Pourquoi l’énergie nucléaire s’impose-t-elle?

En dehors de quelques pays européens qui font de la politique énergétique démagogique et électoraliste, le reste du monde s’engage résolument dans la voie nucléaire. Les projets de développement y sont de plus en plus nombreux, mais aussi de plus en plus variés, notamment avec l’émergence des SMR (Small Modular Reactors).

Par Roger Stump, analyste financier, 8 juillet 2021 sur le site investir.ch

Voici tous les avantages comparatifs de l’industrie nucléaire

  1. L’énergie nucléaire est pilotable* (voir notes en fin de billet), donc produite à la demande. C’est indispensable à la stabilité du réseau électrique où offre et demande doivent toujours correspondre.
  2. L’énergie nucléaire produit 2 fois moins de CO2 que l’éolien et 7 fois moins que le photovoltaïque.
  3. La quantité de matériaux nécessaires à la construction d’une centrale nucléaire est respectivement 9 et 14 fois inférieure à celle nécessaire pour l’éolien et le photovoltaïque pour produire le même térawatt/heure.
  4. Le nucléaire nécessite 1000 fois moins de surface au sol que l‘éolien et le solaire pour produire le même TWh.
  5. L’énergie dégagée par la fission de l’uranium génère plusieurs centaines de milliers de fois plus d’énergie que la combustion d’une quantité équivalente de charbon, de pétrole ou de gaz, d’où une quantité très faible de déchets en proportion de la quantité d’énergie produite.
  6. Pour pourvoir un être humain occidental en énergie pour toute sa vie, il suffit de 6 kilos d’uranium, soit le volume d’une cannette de coca (l’uranium étant 19 fois plus lourd que l’eau). Pensez ne serait-ce qu’à la quantité d’essence que chacun de nous a déjà consommé dans sa vie !
  7. En moyenne, le facteur de charge d’un réacteur nucléaire est de 92%, ce qui fait de l’énergie nucléaire la plus fiable de toutes, bien loin devant le gaz (55%) et le charbon (54%), et évidemment l’éolien et le solaire.
  8. De toutes les industries énergétiques, le nucléaire est la plus sûre et son bilan humain (90 décès par 1000 TWh) est même inférieur à celui de l’éolien (150), du solaire (440) et de l’hydroélectrique (1400).
  9. Les déchets totaux de l’industrie nucléaire depuis sa naissance représentent le volume d’un stade de foot de 10 mètres d’épaisseur, soit 100000 m3 ou 2 millions de tonnes. Aucune industrie au monde ne s’astreint à une gestion aussi précise de ses déchets et, à ce jour, aucune irradiation, aucun accident n’a jamais été à déplorer avec des déchets nucléaires. Notez aussi qu’une grande partie des déchets sont susceptibles d’être encore réutilisés dans le futur avec l’émergence d’autres technologies de fission nucléaires ou de production de batteries utilisant la radioactivité !

Le marché de l’uranium en deux graphiques

Le premier illustre les ratios de couverture en uranium des opérateurs de centrales nucléaires européens et américains (environ 50% du total des réacteurs). Cette situation est inédite.

Les besoins non-couverts par des contrats à terme devront être comblés dans un marché souffrant déjà d’un déficit de production.
Rappelons au passage que les stocks des producteurs sont également au plancher!

Le deuxième illustre le déficit de l’offre d’uranium dans le contexte d’une demande en croissance selon deux scénarios établis l’année dernière par le World Nuclear Association. L’évolution actuelle de la demande penche désormais clairement vers le scénario le plus élevé.

Des exemples récents illustrent le propos. Parmi ceux-ci citons Shikoku Electric (Japon) qui se prépare à redémarrer son réacteur Ikata No3 le 12 octobre prochain. Il avait été stoppé en décembre 2019 sur décision d’une cour de justice. Aux Etats-Unis Duke Energy vient de faire les démarches en vue d’une demande de renouvellement/prolongation de licence d’exploitation jusqu’à 80 ans de ses trois réacteurs de la centrale d’Oconee en Caroline du Sud, jusqu’en 2053 et 2054 et l’administration Biden prend des mesures pour constituer une réserve d’uranium, une proposition faite sous l’ère Trump. La Société CEZ Group qui exploite la centrale nucléaire de Dukovany II en République Tchèque a sollicité une offre de trois constructeurs pour un nouveau réacteur. En Inde, la construction de deux nouveaux réacteurs russes de plus de 1000 MW chacun a démarré, les unités 5 & 6 de la centrale de Kudankulam. Plus globalement, selon la World Nuclear Association, on compte actuellement 445 réacteurs en fonction, représentant une puissance 24/7 installée de 396 GW. 60 réacteurs sont en construction (66 GW), 99 sont en planification avancée ou commandés et 325 sont proposés. La Chine qui veut augmenter de 40% sa puissance nucléaire d’ici à 2025 et l’Inde qui planifie de tripler son parc nucléaire pour 2030 sont deux acteurs majeurs de ce secteur.

