Les sanctions économiques contre l’Iran pourraient affaiblir le dollar.

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Article de Nick Cunningham paru sur le site Oilprice.com

Entre parenthèses et en italique figurent des notes ajoutées par votre serviteur.

Les douloureuses sanctions infligées à l’Iran constituent à l’évidence la démonstration du but final du Trésor américain : mettre à genoux les autres Etats du monde en suivant la ligne de la politique américaine de ne plus importer de pétrole depuis l’Iran en dépit d’une désapprobation largement répandue. Nous n’en sommes qu’au début du premier chapitre d’une longue histoire qui pourrait aboutir à la fin de la suprématie du dollar US. Le rôle international prépondérant du billet vert dans le système financier international est la seule raison permettant aux USA d’empêcher la plupart des pays du monde d’acheter du pétrole à l’Iran. Le marché international du pétrole s’effectue en dollars ainsi que beaucoup d’autres marchés internationaux. Plus de 88 % des échanges internationaux sont libellés en dollars !

De plus la plupart des grandes multinationales ont inévitablement des liens avec l’économie américaine et ainsi, en face du choix de commercer avec l’Iran ou de se voir coupées du système financier américain et du marché américain, le choix est évident. Ceci signifie que même si les gouvernements des pays européens, par exemple, choisissaient d’opter pour une politique d’importation du pétrole iranien, la domination américaine sur le système financier international leur laisserait en réalité peu de latitude pour en faire ainsi. Les politiciens européens ont tenté de trouver un moyen de maintenir des relations commerciales avec l’Iran dans le cadre des accords sur la question nucléaire de 2015 que l’Iran respecte toujours (selon les inspections inopinées de l’Agence internationale de l’énergie atomique) mais cela ne vaut pas du tout dire que les raffineurs européens qui sont des entreprises privées courront le risque d’être sanctionnés par les USA en continuant à importer du pétrole d’Iran. Dans les faits ils ont déjà drastiquement diminué depuis plus d’un mois leurs importations.

Il semble que la suprématie du dollar est incontournable.

Mais ce n’est pas encore la fin de l’histoire. Pour différentes raisons l’administration Trump est en train de menacer le dollar même si cela ne paraît pas encore évident. Après tout le dollar s’est renchéri par rapport à bien d’autres devises ces derniers mois (essentiellement par rapport aux devises nationales de pays émergents, depuis l’Argentine à la Malaisie en passant par la Turquie et l’Afrique du Sud ou encore l’Algérie et la Tunisie, une bonne vingtaine de pays), la croissance du produit intérieur brut américain a été supérieure à celle de bien d’autres pays (selon les statistiques US officielles à considérer avec précaution) et nombre de pays et d’organisations se sont ralliés aux décisions de sanctions américaines notoirement dirigées à l’encontre de la Russie, du Vénézuela et de l’Iran. Pourtant la politique extérieure « America First » avec sa guerre commerciale et ses tarifs douaniers arbitraires, les tensions trans-atlantiques et d’autres rivalités géopolitiques sont des facteurs qui pourraient bien déchoir le dollar de son perchoir dominateur.

Selon certains analystes c’est pourtant l’usage généralisé de sanctions qui apparait comme étant le facteur le plus dommageable finalement à la suprématie mondiale du dollar. Et c’est justement et en particulier le cas en ce qui concerne l’Iran. Dans le cas de l’Iran les Etats-Unis portent un préjudice à ces sanctions en tant qu’argument de politique intérieure américaine comme l’a écrit Kelsey Davenport, un analyste de l’association du contrôle des armes, dans les lignes du Washington Post au mois d’août dernier : « les USA ont placé trop d’Etats entre l’enclume et le marteau ».

Le Président de la Commission européenne Jean-Claude Junker a déclaré il y a quelques jours que le statu de l’euro devrait être élevé au statut de monnaie de réserve (au niveau mondial) pour casser la suprématie du dollar sur l’Europe. Junker a insisté sur le fait que l’Europe paie 80 % de ses importations de produits pétroliers en dollars alors qu’elle n’importe même pas 2 % de ses besoins en ces produits depuis les USA :  » il n’y a aucune logique à ce que l’Europe paie ses importations de produits pétroliers en dollars et non pas en euros » a dit un diplomate reprenant les propos de Junker. En effet la plupart des importations européennes énergétiques proviennent de Russie et du Moyen-Orient. Il semble évident du point de vue du système financier international sous influence des Américains que n’importe quel raffineur européen qui veut importer du pétrole d’Iran, d’Irak ou de Russie doit payer ces importations en dollars et doit dès lors se plier aux exigences de Washington même si aucune entité financière américaine est impliquée dans ces transactions commerciales.

Naturellement tant que les intérêts européens étaient alignés sur ceux de Washington cet arrangement fonctionnait parfaitement. Mais les intérêts au sujet du financement de l’OTAN, par exemple, ou la décision américaine de se retirer des accords sur le climat de Paris mais surtout de se retirer également des accords sur le nucléaire iranien, ces intérêts divergent à l’évidence. Dans ces conditions les exigences de l’administration Trump de réduire à zéro les importations européennes de pétrole depuis l’Iran est la goutte qui a fait déborder le vase. Certains diplomates à Bruxelles prônent tout simplement une désolidarisation de l’Europe vis-à-vis des accords commerciaux avec les USA toujours en cours de négociation.

L’incapacité totale des Européens de contrer les décisions américaines et la domination du dollar a conduit certains d’entre eux à imaginer des solutions alternatives. Certains ont proposé la mise en place d’un système de paiement alternatif au système international (contrôlé par les USA), d’autres ont suggéré de payer le pétrole iranien en euros. Au mois d’août la Commission européenne a même décidé d’une aide financière de 18 millions d’euros à l’Iran. Plus récemment la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne travaillent sur la mise en place d’un véhicule financier spécial pour aider l’Iran à contourner les sanctions américaines et permettre à ce pays de continuer à exporter son pétrole vers l’Europe. Selon le quotidien allemand Der Spiegel ce « véhicule » court-circuiterait les moyens de paiement traditionnels contrôlés par les les USA.

