Olkiluoto et la fin programmée de l’industrie nucléaire française

Le branchement au réseau électrique d’Olkiluoto encore repoussé : c’est un véritable feuilleton de mauvaise facture que réserve cette centrale électro-nucléaire d’Olkiluoto 3 en Finlande. TVO (Teollisuuden Voima Oyj) vient de recevoir une note d’Areva NP lui signifiant que finalement le réacteur EPR de conception franco-allemande ne serait que très probablement connecté au réseau qu’en mai 2019, si tout va bien … La dernière notification de ce genre date de septembre 2014 et prévoyait un raccordement vers la fin de l’année 2018. TVO a manifesté son profond mécontentement au sujet de ce nouveau délai et il a ajouté que la restructuration du secteur nucléaire français ne devait en aucun cas compromettre cette dernière annonce.

Pour les non-spécialistes, un réacteur nucléaire est d’abord testé à froid et la pression de l’ensemble de la structure et des équipements connexes est augmentée progressivement jusqu’à atteindre une valeur supérieure à celle d’un fonctionnement en exploitation de routine. Il s’agit de « timbrer » l’équipement. La deuxième étape consiste à réaliser les mêmes essais « à chaud » avec une source de chaleur qui n’est pas encore le combustible à base d’uranium faiblement enrichi. Des anomalies non répertoriées « à froid » peuvent apparaître dans ces conditions. Puis le réacteur est chargé avec du combustible. Il s’agit du troisième volet de ces essais qui permet de vérifier toute une série de détecteurs et de valider le bon fonctionnement de l’ensemble jusqu’au stade final qui est la mise en température nominale par la fission, un processus également progressif. Je résume mais c’est à peu près ainsi que les choses se passent.

Les essais à froid ont été effectués en juin de cette année 2017 à Olkiluoto et les essais à chaud sont programmés pour la fin de cette année. Le contrat de fourniture clé-en-main de cette installation a été signé en 2003, une éternité, et la mise en exploitation était programmée pour l’année 2009 ! TVO a déposé une plainte auprès de la Commission Européenne afin de désapprouver l’aide de 4,5 milliards d’euros de l’Etat français apportée à Areva lors de sa restructuration, craignant que le chantier d’Olkiluoto soit remis en question. La dite commission a bien spécifié, à la demande de la Finlande, qu’il était hors de question que le projet pâtisse de cette restructuration. Il n’en reste pas moins que l’énervement du gouvernement finlandais est parfaitement justifié.

Bien que les autorités politiques se défendent de considérer qu’elles ont « refilé la patate chaude » à EDF qui a absorbé de facto Areva NP c’est tout de même le cas. Les 4 milliards d’euros étant l’objet d’un litige entre TVO et Areva seront-ils pris en charge par le gouvernement français ou par EDF ? La réponse est simple : ce sont les contribuables français qui paieront avec leur facture d’électricité, cela ne fait aucun doute car EDF c’est l’Etat ! Et l’Etat c’est moi comme doit certainement le penser Macron qui, secondé par son ministricule de la transition énergétique renouvelable va devoir se dépêtrer dans ce dossier particulièrement savoureux mais très amer car il révèle la fin programmée de l’industrie nucléaire française. Pendant ce temps-là EDF dépense des milliards, contraint et forcé par le gouvernement gauchiste et écolo, pour installer des moulins à vent un peu partout ainsi que des hydroliennes, la dernière lubie de ces illuminés de l’église de scientologie climatique. À qui va profiter le crime, nul ne le sait précisément mais Olkiluoto et donc Areva NP, après Alstom tout simplement démantelé, le gouvernement français a tout fait pour mettre à genoux l’industrie nucléaire française, jadis un fleuron de technologie respecté dans le monde entier. Quel gâchis …

Note : source partielle et illustration World Nuclear News. L’illustration résume l’ensemble du propos de ce billet.

