Des dinosaures dans les Pyrénées : ils ont laissé des traces !

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La partie méridionale de la chaine des Pyrénées renferme un trésor paléontologique qui a été systématiquement étudié par une équipe de scientifiques de l’Université Autonome de Barcelone dirigée par le Docteur Victor Fondevilla. Il s’agit de traces de sauropodes, des dinosaures géants pouvant peser jusqu’à 90 tonnes, herbivores et vivant dans ce qui était alors une savane humide densément recouverte de plantes variées. La région étudiée se trouve au sud-est de Seo de Urgel et est un assez vaste synclinal – une sorte de cuvette appelée par les spécialistes formation de Tremp – constituée de grès et de conglomérats, cuvette comblée en partie par des sédiments. Les traces de sauropodes ont été découverte tout autour de la formation géologique de grès. Ces roches ont été datée par une technique dite de paléomagnétisme et remontent pour celles où ont été retrouvées les traces de dinosaures à environ 300000 ans avant la transition crétacé-paléogène (ou crétacé-trias) qui fut provoquée par un évènement cosmique de grande ampleur conduisant à la disparition soudaine des dinosaures, en particulier ceux ayant atteint des tailles géantes qui étaient les derniers représentants de ces animaux.

Les traces retrouvées constituent donc une signature ultime de la présence des sauropodes européens.

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Cette illustration montre clairement diverses traces soit en relief soit en creux et ceci s’explique facilement dans la mesure où la surface du sol sur laquelle ont marché ces dinosaures a ensuite été recouverte d’alluvions qui au cours des dizaines de millions d’années suivantes ont été progressivement transformés en roches plus ou moins tendres selon l’activité géologique et les constituants de ces sédiments. Dans l’illustration ci-dessus les barres représentent 15 centimètres. Il s’agit donc d’espèces d’hadrosaures de taille sensiblement moins imposante que ceux qui ont aussi laissé des traces en Amérique du Nord dans le Colorado.

L’ensemble de ces empreintes de pieds de dinosaures a été reconstitué de la manière suivante :

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Plus incroyable encore est la découverte sur le même site d’une « empreinte » de peau d’hadrosaure. L’animal s’est probablement ébroué dans une rivière et a laissé cette empreinte au fond des sédiments qui ont été à la suite d’une crue recouverts d’alluvions. Les temps passants les sédiments ayant « reçu », si on peut dire les choses ainsi, cette empreinte de peau ont disparu laissant les alluvions eux-mêmes transformés en grès avec les millions d’années reconstituer l’aspect initial de cette peau comme si les temps géologiques avaient effectué un moulage :

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À quelques mètres de cette traces incroyable de peau a été découverte l’empreinte du pied d’un titanosaure, le plus grand sauropode. Il est donc possible que cette peau ait appartenu à ce genre de dinosaure, sans toutefois qu’il soit possible de l’affirmer. La barre noire représentant 5 cm il est donc facile d’imaginer que ces immenses sauriens possédaient une peau granuleuse ressemblant à celle de certains lézards d’aujourd’hui.

Sources : PlosOne, doi : 10.1371/journal.pone.0072579 en accès libre et Geological Magazine, doi : 10.1017/S0016756816000868 , article aimablement communiqué par le Docteur Fondevilla qui est chaleureusement remercié ici.

Le pétrole c’est vraiment dangereux pour le climat !

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Que mes lecteurs se rassurent tout de suite, je ne suis pas devenu brusquement un adepte inconditionnel des moulins à vent et des panneaux photovoltaïques. En effet, le titre de ce billet pourrait faire croire que je viens de me ranger dans la catégorie des pourfendeurs des grandes compagnies pétrolières qui déversent leurs barils d’or noir sur les marchés, ce qui accroit inexorablement (?) la teneur en « gaz à effet de serre » de l’atmosphère. Rien de tout cela, il s’agit de la vraie raison de la disparition soudaine des dinosaures il y a entre 66 et 63 millions d’années.

Lorsque la société Pemex et d’autres majors du pétrole élargirent leurs prospections autour du principal gisement de pétrole du Mexique au large de la péninsule du Yucatan ils furent étonnés de constater qu’il y avait une sorte d’îlot circulaire sous-marin de 180 kilomètres de diamètre sans quantité notoire de pétrole alors que le champ pétrolifère de Cantarell, par exemple, est une véritable éponge tout près de ce « désert » pétrolier. C’est ainsi que fut découvert le cratère d’impact de Chicxulub dont on attribua la formation à la chute d’un astéroïde d’au moins 10 kilomètres de diamètre constitué en grande partie de fer et d’iridium. Des études détaillées confirmèrent par la suite que ce cratère d’impact maintenant totalement comblé par des sédiments datait bien d’environ 63 millions d’années.

Or, comme la disparition soudaine des dinosaures date d’à peu près la même époque, tous les ossements fossilisés de ces monstrueuses créatures dont je ne suis pas du tout fanatique ont été datés d’avant cette période bien précisée par les géologues et appelée la frontière crétacé/paléogène. Ce mot barbare veut tout simplement dire qu’au même moment sur toute la planète on retrouve une couche géologique très fine enrichie en iridium, un métal très rare dans la croute terrestre. Tout concourrait pour considérer que les dinosaures avaient disparu subitement à la suite de la chute de ce gros astéroïde, mais pas seulement les dinosaures car les ammonites disparurent également ainsi que près de 80 % de toute forme de vie que ce soit terrestre ou océanique.

Les scientifiques se sont creusé les méninges pour expliquer comment un tel impact avait pu avoir un effet planétaire aussi catastrophique, toutes les simulations conduisant à des conclusions hasardeuses. Il a fallu attendre la sagacité d’une équipe de géologues et de physico-chimistes de l’Université Tohoku de Sandai au Japon pour comprendre exactement le déroulement de ces évènements catastrophiques relatés ici : doi: 10.1038/srep28427 .

