La papaye, les crèmes de beauté et l’eczéma, étrange rapprochement.

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Quand je résidais au Vanuatu, pays tropical où abondent les papayers, une des recettes locales pour attendrir la viande de bœuf charolais local fraichement abattu à l’abattoir de Mélé, un village proche de Port-Vila, consistait à envelopper un morceau de viande dans une feuille de cet arbuste pendant quelques heures. Je n’ai jamais pu m’expliquer par quel mécanisme cette feuille pouvait attendrir en profondeur un beef-steak aussi efficacement qu’un séjour de près d’une semaine dans une chambre froide. Certes, il existe dans le latex de la peau de la papaye, ce jus blanc qui coule quand on réalise une incision du fruit encore vert, un redoutable enzyme appelé papaïne. Les « belles » des îles des mers du sud se gomment parfois la peau du visage avec ce latex mais elles n’en abusent pas, quelques petites minutes seulement, car les effets de cet enzyme particulièrement actif et dévastateur pour les structures protéiques pourrait endommager leur peau durablement. En effet, pour comprendre les effets indésirables de la papaïne qui est un enzyme finalement loin d’être l’apanage de ce fruit que je n’ai jamais vraiment affectionné il faut préciser quelques détails. L’une des utilisations industrielles autorisées de la papaïne est l’attendrissement de la viande qui se présente sous forme d’une poudre directement préparée à partir du latex que je viens de mentionner. Certaines firmes se sont hasardé à incorporer cet enzyme dans des dentifrices mais sans résultats notoires. Un autre usage topique en médecine est le « nettoyage » des plaies variqueuses des personnes diabétiques mais il n’a jamais été approuvé en raison des risques d’allergie pouvant être mortelle comme une réaction anaphylactique fulgurante pouvant entrainer un arrêt cardiaque.

Cependant et malgré ce risque avéré certains cosméticiens proposent tout de même des crèmes dites rajeunissantes contenant cet enzyme à des femmes avides de paraître toujours jeunes, à leurs risques et périls cela va de soi … La papaïne, outre son effet consistant à détruire les protéines et donc, en application externe sur la peau, à désorganiser l’épiderme et surtout le derme, possède intrinsèquement un puissant pouvoir allergène et on imagine sans être un spécialiste en la matière à quel point son usage peut être dangereux.

Cette particularité de la papaïne à digérer sur place les protéines a été mise à profit plutôt inconsidérément par l’industrie cosmétique dans des crèmes dites de jeunesse, exfoliantes ou régénérantes qui éliminent en réalité les couches superficielles de cellules mortes de l’épiderme grâce à l’action de l’enzyme. Cette action dite protéolytique brise en effet les interactions entre les cellules afin qu’à la limite la peau se retrouve « à vif », une peau de bébé en quelque sorte ! Si la notice d’utilisation du tube de crème vante l’efficacité du produit exfoliant elle omet de mettre en garde l’utilisatrice contre les dangers de la papaïne. Non seulement la barrière de protection que constituent les cellules de l’épiderme est ainsi fragilisée mais l’organisme est de plus exposé au fort pouvoir allergène de l’enzyme, pouvoir qui persiste quand celui-ci est devenu inactif. La fragilisation de la barrière de protection de la peau par l’action de la papaïne – mais aussi l’usage abusif de détergents de confort qui fragilisent également l’épiderme – permet alors un accès aux autres allergènes communément présents dans une maison et le résultat encore plus redoutable est l’apparition de dermatoses très difficiles à traiter qu’on appelle eczémas atopiques.

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Le Docteur Erika Jensen-Jarolim de l’Université de Médecine de Vienne en Autriche a fait un rapprochement inattendu entre l’effet de la papaïne et certains allergènes domestiques dont en particulier les acariens. Ces minuscules cousins des araignées se nourrissent des cellules mortes de notre épiderme qui tombent au sol. Pour les digérer ils sécrètent un enzyme très proche de la papaïne et tout aussi allergène. Cette protéine se retrouve ensuite dans leurs excréments, une des composantes de la poussière de maison dont nous respirons de fines particules entrainant de l’asthme et qui collent à la peau et la conjonctive entrainant eczéma atopique et conjonctivites. Inutile de dire que si on a une peau fragilisée par des abus de savons agressifs, de détergents et par l’usage de crèmes exfoliantes, on s’est soigneusement préparé pour ces inconforts dont on aurait pu se passer très facilement  ! Tout ça parce qu’on a la peau fragilisée par des agressions délibérées et que des acariens du sol, non parasites (voir lien) et non fouisseurs comme celui de la gale contribuent à charger l’air de leurs fientes contenant encore cette protéine hautement allergène, air dans lequel on baigne en permanence et que l’on respire.

Sources : http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/25705851 , http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/24662805 http://www.meduniwien.ac.at/homepage/1/news-and-topstories/?tx_ttnews%5Btt_news%5D=5548&cHash=8ac3c2795264a4c2154c207f1b1d5a22

Illustration : Dermatophagoides pteronyssinus, acarien commun des poussières de maison.