Electricité de France et petite chronique cinématographique: The Wrong Man (Alfred Hitchcock)

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Il y a plus de 30 ans j’ai travaillé quelques années comme consultant auprès d’EDF à Paris et j’étais chargé de promouvoir les technologies développées par cette société dans le domaine du nucléaire tant aux USA que dans d’autres pays, en particulier en Europe. C’était en France l’époque de la construction de nombreux réacteurs du type 900 MW électriques, une sorte de fabrication standardisée en série sous licence Westinghouse. Il s’agissait d’une stratégie définie par le gouvernement pour réduire les coûts d’implantation de ces sources d’énergie qui permettraient à la France de devenir autonome sur le plan énergétique pour la production d’électricité. C’était aussi l’époque de la finalisation de la ligne TVG Paris-Lyon, la seule ligne de train à grande vitesse rentable encore aujourd’hui dans le monde (avec le shinkansen reliant Tokyo à Osaka) et il fallait naturellement produire de l’électricité à un prix abordable et indépendamment des fluctuations des cours du pétrole. Bref, EDF construisait des centrales nucléaires un peu partout sur le territoire français. EDF était le maître d’oeuvre, le CEA contrôlait le combustible, normal c’était encore du ressort des militaires car ils étaient avides de plutonium, Framatome fournissait les chaudières et les échangeurs de chaleur et le reste était sous la responsabilité de contractants divers étroitement contrôlés par EDF qui disposait de ses propres bureaux d’étude et de ses centres de recherches et d’essais intra muros que j’ai tous visité.

C’était juste un petit rappel de cette époque dorée d’EDF alors présidée par Marcel Boiteux que j’eus l’honneur de rencontrer dans son bureau rue Murat, à Paris. C’était un électricien pur et dur et non pas un technocrate comme aujourd’hui qui ne pense qu’avec sa calculette dans la main et ne peut prendre aucune décision stratégique sans en référer au premier ministre voire au Président qui n’y connaissent naturellement rien du tout dans le domaine de l’énergie électrique. Boiteux (Normale Sup et Mines de Paris) vivait et raisonnait dans le réel, le concret, et il disposait d’un relative indépendance vis-à-vis du gouvernement, ce qui n’est plus du tout le cas maintenant, et c’est particulièrement déplorable (lire en fin de billet).

Comme j’habitais à Lyon et que je prenais le TGV chaque lundi matin pour me rendre à Paris, je garais ma vieille Renault R5 bleue marine dans les rues proches de la gare de Perrache pour prendre le premier train à destination de Paris. Il m’arrivait souvent de converser durant deux heures et demi avec Raymond Barre, alors maire de Lyon, ou d’autres personnalités car EDF me payait mes voyages en première classe, bien entendu. Un vendredi soir, à mon retour de Paris, après avoir retrouvé non sans mal mon véhicule et réintégré le domicile familial, mon épouse me présenta une convocation de la gendarmerie d’un village de la banlieue ouest de Lyon pour le lundi matin suivant.

Comme Manny Balestrero incarné dans le film d’Hitchcock « The Wrong Man » (1956) par Henry Fonda, un modeste joueur de contrebasse, je faillis bien être pris pour le faux coupable dans une histoire de hold-up à main armée.

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C’est un réel plaisir de relater cet évènement qui s’imprima dans ma mémoire avec une telle intensité en raison de l’angoisse indicible que j’éprouvais alors que je me souviens des moindres détails de mon entrevue avec les gendarmes. J’arrivais donc dans le parking de la gendarmerie avec ma vieille Renault R5 de couleur bleu-sombre, j’aurais utilisé le véhicule de mon épouse, la situation aurait pu être bien pire ou peut-être bien plus favorable, mais seul Alfred Hitchcock en aurait pu déceler les nuances. Bref, j’entrais dans les locaux de la gendarmerie plutôt décontracté et je présentais ma convocation. On me pria d’attendre une autre personne. Après avoir présenté mes documents d’identité je fus conduit dans une pièce où se trouvaient seulement une table et deux chaises – je n’invente rien – et un gendarme commença à me questionner. Tout y passa, exactement comme dans le film d’Hitchcock avec Henry Fonda, et je fus bouclé dans cette pièce plusieurs dizaines de minutes quand enfin le même gendarme revint vers moi.

