Le « Viagra pour les femmes » bientôt disponible

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C’est une histoire à rebondissements que ce petit peptide synthétique appelé bremelanotide ait fini par passer l’épreuve des essais cliniques en phase III avec succès. Au tout début il s’agissait d’un analogue de l’hormone stimulant les mélanocytes de la peau (mélanocortine ou MSH) pour brunir sans soleil selon l’hypothèse qu’un tel brunissement protégerait contre l’apparition de mélanomes. Au cours des premiers essais cliniques réalisés sous l’impulsion de biologistes de l’Université de l’Arizona il apparut que ce produit provoquait des érections spontanées chez les hommes et stimulait la libido chez les femmes tout en accélérant le brunissement de la peau. Les recherches s’orientèrent donc vers cet effet secondaire tout à fait prometteur pour en arriver à une molécule synthétique ne présentant plus d’effets secondaires comme des nausées et administrable quand une femme décide de stimuler son désir sexuel.

Beaucoup plus de femmes qu’on peut le penser souffrent d’une libido réduite à une peau de chagrin. Il s’agit du désordre du désir sexuel hypoactif classé comme un désordre psychologique induisant mauvaise humeur, manque de communicabilité, diverses inhibitions et détresse sentimentale.

Le bremelanotide a été testé sur plus de 1200 femmes souffrant de ce désordre lors de l’essai en phase III et s’est révélé efficace dans plus de 90 % des cas. Contrairement au Viagra pour l’homme administré par voie orale la femme doit se faire une auto-injection par voie sous-cutanée une heure ou deux avant d’avoir une relation sexuelle qui sera selon toute vraisemblance, et selon ces résultats cliniques, réussie.

Le bremelanotide agit sur l’un des récepteurs de la mélanocortine, une hormone impliquée également, si l’un de ces récepteurs est défectueux, dans 6 % des cas d’obésité. Cependant, le mécanisme d’action au niveau du désir sexuel et des érections chez l’homme n’est pas encore clairement compris. Seulement pour traiter le désordre du désir sexuel hypoactif le chiffre d’affaire potentiel est évalué à environ 2 milliards de dollars par an dans les pays de l’OCDE, un joli petit pactole pour la petite société de biotech Palatin Technologies…

Sources : Reuters et Palatin Technologies (en anglais)

http://www.palatin.com.ws054.alentus.com/assets/BMT-Licensing-Summary-Overview-31Oct2016-1.pdf

Relire aussi : https://jacqueshenry.wordpress.com/2016/05/07/le-gros-appetit-des-labradors-une-mutation-genetique/

Un « coup de foudre », ça s’explique comment ?

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Les réactions émotionnelles et les désirs qui apparaissent au début d’une rencontre romantique entre deux personnes de sexe opposé qui ne se connaissaient pas quelques minutes auparavant déterminent la nature de la relation potentielle qui peut subvenir par la suite.

La manière dont on réagit lors d’une première rencontre peut être l’objet d’une de ces «étincelles» nécessaires pour alimenter le désir sexuel et obtenir le privilège d’un deuxième rendez-vous. Cependant, les évènements ne se passent tout à fait à l’identique chez les femmes et chez les hommes. Et c’est cette différence qui a été précisée en détails par des spécialistes du comportement dans une étude réalisée conjointement à l’Université de Rochester, NY et à l’Université de Urbana-Champaign dans l’Illinois. La plupart des adultes, femmes ou hommes, recherchent comme partenaire celle (celui) qui est le plus sensible à leur aspirations et un tel partenaire peut éventuellement donner naissance au désir sexuel. Ce désir développe alors l’intimité entre deux personnes et constitue l’un des moyens de maîtriser ce que le poète appellerait « la fuite du temps ». Toutes les rencontres fortuites entre deux êtres de sexe opposé (l’étude n’a comporté que des situations hétérosexuelles) n’aboutissent pas systématiquement au « coup de foudre » car la réactivité des femmes est différente de celle des hommes dans la perception de l’autre.

