Brocoli contre la DMLA ? Pourquoi pas …

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Les brocoli c’est bon pour la santé ! Qui n’a pas entendu cette sorte de slogan, encore faut-il qu’il s’appuie sur de réelles propriétés sinon autant manger des choux-fleurs, c’est à peu près blanc-bonnet et bonnet-vert. Loin de moi l’idée de faire un procès au brocoli car cette inflorescence est réellement bénéfique pour la santé comme cela vient d’être magistralement démontré par une équipe de biologistes du Buck Institute à Novato en Californie, une institution privée dédiée aux maladies de la vieillesse ( http://www.thebuck.org ). Parmi les affections les plus fréquentes qui apparaissent avec l’âge il y a la dégénérescence maculaire liée à l’âge, ou DMLA dont on a bien cerné les symptômes mais contre laquelle on est complètement démuni. Il n’existe en effet aucun traitement permettant de contrecarrer cette maladie bien qu’une lueur d’espoir puisse être entrevue avec le safran alors que les perturbations au niveau de la rétine révèlent des accumulations de phosphate de calcium et de cholestérol (voir les liens sur ce blog).

Bref, ces observations ont été reliées à une déficience au niveau de l’élimination des déchets provenant des cellules, un trouble provenant lui-même d’une perturbation du métabolisme énergétique étant peut-être une conséquence de mécanismes inflammatoires apparaissant dans ces conditions progressivement dégradées qui sont la caractéristique générale du vieillissement.

Mais revenons au brocoli. La détoxification des cellules est sous la dépendance d’un récepteur particulier appelé aryl hydrocarbon receptor ou AhR or l’abondance de ce récepteur qui commande l’expression d’un grand nombre de gènes impliqués dans ces processus de détoxification diminue avec l’âge. Ceci explique cela encore faut-il atteindre ce récepteur à l’aide d’une molécule chimique pour l’activer. C’est là qu’intervient le brocoli qui est riche en une molécule simple (qui ne sent pas très bon) l’indole-3-carbinol :

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Cette molécule se fixe sur le récepteur AhR et active sa fonction consistant à provoquer l’expression de toute une série d’activité métaboliques impliquées dans la détoxification des cellules. Certes les études ont été réalisées avec des souris mais il est apparu que cette molécule constituait peut-être une piste pour approcher le processus de la DMLA.

En réalisant des modélisations moléculaires les chercheurs du Buck Institute ont découvert une molécule apparentée à l’indole-3-carbinol qui se fixe dix fois mieux sur le récepteur AhR des souris partiellement déficientes en ce récepteur après une modification génétique adéquate. Cette molécule, le 2-(2-aminophényl) indole, s’est révélée stopper la DMLA chez ces souris modèles :

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Un autre « partenaire » bénéfique dans ce processus, si on peut appeler les choses ainsi, est un acide gras relativement commun, l’acide palmitoléique, qui amplifie l’effet de cette dernière molécule. Pour les amateurs de chimie voici les formules chimiques de ces trois molécules, ci-dessus et ci-dessous :

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Les noix de macadamia sont particulièrement riches en acide palmitoléique mais de là à prévenir la DMLA en se gavant de ces noix il y a un grand pas à franchir. Par contre il n’est pas interdit de manger des brocoli (ou des choux-fleurs) en salade, au gratin, en soupe, ce ne peut qu’être bénéfique pour la santé et peut-être aussi pour la rétine …

Source : Scientific Reports, doi : 10.1038/srep29025

Relire aussi :

https://jacqueshenry.wordpress.com/2014/08/06/dmla-une-avancee-dans-lexplication-de-cette-maladie/

https://jacqueshenry.wordpress.com/2015/02/02/la-dmla-induite-par-un-exces-de-cholesterol-ou-un-exces-de-calcium-ou-les-deux/ 

La DMLA induite par un excès de cholestérol, ou un excès de calcium, ou les deux ?

