La France était le premier producteur mondial de betterave sucrière, mais pour combien de temps encore ?

L’interdiction en France de la betterave sucrière génétiquement modifiée pour résister au RoundUp a été acceptée à contre-coeur par les « betteraviers » car ils auraient pu ainsi réduire l’utilisation d’engins agricoles pour les labours de désherbage et quand l’utilisation du même RoundUp a été interdite ou est en passe de l’être il a fallu donc trouver d’autres solutions pour que cette première production industrielle agricole française puisse survivre, le désherbage étant impératif pour la bonne croissance des betteraves. L’interdiction des néo-nicotinoïdes qui date de 2018 (de mémoire) va peut-être signer l’arrêt de mort de cette industrie, car il s’agit bien d’une culture industrielle (38 millions de tonnes en 2014) faisant vivre des régions entières et près de 30 sucreries en France se trouvant toutes dans les régions productrices de betterave et de près ou de loin en amont de la production d’éthanol comme additif pour les carburants des automobiles outre le sucre de table ou à usage alimentaire.

Cette année 2020 est la première étape de la descente aux enfers de la filière sucrière française métropolitaine, la production de sucre à partir de canne étant anecdotique, car l’interdiction des insecticides néonicotinoïdes a provoqué le désastre attendu dans les régions productrices de betterave avec des baisses de rendements atteignant parfois plus de 50 %. L’attaque des champs est déjà bien visible depuis le début du mois de juillet de cette année, il s’agit de la « jaunisse » de la betterave provoquée par des virus véhiculés par des pucerons, le BYV, acronyme de Beet Yellows Virus, provoquant des dégâts très graves et de deux autres virus génétiquement proches de la famille des lutéovirus, le Beet Chlorosis Virus (BChV) et le Beet Mild Yellowing Virus ( BMYV). La présence de pucerons porteurs de virus a été confirmée dès l’automne dernier dans plus de 75 % des parcelles dans les 14 départements français couvrant l’ensemble des grandes régions betteravières françaises. Il s’agit essentiellement du puceron Myzus persicae parasitant habituellement les arbres fruitiers dont le pêcher.

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Les réservoirs à virus ne sont pas seulement les betteraves elles-mêmes mais également divers adventices aux noms poétiques comme le Mouron blanc, le Séneçon, la Capselle ou la Véronique. Or l’utilisation d’herbicides étant sévèrement règlementée et l’utilisation de néonicotinoïdes maintenant interdite, il est inutile de réfléchir trop longtemps pour comprendre que les fonctionnaires de l’administration française qui n’ont jamais mis les pieds dans un champ de betterave prennent des décisions que l’on peut qualifier de criminelles pour satisfaire les esprits dérangés des écologistes qui veulent par ailleurs, et paradoxalement, développer les « biocarburants ». En 2019 les pertes de productivité s’élevaient déjà en moyenne à 28 %. Pour l’année 2020 les prévisions varient entre 50 et 70 % de pertes. Devant l’urgence l’administration du ministère de l’agriculture français a autorisé l’utilisation d’insecticides beaucoup plus dangereux que les néonicotinoïdes comme le Flonicamide ou le Spirotétramate mais le mal est déjà là.

Interpellé au Sénat au sujet du problème de la filière bettravière française le Ministre de l’Agriculture a déclaré (je cite) : « Le gouvernement cherche une solution … La détermination est aussi forte que mon inquiétude, elle est totale pour trouver une solution… Sans aucune démagogie et avec beaucoup d’énergie ». Si tout se passe comme pour l’épidémie coronavirale on ne peut que déborder d’optimisme. Bienvenue dans une France sans agriculture, sans élevage, sans pesticides, et sans industrie … C’est bien ce que veulent les écolos ?

Source partielle et illustration : Institut Technologique de la Betterave