Dans une première étude, les chercheurs ont examiné si cette réactivité est perçue comme étant féminine ou masculine et si les femmes ou les hommes détectaient la personne du sexe opposé comme étant sexuellement désirable. Les hommes qui avaient l’impression que leur partenaire était plus ouverte à leurs avances avaient tendance à les considérer comme plus féminines et plus attractives, voire plus belles, une association qui à l’inverse n’était que très peu retrouvée chez les femmes. Ces dernières, au contraire se sentaient plutôt marginalement voire même négativement impliquées dans ce même processus comportemental. Il semble donc que, chez l’homme, la perception de la réceptivité de la femme au développement d’une relation sexuelle soit associée à l’attrait physique en premier lieu alors que la femme se soucie plutôt du besoin de l’homme d’être protégé et en quelque sorte materné ou du moins traité avec douceur et tendresse.

Dans la deuxième partie de l’étude on demandait aux participants d’interagir avec des personnes du sexe opposé réceptives ou non et de regarder une photographie. La même photo était soumise à chaque participant, le même homme à chaque participante et vice-versa, et on leur demandait de discuter (virtuellement) en ligne avec cette personne d’un sujet concernant leur vie privée. La réactivité de l’interlocuteur virtuel était manipulée par les expérimentateurs avec des réponses comme par exemple : « Vous devez avoir eu des temps difficiles » comme réponse réactive positive ou au contraire « Ça n’a pas l’air si mal » comme réaction neutre ou négative. On demandait alors aux hommes d’évaluer la « qualité » de la réponse et s’ils considéraient que la femme était à l’écoute plutôt qu’indifférente, ils la considéraient comme sexuellement attractive et plus féminine que dans le cas d’une réactivité négative. Dans ce même test, les femmes se sont montré beaucoup plus circonspectes dans leur perception de l’attractivité que leur évoquait la réponse (virtuelle, avec un interlocuteur masculin virtuel) de l’homme, ce qui est révélateur de tendances conflictuelles chez les femmes, partagées entre le désir sexuel et l’amour romantique. Mais l’attractivité sexuelle chez la femme reflète plus généralement le projet d’une relation sur le long terme.

La dernière étude de ce volet d’investigation des motivations apparaissant lors d’un « premier rendez-vous » et décrite dans le journal Personality and Social Psychology Bulletin ( DOI: 10.1177/0146167214543879 ) concerne l’éventualité que la réactivité initiée par une rencontre fortuite peut activer des mécanismes de motivation chez les hommes les conduisant à envisager d’emblée une relation sexuelle sur le court terme ou à défaut sur le long terme. Mais dans tous les cas, il ressort que quand l’homme ressent la moindre motivation chez la femme en présence de laquelle il se trouve, il la trouve plus attractive et plus désirable et pour lui cela signifie immédiatement une éventuelle relation sexuelle qui n’exclut pas a priori une relation sur le long terme. Le Docteur Gurit Birnbaum, leader de l’étude, insiste sur le fait qu’un(e) partenaire réceptif(ve), en d’autres termes qui répond à des avances explicites, sera considéré(e) comme sexuellement désirable ou non dépendra du contexte et donc de l’interprétation que l’on fait de cette réaction et de la signification intrinsèque de celle-ci.

En définitive les résultats de cette étude indiquent que lors d’une rencontre fortuite (ou arrangée) la signification de la réaction de l’un ou l’autre des acteurs est liée en premier lieu à l’attirance sexuelle. Les femmes ne considèrent pas un homme peu attiré par elles comme moins viril mais néanmoins ne considèrent pas non plus un homme attiré par elles comme plus attractif.

L’étude contribue à expliquer pourquoi les hommes trouvent les femmes sensibles à leurs avances sexuellement attirantes, mais ne révèle pas pour autant le mécanisme qui sous-tend le désir des femmes pour une nouvelle relation. Selon le Professeur Birnbaum : « nous ne savons toujours pas pourquoi les femmes sont moins attirées sexuellement par les hommes inconnus et qui sont pourtant attirés par elles. Ça ne veut pas nécessairement dire qu’elles doivent être attractives. Les femmes peuvent très bien considérer un homme attiré par elles comme peu ou pas du tout désirable pour d’autres raisons ». Les femmes, d’une manière générale, toujours selon le Professeur Birnbaum, considèrent le plus souvent un inconnu comme séducteur, certes, mais manipulateur, c’est-à-dire tentant d’obtenir des faveurs à caractère sexuel, ou éventuellement, dans le pire des cas, tentant de plaire même désespérément et donc par voie de conséquence étant moins attractif sur le plan sexuel. Enfin, une femme peut tout aussi bien considérer un homme attiré par elle comme vulnérable et donc moins dominateur.