Revoir aussi : https://jacqueshenry.wordpress.com/2014/08/31/et-si-on-parlait-des-demodex-une-nouvelle-marque-de-pret-a-porter-non-un-parasite-commun-pourtant-inconnu/

Allergies alimentaires … peut-être une piste sérieuse

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J’ai déjà écrit dans ce blog à propos des effets néfastes des antibiotiques et des produits sanitaires et hygiéniques communs dans une maison qui perturbent le système immunitaire des enfants et en particulier les antibiotiques administrés dès la première année en ce qui concerne l’apparition d’asthme et d’eczéma chez les enfants (billets des 20 mai et 10 juin de cette année). On commence à se faire une petite idée de ce qui se passe et où ça se passe selon une étude réalisée à l’Université de Chicago sur des souris, certes, mais les résultats obtenus sont parfaitement transposables à l’homme. Cette étude avait pour but de trouver une explication à l’augmentation alarmante des allergies alimentaires chez les enfants puisqu’on estime qu’entre 1997 et 2011 le nombre de cas a augmenté de 10 % par an et près d’un enfant sur 13 souffre d’allergies alimentaires avec comme symptômes des diarrhées, de l’eczéma, des éternuements à répétition et de la fièvre. On sait que l’usage abusif d’antibiotiques est l’une des causes de ces allergies et la relation avec les bactéries intestinales a tout de suite été suspectée, encore fallait-il apporter une explication validant cette hypothèse.

Le Docteur Cathryn Nagler, coordinatrice de cette étude parue dans PNAS ( DOI: 10.1073/pnas.1412008111 ), a comparé des souris élevées stérilement, donc sans flore intestinale, des souris normales et des souris normales traitées à la naissance avec des antibiotiques quant à la susceptibilité aux allergènes contenus dans les cacahuètes en mesurant le taux d’immunoglobulines E (IgE) dans le sang, un bon marqueur des réactions allergiques. Tous les résultats ont indiqué une forte corrélation entre le développement de l’allergie et l’appauvrissement relatif en une population particulière de bactéries intestinales appartenant à la superfamille des Clostridia. En introduisant en effet ces bactéries particulières soit chez les souris élevées stérilement, soit chez les souris traitées avec des antibiotiques, le taux d’immunoglobulines E diminuait rapidement alors que la réintroduction d’une autre famille de bactéries intestinales, les Bacteroides, n’était pas suivie d’effet notoire.

Pour qu’une allergie se développe, il faut que l’allergène puisse traverser la barrière intestinale et se retrouver dans le sang entrainant alors la réaction du système immunitaire. Une analyse génétique détaillée de ce qui se passe au niveau intestinal a montré que les Clostridium et seulement eux induisaient une forte production d’une interleukine particulière (IL-22) qui provoque une réduction de la perméabilité de la paroi intestinale. CQFD ? Pas tout à fait. Une preuve supplémentaire de cette intervention de l’IL-22 a été apportée en injectant des anticorps dirigés contre cette interleukine aux souris élevées stérilement à qui on avait inoculé les Clostridium et chez qui on avait observé une baisse spectaculaire du taux d’IgE. Comme on pouvait s’y attendre, ce taux d’IgE augmentait à nouveau indiquant donc que c’est bien cette interleukine qui est directement concernée dans le développement de l’allergie alimentaire. Les Clostridiums provoquent donc l’augmentation de la production d’IL-22 et diminuent la perméabilité de l’épithélium intestinal et ils ont été identifiés grâce à leur ADN ribosomaux 16S et pour les curieux on peut citer dans le désordre C. colinum, C.propionicum, C.nexile ou encore C.xylanolyticum. Pour l’anecdote, ces bactéries très communes dans l’intestin sont strictement anaérobies et le moindre contact avec l’oxygène leur est fatal. Elles sont aussi largement utilisées dans l’industrie pour de nombreuses productions. Les auteurs de cette étude ne cachent pas leur projet de mise au point d’une supplémentation directe sous forme de gélules pour rétablir une flore intestinale dégradée chez les sujets, en particulier les enfants, présentant des signes d’allergies alimentaires évidents. En effet, il n’existe actuellement aucun traitement satisfaisant pour soigner ces allergies qui se manifestent par des eczémas géants, des troubles respiratoires, des éternuements, de la fièvre et bien d’autres symptômes comme mentionné plus haut. Encore une fois, cette étude met le doigt sur l’usage abusif des antibiotiques et de leur effet destructeur sur la santé en général. Et pourtant les médecins qui semblent avoir perdu toute conscience professionnelle vont continuer à prescrire à tort et à travers des antibiotiques pour justement se donner bonne conscience et ne surtout pas ressentir de problèmes professionnels au cas où la « non-prescription » d’antibiotiques pourrait être considérée le cas échéant comme une faute professionnelle par les « clients ». Et cette attitude inconsidérée constitue un gouffre financier pour les organismes étatiques de protection sociale car non seulement le corps médical est complice mais les grandes compagnies pharmaceutiques sont aussi parties prenantes dans ce désastre sanitaire ! Il ne faut plus rembourser les antibiotiques sauf en cas de force majeure, cela mettra un terme à tous les abus du corps médical nuisibles à la santé de nos enfants …

Source : University of Chicago Medical Center