Quid du prix de l’uranium?

Le sommet historique du prix de l’uranium de 140$/lb atteint en mai 2007, ajusté de l’inflation, serait aujourd’hui de 177 $/lb. Le prix actuel de la livre d’uranium navigue aux environs des 32 dollars. Un minimum de 45-50 dollars (niveau du coût moyen d’extraction) est requis pour redémarrer les mines en maintenance et un prix de 65-70 dollars pour développer les nouvelles mines nécessaires à rétablir l’équilibre. Or, il faut 8 à 10 ans pour qu’une mine atteigne le stade de la production, et la production requise de ces mines doit représenter celle de deux fois le Kazakhstan, le plus gros producteur du monde (35%)…

Mais encore

De part et d’autre de l’Atlantique, le bon sens semble vouloir définitivement l’emporter. Les Etats-Unis affichent désormais leur intention d’inclure le nucléaire dans les énergies propres, alors que de l’autre côté, le rapport du groupe d’experts mis en place par la Commission européenne est favorable à l’inclusion du nucléaire dans la taxonomie des investissements durables, ce qui devrait ainsi faire intégrer le nucléaire à l’acte délégué sur la finance verte. Cette perspective n’est pas sans conséquence sur le secteur uranifère, car si un seul petit pourcent des fonds de placement ESG devait lui être alloué, ce pourcent aurait la capacité d’acheter 100% de toutes les sociétés uranifères listées à trois fois le prix actuel …

Notes explicatives. La puissance d’un réacteur est modulable (pilotable) entre 95 et 100 % de sa puissance nominale. Pour un réacteur d’une puissance de 1000 MWe il s’agit donc de 50 MWe soit 1/6e de la puissance d’une centrale thermique de taille moyenne. En dessous de 95 % la qualité de la vapeur se dégrade et l’exploitant évite de dépasser ce seuil. À propos du CO2 ces chiffres sont pessimistes car un réacteur nucléaire peut fonctionner jusqu’à 80 ans alors que la durée de vie d’une éolienne est au mieux de 25 ans. Il s’agit ici des émissions de CO2 pour la construction de ces installations. Autre précision le facteur de charge de 92 % comprend les opérations de changement du combustible hors arrêts de maintenance de plus longue durée planifiés à l’avance.

En ce qui concerne les déchets générés par les réacteurs à neutrons lents dits thermiques type PWR les données figurant dans l’énumération ci-dessus ne font pas état du retraitement. Ce retraitement consiste à éliminer les produits de fission et certains transuraniens. Le plutonium, transuranien le plus léger, peut-être réutilisé comme combustible en remplaçant l’uranium-235. Quelques pays seulement utilisent le MOX, combustible contenant du plutonium, il s’agit en premier lieu de la France puis de la Russie, du Japon et enfin de l’Inde. Partant du fait que lors d’un cycle du combustible une infime fraction de ce dernier est effectivement consommée, le retraitement réduit notoirement les volumes de déchets dits radioactifs. L’uranium « appauvri » n’est pas pris en compte dans les déchets. En attendant des jours meilleurs, comprenez le développement inévitable des surrégénérateurs, cet uranium appauvri non fissile, essentiellement de l’uranium-238, est stocké sous formes d’oxydes.