J’avais un alibi, fort heureusement, qui fut vérifié par le gendarme en appelant la secrétaire du bureau qui commença à lui aboyer copieusement dans les oreilles (ce que j’appris plus tard de vive voix) car j’avais ce lundi matin-là deux rendez-vous importants et je n’avais évidemment pas pu la prévenir de mon absence au bureau. Le jour du hold-up qui eut lieu à Valence, dans la Drôme, des malfaiteurs avaient « emprunté » ma voiture pour réaliser leur forfait et avaient soigneusement remis mon véhicule près de la gare et, détail incroyable, remis de l’essence dans le réservoir. S’ils avaient oublié l’endroit exact où j’avais garé ma voiture, il en était de même en ce qui me concernait ! Ce détail intrigua au plus haut point les gendarmes quand je leur avais expliqué que le lundi matin très tôt je garais mon véhicule dans une rue près de la gare encore passablement endormi et que le vendredi soir il m’arrivait de marcher une dizaine de minutes avant de le retrouver. Pour eux j’étais coupable, le coupable tout trouvé, idéal pour leur hiérarchie. La secrétaire du bureau signala que selon ses notes et mon agenda le jour du hold-up en question je me trouvais à Strasbourg et que plusieurs personnes d’une moralité irréprochable pourraient aisément en témoigner.

Etre désigné comme un faux coupable par les rouages inextricables de l’administration policière puis pénitentiaire comme dans le film est une situation que je ne souhaite à personne. Ce fut pour moi une expérience que je n’ai jamais oublié. Il faut dire que je laissais mon véhicule non verrouillé, on avait déjà forcé la portière et volé mon auto-radio qui d’ailleurs ne fonctionnait plus depuis longtemps. En quelque sorte j’offrais ma voiture à n’importe quel malfaiteur, tout ça pour promouvoir les technologies développées par EDF qui aurait bien mieux fait de se focaliser sur les réacteurs type 900 MW plutôt que d’être soumis au gigantisme imposé par le gouvernement à la suite de la fusion, sous la houlette du CEA, de Framatome et de Creusot-Loire, une catastrophe stratégique que les contribuables n’ont pas fini de payer avec le présent projet insensé d’Hinkley Point C qui, selon les dernières nouvelles, verra un report de mise en service d’au moins 18 mois et un surcoût de plus de 3 milliards d’euros naturellement payés par les contribuables, cette fois-ci français car les Anglais ne veulent pas entendre parler de surcoût. J’ajouterai pour en terminer avec EDF que cette entreprise d’Etat fait dans le « renouvelable » contrainte et forcée par le gouvernement français qui lui a inoculé le virus vert contre lequel il n’existe toujours pas de vaccin : EDF en mourra, je n’en dirai pas plus.

Illustrations : captures d’écran du film d’Alfred Hitchcock avec Henry Fonda et Vera Miles.

Note. Marcel Boiteux a repris un principe dit d’élasticité des prix des services monopolistique d’Etat, la règle de Ramsey-Boiteux dont l’énoncé est le suivant (Wikipedia) :

Cette règle postule qu’un monopole naturel fait des pertes s’il doit fixer son prix à son coût marginal car il y a un coût initial important qu’il doit absorber. Ce monopole naturel va donc essayer de parvenir à l’équilibre. Il doit donc utiliser une tarification qualifiée de second rang qui est supérieure au coût marginal et inversement proportionnelle à l’élasticité de la demande : l’idée est de récupérer les coûts fixes sur les services les moins élastiques, la tarification non linéaire qui pèse plus sur les usagers captifs. Cette règle s’applique tout particulièrement aux services publics tels que les télécommunications, les transports et éventuellement la production d’électricité. En vertu de cette règle le régulateur (en l’occurence un gouvernement) doit laisser une certaine marge de manoeuvre tarifaire à l’opérateur (ici EDF). Ce n’est malheureusement plus le cas aujourd’hui dans la mesure où le retour sur investissement des unités de production, compte tenu de leurs coûts élevés, ne permet plus d’optimiser les prix, situation aggravée par la fixation des prix autoritairement décidée par le gouvernement en ce qui concerne le kWh pour financer le développement des énergies dites renouvelables. Il est donc tout à fait probable que le prix du kWh facturé par EDF – je parle ici de la France – explose à brève échéance. Pour les curieux, voici le lien compréhensible pour un économiste (ce qui n’est pas le cas de votre serviteur) : https://en.wikipedia.org/wiki/Ramsey_problem