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L’équipe du Docteur Kunio Kaiho a approfondi l’analyse de cette couche riche en iridium sur deux échantillons l’un provenant de l’île d’Haïti actuelle et l’autre du sud de l’Espagne à Caravaca dans la province de Murcia. Ils ont trouvé qu’outre la présence d’iridium et de fer il y avait bizarrement la présence notoirement élevée d’hydrocarbures de la famille des coronènes et des benzopyrènes. Or ces hydrocarbures sont la signature des particules carbonées qui forment la suie et la fumée y compris des pots d’échappement des moteurs diesel ! La chute de l’astéroïde du Chicxulub n’aurait tout de même pas mis le feu à toute la végétation existant sur la Terre à cette époque. L’explication fournie par ces géologues est beaucoup plus terrifiante : l’astéroïde alluma un gigantesque feu de pétrole, volatilisant en un instant entre 2 et 60 milliards de tonnes de pétrole produisant un panache de fumée d’une taille difficile à imaginer qui monta à des altitudes stratosphériques enveloppant toute la planète d’une épaisse couche de suie qui obscurcit durablement – au moins pendant 10 ans – la planète Terre entière.

Selon les simulations réalisées au Département des Sciences de la Terre de l’Université Tohoku la température globale chuta de près de 16 degrés en moins d’une année, toutes les plantes photosynthétiques ainsi que le phytoplancton furent affectées ce qui conduisit à une rupture de la chaine alimentaire entrainant l’extinction probablement en moins de dix ans de la majorité des espèces vivantes, y compris des insectes ! Les crocodiles, dignes descendants des dinosaures, échappèrent à l’extinction totale en survivant tant bien que mal dans les zones intertropicales, du moins seulement certaines espèces …

Pour donner un ordre de grandeur de cette catastrophe pétrolière, le petit trou fuyard qui fit la une des journaux de la Terre entière dans le golfe du Mexique il y a quelques années ne déversa dans l’océan que 4,9 millions de barils soit en gros un million de tonnes de pétrole, l’équivalent de deux gros super-tankers. L’impact du Chicxulub vaporisa et enflamma, dans l’hypothèse haute expliquant parfaitement toutes les disparitions d’espèces vivantes observées, jusqu’à 60 milliards de tonnes de pétrole en quelques secondes … ce qui provoqua un changement climatique très brutal non pas provoqué par le CO2 mais tout simplement par la fumée.

Source : voir le doi dans le texte, en accès libre, illustration Wikimedia et Courtillot et al. Earth and Planetary Science Letters, 166, 177-195 (1999)

Et si le changement climatique annoncé allait faire disparaître les crocodiles et les alligators !

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L’une des hypothèses pouvant expliquer la disparition des dinosaures est l’impact gigantesque d’un météore dans le Golfe du Mexique, au niveau du Yucatan actuel qui modifia le climat durablement, un genre d’ « hiver nucléaire » comme l’ont prédit certains scientifiques en cas de conflit généralisé utilisant cette arme de destruction massive absolue. En réalité la disparition des dinosaures ne fut pas due directement à cet impact mais à ses conséquences sur la température au sol qui perdurèrent probablement plusieurs dizaines d’années. On peut imaginer en effet, bien qu’il n’existe aucune possibilité de vérifier cette hypothèse aujourd’hui, que la température chuta à tel point que les dinosaures ovipares disparurent. Et pourquoi un tel destin funeste alors que des petits mammifères placentaires survécurent et leur évolution conduisit en 60 millions d’années jusqu’à l’homme ? Tout simplement parce que la détermination du sexe des reptiles dépend de la température d’incubation !

D’une manière générale le sexe de la descendance est déterminé génétiquement par la présence ou non d’un chromosome appelé X ou Y comme chez l’homme. Par contre chez la plupart des reptiles, dont les crocodiles, descendants directs des dinosaures, il n’y a pas de différenciation génétique du sexe car les embryons incubés n’ont initialement pas de sexe déterminé : à une température égale ou supérieure à 33 degrés, tous les « poussins » sont des mâles et inversement à une température d’incubation égale ou inférieure à 30 degrés, il n’y a plus que des poussins femelles, si on peut parler de poussins pour les alligators qui dès qu’ils sont sorti de leur coquille peuvent mordre férocement.

Tout est commandé par un seul gène appelé TPRV4 qui code pour un canal ionique spécifique du potassium dont l’expression chez les reptiles est dépendante de la température. Les flux de potassium vont orienter la différenciation sexuelle lors des tous premiers jours de l’incubation des œufs, le plus souvent dans un nid creusé dans le sable comme c’est le cas pour les tortues marines. Ce gène existe aussi chez l’homme et il est impliqué dans la régulation de toutes sortes de processus biologiques comme par exemple la pression osmotique dans le cerveau, les fonctions rénales et la réponse de la peau aux rayons UV mais il n’est plus inductible par la température et pour cause, la température de notre corps est pratiquement constante alors que ce n’était probablement pas le cas pour les dinosaures et ce n’est pas non plus le cas pour les crocodiles. Les travaux réalisés sur ce gène de l’alligator américain remettent donc en cause l’hypothèse des dinosaures au sang chaud mais permettent aussi d’expliquer pourquoi ces animaux souvent monstrueux ont disparu subitement il y a une soixantaine de millions d’années …

TRPV4 est l’acronyme de Transient Receptor Potential cation channel, sous-famille V, membre 4 ( https://en.wikipedia.org/wiki/TRPV4 ).

Source : Scientific Reports, doi : 10.1038/srep18581 en accès libre