Les critères ESG vont accélérer la misère des pays de l’Afrique sub-saharienne

Les pays d’Afrique ont besoin de sources d’énergie fiable et non de l’hypocrisie des pays riches

Au début du mois d’avril 2021, sept pays européens se sont engagés à mettre fin à leur soutien financier pour les projets de combustibles fossiles à l’étranger. Ils rejoignent les États-Unis et d’autres pays européens dans l’arrêt du financement des projets d’infrastructure énergétique dans les pays pauvres qui dépendent du charbon, du gaz et du pétrole. Cette interdiction entraînera la pauvreté dans des régions telles que l’Afrique subsaharienne, mais n’aura que peu d’impact sur les émissions de carbone du monde.

L’Afrique représente environ 17% de la population mondiale, mais moins de 4% des émissions de carbone annuelles. Il n’est pas loyal que les pays riches luttent contre le changement climatique en pénalisant le développement des pays à faible revenu au nom de la résilience climatique. Au lieu de cela, les pays riches devraient aider les gouvernements africains à poursuivre un large éventail de sources d’énergie pour un développement rapide et durable.

L’infrastructure faisant appel aux combustibles fossiles qui existe déjà en Afrique est à forte intensité de carbone et sert à ses pays les plus riches. L’Afrique du Sud et plusieurs pays d’Afrique du Nord ont ensemble les deux tiers de la capacité de génération d’électricité du continent. Les 48 autres pays ont une capacité de 81 gigawatts entre eux, sur un total de 244 gigawatts pour le reste de l’Afrique et 9 740 Gigawatts pour le monde. L’Ethiopien moyen ne consomme que 130 kilowatt-heure d’électricité par an, soit le montant qu’un citoyen des États-Unis consomme en 4 jours.

Ce déséquilibre est à la fois une cause et une conséquence du manque d’infrastructures modernes en l’Afrique. Pour des centaines de millions de personnes sur ce continent, l’énergie est rare, la nourriture coûte cher et est souvent importée, et un emploi à temps plein est difficile à trouver. Une grande partie de ce qui est nécessaire au développement – routes, écoles, logements, énergie fiable – ne peut être réalisée rapidement avec une énergie décarbonée dite verte uniquement.

Le gaz naturel est un combustible fossile, mais il pourrait contribuer considérablement pour sortir efficacement les communautés de la pauvreté. Il est à peu près deux fois plus efficace du point de vue des émissions de carbone qu’une source d’énergie comme le charbon et est abondant dans de nombreux pays africains hors de l’Afrique du Nord, y compris le Nigéria, le Mozambique, l’Angola et la République démocratique du Congo. Le Energy for Growth Hub, un réseau de recherche international, estime que si les 48 pays triplaient leur consommation d’électricité la nuit grâce à une utilisation du gaz naturel, les émissions de carbone résultant représenteraient moins de 1% du total mondial.

Le gaz naturel offre également le meilleur moyen de moderniser la production et le transport de la nourriture. Malgré des efforts impressionnants dans les systèmes d’irrigation solaire à travers l’Afrique, le gaz naturel est toujours meilleur pour l’agriculture à grande échelle car il est fiable, peu coûteux et brûle plus proprement que d’autres combustibles fossiles. Il peut être stocké jusqu’à son utilisation. C’est l’une des meilleures matières premières pour produire des engrais synthétiques; Il peut alimenter des voitures, des bus, des camions et des navires, ainsi que des systèmes de stockage réfrigérés. Cela signifie que moins de nourriture se gâteront et les agriculteurs peuvent fournir plus de nourriture avec moins de terres.

Une interdiction des investissements non ESG dans les combustibles fossiles n’aura aucune incidence pour propulser la croissance des énergies renouvelables en Afrique car cette croissance est déjà en cours. L’électricité pour l’Éthiopie, le Kenya, le Malawi, le Mozambique et l’Ouganda – qui représentent ensemble un cinquième de la population de l’Afrique – provient principalement de ressources renouvelables telles que l’énergie hydroélectrique. De plus, le développement des combustibles fossiles peut être utilisé comme des sources renouvelables, posant les bases pour des projets plus ambitieux. Une thèse de doctorat soutenue en 2020 a révélé que des générateurs de gaz mobiles seraient essentiels pour que l’Afrique du Sud accélère sa transition vers une électricité renouvelable, car les sources du vent et de l’énergie solaire sont trop imprévisibles si elles étaient développées. L’offre intermittente d’un grand parc éolien au Kenya a rendu très coûteux le fonctionnement du réseau de distribution électrique.