L’arrêt de mort d’EDF est signé

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Finalement le Ministre d’État (rien que ça !) chargé de la « transition écologique et solidaire » a signé l’arrêt de mort d’EDF. Deuxième de la hiérarchie gouvernementale après le Premier Ministre, cet individu dont l’opportunisme ne fait de doute à personne a donc repris mots pour mots les engagements pris à la sauvette par décret le 8 avril 2017 (décret 2017-508) par une autre opportuniste toute aussi incompétente que lui, je veux parler de Mademoiselle Ségolène, l’ex de l’ex-président. Il y a moins d’une semaine je relatais le Plan Macron (lien) de transition énergétique qui, chiffres à l’appui, n’est qu’une fanfaronnade électoraliste car il faut encore rassurer les Français allergiques à l’uranium avant les élections législatives. De Gaulle et Mesmer avaient une vraie vision de l’indépendance énergétique, du moins électrique, de la France en mettant en place un plan colossal d’équipement électronucléaire français qui fit (et fait encore) l’admiration du monde entier et qui fut financé par les contribuables (dont je fis partie) pour former un patrimoine industriel sans équivalent dans le monde.

Nicolas Hulot, faisant fi des réalités du monde moderne, a donc repris les thèses chères aux écologistes de tout poil, diminuer la part du nucléaire dans la production d’électricité française sans se demander un instant par quoi elle va être remplacée de manière fiable afin de garantir une sécurité nationale. L’exemple catastrophique de « transition énergétique » allemande qu’il a pourtant sous les yeux ne lui aura pas servi de leçon. Ce triste individu dont la notoriété fut financée par le plus grand groupe chimique d’Europe – à l’époque de ses reportages tonitruants en hélicoptère – a assis sa nouvelle fonction par je ne sais quel truchement de copinages obscurs. Il est tout simplement scandaleux de laisser libre cours à un tel pouvoir de malfaisance. Le nouveau président aurait eu beaucoup plus de crédibilité en nommant à un poste moins pompeux – disons tout simplement Ministre de l’Energie – un technicien connaissant le B-A BA de cette discipline dont dépend le développement économique.

Chers lecteurs contribuables et consommateurs d’énergie électrique, attendez-vous à des augmentations substantielles de vos notes d’électricité (et de gaz) dans les prochaines années que vous paierez tous par solidarité avec l’incurie gouvernementale. Cette affaire me rappelle celle de l’idiot à qui on montre la Lune de la main : il regarde le bout du doigt de l’observateur et continue à lui demander où se trouve la Lune. En d’autres termes Hulot ne fait qu’abonder dans les thèses écolos les plus radicales et les plus ringardes pour cultiver sa personnalité d’ex présentateur de télévision sans se soucier un seul instant de l’avenir du pays. Je serai mort avant d’assister au désastre annoncé d’une mort certaine d’EDF qui fut et est encore le plus beau fleuron industriel de la France et à qui cet énergumène de foire va confier la construction de moulins à vent à grands frais. Je n’ai que mon blog et mes larmes pour pleurer …

https://jacqueshenry.wordpress.com/2017/05/15/le-plan-macron-de-transition-energetique-une-utopie/

Nouvelles d’Hinkley Point C

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Finalement, sous la pression des gouvernements britannique et français, EDF Energy, filiale londonienne d’EDF, CGN (China General Nuclear), le 10 Downing Street et les grands absents du projet, c’est-à-dire les consommateurs britanniques d’électricité, ont signé le contrat scélérat autorisant le consortium EDF-CGN à vendre le MWh sortant des deux EPR pendant les premières 35 années d’exploitation au prix de 92,50 livres. Peu importe quelles seront les évolutions des prix du marché.

Ceux qui auraient dû être consultés, les consommateurs anglais, n’ont pas leur mot à dire : ils paieront et pas qu’un peu puisque la note qui leur sera infligée s’élèvera à 21 milliards de livres sterling, soit à la louche 25 milliards d’euros. Répartie sur une vie de consommateur cette somme s’élèvera à 12 livres par an et par ménage, de quoi faire passer la pilule en douceur avec aussi comme argument psychologique que ces kWs seront totalement « décarbonés », ben voyons …