Pour beaucoup de raisons un tel système ne verra probablement jamais le jour ou aura un impact très limité. Il faudra par exemple que les compagnies privées acceptent d’adhérer à ce système et il y a pour l’instant très peu d’évidence que les raffineurs européens soient tentés de prendre un tel risque. Par ailleurs tenter d’élever le statut de l’euro pour le rendre égal à celui du dollar est une entreprise qui se compte en années. Malgré tout, les efforts croissants pour donner à l’euro plus d’importance dans les transactions internationales et pas seulement pour le pétrole ainsi que beaucoup d’autres initiatives pour affaiblir l’influence de Washington sur la finance internationale pourraient bien un de ces jours miner la domination mondiale du billet vert. Et pendant ce temps-là, plus tôt cette année et pour des raisons qui lui sont propres, la Chine a ouvert un marché des contrats à terme sur le pétrole libellés en yuans à la bourse de Shanghaï. Cette initiative a pour but de renforcer le rôle du yuan mais aussi de réduire les risques de parité monétaire et d’une manière plus globale de renforcer le rôle de la Chine dans les échanges commerciaux internationaux aux dépens du dollar.

La toute-puissance du dollar est toujours d’actualité mais l’usage de sanctions agressives par l’administration Trump bien illustrées par tolérance zéro vis-à-vis de l’Iran pourrait bien miner cette toute-puissance à terme si de plus en plus de pays commencent à chercher des alternatives.

Le point de vue géopolitique de Paul Craig Roberts : pas réjouissant !

Chers lecteurs, contrairement à ce que vous pourriez croire, mon billet d’humeur politique daté du 13 mai fut rédigé le 12 quand je vis la dépêche d’agence (Reuters si je me souviens bien) relative aux Ospreys que l’armée américaine va installer à Tokyo. Avec les différences d’horaire il m’était alors impossible d’avoir accès à ce billet de Paul Craig Roberts paru le 11 mai selon le calendrier américain. Je n’en ai eu connaissance que le 13, décalage horaire défavorable entre le Japon et les USA aidant. C’est un peu alambiqué comme explication mais toujours est-il que PCR, dans son analyse de la situation européenne, a omis de mentionner De Gaulle comme je l’ai fait dans le billet de mon blog. Cependant, et comme je suis un lecteur assidu du blog de PCR, je vous livre la traduction de mon cru de son dernier article intitulé « War Threat Rises As Economy Declines », en français : les menaces de guerre se précisent avec le déclin de l’économie (lecture inaugurale de la Conférence Annuelle du Groupe Financier de l’Ouest, New-Orleans, 7 mai 2015).

Les évènements notoires contemporains sont la chute de l’Union Soviétique, le 11 septembre 2001, la délocalisation de l’emploi et la dérégulation financière. Dans ces quatre évènements on trouve les problèmes de politique étrangère et les problèmes économiques auxquels sont confrontés les USA.

Les USA ont toujours eu une excellente opinion d’eux-mêmes mais avec la chute de l’Union Soviétique ce sentiment s’est exacerbé. Nous sommes devenus le peuple exceptionnel, le peuple indispensable, le pays choisi par l’histoire pour exercer son hégémonie sur le monde. La doctrine des néoconservateurs libère le gouvernement des USA de toutes les contraintes internationales et autorise Washington à utiliser des moyens coercitifs à l’égard d’Etats souverains afin de refaire le Monde à son image.

Pour protéger le statut d’unique puissance mondiale depuis la chute de l’Union Soviétique, en 1992, Paul Wolfowitz écrivit de qui est maintenant décrit comme la Doctrine Wolfowitz qui est le fondement de la politique étrangère de Washington :

« Notre objectif premier est d’éviter la ré-émergence d’un nouveau rival aussi bien dans l’ancien territoire de l’Union Soviétique que partout ailleurs qui puisse être une menace de l’ordre de celle que constituait l’Union Soviétique. C’est une considération dominante sous-entendant la nouvelle stratégie de défense régionale et nécessite que nous nous efforcions d’éviter l’émergence de toute puissance hostile pouvant contrôler une région de la planète dont les ressources pourraient être suffisantes pour favoriser l’émergence une autre puissance globale ».

En mars de cette année (2015) le Conseil des Relations Extérieures a élargi cette doctrine à la Chine.

Washington est maintenant décidé à freiner l’émergence de deux grandes puissances nucléarisées. Cet objectif est exactement la raison pour laquelle Washington a créé la crise ukrainienne pour l’utiliser dans sa propagande anti-russe. La Chine est maintenant confrontée à la politique asiatique des USA et la mise en place de nouvelles bases militaires pour assurer à Washington le contrôle de la Mer de Chine du Sud qui est maintenant considérée comme un intérêt national américain.

Le 11 septembre initia la guerre pour l’hégémonie des néocons au Moyen-Orient. Le 11 septembre au aussi rendu possible la mise en place de l’Etat policier aux USA. Tandis que les libertés ont été bafouées dans le pays (les USA) celui-ci a toujours été en guerre depuis le début du XXIe siècle, des guerres qui ont coûté aux citoyens américains selon Joseph Stiglitz et Linda Bilmes au moins six mille milliards (trillions) de dollars. Ces guerres ont été catastrophiques. Elles ont déstabilisé des gouvernements dans une zone productrice d’énergie importante et ces guerres ont catalysé l’émergence considérable de « terroristes », l’éradication de ces derniers étant l’objectif premier de ces guerres.

Au moment même où la chute de l’Union Soviétique favorisa l’hégémonie américaine, le phénomène de délocalisation du travail apparut. Cet événement incita la Chine et l’Inde à s’ouvrir aux investissements américains massifs pour créer des emplois pour la tout aussi massive main d’oeuvre disponible de ces pays. Les compagnies américaines, encouragées par Wall Street et les grandes firmes commerciales d’investissement, délocalisèrent leurs activités dans tous les domaines comme par exemple la création de logiciels vers ces pays.

L’immédiate conséquence fut l’appauvrissement de la classe moyenne américaine et la disparition de la promotion sociale de cette dernière. En quelque sorte le produit intérieur brut américain et le revenu des taxes afférentes émigra vers l’Inde et la Chine. Le revenu réel médian des Américains déclina. Sans croissance interne pour stimuler l’économie Alan Greenspan favorisa une expansion de la dette des consommateurs qui aboutit à ce que l’on sait. Actuellement aucun facteur ne stimule l’économie (américaine).

Quand les biens et les services produits par la main-d’oeuvre délocalisée arrivent aux Etats-Unis ils entrent en tant qu’importations ce qui aggrave la balance commerciale. Les étrangers disposant alors d’excédents de dollars achètent des obligations, des actions, des biens immobiliers, des sociétés sur le sol américain et par voie de conséquence les intérêts, les dividendes, les bénéfices financiers quittent les USA pour être redirigés vers ces pays. Et pour protéger la valeur d’échange du dollar devant de tels déséquilibre monétaires et contrecarrer l’effet de l’impression de monnaie pour aider les banques « too big to fail » Washington a incité sinon contraint l’Europe et le Japon à créer de la monnaie, processus qui renchérit la valeur d’échange du dollar.