Tout ceci pour dire que peut-être que les hommes feraient mieux de réfréner leurs ardeurs lors d’un première rencontre avec une femme si leur seul but est de s’envoyer en l’air !!!

Source : Society for Personality and Social Psychology

Lien : http://www.spsp.org/news/

L’amour ? C’est dans le regard

 

« L’amour est dans le regard », c’est le titre (« Love Is in the Gaze ») d’un article très sérieux paru dans le dernier numéro du périodique scientifique Psychological Science. Lire dans les yeux des autres est en quelque sorte une compétence précieuse pour explorer une interaction interpersonnelle. Quand on a rendez-vous avec quelqu’un qu’on connaît à peine ou pas du tout, une situation qui m’est arrivé il y a de nombreuses années quand je m’étais inscrit dans une agence matrimoniale pour tenter de retrouver une compagne que je n’ai d’ailleurs jamais trouvé, comment évalue-t-on par un simple regard les intentions de cette personne en termes de relation durable ou de courte durée ? Les belles envolées verbales romantiques pour séduire l’autre sont un classique d’une banalité affligeante quand une femme et un homme se rencontrent pour la première fois car il est tellement facile de dissimuler ses intentions ou de prendre le contrôle de l’autre dans la conversation que le jeu est faussé d’avance. Nous disposons de plusieurs sens nous permettant de communiquer avec l’environnement humain comme dans le cas d’un rendez-vous (galant ou non) et c’est surtout le regard qui importe, le toucher et l’odorat interviendront plus tard.

Quelques études ont montré une différence entre l’amour et le désir sexuel et cette distinction est en tout premier lieu effectuée par le regard, parfois un « cliché » n’ayant souvent duré qu’une fraction de seconde, enregistré dans le cerveau qui va effectuer le classement entre ces deux catégories d’approches entre deux individus, classement consistant à différencier l’ « amour romantique » du simple et parfois banal « désir sexuel ».

Il faut préciser que l’étude réalisée à l’Université de Chicago sous la direction du Docteur Stephanie Cacioppo comprenait 20 volontaires, 13 femmes et 7 hommes, tous hétérosexuels, d’une moyenne d’age de 22 ans, 18 droitiers et 2 gauchers pour plus de précisions, qui se sont pliés à l’observation de photographies sur un écran d’ordinateur dans des conditions expérimentales telles qu’un système électronique permettait de calculer et enregistrer la direction précise de leur regard spontanément orienté vers ces photographies. L’étude a abouti à quelques précisions intéressantes. Toutes les analyses statistiques du mouvement des yeux ultérieures aux tests ont permis de confirmer quel était le regard porté sur ces illustrations codifiées selon un protocole bien précis utilisé dans les études psychologiques (voir le lien en fin de billet) classé en trois catégories, le premier coup d’oeil, durant parfois moins d’une seconde, sa durée, donc, et la durée totale de tous les parcours et fixations du regard sur les images présentées aux sujets participant à l’étude de personnes inconnues de ces derniers et issues d’une banque de données de photoss variées. Dans la première partie de l’étude les stimuli consistaient en 120 images de couples hétérosexuels présentés dans diverses attitudes à l’exclusion de toute image explicite de nu ou à caractère érotique. On demandait aux participants de déterminer aussi vite que possible, tout en regardant les images, s’ils classaient ces dernières dans la catégorie érotique ou sexuelle ou au contraire dans la catégorie de l’amour romantique. Dans la deuxième partie de l’étude les stimuli visuels étaient constitués de 80 prises de vues de visages ou de silhouettes d’hommes ou de femmes photographiés individuellement. Les femmes devaient regarder des photos d’hommes et vice versa.