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Une récente étude pilotée par le Docteur Imre Lengyel de l’Imperial College à Londres apporte une nouvelle information sur le développement de la DMLA ou dégénérescence maculaire liée à l’âge, cette perte de l’acuité visuelle qui touche un « vieux » sur 5. La présence de phénomènes liés à une inflammation de la rétine avec une réponse du système immunitaire n’avait toujours pas trouvé d’explication car malgré quelques indications fragmentaires cette inflammation de la rétine semblait encore mystérieuse. Ce que l’on a constaté est un dépôt anormal de protéines et de lipides au niveau de l’épithélium rétinien pigmenté, celui-là même qui est responsable de la vision. Ce dépôt amorphe (photo Wikipedia, voir le lien ci-dessous) est appelé drusen. Progressivement ces dépôts excessifs perturbent l’irrigation sanguine. Cette première conséquence pourrait expliquer l’angiogenèse au niveau rétinien (voir le lien sur ce blog) car la rétine est extrêmement gourmande en énergie et en particulier au niveau de la macula très riche en cônes et bâtonnets. Ces dépôts augmentent avec l’âge et il n’y avait qu’un pas vite franchi pour lier ces derniers avec la DMLA puisqu’ils s’accumulent justement au niveau de la partie la plus interne de la choroïde, là où arrive le réseau de capillaires issus de l’artère ophtalmique. On a par exemple retrouvé dans ces dépôts hétérogènes la protéine beta amyloïde liée à l’apparition de la maladie d’Alzheimer sans pour autant pouvoir lier la DMLA à cette maladie neurodégénérative. Un syndrome inflammatoire est signé par la présence presque systématique du facteur H du complément également retrouvé dans les drusen mais il semblait que ces diverses manifestations sans lien apparent les unes avec les autres pouvaient être le résultat d’une cause commune.

En analysant par diffraction des rayons X issus d’un synchrotron les dépôts rétiniens d’œils de cadavres de sujets ayant souffert de DMLA, il est apparu qu’au milieu de ces dépôts se trouvaient systématiquement des micro-sphères d’hydroxy-apatite, l’un des composants des os et de l’émail dentaire. Il s’agit d’un phosphate de calcium très stable qui présente la propriété d’adsorber toutes sortes de métabolites dont en particulier des protéines. L’hydroxy-apatite fait partie de mes souvenirs de biologiste pour avoir utilisé ce produit cristallin comme support afin de réaliser des chromatographies variées. Ces petites sphères (illustration tirée de la publication parue dans les PNAS, voir le DOI) se forment autour d’un granule de cholestérol puis captent autour d’elles, un peu comme dans une colonne de chromatographie au laboratoire, la protéine amyloïde beta en rouge (I) qui se recouvre de vitronectine (en jaune, J, une protéine constituante de la matrice extracellulaire) et de facteur H du complément (en vert, H) résultant en une sorte de concrétion mi-minérale, mi-protéique (L) finissant par fortement perturber la fonction de la rétine en induisant une réaction inflammatoire, la présence de facteur H le prouvant (les barres représentent 2 microns).

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Curieusement l’accumulation d’hydroxy-apatite au niveau des tendons est connue pour être la cause première des tendinites, une affection inflammatoire particulièrement douloureuse. Aussi bien pour la rétine que pour les tendons cette apparition de cristaux – ou de ces sphères dans le cas de la rétine – d’hydroxy-apatite n’a pas encore trouvé d’explication. Il est cependant intéressant de rapprocher ces dépôts d’hydroxy-apatite de ce qui a été observé dans les phénomènes de calcification des artères quand ces dernières sont encombrées par des micro-gouttelettes ou plaques de cholestérol. Peut-être qu’il y a une relation entre la teneur en cholestérol sanguin et le développement de la DMLA avec cette initiation via le cholestérol de la formation de ces sphérules d’hydroxy-apatite formant ce que l’on appelle le drusen qui finit par induire la DMLA ( http://en.wikipedia.org/wiki/Drusen ). Reste donc à percer le mystère de la formation de ces sphères de phosphate de calcium sous l’épithélium pigmenté de la rétine. Et si le cholestérol est un facteur déclenchant de la DMLA alors des études plus documentées relatives à l’usage des statines et de l’occurence de la DMLA chez les personnes âgées pourraient être envisagées. Il existe déjà quelques résultats fragmentaires de l’effet bénéfique des statines sur l’apparition de la DMLA chez les personnes âgées mais les conclusions sont controversées. Quant à établir une carence en calcium, autant ne pas y penser car il s’agit d’un composant essentiel à la vie …

Source : PNAS (www.pnas.org/cgi/doi/10.1073/pnas.1413347112) . Je tiens à la disposition de mes lecteurs curieux cet article aimablement communiqué par le Docteur Imre Lengyel, vivement remercié ici.

https://jacqueshenry.wordpress.com/2014/08/06/dmla-une-avancee-dans-lexplication-de-cette-maladie/

DMLA : une avancée dans l’explication de cette maladie

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Avec les maladies neurodégénératives dont on ne connait toujours pas complètement les causes précises, une des menaces de la vieillesse est la dégénérescence maculaire (DMLA) qui conduit tôt ou tard à de sérieux troubles de la vision et s’agit aussi d’une dégénérescence neuronale. Jusqu’à une étude magistrale réalisée à l’Université de l’Iowa qui apporte quelques précisions prometteuses sur ce handicap on ne connaissait strictement rien des causes initiales de cette pathologie.