Les critiques surviendront à l’encontre de ceux qui participent au développement des combustibles fossiles. Les gouvernements locaux tenteront alors de trouver des sources d’investissement dans les énergies renouvelables mais ces gouvernements pourraient a contrario subir la pression des lobbies des carburants fossiles. On comprend ces préoccupations, mais, parlant comme défenseur de la durabilité, on comprend que les combustibles fossiles sont encore nécessaires. Les institutions financières internationales doivent donner la priorité au financement des projets énergétiques renouvelables dans la mesure du possible et les pays riches doivent investir dans la recherche et le développement qui diminueront les coûts des énergies renouvelables. Ils ne doivent pas non plus escompter le sort de la pauvreté : près de 600 millions d’Africains n’ont pas d’accès fiable à l’électricité. Dans la logique du réchauffement climatique les catastrophes naturelles et autres risques climatiques deviendront plus fréquents, la nécessité de routes, d’hôpitaux, de réseaux de puissance fiables, de systèmes d’alerte, d’approvisionnements alimentaires robustes et d’autres infrastructures nécessitant une énergie fiable deviendra alors plus préoccupante.

Plutôt que d’interdire les combustibles fossiles dans les projets de développement, l’Union européenne, les États-Unis et la Banque mondiale devraient adopter des critères de financement qui envisagent la croissance économique aux côtés de l’impact sur le climat. Par exemple, l’exploitation d’une ressource substantielle de 4200 milliards de mètres cubes de gaz naturel le long de la frontière Tanzanie-Mozambique élargirait l’accès à l’électricité et générerait des revenus indispensables dans deux pays à faible revenu et à faible développement. On peux imaginer un système à plusieurs niveaux dans lequel les pays disposant de revenus plus faibles par habitant, de faibles émissions ou d’une utilisation élevée d’énergie verte sont considérés comme plus éligibles aux projets de développement qui dépendent des combustibles fossiles. Toute infrastructure construite doit être moderne et bien entretenue, afin de réduire les déchets causés par des fuites et la nécessité de brûler le méthane dans les gisements.

La plupart des émissions de carbone entraînant un réchauffement climatique proviennent de pays riches, qui reposent toujours sur des combustibles fossiles. Ce serait la hauteur de l’injustice climatique d’imposer des restrictions aux nations les plus axées sur les infrastructures modernes et les moins responsables des défis du climat mondial.

Traduction d’un article de Vijaya Ramachandran paru dans revue Nature :

https://doi.org/10.1038/d41586-021-01020-z

Autre source : https://scholar.google.com/scholar?cluster=97184080316210347&hl=en&as_sdt=2005&sciodt=0,5

Note. Vijaya Ramachandran est une collaboratrice du Center for Global Development. Elle a également travaillé à la Banque Mondiale.

Critères ESG : la porte grande ouverte à la spéculation

Les critères ESG ont été mis en place dans les pays occidentaux (Europe + Amérique du Nord + Australie et Nouvelle-Zélande + Corée et Japon) sous la pression constante des « Khmers verts » dans le but non dissimulé de réduire les émissions de carbone supposées être néfastes pour le climat. Certaines sociétés comme Total ont changé le nom de leur raison sociale, une couche de vernis pour ne plus être privés d’investissements provenant des gestionnaires de fonds comme par exemple BlackRock, et cette société s’appelle maintenant « Total Energies », sous-entendu Total s’intéresse aussi aux énergies dites vertes comme EDF en France qui doit perdre des milliards d’euros chaque années pour acheter de l’énergie « verte » alors que le marché est saturé par la production d’électricité d’origine nucléaire ou hydroélectrique parce que la demande est faible. Bref, les gestionnaires de fonds doivent, avant de décider d’un investissement, s’assurer que le destinataire est bien conforme aux critères ESG.

Ainsi ces fonds se sont orientés vers des entreprises qui n’ont même pas besoin de capitaux pour assurer leur croissance. C’est le cas de la Nouvelle-Zélande, un pays situé aux antipodes de l’Europe, qui dispose de réserves de charbon (souvent de mauvaise qualité), de pétrole et de gaz. Les compagnies néo-zélandaises de production d’électricité sont de petite taille, certaines d’entre elles sont contrôlées par l’Etat et d’autres se sont spécialisées dans les énergies renouvelables comme la géothermie ou l’éolien. Cette orientation a immédiatement attiré les investisseurs avides de sociétés remplissant les critères ESG. C’est ainsi que des mouvements de capitaux, certes pas encore considérables, ont fait leur apparition et par voie de conséquence des petites compagnies fournissant de l’électricité en Nouvelle-Zélande ont vu leur capital social multiplié par trois, quatre ou cinq car l’appétit des investisseurs pour ces sociétés au label ESG ne restent que les seules vers lesquelles il est possible d’investir en espérant quelque profit.

