Un gâchis alimentaire innommable !

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Près du tiers des denrées alimentaires qu’on trouve sur les linéaires des supérettes et des supermarchés est purement et simplement jeté, environ 4 milliards de tonnes chaque année en l’Europe, soit la faramineuse somme de 350 milliards d’euros, estimation la moins pessimiste selon le journal Comprehensive Reviews in Food Science, qui part dans les décharges d’ordures et les fours d’incinération. Cette somme est équivalente au produit national brut de la Belgique ! Tout ceci a un coût qui est répercuté sur le prix de la nourriture effectivement vendue. En d’autres termes, le consommateur achète ses denrées alimentaires 30 % plus chères pour compenser ces pertes obligatoires en raison de la législation en vigueur. Ou encore, seulement pour l’Europe, tout ce gaspillage permettrait de nourrir gratuitement et confortablement plus de 100 millions de personnes par exemple dans le continent Africain voisin, hors coûts de transport, naturellement ! On estime que ce gaspillage dans l’ensemble des pays de l’OCDE permettrait de nourrir gratuitement 1 milliard de personnes dans le monde ! Pourquoi un tel scandale existe-t-il ? D’abord il résulte d’une application du principe de précaution afin d’éviter des intoxications parmi les populations à risque, enfants, personnes immunodéprimées et vieillards, en raison de dispositions réglementaires qui ont en quelque sorte institutionnalisé ce principe. On peut ou ne pas adhérer à cette démarche mais il y a tout de même des limites qui sont vite dépassées car les industriels de l’agro-alimentaires en profitent largement pour se frotter les mains et remplir leurs porte-feuilles déjà bien garnis avec la malbouffe dont ils inondent le marché. Les législateurs, violemment sollicités pour satisfaire les exigences de ce secteur industriel, ont trouvé un stratagème qui les a affranchi de toute responsabilité morale dans ce scandale en laissant planer une incertitude sémantique dans l’étiquetage des denrées alimentaires, périssables ou non, ce qui donne une toute autre dimension à ce problème. Il y a trois étiquetages utilisés pour semer la confusion chez le consommateur et accélérer la mise au rebut des produits tout en faisant que l’industriel et le revendeurs sont protégés juridiquement et moralement. La mention « à vendre avant telle date » ou « date limite de vente » est la plus importante pour le revendeur mais elle n’indique en aucun cas si le produit en question est encore susceptible d’être consommé. C’est une date butoir décidée par le législateur en accord avec l’industriel et on peut imaginer sans peine qu’il y a collusion ou conflit d’intérêts évidents. L’autre mention « à consommer jusqu’à … », sous-entendu sans risque, est plus précise mais les critères mis en place pour faire figurer cette indication sur un produit alimentaire sont loin d’être clairs compte tenu de l’amélioration des conditions d’empaquetage, des conditions d’hygiène des ateliers de productions, du respect de la chaine du froid pour tous les produits devant être conservés à une température précise et enfin des techniques modernes d’amélioration de la conservation de certains produits comme l’irradiation par les rayons gamma largement développée pour de nombreux produits ou le conditionnement sous atmosphère inerte.

Après ces « dates limites » de vente ou de consommation, il y a une autre mention encore plus confuse qui est « meilleur avant telle date ». Apparemment cette précision pourrait faire penser qu’on laisse au consommateur le soin de prendre lui-même le risque de s’intoxiquer, dans le pire des cas, ou de ne pas être pleinement satisfait de la qualité du produit, dans le meilleur des cas, car cette indication fait référence aux propriétés organoleptiques du produit et non à sa qualité sanitaire. Cette mention peut aussi vouloir dire que le revendeur peut laisser le produit sur les linéaires puisque rien n’indique clairement qu’après la date effectivement indiquée il ne doit plus être consommé, « meilleur » étant un terme suggestif plutôt vague. En conséquence l’industriel de l’agroalimentaire et le revendeur se protègent grâce à ces indications sibyllines qui non seulement sèment le trouble dans l’esprit du consommateur mais favorisent d’autant plus le gaspillage.

Il y a le cas particulier des œufs pour lesquels certains producteurs ont pris la peine d’imprimer sur la coquille la date de ponte. Or rien n’indique pendant combien de jours ou de semaines après cette date de ponte les œufs restent « meilleurs » ou « à consommer avant » telle date et il n’y a pas non plus de « date limite » de vente. Pour certains produits comme le miel, on nage en plein délire puisqu’il s’agit d’un produit presque totalement déshydraté et afficher une date limite de vente est une aberration sinon une escroquerie (voir le lien sur ce blog) et il en est de même pour de nombreux produits secs comme la farine qui, convenablement conditionnée peut se conserver plusieurs années. Eh bien non, il y a aussi sur les sacs de farine une date limite de vente, j’ai vérifié hier par curiosité dans mon supermarché préféré, et c’est la même chose pour le sucre ! Les boites de conserve variées sont également étiquetées avec une date limite de vente (voir l’illustration), comme les cornichons au vinaigre … Une énumération exhaustive est inutile.