Les dindons de la farce sont donc les consommateurs finaux et par extension les contribuables qui seront sollicités au cas où il y ait des retards dans l’exécution du projet, les deux gros monstres devant être connectés au réseau en 2025. Si ce n’était pas le cas, alors la clause tarifaire préférentielle deviendrait caduque et le projet deviendrait ainsi un gigantesque gouffre financier. Loin de moi l’idée de souhaiter un fiasco à Hinkley Point C mais quand on observe les déboires, les embrouilles juridiques et les retards à répétition de l’EPR finlandais à Olkiluoto et les manquements et autres erreurs à Flamanville, il y a de quoi se poser de sérieuses questions. Comme je le mentionnais dans un précédent billet sur ce blog si j’étais investisseur je ne mettrais pas un kopeck dans ce projet. Le chantier du réacteur EPR d’Olkiluoto-3 a démarré en 2005 et aux dernières nouvelles ce dernier devrait être connecté au réseau fin 2018. À Flamanville les travaux ont débuté en 2007 et l’EPR devrait produire ses premiers kWs fin 2018. Enfin l’EPR de Taishan-1 dont les premiers travaux ont débuté en 2009 devrait quant à lui être connecté dans le courant de l’année 2017 et son jumeau Taishan-2 au plus tard en 2018. On peut toujours rêver pour les délais de construction d’Hinkley Point c’est-à-dire moins de 9 années à condition que les Chinois apportent des Airbus A380 entiers d’ouvriers pour travailler sur le site … Tout retard pourrait coûter un maximum à EDF, aux Chinois partenaires à 30 % et naturellement aux contribuables français pour sauver EDF. Encore une fois l’optimisme reste de rigueur.

Sources : Bloomberg et World Nuclear News

EDF et Hinkley Point C : N’importe quoi !

 

C’est chose faite, après délibération le Conseil d’Administration d’EDF a approuvé l’engagement d’EDF dans le projet Hinkley Point C. C’est l’éléphant blanc radioactif comme le titrait ce jour l’agence Bloomberg sous la plume de Chris Bryant !

La dette d’EDF évolue aux alentours de 37 milliards d’euros à laquelle il faut ajouter le coût déjà planifié de 50 milliards des mêmes euros pour satisfaire aux directives de l’ASN lui permettant de prolonger l’exploitation des tranches 900 MW type Fessenheim. Il y a bien pire puisqu’EDF se trouve également en face d’une dette virtuelle de 22,5 milliards d’euros pour faire face au régime de retraites de ses agents qui est fastueuse et tout bénéfice pour la CGT qui gère ce coté sombre et ignoré du public de la manne du CCE de cette entreprise d’Etat hors normes.

S’engager maintenant dans le projet Hinkley Point pour une technologie issue d’Areva qui n’a pas encore fait ses preuves à hauteur de 20 milliards d’euros sur 10 ans sans comptabiliser les aléas et les retards est une pure fantaisie financière. Au final il en coutera au contribuable français, par ménage fiscal, la coquette somme de 5000 euros ( ! ) sans compter les primes supplémentaires relatives à la « transition énergétique.

On nage en plein délire politicien …

EDF : le gouvernement persiste dans l’erreur …

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Alors que le gouvernement français pousse EDF à persévérer dans le projet Hinkley Point C en Grande-Bretagne, la mise en chantier d’un nouvel EPR avec on ne sait pas trop quel financement, ce qui a d’ailleurs conduit le Directeur financier d’EDF à proprement claquer la porte, cette monstruosité technologique et financière se trouve laminée par la technologie des réacteurs dits SMR selon la terminologie de l’IAEA, l’agence internationale de l’énergie atomique. Le SMR – acronyme de Small Modular Reactor – est une technologie en kit, fabriquée en série pour atteindre un coût le plus bas possible, et dont la mise en oeuvre ne dépasse pas 3 à 5 ans. Depuis 2011 le Département de l’Énergie américain a fait le choix de privilégier cette technologie au détriment des grands projets de puissance électrique supérieure à 1000 MW électriques. À la suite d’un appel d’offre gouvernemental, des compagnies comme Westinghouse, Holtec, NuScale ou encore General Atomics ont présenté leurs projets. L’affaire a suivi son cours jusqu’à récemment lorsque la TVA, Tennessee Valley Authority, une compagnie d’électricité appartenant à l’Etat fédéral américain, a déposé un projet de SMR qui a été approuvé par la NRC et qui sera développé sur le site d’Oakridge avec l’appui technologique de la société Babcok & Wilcox.