Le Glass-Steagall Act qui était censé séparer les activités commerciales de celles d’investissement des banques a été vidé de sa substance jusqu’à être complètement ignoré dès la fin du mandat de Clinton. Cette abrogation de fait et l’échec des régulations sur les produits financiers dérivés ainsi que la suppression des limites de position des spéculateurs et la gigantesque concentration du secteur financier dans le mépris total des lois anti-trust a créé non pas l’utopie du marché libre mais une crise financière sérieuse et toujours bien présente. Les liquidités disponibles de par cette politique monétaire n’a eu pour effet que de favoriser l’apparition de bulles financières sur le marché des actions et des obligations.

Implications, conséquences et perspectives :

Quand la Russie s’est opposée à l’invasion planifiée par l’administration Obama de la Syrie et les tentatives de bombardement de l’Iran, les néoconservateurs se sont rendus à l’évidence que tandis que les USA étaient occupés avec leurs guerres au Moyen-Orient et en Afrique Poutine avait restauré la puissance économique et militaire russe. Quand la Russie a dit « niet » aux USA, suivie par le parlement britannique, le premier objectif de la doctrine Wolfowitz a été sérieusement ébranlé. C’est cet événement qui redirigea l’attention des néoconservateurs vers la Russie. Durant la décennie passée, Washington avait investi 5 milliards de dollars pour financer une nouvelle classe politique en Ukraine ainsi que des ONGs susceptibles d’être envoyées dans la rue pour manifester. Quand le Président Ukrainien fit un bilan économique de l’adhésion possible de son pays à l’Union Européenne il s’aperçut que la note était trop élevée et il rejeta cette adhésion. C’est alors que Washington se servit de ces ONGs dans la rue et les néo-nazis y ajoutèrent la violence à laquelle le gouvernement n’était pas du tout préparé. Ces évènements entrainèrent sa chute.

Victoria Nuland (Secrétaire d’Etat US pour les Affaires Européennes) et Geoffrey Pyatt (Ambassadeur US en Ukraine) choisirent leurs politiciens et établirent un régime vassal dans le pays. Washington espérait pouvoir mettre la main sur la base navale russe de Crimée, le seul port toujours libre de glaces de la Russie. Cependant, la Crimée, partie intégrante de la Russie pendant des siècles, choisit démocratiquement de retourner dans le giron de la mère patrie. Washington, dépité, déclara qu’il s’agissait en fait d’une invasion russe suivie d’une annexion. Dès lors les USA organisèrent une propagande en Europe pour casser les liens économiques et commerciaux entre l’Europe et la Russie et en obligeant l’Europe à mettre en oeuvre des sanctions contre la Russie.

Etant donné que ces sanctions ont eu des effets négatifs sur l’économie européenne, les Européens se sentent de plus en plus concernés par la belligérance américaine car cette Europe n’a rien à gagner d’un conflit avec la Russie tout en redoutant d’être poussée à la guerre. De plus en plus de signes indiquent que certains gouvernements européens désirent se désolidariser de la politique étrangère américaine. La virulente propagande anti-russe et la diabolisation de Poutine ont altéré la confiance de l’Ouest envers la Russie. Le Commandant de l’OTAN Breedlove demandant plus d’argent, plus de troupes, plus de bases près des frontières avec la Russie fait que la situation devient dangereuse. Dans une confrontation directe avec la Russie, Washington cherche à incorporer l’Ukraine et la Géorgie dans l’OTAN, pourtant deux anciennes provinces russes.

Sur la scène économique le dollar comme monnaie de réserve constitue un problème pour le monde entier. Les sanctions et d’autres manifestations de l’impérialisme financier américain poussent certains pays y compris de grandes nations à s’affranchir des paiements en dollars. Et tandis que de plus en plus de transactions commerciales se concluent sans avoir recours au dollar, la demande pour cette monnaie chute malgré une disponibilité accrue en billets verts à la suite des QEs successifs. Et compte tenu de la production délocalisée et de la dépendance des USA des importations, une chute de la valeur du dollar résulterait en une inflation domestique dramatique conduisant à une paupérisation des citoyens américains et menaçerait les marchés largement manipulés des actions, des obligations et des métaux précieux.

La vraie raison des Quantitative Easings est d’aider les banques à boucler leurs bilans. Cependant, la raison officielle a toujours été de stimuler l’économie. Le seul résultat positif est l’évolution du produit intérieur brut américain qui paraît embellir car l’indice implicite d’évolution des prix n’a pas été pris en compte ou sous-estimé. Il est évident qu’il n’y a pas eu de reprise économique et avec un premier trimestre sans progression et un deuxième trimestre qui s’annonce tout aussi terne il paraît évident que les USA s’enfoncent dans un autre cycle de récession. Le taux de chômage de 23 % (ce n’est pas moi qui invente ce chiffre c’est PCR qui le tire de sources d’information non truquées) n’a rien à voir avec celui des années d’après-guerre. La réserve fédérale combattait l’inflation en ralentissant l’économie et quand le taux de chômage augmentait à nouveau, la FED lâchait du lest. Mais aujourd’hui il n’y a plus d’emplois, ils ont été délocalisés, il n’y a plus d’usines, elles ont aussi été délocalisées.

Restaurer l’économie demande un rapatriement du tissu industriel et des emplois recréés sur le sol américain. Cela peut être atteint en modifiant la fiscalité qui charge les produits des entreprises délocalisées et importées aux USA : de fortes taxes sur les produits importés et peu de taxes sur les produits Made in USA, une approche qui réduirait l’avantage des délocalisations. Si on se souvient du lobbying intense des compagnies transnationales et de celui de Wall Street, une telle réforme fiscale a peu de chances d’aboutir. En conclusion l’économie américaine continuera à décliner.