Pourquoi une telle situation ? Tout simplement parce que des commissions et des organismes opaques liées au système financier mondialisé comme par exemple MSCI filtrent la qualité des investissements : si ce n’est pas ESG c’est niet ! Ce qui est déroutant dans toute cette histoire tient au fait que les opportunités de profit se raréfient compte tenu des taux d’intérêt presque nuls et que les ETF et autres produits dérivés deviennent de moins en moins profitables, au sens étymologique du terme. Pourquoi cet engouement soudain pour des petites sociétés d’un petit pays très riche en ressources minérales qui ne compte que … 5 millions d’habitants ?

Mais puisque les sources de profit se raréfient les gérants de portefeuille se réorientent vers les quotas carbone. Il existe déjà un marché de ce genre de nouvel eldorado financier. Et il y a très gros à gagner. Conclusion : les écologistes avec les « green-energy bonds », ont gagné mais finalement ce sont les consommateurs qui seront étripés pour enrichir ces initiés. Il y a de quoi en avoir la nausée. Liens :

https://www.meridianenergy.co.nz et https://contact.co.nz/residential

Brève. EDF relégué au rang de figurant !

EDF met le bout de ses pieds en Inde avec l’EPR. Alors que les EPRs finlandais et français ne sont toujours pas opérationnels, peut-être que celui d’Olkiluoto commencera à produire de l’électricité au printemps 2022 puisque le chargement en combustible vient de démarrer pour effectuer les ultimes essais dans les conditions réelles, EDF ose entrer en négociation avec la Nuclear Corporation of India Ltd (NPCIL) pour la construction de 6 EPRs à Jaitapur dans l’Etat du Maharashtra. Ces négociations entrent dans le cadre des critères dits ESG* puisque l’Inde veut afficher sa volonté de réduction des émissions de carbone. Le problème, à mon humble avis, mais je ne suis pas dans le secret des dieux, est l’organisation de ce titanesque chantier qui sera confié exclusivement à des sociétés indiennes. EDF fournira la technologie (comprenez le savoir-faire théorique et l’ingénierie), Framatome les études d’ingénierie de l’îlot nucléaire et les fournitures pour les circuits vapeur primaires, et General Electric les turbines Arabelle, qui ne sont plus françaises depuis que Macron a vendu Alstom-Energie aux Américains**, ainsi que le circuit vapeur secondaire. Le combustible sera entièrement sous la maîtrise indienne. Enfin tout ce qui pourra être fabriqué en Inde le sera prioritairement. L’Inde dispose déjà d’un parc nucléaire de 24 réacteurs et n’est pas un débutant dans ce domaine. Peut-être que la France fournira les pompes du circuit primaire, ce sera mieux que rien …

On ne sait pas si EDF sera le véritable maître-d’oeuvre. En tout état de cause le gouvernement français a certainement pris des précautions pour qu’EDF ne se retrouve pas dans une situation inextricable comme cela va être le cas à n’en pas douter pour le projet Hinkley Point C en Grande-Bretagne (2 EPRs). Ce projet n’est donc que l’aboutissement d’une prise de position d’EDF pour relancer le nucléaire en France pour cet opérateur qui considère, à juste titre d’ailleurs, que l’énergie nucléaire est une technologie incontournable pour diminuer les émissions de carbone :

Remontons un peu dans le temps. Lorsque EDF est parvenu à un accord pour la construction des deux EPRs chinois, l’exigence pratiquement non dissimulée fut de livrer l’ensemble de la technologie de cette usine, tous éléments confondus y compris les plus sensibles en termes de technologie. Il n’est pas difficile de comprendre que le succès de Taishan a laissé des traces amères chez les dirigeants d’EDF …

Notes. * Environment friendly, Sustainable, Government compatible

** Il faudra un jour démasquer les agissements obscurs d’Emmanuel Macron au sujet de la vente d’Alstom-Energie à General Electric qui a porté atteinte à la souveraineté de la France.