Parallèlement, la Grande-Bretagne soutient financièrement le développement de SMRs sur son territoire alors que celui d’Hinkley Point est toujours pendant. On se trouve donc dans une situation où s’opposent les tenants du gigantisme et ceux des petits réacteurs modulaires de 300 MW beaucoup mieux adaptés aux réseaux de transport et de distribution existants. Pour résumer la situation actuelle dans le monde, les SMRs ont le vent en poupe : 11 SMRs sont en cours de construction en Chine, Corée du Sud, Russie et USA et 13 autres en sont encore au stade d’études d’ingénierie au Japon, en Russie, aux USA, en Inde, au Canada et au Pakistan. Mise à part la technologie chinoise, deux configurations sensiblement identiques sont développées aux USA par Babcock & Wilcox, d’une part, et par Westinghouse d’autre part. Quant à la Chine, CNNC propose une gamme de puissances électriques allant de 100 à 350 MW dans une configuration proche de celles choisies aux USA.

L’intérêt du SMR est sa structure modulaire, fabriquée en usine puis transportée sur site. Economiquement et à l’évidence, lorsque de grandes séries seront projetées le coût global de telles unités de production électrique pourra atteindre un milliard de dollars par 300 MW électriques prévues pour durer 60 ans avec un rechargement de combustible tous les deux ans et des systèmes de sécurité dits passifs c’est-à-dire ne nécessitant pas de redondance particulièrement coûteuse comme dans le cas de l’EPR. Il serait peut-être urgent qu’EDF revoie sa copie au sujet d’Hinkley Point C quand la tendance pour les nouveaux projets d’énergie nucléaire s’oriente à l’évidence vers les petites unités. Source : World Nuclear Association http://www.world-nuclear.org/information-library/nuclear-fuel-cycle/nuclear-power-reactors/small-nuclear-power-reactors.aspx

Nucléaire de 4e génération c’est chose faite en Chine

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Alors qu’EDF n’en finit pas de chercher une solution pour le financement du projet Hinkley Point C en Grande-Bretagne consistant en un EPR pour le moment et peut-être un deuxième EPR et que la même compagnie doit également trouver un autre financement, certes moindre mais tout de même également conséquent, pour racheter la division NP d’Areva, on se demande comment le fleuron énergétique français va pouvoir survivre à toutes ces ponctions. Faire appel aux investisseurs ? Pas question d’autant plus qu’EDF a été exclu du CAC40 en raison de la dépréciation du cours de l’action et que les investisseurs ne se précipiteront certainement pas pour investir dans une entreprise détenue à 80 % par l’Etat français qui ne brille pas par ses qualités de gestionnaire. Augmenter le prix du kW, pas question non plus puisque ce prix est décidé par les ronds de cuir qui sévissent autour des jupons de Ségolène. Parallèlement EDF doit acheter, selon la loi, des kW « renouvelables » hors de prix et les revendre à perte. Le cocktail est tellement défavorable que n’importe quel analyste spécialiste du secteur de l’énergie (dont je ne fais pas partie) peut émettre de sérieux doutes sur la viabilité financière de cette entreprise. Il reste naturellement les contribuables et les factures d’électricité … Au final de sont donc bien Monsieur et Madame Michu qui paieront la gestion étatique catastrophique tant d’EDF que d’Areva.

Force est de constater que la France est maintenant en retard d’une génération, on peut même dire de deux générations, dans le domaine de l’électronucléaire et ce sont les Chinois et les Russes qui ont pris une avance indéniable. La Russie, comme je me suis plu à le rappeler dans ce blog, est le seul pays au monde à développer les surrégénérateurs refroidis avec du sodium, type Super-Phénix, une technologie lamentablement abandonnée par le gouvernement Jospin, mais ce n’est pas tout. La Chine termine la construction de deux unités jumelles pilotes du vrai réacteur nucléaire de quatrième génération, le surrégénérateur à haute température (HTR) avec refroidissement par de l’hélium directement couplé à une turbine fonctionnant selon le type dit de Brayton (voir le lien). Ce type de réacteur pourra « brûler » aussi bien de l’uranium-238 que du thorium et ne s’embarrassera pas des actinides que ne peut pas gérer un réacteur à eau pressurisée comme un EPR car ils seront également fissionnés et serviront de combustible.