Sur le plan de la politique étrangère, l’égocentrisme et l’arrogance dans la manière dont les Américains perçoivent leur image de pays exceptionnel et indispensable avec, donc, des droit hégémoniques sur les autres pays signifie que le monde entier est prêt à faire la guerre. Ni la Chine ni la Russie n’accepteront d’être vassalisés comme le Royaume-Uni, l’Allemagne, la France et le reste des pays européens, le Canada, le Japon et l’Australie. La doctrine Wolfowitz est claire : Le prix de la paix dans le monde est l’acceptation de l’hégémonie de Washington. En conséquence, à moins d’une crise du dollar affaiblissant la puissance américaine ou à moins que l’Europe ait le courage de se désolidariser des USA et poursuive sa propre politique étrangère en supprimant l’OTAN, une guerre nucléaire semble très probable. L’agressivité et la propagande américaines ont suffi à catalyser le rapprochement stratégique entre la Chine et la Russie pour contrer les intentions belliqueuses américaines. La célébration du soixante-dixième anniversaire de la défaite d’Hitler le 9 mai dernier à Moscou est un tournant historique car aucun pays occidental n’était présent mais les officiels chinois dont Xi-Jinping auprès de Poutine dans la tribune officielle et des régiments de l’armée chinoise étaient présents et ont défilé avec les soldats de l’armée russe. Le nombre de soldats russes morts au combat par rapport à celui des Anglais, des Américains ou des Français rend parfaitement clair que ce sont les Russes qui ont vaincu Hitler. Les pays de l’Ouest ont réécrit l’histoire, ce n’est pas nouveau, et Obama n’a mentionné que les troupes américaines dans le déroulement de cette guerre lors des commémorations du 8 mai. Poutine a, au cours de cette célébration, remercié les Anglais, les Français et les USA pour leur contribution à la victoire ( http://thesaker.is/15865/ ). Pourtant depuis de nombreuses années Poutine ne cesse de déclarer aux vassaux de Washington : « Ne nous agressez pas, nous ne sommes pas votre ennemi. Nous voulons être vos partenaires ». Les années ont passé sans que Washington ait écouté un seul instant le message de Moscou et au final la Russie et la Chine ont réalisé que leur choix était limité entre cette vassalisation ou la guerre. S’il y avait au moins une personnalité intelligente au Département d’Etat ou au Pentagone pour alerter de la dangerosité des néoconservateurs, l’avenir de l’espèce humaine pourrait être préservée.

J’ajouterai qu’une telle analyse rend dérisoires les gesticulations vides de sens au sujet du changement climatique. Tout simplement la nature humaine n’a pas changé et ne changera jamais : le seul passe-temps qui intéresse l’homme est de s’entretuer après avoir appris à marcher au pas et manipulé une arme de guerre

Source : Paul Craig Roberts blog. Le prologue et mes commentaires personnels sont en italiques.

Notes : Joseph Stiglitz, Prix Nobel d’économie, ancien économiste en chef de la Banque Mondiale, adversaire notamment de la globalisation, activiste anti-néocons, en très résumé. Linda Bilmes, professeur d’économie à l’Université d’Harvard, économiste ancien membre de l’administration Clinton, coauteur avec Stiglitz du livre « The Three Trillion Dollar War » (ISBN : 978-0-393-06701-9 )

« The Nixon Shock » et ses conséquences

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Quand Richard Nixon prit les commandes des USA à la Maison-Blanche le 20 janvier 1969, l’économiste en chef de l’époque Arthur Burns remarqua que Nixon semblait très fier de lui-même mais selon ses termes « je me serais senti mieux s’il (Nixon) avait baissé la tête et tremblé un peu ». Nixon héritait d’une économie américaine en surchauffe et l’inflation était déjà un souci. Burns, à 64 ans, allait rejoindre l’administration américaine comme unique conseiller en économie. En 1960, alors vice-président, Nixon visait déjà la Maison-Blanche et Burns l’avait incidemment averti que si la Réserve Fédérale augmentait les taux d’intérêt, son avenir vers la Maison-Blanche serait compromis. Il avait présenté les choses ainsi. La FED resserra les crédit, l’économie entra en récession et Nixon fut battu par Kennedy. Depuis lors Nixon n’oublia jamais la puissance de la FED et se souvint aussi de Burns comme un économiste politiquement avisé.

Burns fut appointé à la direction de la FED dès l’élection de Nixon en 1969 en lui disant à peu près ceci : « voyez tout ça, surtout pas de récession ». En décembre 1969 l’inflation atteignit 6 %, son plus haut niveau depuis la guerre de Corée et cette inflation avait des conséquences internationales fâcheuses car dans le système de Bretton Woods en vigueur depuis la fin de la seconde guerre mondiale, les USA s’étaient engagé à respecter la convertibilité des dollars détenus par les pays étrangers en or au taux fixe de 35 dollars pour une once d’or. Les autres monnaies étaient attachées au dollar et le dollar attaché à l’or, ce qui était LE facteur ayant permis d’établir la suprématie du dollar dans le monde (qui est toujours la monnaie d’échange aujourd’hui).

Durant les premières années qui suivirent la fin de la guerre, le système de Bretton Woods, la petite ville du New-Hampshire où les délégués des 44 nations alliées se réunirent en 1944, marcha à peu près correctement. Le Japon et l’Europe étaient en pleine reconstruction et tous ces pays étaient avides de dollars pour acheter des voitures américaines, de l’acier américain et des machines américaines ! Si tous ces pays accumulaient des réserves en dollars ils étaient également satisfaits de disposer de dollars qui leur rapportaient quelques intérêts plutôt que de posséder de l’or, un métal inerte (qui ne rapportait rien puisque sa parité avec le dollar était fixe). Et enfin, puisque les Américains disposaient des plus grandes réserves (officielles) d’or du monde – 574 millions d’onces à la fin de la guerre – le système de Bretton Woods semblait pourvoir perdurer en toute sécurité.

Mais entre 1950 et 1969, alors que le Japon et les pays européens dont l’Allemagne reconstruisaient leurs économies, la part de l’économie américaine dans le monde chuta de 35 à 27 %. Les autres économies avaient de moins en moins besoin de dollars et de plus en plus besoin de yens, de deutsche marks et de francs. Dans le même temps, la guerre du Vietnam et les programmes domestiques américains inondèrent le monde de dollars. Et ce qui devait arriver arriva, les alliés des USA (au sein du système de Bretton Woods) commencèrent à présenter des dollars contre de l’or métal. Paul Volcker était alors chargé de suivre l’or et les échanges internationaux et depuis quelques temps il était vraiment soucieux de la tournure que prenait soudainement le marché de l’or. Si le cours officiel de l’or était de 35 dollars l’once, il existait un autre marché de l’or à Londres fournissant les joailliers et les dentistes. En 1960, alors que Volcker travaillait à la Chase Manhattan, quelqu’un entra précipitamment dans son bureau pour lui communiquer que le cours de l’or à Londres avait atteint 40 dollars. Même si le prix de l’or finit par reculer, c’était un avertissement clair d’un risque majeur d’inflation.