Source : World Nuclear News

La stupidité des classements ESG des investissements

Il existe deux unités de la firme japonaise Toray en France, l’une à Lacq et l’autre à Saint-Maurice de Beynost dans l’Ain. Ces unités assurent une petite partie très spécialisée de la production de Toray. Pour comprendre le titre de ce billet il est nécessaire de situer la firme japonaise Toray. C’est le premier producteur mondial de fibres de carbone et le premier producteur de fibres textiles du Japon. Outre ces productions Toray est également le premier producteur de membranes pour osmose inverse, une technique utilisées dans de nombreux process chimiques et aussi, ce qui est plus connu du grand public, par les usines de dessalage de l’eau de mer. L’un des autres centres d’intérêt de cette firme est la mise au point et la production encore anecdotique de membranes spéciales pour les condensateurs électriques de forte puissance ainsi que d’autres équipements inclus dans les installations électriques permettant de transformer du courant continu en courant alternatif, ce que l’on appelle des onduleurs. Dans ce cas il s’agit d’onduleurs de puissance dont l’usage est prometteur en raison du développement des énergies renouvelables. Enfin Toray est impliqué dans la santé et la pharmacie par l’intermédiaire de plusieurs filiales.

L’une des usines situées en France intéresse les investisseurs car les productions sont innovantes et susceptibles de se développer à l’avenir. Or l’unité située dans le département de l’Ain produit des matériaux composites incluant des fibres de carbone et également d’autres produits spéciaux. Bien que le marché des matériaux composites soit très large, depuis l’aéronautique jusqu’à des pièces banales pour véhicules électriques certains clients de cette unité de production sont également impliqués dans l’industrie de l’armement et c’est là que le bât blesse. Les commissions d’examen des investissements de fonds financiers ont décrété que pour cette unité de production ces investissements n’étaient pas susceptibles d’être pris en considération car ils ne satisfaisaient pas aux critères ESG, critères dont j’ai mentionné l’existence dans deux billets sur ce blog il y a quelques semaines. La direction générale de Toray a naturellement trouvé cette décision inappropriée (pour ne pas dire stupide) et a déploré que des investisseurs européens ne puissent pas investir dans ses unités françaises mais également européennes.

En effet, les matériaux composites, créneau dans lequel Toray est le leader mondial, sont utilisés par exemple largement dans l’industrie automobile. Sans vouloir paraître un oiseau de mauvaise augure il se pourrait que toute la production de matériaux composites destinée à cette industrie ne réponde plus aux critères ESG puisque les écolo-gauchistes veulent que ces véhicules disparaissent le plus vite possible … Sans investissements et sans innovation une entreprise est condamnée à disparaître. C’est peut-être le but de ces critères ESG, une élucubration de malades mentaux totalement déconnectés de la réalité du monde industriel, qui ne consiste qu’à accélérer les fermetures d’entreprises à la pointe de la technologie avec des chômeurs en plus et la paupérisation de régions entières. Et naturellement le gouvernement français, infesté de l’intérieur par ces mêmes écolo-gauchistes ne réagira pas puisqu’il a besoin de leur soutien pour de basses raisons électoralistes. Pour l’anecdote il est risible de mentionner que les équipements vestimentaires de protection de la police ressemblant à des écailles de pangolin sont fabriqués avec des matériaux composites contenant des fibres de carbone … Affaire à suivre.

« ESG », suite.

Je suis curieux alors je suis allé fouiner sur internet pour tenter de comprendre ce que sont les critères ESG dont il était fait mention dans le précédent article de ce blog à ce sujet. Quelque chose m’a tout de suite paru suspect à propos de ces critères. Dans leur énumération il n’est nulle part fait mention des vrais critères économiques pris en compte par un entrepreneur pour que son entreprise fonctionne sainement. Je pense par exemple à l’EBITDA, au capital investi, au coût que représente ce capital, à l’amortissement des équipements, à l’opportunité d’une cotation du capital sur une place boursière, au marché tout simplement : on ne vend pas un produit si celui-ci n’a pas d’acheteur, pas de « demande » donc pas de marché. Or les critères ESG veulent contrôler la demande afin qu’elle respecte ces critères, qu’il s’agisse des émissions de carbone ou de non respect du sacro-saint principe de précaution qui est incorporé aux critères sociaux et de gouvernance. Je vais donc tenter ci-après d’exposer ce que je pense de cet ESG en prenant deux exemples triviaux qui peuvent très bien être transposés à une multinationale ou une grosse entreprise nationale à la recherche d’investisseurs « verts ». Bonne lecture.