Ce type de réacteur présente deux particularités qui constituent des avantages considérables en regard de la complexité de fonctionnement des réacteurs à eau pressurisée. Il n’est pas nécessaire de l’arrêter tous les deux ans pour rechargement avec du combustible neuf. Les modélisations ont montré que ce type d’installation à neutrons rapides peut fonctionner au moins dix ans sans rechargement. De plus le rendement énergétique est considérablement amélioré par rapport à un réacteur de type EPR car le gaz de refroidissement sort du réacteur à la température de 850 degrés. En vertu du principe de Carnot également appelé deuxième principe de la thermodynamique le rendement de la machine tournante permettant de produire in fine de l’électricité est proportionnel à la différence de température entre le fluide entrant et le fluide sortant. Cependant dans une installation mettant en jeu une turbine en circuit fermé type Brayton, ce rendement énergétique est encore amélioré et atteint aisément celui des centrales électriques à gaz naturel, soit environ 60 %, ce qui n’a rien à voir avec le mirifique rendement promis pour un EPR d’environ 37 % si ma mémoire ne me fait pas trop défaut.

Le schéma ci-dessous (Wikipedia) illustre clairement comment fonctionnera une telle installation et il va sans dire que les deux unités de démonstration d’une puissance totale de 210 MW électriques actionnant une seule turbine à gaz en cours de construction sur le site de Shidaowan dans la province de Shandong vont rester dans l’histoire de l’évolution de l’électronucléaire car il s’agit d’une avancée technologique considérable.

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Comme on peut le constater dans la partie droite de l’illustration il s’agit d’un circuit fermé. Deux compresseurs couplés à la turbine renvoient le gaz sous pression et refroidi par deux échangeurs de chaleur vers le réacteur. Il ne s’agit plus d’une application directe du fameux principe de Carnot mais d’une amélioration de ce dernier à l’aide de compresseurs qui divertissent une partie de l’énergie fournie par la turbine pour compresser le fluide, ici de l’hélium qui sera chauffé par le réacteur. Contre-intuitivement ce type d’installation atteint des rendements idéaux tout en maintenant le fluide caloporteur en circuit fermé, ce que requiert un réacteur nucléaire pour éviter tout contamination externe. Le choix de l’hélium qui est un très mauvais capteur de neutrons (contrairement à l’eau) permet de mettre en place ce concept thermodynamique.

On ne peut que constater que la Chine a maintenant une « génération » d’avance dans le domaine du nucléaire civil. Pour preuve un deuxième projet vient de passer avec succès les qualifications préliminaires. Il s’agit de deux installations de 600 MW comportant chacune trois unités de 200 MW et trois turbines Brayton dont la construction a été décidée sur le site de Ruijin dans la province du Jiangxi et programmée pour être couplée au réseau électrique dans le courant de l’année 2021. Ce développement de l’énergie nucléaire de quatrième génération en Chine est le fruit d’une étroite collaboration entre la China Nuclear Engineering Company et l’Université de Tsinghua qui concentre la fine fleur des ingénieurs spécialisés dans ce domaine. CNEC bénéficie d’une grande indépendance vis-à-vis du gouvernement central chinois qui lui a confié le soin de résoudre les problèmes énergétiques du pays en se focalisant sur ces énergies nouvelles qui n’ont rien à voir avec les moulins à vent ou les panneaux solaires.

On ne peut donc que constater avec amertume que la France, encore leader mondial dans le domaine du nucléaire il y a 20 ans, a détruit son tissu industriel en raison d’une gestion étatique déplorable et sans aucune espèce de vision prospective, la recherche et le développement dans ce domaine crucial pour les générations futures ayant tout simplement été oblitérés par des décisions irrationnelles de nature politicienne. C’est un désastre annoncé depuis longtemps et confirmé par l’avènement de ces énergies dites renouvelables imposées par les mouvements « verts » qui aggravent la situation financière d’EDF et la prive de toute latitude pour s’orienter vers l’avenir. À en pleurer !

Source : World Nuclear Association, illustration : cuve du réacteur de Shidaowan, 25 mètres de haut et 700 tonnes, source China Huaneng.

Et aussi : https://en.wikipedia.org/wiki/Closed-cycle_gas_turbine