Quand Nixon arriva à la Maison-Blanche, Volcker avertit le Secrétaire au Trésor David Kennedy qu’ils avaient deux ans pour sauver le dollar. Le déficit de la balance des paiements américaine avait atteint en 1969 sept milliards de dollars, un rien aujourd’hui mais un montant astronomique à l’époque. Cela voulait dire que de plus en plus de dollars s’accumulaient en Europe et au Japon. Volcker pressa les Européens de réévaluer leurs monnaies car si par exemple les Américains voulaient acheter du vin français moins de dollars s’accumuleraient en France. L’Allemagne réévalua modestement le deutsche mark mais les autres pays refusèrent. Les Européens comme le Japon étaient pris au piège : d’un côté ils ne supportaient pas de détenir des dollars (dont ils voulaient se débarrasser contre de l’or) et d’un autre côté il ne voulaient pas non plus tirer un trait sur la dépendance de leurs économies à leurs exportations vers l’Amérique. Nixon avait une patience minimale des choses de la finance internationale. Quand un de ses conseillers l’informa que l’Italie traversait une grave crise monétaire, il répondit « j’en ai rien à foutre de la lire italienne » (sic). Il était préoccupé par l’économie de son pays et en particulier par le problème politiquement sensible du chômage car en dépit des instructions précises données à Burns, l’économie américaine était, en 1970, en récession et avait un chômage qui avait atteint 6 %, le taux le plus élevé depuis dix ans.

Nixon était furieux que Burns n’aie rien pu faire. Il demanda au secrétaire d’Etat au travail George Shultz son avis. Il lui fut répondu que Burns avait limité l’expansion de la masse monétaire à moins de 4 %. Shultz était un ami proche de Milton Friedman, l’architecte de l’école d’économie de Chicago. Selon Friedman le seul outil dont disposait la FED était la monnaie. Il considérait la monnaie en termes d’offre et de demande. Si la FED imprimait des dollars, ceux-ci perdraient de leur valeur, les biens deviendraient plus coûteux et l’inflation apparaîtrait par voie de conséquence. Il savait également que pas assez de monnaie disponible avait aggravé la Grande Dépression de 1929. Burns était proche de Friedman qui avait été son élève à la Rutgers University mais il ne partageait pas pour autant les vues de Friedman et de Shultz qui considéraient que la monnaie était le seul remède possible. Il considérait que d’autres facteurs étaient à considérer comme par exemple le pouvoir croissant des syndicats de travailleurs. La récession de 1970 ne mit pas un terme à l’inflation et Burns écrivit alors « Ce que les gars à la Maison-Blanche ne voient pas c’est que le pays est en face d’un problème entièrement nouveau, une inflation importante en plein milieu d’une récession, les règles de l’économie ne fonctionnent plus comme elles le devraient ». Les prix augmentaient alors que l’économie était au point mort. En dépit de cette inflation galopante, Nixon pressa Burns d’assouplir la politique monétaire. L’indépendance de la FED fut carrément violée sous la pression constante et inimaginable de Richard Nixon. Le climat était devenu très tendu.

En 1971, l’économie américaine vit une timide embellie et Burns accepta une augmentation de la masse monétaire à 8 % le premier trimestre, puis 10 % les trimestres suivants. C’était sauvagement expansionniste. Burns fit peut-être de grossières erreurs d’appréciation mais l’évaluation de la masse monétaire est un exercice particulièrement difficile. Toujours est-il que Nixon persécuta littéralement Burns afin d’obtenir de lui des assouplissement substantiels de la politique monétaire de la FED. Toujours est-il aussi qu’à la fin de l’année 1970 Burns, lors d’une conférence de presse, suggéra l’instauration d’une mécanisme de contrôle des salaires et des prix afin de contenir l’inflation. Friedman considéra cette décision comme une trahison et se brouilla à jamais avec Burns. Au début de l’année 1971 les syndicats du cuivre, de l’acier et du téléphone négocièrent 30 % d’augmentation salariale sur trois ans avec de surcroit des ajustements liés à l’inflation. Ça peut paraître curieux aujourd’hui que le Gouverneur de la FED n’ait pas augmenté les taux avec une inflation à deux chiffres, mais à cette époque la vision moderne du pouvoir d’une banque centrale de contrôler l’inflation n’était pas dans les esprits. L’équilibre budgétaire était considéré comme plus important. Peu d’Américains étaient capables d’associer inflation et chômage. En d’autres termes une fois que l’inflation a démarré aucun gouvernement ne peut accepter une sévère récession et le chômage nécessaire pour mettre un terme à cette inflation. La FED n’avait donc pas de pouvoir.

Friedman insistait sur la nécessité de maîtriser l’inflation qui (basiquement) correspond à la création de monnaie papier car sur le long terme il n’y aurait pas de création d’emplois. Cette prise de position de Friedman devint par la suite une véritable loi économique. Pourtant, à cette époque beaucoup d’économistes considéraient qu’augmenter la masse monétaire pouvait relancer la croissance. Burns supplia presque Nixon de décider de mesures contraignantes pour l’industrie en mettant en place une sorte de comité de sages qui dicteraient une ligne de conduite mais le Président avait politiquement peur que l’électorat considère ces décisions comme des contraintes imposées par la Maison-Blanche. Nixon était plutôt favorable à un équilibre budgétaire malgré les précisions répétés de son proche conseiller Herbert Stein, persuadé qu’il n’y aurait aucun résultat tangible. Ce dernier était persuadé que Nixon ferait tout pour être réélu.

L’inflation américaine s’exporta à l’Europe et au Japon et aux pays dont la monnaie était liée au dollar en vertu du système de Bretton Woods et les pays européens et le Japon se mirent à acheter massivement des dollars. Et pendant ce temps-là arriva ce qui devait arriver, les stocks d’or américains diminuèrent de moitié par rapport à ceux de 1960. Le standard or n’existait plus que par son nom car les banques centrales étrangères détenaient beaucoup plus de dollars que les USA ne détenaient d’or (à 35 dollars l’once). Cette situation rendit l’Amérique particulièrement vulnérable. Au début de l’année 1971 Nixon remplaça le Secrétaire au Trésor par John Connally, un conservateur de la première heure qui considérait les tentatives infructueuses pour remettre l’économie nationale sur les rails, l’inflation, la pression internationale sur le dollar et le déficit commercial en augmentation comme autant d’humiliations pour l’Amérique. De plus les mouvements de protestation contre la guerre du Viet-Nam étaient à leur paroxysme et Connally était au pied du mur et malgré sa méconnaissance des choses de la finance il fit en sorte de combiner les avis de Shultz, Burns et Volcker en une politique cohérente. Il y avait quelques possibilités pour sauver le dollar, une dévaluation vis-à-vis des autres monnaies de par exemple 10 à 15 % mais ça ne marcherait pas parce que les autres pays en feraient immédiatement autant, dévaluer le dollar par rapport à l’or ce qui ne marcherait pas non plus parce les autres pays liés par le système de Bretton Woods en feraient tout autant, enfin geler la convertibilité du dollar en or temporairement. La pression sur le dollar s’intensifia en avril et mai. Les spéculateurs vendirent massivement leurs dollars contre des deutsche marks. L’Allemagne dut acheter début mai 1971 cinq milliards de dollars pour stabiliser les taux de change. Et le 5 mai la banque centrale allemande décida de laisser le deutsche mark flotter. C’était aller dans le sens des idées de Milton Friedman de monnaies librement négociables mais cela ne résolut pas la crise.