Prenons un premier exemple pour illustrer l’ineptie de l’application du critère environnemental. Considérons un fabricant de chaussures haut de gamme fournisseur de grandes multinationales du luxe, une petite entreprise de 15 personnes assurant la production de 500 paires de chaussures par mois et qui veut s’agrandir pour satisfaire un carnet de commandes en pleine croissance. Comment cette entreprise va-t-elle pouvoir évaluer le critère environnemental relatif au tannage des cuirs qu’elle utilise afin de répondre au questionnaire que ne manquera pas de lui soumettre un investisseur, banquier ou gestionnaire de fonds, pour que ce dernier évalue l’ « ESG » de cette entreprise, sachant que le tannage des peaux est l’une des activités les plus polluantes que l’on puisse imaginer. Il faudra que l’investisseur effectue une enquête au sujet de la provenance des peaux et du respect de l’environnement des entreprises de tannage qui sont souvent des petites sociétés artisanales. D’où proviennent les matières premières, c’est-à-dire les peaux avant décharnage conservées le plus souvent congelées et acheminées par containers entiers depuis les lieux ou pays d’élevage. Les enquêteurs, véritables détectives, vont-ils également se renseigner sur les conditions d’élevage des animaux ? Est-ce que LVMH se préoccupe de la provenance des peaux utilisées pour ses articles de luxe ? J’en doute.

Si on lit attentivement l’article de Wikipedia (en français pour une fois, https://fr.wikipedia.org/wiki/Critères_environnementaux_et_sociaux_de_gouvernance , on comprend très vite que ces critères ont été écrits par des gauchistes radicaux qui ignorent tout du fonctionnement d’une entreprise et qui n’ont qu’une idée en tête : détruire le tissu industriel car a priori l’industrie, sous quelque forme que ce soit, met en danger l’environnement, le climat (émissions de CO2) et l’harmonie sociale : des capitalistes dominant la classe des travailleurs. C’est exactement ce qui transparaît dans cet article de Wikipedia.

Prenons un autre exemple. Les gérants de fonds de retraite américains s’intéressent de très près au fromage traditionnel français au lait cru, c’est-à-dire reproduisant les techniques ancestrales de la fabrication et de l’affinage du fromage, réputé dans le monde entier pour ses gouts et ses odeurs provenant majoritairement de la flore bactérienne présente dans ce lait cru. Des gérants de fonds américains ont investi dans des fromageries dans le Massif Central en quête d’investisseurs pour développer leur activité. Imaginons que la société de gestions de portefeuilles, par exemple BlackRock, soumette son choix d’investissement dans une fromagerie artisanale française. Comment le gérant de fonds pourra-t-il justifier que l’investissement satisfait les critères « ESG » puisque les vaches laitières dégagent du méthane, un gaz « horriblement toxique » pour le climat. Les employés de la fromagerie qui doivent tous les jours brosser les tommes dans les caves d’affinage sont-ils bien traités, l’hygiène est-elle bien respectée, les rejets de petit-lait dans la nature sont-ils bien gérés pour protéger l’environnement ? On se trouve dans la terra incognita de l’écolo-gauchisme extrême qui risque, avec ces mesures stupides, de paralyser tout développement industriel. L’industrialisation de certaines fromageries de terroir ne nuit en rien à la qualité du produit final, mais cette qualité du produit est-elle prise en compte dans l’évaluation des critères « ESG » ?. J’en doute à nouveau.

Puisque ces critères ne prennent jamais en considération les mécanismes fondamentaux du fonctionnement d’une entreprise on peut les considérer comme inapplicables, et donc inutiles, car dénués de toute réalité. Il s’agit tout simplement d’un miroir aux alouettes habillé de fausses bonnes intentions pour attirer les idiots qui se laissent piéger de bonne foi mais … ils ne reverront jamais la couleur de leurs billets verts ou d’une autre couleur.