Quand le lobby des producteurs de sucre s’en prenait aux caries dentaires …

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C’est encore une affaire qui va faire grand bruit car on se trouve au devant des sombres agissements d’un lobby industriel ultra-puissant oeuvrant contre la santé humaine. Ça se passe aux Etats-Unis, le pays de toutes les magouilles et de tous les mensonges bien qu’en façade puritain jusqu’au bout des dents. Allez partager un repas dans l’Amérique profonde avec des Américains bon chic bon genre, par exemple à Birmingham, Alabama, avant de commencer à déguster un ragout pas très attirant avec de l’eau comme toute boisson on commence à se coltiner presque une dizaine de minutes de versets de la Bible et si on a le malheur de laisser trainer son regard sur l’arrière-train de la maîtresse de maison quand elle se lève pour aller chercher le dessert, ce qui m’est arrivé, je l’avoue, à Birmingham, parce que seules les rondeurs du popotin de mon hôtesse apportaient une touche de réconfort dans ce décor austère, on risque alors d’être traité d’obsédé sexuel. Bref, ces mêmes Américains cul-bénis mais aussi faux-culs acceptent que des groupes de pression obscurs façonnent la loi à leur profit en utilisant tous les moyens à leur disposition afin d’infléchir les recommandations d’organismes officiels en ce qui concerne la santé des individus.

C’est ce qui ressort d’un article paru dans PlosOne relatant l’affaire des « dossiers Roger Adams » à propos de la santé dentaire des enfants et des adolescents en relation avec la consommation de sucre. De 1959 à 1971 ce scientifique « émérite », professeur de chimie organique à l’Université de l’Illinois à Urbana fut la cheville ouvrière si l’on peut dire du lobby des producteurs de sucre de canne et de betterave, les intérêts étant identiques, réunis dans une association extrêmement puissante sur le plan politique la « Sugar Association » dont l’une des émanations était et est encore la Sugar Research Foundation, des structures qu’on retrouve dans l’industrie du tabac ou encore des soft-drinks. Pour se donner un vernis de bien-pensance cette association à but lucratif avait donc créé une sorte d’entité finançant à coups de grosses liasses de dollars des recherches académiques dont les résultats devaient toujours être favorables à l’industrie sucrière, cela va de soi.

Une jeune dentiste n’ayant pas froid aux yeux est allée fouiller dans les archives de l’Université d’Urbana et a découvert des centaines de documents relatant dans le menu les manigances de la Sugar Association. Cet organisme avait été mis en garde dès le début des années 1950 au sujet du rôle néfaste des sucres alimentaires dans le développement des caries dentaires … mais c’était aller contre les intérêts de l’association. La situation a un peu évolué au cours des années mais pas tant que ça. La FAO et l’OMS ont tenté à plusieurs reprises d’édicter des règles conduisant à la limitation de l’usage de sucres dans les aliments et les boissons mais en vain. Il se trouve que l’organisation mondiale de recherche sur le sucre (WSRO) compte parmi ses membres contributeurs la Sugar Association, normal allez-vous penser, mais aussi Coca-Cola, curieux hasard qui n’en est pas un. La WSRO bloque systématiquement toute prise de position tant de l’OMS que de la FAO pour émettre des recommandations afin de limiter dans l’alimentation les « sucres libres ». La WSRO, niant l’évidence, fait du lobbying en faveur des dentifrices au fluor !

Pourtant la cause première de l’apparition des caries dentaires est la formation de plaques sur l’émail. Ces plaques sont constituées de bactéries du genre Streptococcus mutans qui s’entourent d’un mucus protecteur et quand elles digèrent les sucres alimentaires elle sécrètent des acides qui restent prisonniers de ce mucus et attaquent alors l’émail en ouvrant des brèches dans la dent pour finalement aboutir à une cavité qui servira de niche pour d’autres bactéries pathogènes. Les caries dentaires constituent la première cause d’affection chez les enfants et les adolescents et ce n’est pas par philanthropie que des organisations multiples ont depuis de nombreuses années mis en garde les parents et les enfants contre l’abus de sucres alimentaires. Aux USA, l’administration Nixon alerta la population, sans succès … Le fluor dans l’eau du robinet était une excellente excuse pour que le lobby des sucriers se lave les mains. Puis vinrent les dentifrices au fluor et les sucres aux effets délétères pour les dents passèrent tout simplement aux oubliettes. Quand on sait que Coca-Cola, l’une des plus grosses entreprises de commercialisation de sucre, fait partie des membres de la très respectée WSRO, on peut émettre de sérieux doutes quant à l’honnêteté et à l’efficacité d’un tel organisme.

Il a fallu la sagacité de cette jeune dentiste diplômée co-auteur de l’étude parue dans PlosOne ( DOI: 10.1371/journal.pmed.1001798 ) pour découvrir les sombres agissements du lobby des sucriers. Mais puisque Coca-cola est mentionné dans cet article, il faut souligner que cette société paie à prix d’or des nutritionnistes et des bloggers, c’est nouveau, pour vanter les vertus de la boisson brune et pétillante aux vertus bénéfiques jamais remises en question depuis sa création. Mais il n’y a malheureusement pas que les sucriers et Coca-cola dans ce monde hostile du business alimentaire. Pepsi, spécialisé aussi dans la vente de boissons sucrées et propriétaire des marques Frito-Lay ou encore Tostito, des trucs immangeables qu’on se doit d’engouffrer avec une bouteille de Pepsi, rémunère des diététiciens pour vanter les vertus gustatives de ces snacks empoisonnés y compris sur les plateaux de télévision ! Même Nestlé, une firme tentaculaire assise sur une solide réputation de qualité dans le domaine des aliments pour bébés et enfants, s’est offert une armada de soit-disant spécialistes de la nutrition. Coca-cola a poussé son marketing jusqu’au ridicule en préconisant pour moins se goinfrer de sucre d’acheter des mini-bouteilles de 250 ml (8,5 onces) et la campagne de promotion initiée dans les country-clubs de golf incluait cette petite bouteille et un petit paquet d’amandes dûment salées pour maintenir la sensation de soif. Pas en reste, Pepsi a immédiatement réagi en mettant sur le marché une bouteille de 7,5 onces uniquement sucrée avec du sirop de maïs enrichi en fructose parce qu’il fallait suivre les conseils des diététiciens inféodés au lobby des producteurs de maïs naturellement de connivence avec les sucriers puisque le sirop de maïs et le fructose sont aussi des sucres … La boucle est refermée, la malbouffe et les soft-drinks continueront à faire des ravages et ni l’Organisation Mondiale de la Santé ni les autres institutions pourtant là pour protéger la santé des citoyens du monde n’y pourront rien, les puissants lobbys auront toujours le dernier mot et le vulgum pecus sera assommé de publicité télévisuelle à longueur de journée pour le pousser à consommer ces saloperies !

Sources : PlosOne et Associated Press

Note : je conseille à mes lecteurs anglophones de lire l’article de PlosOne, c’est un véritable roman policier !