L’exode de l’or américain continua et pour couronner le tout, le déficit commercial américain se creusait critiquement avec un chômage qui ne diminuait pas malgré les fermes mesures prises par la Maison-Blanche au début de l’année. Devant cette situation critique Shultz et Volcker préconisaient d’abandonner la parité du dollar avec l’or mais Burns s’y opposait en déclarant que le dollar ne serait alors que … du papier.

Le problème était que si le gouvernement devait à tout prix préserver la parité du dollar avec l’or comment l’administration pourrait-elle en finir avec l’inflation. Devant ce dilemme, la seule solution restante étant de renforcer les contrôles sur l’économie, en d’autres termes forcer les marchés à aller dans une direction vers laquelle ils ne voulaient pas aller. Pour Connally il fallait faire montre d’autorité et jouer les apparences jusqu’au Labor Day (début septembre) pour ne pas créer de remous. Le 12 août la Banque d’Angleterre présenta 750 millions de dollars à garantir contre de l’or. Cet événement provoqua une réunion d’urgence à Camp David le lendemain, la situation devenant critique. Le Secrétaire au Trésor demanda s’il fallait fermer les banques ou abandonner la parité or. Connally fit preuve d’autorité et proposa que les USA abandonnent la convertibilité du dollar en or, de combattre l’inflation qui pourrait résulter de cette décision en gelant les prix et les salaires pendant trois mois et enfin d’instituer une surtaxe de 10 % sur tous les produits importés. Connally pensait que cette surtaxe forcerait les partenaires commerciaux des USA à renégocier les taux de change de leurs monnaies nationales respectives avec le dollar. C’était la fin de l’étalon or et la fin du système de Bretton Woods et c’est Connally qui sortit vainqueur de la confrontation car il présenta cet événement comme une prise de responsabilité des USA devant la crise. Il transforma la chute du dollar, qui aurait pu paraître un immense déshonneur, comme une moment de bravoure. L’aide américaine à l’étranger fut diminuée de 5 % dans la foulée. Restait à trouver un moyen de faire passer la pilule aux Américains. Nixon fit une apparition à la télévision le dimanche soir à l’heure de grande écoute en blâmant les spéculateurs et les taux de change injustes plutôt que la politique monétaire désastreuse du pays qui avaient conduit la Maison-Blanche à prendre cette décision, un véritable morceau de bravoure ! Le lendemain Wall Street fit un bon spectaculaire comme pour accueillir favorablement la nouvelle politique économique décidée par Nixon. Les séquelles du Nixon Shock se font toujours sentir aujourd’hui avec entre autres problèmes l’incapacité de l’administration américaine à régler ses problèmes fiscaux et budgétaires et c’est certainement ce dernier point qui fait que les négociations monétaires avec la Chine ne peuvent toujours pas trouver d’issue favorable. C’en était définitivement terminé du système de Bretton Woods et en 1973 toutes les monnaies flottaient.

La prédiction de Friedman que finalement les taux de change finiraient par s’ajuster d’eux-mêmes se révéla rapidement complètement incorrecte. Le dollar plongea de 30 % en quelques années et la volatilité des monnaies nationales a mis à mal un certain nombre d’économies. En 1997 plusieurs pays d’Amérique latine et d’Asie se retrouvèrent ruinés. Jusqu’à aujourd’hui Volcker regrette encore que le système de Bretton Woods ait été abandonné, il considère que plus personne n’est responsable et il ne mâche pas ses mot en déclarant que « les Européens ne pouvant pas vivre dans l’incertitude ont créé leur propre monnaie et elle a maintenant des problèmes ». La décision de l’abandon de l’étalon or fut dévastatrice pour l’économie américaine qui força finalement la FED fin 1971 à augmenter la masse monétaire malgré le fait que Burns y était formellement opposé. Encore une fois Nixon passa outre.

La politique économique de contrôle strict des prix et des salaires porta ses fruits sur le court terme puisque l’inflation fut maitrisée jusqu’à la fin de l’année 1972, ce qui permit la réélection de Nixon. Les contrôles se révélèrent difficiles à supprimer et perdurèrent jusqu’à la fin de l’année 1974 alors qu’ils étaient prévus pour ne durer que trois mois. La politique de monnaie facile (on appelle ça QE ou quantitative easing aujourd’hui) alimenta la cocotte-minute et l’inflation reprit de plus belle puisqu’au cours de l’été 1974, quand Nixon fut forcé à démissionner (affaire du Watergate), elle atteignait 11 %. L’augmentation des prix et des salaires était devenue consubstantielle avec le système monétaire et fiscal américain. Le Nixon Shock fut en réalité la cause centrale de la grande inflation qui sévit ensuite plusieurs années. Il signait également la fin des relation fixes qui avaient gouverné le monde de la finance internationale. Avant le Nixon Shock, les gens empruntaient pour des périodes fixes à des taux fixes. Ils n’avaient virtuellement pas d’autres alternatives pour leur épargne que de faire appel à leur banque qui rétribuait cette épargne à des taux définis. Le flottement des monnaies entre elles introduisit un nouvel univers de risque et d’instabilité. Pour la première fois les investisseurs avaient la possibilité de spéculer sur les taux d’intérêt ou sur le Franc Suisse. Toutes sortes de nouveaux instruments financiers et d’outils de spéculation se mirent à proliférer. Le monde entier, privé des certitudes du système de Bretton Woods, dut se résigner à vivre des cycles économiques et à faire avec l’instabilité des marchés qu’on vit depuis 1971. Certes l’étalon or était condamné à terme mais le monde de la finance doit retrouver aujourd’hui un autre étalon aussi solide que l’or. Et comme les banques (centrales) ne peuvent faire autrement que de plaire aux politiques en repoussant les récessions il existe un immense risque de gonfler dangereusement les bulles d’actifs financiers.