On comprend donc sans peine que tout ce gâchis réglementairement organisé profite à l’industrie agroalimentaire au détriment des consommateurs entretenant parallèlement une famine chronique de centaines de millions de personnes. En effet, comme s’il fallait que les pays développés (OCDE) se donnent bonne conscience, l’aide alimentaire sous l’égide du HCR par exemple est dûment estampillée avec des inscriptions sur les sacs de farine ou les bidons d’huile « Product of USA » ou encore « Don de la Communauté Européenne » avec les drapeaux respectifs, la bannière étoilée et le cercle d’étoiles sur fond bleu. On distribue généreusement quelques dizaines de milliers de tonnes de denrées alimentaires à des peuples misérables dont une grande partie est détournée par des organisations mafieuses locales et dans le même temps on jette sans aucun état d’âme des milliards de tonnes de produits parfaitement propres à la consommation. Tout va très bien dans un monde ravagé par le mercantilisme de connivence !

Source : Comprehensive Reviews in Food Science

https://jacqueshenry.wordpress.com/2013/08/30/la-date-limite-de-vente-des-oeufs-et-du-miel/

La date limite de vente des oeufs et du miel

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Les produits alimentaires sont étiquetés selon la loi afin de donner une information aux consommateurs et de les rassurer plus que de protéger leur santé comme on va le découvrir. La législation varie selon les pays mais globalement elle a décidé selon des critères opaques quel était le laps de temps entre la fabrication du produit et sa consommation par l’utilisateur final, en l’occurrence tout un chacun. Prenons deux exemples, les œufs et le miel. Les œufs frais sont considérés comme sains s’ils sont consommés au moins vingt et un jours après la ponte. La date de la ponte est souvent imprimée sur l’oeuf lui-même avec une imprimante à jet d’encre. Le producteur s’adresse à un grossiste qui va revendre les œufs aux chaines de distribution, à d’autres grossistes établis dans les plate-formes régionales genre Rungis pour la région parisienne ou aux épiceries de quartier si le grossiste peut ainsi réaliser un volume de vente suffisant pour amortir ses frais de transport. En général, tous les œufs doivent se trouver sur les étalages des détaillants au plus tard deux à trois jours seulement après la date de ponte, car il s’agit d’un produit dit sensible. On considère que le client, donc le consommateur, doit les acheter puis ne pas les consommer au delà de la date limite et ceci a pour conséquence pratique désastreuse que le détaillant retire les œufs de la vente avant la date limite indiquée sur l’emballage car il sait par expérience que les œufs sont devenus invendables au delà de dix jours suivant la date de ponte. Il en résulte une perte évaluée à plus du tiers de la production d’oeufs qui sont purement et simplement jetés alors qu’ils auraient encore pu être consommés sans danger. Naturellement cette situation entraine une renchérissement du prix de vente puisqu’il prend en compte cette perte. L’exemple des œufs « frais » est l’exemple extrême de la date limite de consommation. On pourrait imaginer des œufs de fraicheur moyenne laissés à la vente jusqu’à trente jours après la ponte et soldés à moitié prix mais personne ne les achèterait. Il existe pourtant deux moyens très simples de s’assurer de la qualité de l’oeuf, le casser dans une tasse et le sentir. Si la membrane vitelline se brise libérant le jaune, il vaut mieux ne pas consommer l’oeuf et normalement un œuf propre à la consommation ne dégage pratiquement aucune odeur. Ce sont de vieilles pratiques de nos grand-mères qui ont totalement disparu. Le cas du miel est encore plus intéressant. Le miel est régurgité par les abeilles après une digestion partielle qui a pour but de produire une solution mixte de glucose et de fructose après l’action de l’invertase contenue dans le suc digestif de l’abeille et parallèlement de réduire la teneur en eau du nectar floral jusqu’à moins de 15 %. Le miel est donc un produit presque déshydraté contenant outre les sucres mentionnés des acides aminés et d’autre composés en quantité négligeable mais cependant suffisante pour que miel s’assombrisse avec le temps. Est-ce la raison pour laquelle on trouve sur les bouchons des bocaux de miel une date limite de consommation, je l’ignore. Avant d’écrire ce billet je suis allé dans le petit supermarché au coin de ma rue et j’ai relevé les dates limites d’utilisation de deux miels différents de palme, c’est-à-dire du miel sombre provenant du nectar des inflorescences des palmiers canariens, les mêmes que ceux se trouvant sur la promenade des Anglais à Nice, juillet 2014 et août 2015. J’en ai déduit que la date limite de consommation du miel devait être de deux ans. Il est utile d’apporter une petite précision sur ces dates. Aux Canaries, au moins à Tenerife, il pleut en général sporadiquement entre la fin du mois de septembre et la fin du mois de février. Les précipitations d’automne entrainent souvent une floraison de certaines plantes qui perdurera jusqu’en avril-mai. Les amandiers fleurissent par exemple au mois de janvier et les palmiers entre janvier et avril. La récolte du miel doit donc avoir lieu durant les mois secs d’été. Mais est-il justifié d’appliquer au miel une date limite de consommation, quels sont les critères de fraicheur du miel et comment ont-ils été établis par le législateur ? J’avoue que je reste perplexe d’autant plus que beaucoup de miels sont pasteurisés par ultra-sons ou rayons gamma. S’il n’y avait que le miel qui défie le bon sens élémentaire, mais de nombreuses autres denrées alimentaires sont interdites à la vente après une certaine date et détruites. On estime à environ un tiers la destruction des denrées alimentaires à cause de dates d’utilisation réglementaires le plus souvent fantaisistes. Au Japon seulement, on estime que 18 millions de tonnes de denrées alimentaires sont détruites chaque année pour cette raison ! C’est n’importe quoi …

Billet inspiré d’un article paru dans le Japan Times (photo Wikipedia : œuf conservé dans du vinaigre et coloré avec des betteraves rouges)