Au cours de l’étude 1 les sujets passaient plus de temps à regarder le visage plutôt que le reste du corps quand on leur demandait s’ils ressentaient un désir sexuel plutôt qu’un amour romantique en regardant ces photos de couples et les zones scrutées étaient très précises, essentiellement le visage et en particulier les bouches comme dans le cas d’un couple échangeant un baiser :

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Si l’image était classée comme entrant dans la catégorie de l’amour romantique le regard se portait presque exclusivement vers les visages, alors qu’avec la même photographie classée dans la rubrique désir sexuel par un des participants à l’étude le regard se répartissait entre visage et reste du corps. De plus la durée de fixation du regard sur un point donné des photographies était près de trois fois plus longue pour les clichés classés « amour romantique » que pour ceux classés « désir sexuel » comme si l’évocation d’un amour romantique requérait l’accumulation d’une plus large information et d’une interprétation plus complexe, donc plus lente, par le cerveau.

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Dans la partie 2 de l’étude, aucune différence ne put être décelée de manière significative entre les « genres », c’est-à-dire les sexes, parlons concrètement, et la plupart des sujets, hommes ou femmes, dispersaient leur regard autant sur le visage que sur le reste du corps sans pouvoir décider de manière significative s’ils penchaient pour un amour romantique ou un simple désir sexuel.

Il ressort de cette étude que contrairement à ce qu’affirmait la chanteuse de soul Betty Everett : « si vous voulez savoir s’il vous aime, c’est avec ses baisers » ( http://www.youtube.com/watch?v=B4KN6TFhy2I ) c’est plutôt le premier regard qui est déterminant dans l’évaluation d’une relation amoureuse éventuellement durable ou au contraire d’une relation sexuelle spontanée et fugitive. La science de l’amour ou du désir naissant au premier regard était inconnue jusqu’à cette étude qui a le mérite de préciser le mécanisme visuel transmettant au cerveau les informations qui sont d’ailleurs traitées très rapidement dans des régions distinctes du cortex, que ce soient les perceptions érotiques et sexuelles ou celles relatives à l’amour romantique. Ce résultat a été précisé par ailleurs par les mêmes auteurs de la présente étude par imagerie fonctionnelle. La classification visuelle « amour romantique » se concentre donc sur les visages et les lèvres alors que le même processus de classification dans le registre « désir sexuel » se disperse en partie sur le reste du corps. Il faut rappeler qu’il s’agit de réactions visuelles rapides durant souvent moins d’une seconde. On peut constater avec ces résultats, résumés par les deux illustrations tirées de l’article, que le désir sexuel est évoqué très rapidement puisqu’il entre dans une boucle de stimuli hormonaux eux-mêmes très rapides. A contrario formuler que le cliché d’un couple évoque un amour romantique est plus complexe et plus abstrait car le processus de récompense au niveau du cerveau est alors plus aléatoire à atteindre. Les études relatives aux mécanismes de mise en place de l’amour, le coup de foudre par exemple, sont très limitées. Ce que l’on a pu prouver par le type d’étude relatée dans cet article est que l’échange de regards entre un homme et une femme, même très rapide, est suffisant comme élément déclenchant un coup de foudre et le début d’un amour romantique. Le regard que l’on porte sur l’autre est indubitablement analytique et effectue un classement en deux catégories de personnes dont les frontières ne sont pas clairement définies, car qui dit amour sous-entend sexe et la réciproque ne peut être exclue.

Notre perception de l’autre semble donc en grande partie inconsciente et nous classons tout aussi inconsciemment dans les catégories amour éventuellement durable ou relation sexuelle fugitive et éphémère (un « quicky » comme disent les Australiens) les personnes que nous rencontrons fortuitement. L’amour est le résultat d’une chimie très sophistiquée que nous ne pouvons pas contrôler et le désir sexuel entre dans une catégorie du comportement sur laquelle nous avons encore moins d’emprise consciente. En définitive nous sommes soumis à des processus complexe qui nous échappent totalement et qui sont initiés par la vision.

Sources : University of Chicago et DOI: 10.1177/0956797614539706

Article aimablement transmis par le Docteur Stephanie Cacioppo.

Lien : http://dx.doi.org/10.7910/ DVN/26134, Harvard Dataverse Network