Jimmy Carter releva Burns de ses fonctions en 1978. L’année suivante, avec une inflation proche de 15 % Burns fit un discours lapidaire fustigeant les banquiers centraux qui ne jouaient pas leur rôle parce que les leaders politiques refusaient qu’ils prennent des décisions douloureuses pouvant déplaire à leurs électeurs. Volcker, devenu patron de la FED, jugula effectivement l’inflation américaine mais au prix d’une très sévère récession. Le dilemme jamais résolu consiste à trouver un compromis entre l’augmentation de la masse monétaire et les aspirations des populations.

(Comme on peut l’observer et presque le prédire à la suite de l’analyse de ces évènements qui changèrent le monde, la monnaie facile qui n’est appuyée sur aucun standard tangible accepté par tous les pays ne pourra que se terminer par une catastrophe planétaire. Il faut ajouter qu’au jour d’aujourd’hui il faut 35 fois plus de dollars qu’en 1971 pour acheter une once d’or, autant dire que le dollar est devenu une monnaie de singe qui emporte toutes les autres monnaies dans son sillage. Et pendant ce temps la on parle de climat aux Nations-Unies, c’est tout simplement affligeant ! Il est maintenant évident que les USA feront tout pour que la suprématie mondiale du dollar dans les échanges internationaux ne soit pas attaquée comme elle le fut par Saddam Hussein. On sait quelles furent les conséquences. Les accords de SWIFT et de swap (je viens de faire un jeu de mot inattendu) entre le Japon et la Chine, annoncés à grands renforts de publicité sont resté lettre morte sous la pression américaine. Il ne reste plus finalement que les armes aux Américains pour défendre leur dollar dont plus personne ne veut. Que par exemple la Russie se tourne vers la Chine et conclue des accords d’échange monétaire avec ce pays très gros demandeur en matières premières, que pourra bien faire l’Amérique sinon allumer un conflit nucléaire qui signera la fin de l’humanité … )

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Traduction aussi fidèle que possible d’un article paru dans Bloomberg Magazine écrit par Roger Lowenstein. Les mentions entre parenthèses sont des ajouts explicatifs et à la fin du texte un commentaire de mon cru. Illustrations Arthur Burns et Richard Nixon avec Mao, Wikipedia.

Billet d’humeur politique

C’est vraiment la fin de la fin pour les USA, le dernier combat dans le dernier carré pour tenter de défendre le dollar et les détenteurs de la monnaie verte, ces fonds vautours qui veulent faire plier le gouvernement populiste argentin de Kristina Kirshner, une sorte de remake d’Hugo Chavez qui a précipité le Venezuela dans une triste situation. Les mêmes causes produisent les mêmes effets : les USA sont toujours à l’affut de la moindre erreur d’un gouvernement classé comme non amical pour le faire plonger. L’affaire des fonds vautours, essentiellement américains comme la banque Mellon basée à New-York, qui ont acquis en 2001 des titres de dettes de l’Argentine à moins de 10 % de leur valeur nominale réclament maintenant leur dû. Mais c’est maintenant une rémunération correspondant à 900 % de leur mise de fond initiale. Et c’est un juge de New-York qui en a décidé ainsi. Après l’affaire de la BNP et d’autres banques européennes, ça commence à bien faire. Que croient encore les Américains ? Etre les maitres du monde tant que leur dollar pourri sera utilisé dans le monde entier ? Mais ils devraient comprendre que ce temps est révolu et les avocats de Wall Street n’y pourront rien. Mettre à genoux un pays pour 539 millions de dollars, c’est surréaliste.

Le souci est que cette situation pourrait très bientôt arriver à d’autres pays comme l’Italie, l’Espagne ou la France.

Un conseil, surtout ne laissez pas trop d’argent en compte courant auprès de votre banque, la France se trouve dans une situation presque aussi critique que l’Argentine et vous risquez de vous voir délesté de vos modestes économies car il se pourrait bien que ces mêmes fonds vautours viennent à Bercy racheter à bas prix des titres de dette française, si ce n’est déjà le cas, l’Agence France Trésor ne dit pas tout, loin de là, et réclamer leur dû dans quelques mois.

Facile d’imaginer la panique qui prendra tous les Français aux tripes !

A quoi sert l’ONU, au juste ?

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J’ai lu en détail un document (voir le lien) aimablement communiqué par Olivier Berruyer au sujet des démêlés de la BNP avec la justice américaine ayant abouti à l’amende record de 8,9 milliards de dollars que l’on sait. Les USA ont décrété des embargos économiques et financiers sur leurs bêtes noires, Cuba, ça ne date pas d’hier, le Soudan, lors des évènements du Darfour parce qu’il y a du pétrole, l’Iran après la prise en otage de l’ambassade américaine à Téhéran puis le développement d’un programme nucléaire contesté et plus récemment la Syrie et enfin la Russie avec le blocage autoritaire récent de Visa et MasterCard sur le sol russe. Au fait c’est pour quand le tour de la Chine qui ne respecte jamais les droits de l’homme ? Mais ça risque de faire très désordre …

La BNP, comme d’autres banques, a contourné les sanctions américaines mais aucune de ces décisions américaines n’a obtenu l’aval ni du Conseil de sécurité des Nations Unies ni de l’Assemblée Générale du même Machin, tout au plus des déclarations ampoulées pour faire bonne impression sur l’opinion mondiale. Les Américains avançaient invariablement le fait, pour justifier leurs décisions, que les politiques pratiquées par les gouvernements de ces Etats voyous, Cuba, Soudan ou Iran, pouvaient mettre en péril la sécurité des USA sous couvert de violation des droits de l’homme avérées et de non respect des conventions internationales sur les opérations humanitaires dans les pays concernés ou encore de favoriser l’expansion du terrorisme international.

Belle hypocrisie de la part des Américains qui sous le prétexte d’humanitarisme et de défense des droits de l’homme veulent avant tout justifier leurs manigances pour à tout prix faire respecter à toutes les nations du monde la suprématie du dollar.

Car c’est là que se situe le véritable problème. Le dollar est une monnaie d’échange internationale et les Américains ont tout fait pour qu’il en soit ainsi dans leur propre intérêt pour en quelque sorte faire payer à tous les pays du monde leur incurie notoire au niveau domestique.

Quand les Américains décrètent unilatéralement un embargo sur un pays qui pour des raisons obscures serait en mesure de menacer leur sécurité intérieure, tous les pays doivent se plier à leur volonté et l’ONU, devant le fait accompli, ferme les yeux et ne dit rien. C’est tout de même incroyable ! Les sanctions économiques récemment décidées à l’encontre de la Russie par les Américains qui ont quasiment obligé les Européens à s’unir à eux dans cette décision après les évènements de Crimée ont-elles un caractère légal, en d’autres termes les Nations-Unies servent-elles encore à quelque chose ?