Pour bien comprendre la démarche de cette étude il faut d’abord faire quelques rappels sur ce qu’est la macula. Il s’agit de la zone centrale de la rétine dans l’axe de la vision qui, si on peut le dire ainsi, est surpeuplée en cônes et en bâtonnets, les deux terminaisons neuronales constituant la rétine, pour affiner la vision c’est-à-dire avoir la capacité de percevoir les moindres détails de ce que le cristallin envoie comme image vers ces cellules spécialisées directement connectées au cerveau, le centre de vision, qui va plus rapidement que n’importe quelle caméra numérique faire un traitement en temps réel des informations reçues par ce gigantesque récepteur que constitue la rétine. La rétine est elle-même spécialisée car elle répartit ses fonctions en une vision périphérique, certes déjà précise, et une capacité assez extraordinaire à traiter la vision de précision qui est la fonction de la macula. Lire un livre ou un document sur un écran d’ordinateur fait intervenir essentiellement la macula et quand il y a un problème au niveau de cette région de la rétine c’est le flou, pas vraiment artistique, il faut le dire ! Finalement on n’arrive plus à lire et puisqu’il n’existe aucun traitement, c’est le début de la fin !

Il n’existe en effet aucun traitement satisfaisant de la DMLA mis à part une récente étude réalisée avec le safran (Crocus sativus) qui contient des anti-oxydants puissants de la famille des caroténoïdes conférant la couleur caractéristique à ce condiment. La prolifération des vaisseaux sanguins au niveau de la macula a également orienté certains traitements vers des inhibiteurs de l’angiogenèse mais les résultats restent aléatoires sinon décevants. Bref, connaître les causes réelles de la DMLA requérait une approche plus fine au niveau moléculaire puisqu’on dispose aujourd’hui de moyens d’investigation puissants permettant d’identifier rapidement l’ensemble des protéines synthétisées par des régions discrètes d’un même tissu, en l’occurrence la choroïde ou tissu de soutien richement vascularisé sur lequel se trouve la rétine et diverses régions de la rétine, macula, fovéa ou région centrale de la macula, et rétine périphérique :

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La technologie utilisée consiste à séparer les différentes protéines contenues dans un prélèvement par chromatographie liquide multidimensionnelle et spectrographie de masse. L’analyse peptidique automatisée de chaque protéine individualisée permet une identification rapide de la nature de cette dernière puisqu’on connait l’ensemble du génome humain. En partant de trois échantillons oculaires, 4403 protéines ont été précisément identifiées et parmi elles 671 connues pour pouvant être impliquées dans les risques de développement de maladies de la rétine impliquant stress oxydatifs, inflammations et cascade du complément. La « cascade » du complément a pour rôle d’aider la réponse du système immunitaire et est constituée d’une trentaine de protéines retrouvées dans le sang. L’étude a montré clairement qu’au niveau de la macula et de la fovéa l’expression de certaines de ces protéines du complément étaient beaucoup plus présentes que dans la partie périphérique de la rétine comme par exemple les antigènes HLA-A, B et C, les activateurs C1q, C6 et C8 et H du complément ou des enzymes impliqués dans la neutralisation des peroxydes. Le facteur H du complément est particulièrement abondant dans la fovéa ce qui pourrait être en faveur d’un dérèglement d’origine inflammatoire conduisant à la DMLA, ce qui n’avait pas été montré jusqu’à cette sorte de cartographie des protéines du complexe choroïde-rétine.

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L’évènement initiateur d’une réponse immunitaire mal maîtrisée pourrait donc être un stress oxydatif car le traitement prometteur à base de safran s’explique par la présence, entre autres caroténoïdes anti-oxydants, de crocine, proche de la zéaxanthine qu’on retrouve justement dans la rétine. L’étude décrite ici est donc riche en renseignements nouveaux et permettra d’orienter les travaux ultérieurs permettant de mieux cibler la cause primaire de la DMLA. Enfin, cultiver du safran pourrait devenir un business encore beaucoup plus rentable qu’il ne l’est déjà !

Source : now.uiowa.edu/