ci à des personnes saines qui développèrent la maladie dans le but de les protéger contre la variole. Il vérifia son hypothèse d’une immunité acquise en « variolant » ces sujets. La variolation était une pratique développée depuis très longtemps en Chine qui consistait à recueillir le liquide présent dans les pustules des personnes atteintes de variole et de l’inoculer dans la peau de personnes saines. Celles-ci étaient alors protégées contre la variole après avoir développé les mêmes symptômes que la maladie proprement dite mais atténués. Le même protocole appliqué avec le pus des pustules de la vaccine conduisit au même niveau de protection sans toutefois induire parfois de graves symptômes comme c’était le cas avec la variolation.

Fort de cette observation Jenner entreprit de collecter des fonds pour appliquer sa méthode à de nombreuses personnes pour les protéger contre les épidémies récurrentes de variole. Aujourd’hui la variole, grâce à la vaccination systématique mise en place au XIXe siècle, est la première maladie mortelle à avoir été éradiquée totalement et la poliomyélite est en passe de subir le même sort. La vaccination contre la variole reste obligatoire pour les militaires américains et leurs familles … Curieux, d’autant plus que la communauté scientifique considère que ce vaccin est aujourd’hui l’un des moins sûrs, du moins si l’on se réfère à ce qu’affirme une étude datant de 2003. Le vaccin actuel (bien qu’on ne vaccine plus contre cette maladie dans la plupart des pays développés) est un virus atténué authentique obtenu avec des cultures de cellules (Vero) de rein de singe Vervet africain. Paradoxalement cette technique d’obtention de virus atténués fut aussi utilisée pour produire le virus atténué de la polio et manque de chance ou mauvais contrôle industriel, certaines campagnes de vaccination contre la polio aboutirent à répandre massivement un autre virus présent chez le Vervet, le SV40. Ce dernier virus est suspecté d’avoir contaminé des millions d’enfants et d’adultes lors des campagnes de vaccination contre la poliomyélite. Le SV40 hautement suspecté de favoriser l’apparition de cancers contamina des lots entiers de vaccins polio façon Salk ou façon Sabin. Si l’affaire ne fut pas trop ébruitée en son temps car il s’agissait de combattre la poliomyélite en urgence, il n’en reste pas moins qu’à l’époque, sans les moyens d’investigation puissants de la génétique moderne, les pouvoirs publics avaient pris de gros risques qui s’avérèrent rétrospectivement anecdotiques car les études épidémiologiques ne révélèrent aucune incidence sur la fréquence de rares formes de cancers ou tout au plus un soupçon favorisant l’apparition comme co-carcinogène des cancers de la plèvre avec l’amiante. Cette observation conduisit pour partie à interdire l’usage de l’amiante …

Ces rappels sont là tout simplement pour montrer qu’une urgence sanitaire peut conduire à des incidents de parcours qu’il est difficile de prévoir ou de maîtriser. Mais revenons à la variole. À la fin du XIXe siècle, se « faire vacciner » représentait un coût et seules les classes sociales aisées pouvaient se permettre ce luxe. Il en résulta tout naturellement que la variole continuait à faire des ravages chez les pauvres comme c’est le cas aujourd’hui pour d’autres maladies. On accusa donc les classes sociales supérieures, protégées contre la maladie mais néanmoins porteuses éventuelles du virus, de le transmettre aux « pauvres » et cet état de fait introduisit une sorte de ségrégation entre les vaccinés et les non vaccinés. Avec la généralisation de la vaccination, il semble que le virus ait évolué vers une forme moins agressive, fait qui contribua probablement à son éradication. Alors pourquoi conserver les souches de virus les plus dangereuses ? C’est du ressort des armées américaine et russe à tel point qu’en 2000 le gouvernement américain envisagea sous l’administration Bush de produire massivement des vaccins contre la variole car il s’agit d’une arme biologique dont il faut se protéger. Cependant la vaccination telle qu’elle fut décidée par l’armée américaine n’est pas anodine et les effets secondaires peuvent être vraiment indésirables et cela d’autant plus que ce projet était géré par des militaires. Il y eut tout de même un essai clinique organisé par l’armée américaine qui fut globalement catastrophique avec des complications cardiaques notoires pour des personnes ayant des pressions sanguines élevées, des taux de cholestérol hors normes, du diabète, un surpoids ou une prédisposition familiale à ces pathologies, autant dire plus de 60 % de la population américaine ! Pourtant 2,4 millions de militaires furent vaccinés entre 2002 et 2014 malgré les mises en garde du CDC. Il n’y a qu’un tout petit chemin à parcourir pour rapprocher cette campagne de vaccination du syndrome dit de la Guerre du Golfe qui coûta une fortune à l’armée américaine et qui persiste encore aujourd’hui sans qu’on ait pu en identifier les causes mais … suivez mon regard, car le nouveau vaccin produit par l’armée américaine est un véritable poison : le virus supposé désactivé est capable de s’installer et de créer ce qui s’appelle en jargon médical la « vaccine progressive », une sorte de variole atténuée qui progresse avec le temps au niveau du site de vaccination puis sur tout le corps. L’armée américaine a d’ailleurs inventé toutes sortes d’effets de la guerre du Golfe pour minimiser sa gestion catastrophique de cette vaccination obligatoire pour ses personnels comme par exemple l’utilisation de balles en uranium appauvri. Pas vraiment réjouissant !

La réintroduction de la vaccination contre la variole avec un virus atténué est donc potentiellement dévastatrice et ce qui est au contraire certain c’est que le virus détenu tant par les Russes que les Américains ne pourra jamais tomber dans les mains de terroristes tels qu’on les définit actuellement. La terreur pourrait au contraire provenir de l’establishment médico-pharmaceutique qui aimerait bien qu’une campagne de vaccination puisse être décidée afin de réaliser de monstrueux profits. On comprend donc un peu mieux pourquoi les souches de virus sont jalousement gardées, au cas où …

Liens :

http://www.jennermuseum.com/the-garden.html.

http://biotech.law.lsu.edu/blaw/bt/smallpox/Congress/040129_ABiodefenseFailureOneYearLater.pdf

http://www.vaccines.mil/documents/1702_SmallpoxScreeningForm.pdf

Note : la seule autre maladie virale définitivement éradiquée par vaccination est la peste bovine. Illustration Wikipedia : enfant atteint de variole en 1973.