L’arrogance des Américains a atteint les limites du supportable. D’un côté ils font tout pour que le dollar reste la monnaie d’échange internationale et de l’autre ils décrètent des embargos et les contrevenants à leurs décisions essentiellement politiques et idéologiques au nom de je ne sais quel idéal de démocratie deviennent de vulgaires justiciables (comme par exemple DSK) devant une Cour de justice de l’Etat de New-York, des banques comme la BNP et bien d’autres organismes financiers car BNP n’est pas la première ni la dernière victime de l’arrogance américaine. C’est proprement renversant puisque la situation a quasiment obligé les banques et pas seulement la BNP à entrer dans l’illégalité vis-à-vis de la loi américaine afin de faire perdurer des relations avec des clients de longue date comme en particulier le Soudan avec la BNP puisque justement les transactions financières internationales sont libellées en dollars et sont quasiment impossibles dans une autre monnaie. On peut constater d’ailleurs que l’Europe, avec l’Euro, la première puissance économique du monde, a complètement manqué l’occasion de s’imposer dans le monde face au dollar US et il faut tenir pour responsables de l’asservissement de l’Europe par les USA de l’ensemble de la Communauté Européenne des Barroso et autres Junker qui sont de vils serviteurs de la toute puissance américaine.

On vit dans un monde devenu vraiment étrange mais cette histoire de la BNP est le signe évident que les beaux jours de la suprématie américaine et du dollar par voie de conséquence sont comptés. Le problème qui concerne la planète entière est que cette espèce de mascarade grotesque pourrait vraiment très très mal se terminer.

http://www.justice.gov/opa/documents/paribas/statement-of-facts.pdf

Suite du billet sur l’Académie des Sciences

Les sages du Quai Conti ont donc estimé, ce doit être vrai comme tout ce qu’ils disent, que la facture énergétique de la France s’élevait à 60 milliards d’euros par an dont 14 milliards pour le seul gaz naturel importé (2012) et que le nucléaire permettait d’épargner 20 milliards supplémentaires. Le coût de l’énergie représente donc 4 % du PIB français : (60 + 20)/1900. Ces 60 milliards qui partent en Algérie, en Russie, au Gabon, en Angola et ailleurs représentent en gros le montant du déficit commercial de la France, dont peu de ministres se préoccupent, on parle des déficits mais personne n’a l’air d’apprécier le péril qui menace la maison France avec ce déficit commercial devenu aussi chronique que le déficit budgétaire. Le Ministre du Redressement se contente d’aboyer de temps en temps à la lune en déclarant que tout ça c’est de la faute de l’euro trop surévalué. On se demande si ce ministre est capable d’utiliser une calculette quand il se lance dans de telles diatribes contre la monnaie unique. Aujourd’hui le Brent est à 110,08 dollars et l’euro s’affiche à 1,3554 dollar et comme tous les pays que j’ai cité plus haut facturent les hydrocarbures qu’ils nous fournissent en dollars, la facture énergétique de la France au cours du jour du dollar est donc de 81,32 milliards de dollars. Certes ce calcul n’a pas grande valeur puisque la majorité des approvisionnements en pétrole est l’objet de contrats à terme, le Brent à 110 dollars concerne le marché spot. Le ministre du Redressement (dont on ne sait pas trop quoi) et le ministre des finances (on devrait dire de la faillite) qui se plaignent d’un euro trop ferme devraient comprendre que si 1 euro valait 1 dollar la facture énergétique serait de 81,32 milliards d’euros soit 1,12 point de PIB supplémentaire. Le ministre rétorquerait que toute l’industrie s’en porterait bien mieux car les exportations verraient une embellie qu’aucun plan de relance ne pourrait atteindre. Peut-être mais pour digérer une telle dévaluation de l’euro qui renchérirait également bien d’autres produits importés, il faudrait une croissance immédiate du PIB de plusieurs points de pourcentage … C’est tout simplement du rêve et quand on est ministre on n’a pas le droit de rêver !

Heureusement que les spécialistes auto-proclamés du climat réunis à Varsovie et qui s’empiffrent en ce moment de harengs de la Baltique arrosés de vodka aux frais des contribuables de la planète prévoient dans leurs rêves un réchauffement généralisé, au moins les dépenses de chauffage diminueront et comme selon eux c’est pour bientôt, il n’y a pas trop de souci à se faire.

Pas de chance, le puissant anticyclone fermement installé pour plusieurs jours sur les Iles Britanniques va favoriser une migration d’air polaire sur l’Europe et la baisse des températures se ressentira même en plaine en attendant de nouvelles chutes de neige en fin de semaine prochaine. Les « experts » du climat ne l’avaient pas prévu …

Quand Bernanke …

Quand le chef de la FED se gratte la barbe, le monde tousse. Bernanke a dit que peut-être, mais il ne sait pas encore, ou au moins avant la fin de l’année, encore que ce n’est par certain, bref, qu’il allait arrêter la planche à billets parce que ça commençait à bien faire. Les bourses dans le monde entier ont immédiatement pris une claque à croire qu’on brûlait des dollars papier dans les « corbeilles » qui n’existent d’ailleurs plus depuis longtemps. Après tout ce n’était que des dollars papier qui perdent chaque jour un peu plus de leur valeur. Mais là où c’est plus grave, c’est que les démangeaisons du menton de Bernanke ont un effet accélérateur sur la crise chinoise qui couvait depuis plusieurs mois, sur la crise australienne qui s’annonce bien plus sérieuse que prévu, plus personne n’achète son charbon et son minerai de fer, il n’y a bien que les Japonais pour acheter du gaz australien aujourd’hui. On en est en Chine aujourd’hui à peu près comme le monde occidental au lendemain de la faillite de Lehman Brothers. L’argent ne circule plus, les banques se méfient les unes des autres, les taux d’intérêt à un mois ont grimpé en un jour de 20 %, et les obligations d’Etat à un an de 14 % ! L’économie ralentit et certains analystes prévoient même une implosion de grande ampleur puisqu’on peut considérer sans être éloigné de la réalité que toutes les statistiques chinoises sont truquées, un peu comme celles de la France. Ne parlons même pas du Brésil, c’est une sinistre pagaille organisée par une présidente totalement incompétente. Et en Europe, comme d’habitude, on se fait des courbettes par devant et par derrière on se lance des flèches empoisonnées, comme si la situation critique de la zone euro le permettait. Même l’économie allemande est entrée en récession, et plus les jours passent plus les politiciens mentent. Alors aujourd’hui, veille de l’été officiel, veille de l’hiver économique, commencez à faire la fête en musique pendant qu’il est encore temps, l’avenir sera bien sombre.