La Convention ENMOD et les techniques modernes de la biologie

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La résolution 31/72 de l’Assemblée Générale des Nations-Unies du 10 décembre 1976 définissait les termes de l’interdiction de tout agent chimique ou biologique susceptible de modifier l’environnement, ENMOD pour ENvironmental MODification. La préoccupation à l’époque était de bannir les techniques de modification chimique du climat à des fins militaires. Depuis lors la biologie moderne a permis de mettre en oeuvre une technique appelée « gene drive » qui est une directe application de l’utilisation du CRISPR-cas9. Les curieux peuvent se reporter à l’article de Wikipedia à ce sujet ( https://en.wikipedia.org/wiki/Gene_drive ). La puissance de la technique « gene drive » appelée en français forçage génétique permet en théorie d’altérer irréversiblement le patrimoine génétique de n’importe quel être vivant, qu’il s’agisse de bactéries, de levures, de plantes, d’insectes, de poissons ou de mammifères, y compris l’homme.

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En effet, après plusieurs générations – au moins trois – le gène sauvage situé sur le deuxième allèle du génome a disparu et l’espèce est définitivement modifiée génétiquement. L’une des premières applications envisagées a été d’introduire le gène d’une toxine dans l’ADN du moustique vecteur de la malaria, toxine détruisant le plasmodium présent dans les glandes salivaires du moustique à l’état de gamètes ou de sporozoïtes.

Ce projet a soulevé quelques farouches oppositions de la part des protecteurs de l’environnement. Les comités d’éthique de divers pays ont exigé que la technologie CRISPR-cas9 soit rigoureusement encadrée par des lois ad hoc adoptées par tous les pays du monde puisqu’elle entre dans le cadre de la Convention ENMOD, c’est-à-dire une modification non plus chimique mais biologique de l’environnement. Pour les espèces vivantes telles que l’homme et bien d’autres vertébrés la technique « Gene Drive » ne présente pas de danger immédiat puisque les temps de génération sont longs en comparaison de ceux d’une bactérie, environ 30 minutes, ou d’une plante, environ une année, mais ce genre de préoccupation bioéthique n’a pas l’air de préoccuper les militaires comme la DARPA (Defense Advance Research Projects Agency) de l’armée américaine qui s’intéresse de très (trop) près à cette technique en consacrant des dizaines de millions de dollars dans ce créneau de recherche. Le but avoué des travaux financés par la DARPA est d’éradiquer les moustiques porteurs de parasites ou de virus de la planète en effectuant d’abord des essais sur des îles isolées infestées de moustiques et de malaria ou de dengue afin d’éviter la propagation indésirable des moustiques génétiquement modifiés. Le but non avoué de ces travaux à visées militaires est de créer des insectes capables de synthétiser des toxines létales pour l’homme ou pour les grandes cultures vivrières, les gènes de l’apocalypse …

Depuis l’équation d’Einstein E=mc2 les militaires n’ont jamais cessé d’utiliser la science pour développer de nouvelles armes. À l’heure où l’on parle de gouvernance mondiale il serait opportun que les Nations-Unies, au moins elles, se penchent sur ce problème préoccupant de l’utilisation des techniques de modification génomique pour mettre en place une autorité mondiale de contrôle coercitif de l’usage de ces techniques à des fins militaires.

Source : shtfplan.com et https://youtu.be/b_QvudICDaw

Le dernier message du physicien Stephen Hawking.

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Avant de mourir il y a 7 mois Hawking laissa quelques articles et essais qui, après avoir été rassemblés, seront publiés dans quelques jours. L’un d’eux concerne la biologie moléculaire moderne qui permet toutes sortes de manipulations de l’ADN. Selon Hawking avant la fin du XXIe siècle la science aura atteint un degré de précision de l’ADN tel qu’il sera possible pour une personne en bonne santé de choisir d’éditer ses propres gènes et ceux de ses enfants afin d’obtenir des super-humains avec une mémoire améliorée, une résistance aux maladies, une intelligence supérieure et une espérance de vie dépassant allègrement les 120 ans.

Certes, les régulateurs édicteront des lois précises mais cette évolution sera inévitable, allant jusqu’à une modification des instincts comme par exemple réduire les agressivités de tous types.

Pour Hawking dès l’instant où un groupe de super-humains se sera constitué – il faudra probablement deux ou trois générations – il apparaîtra de sérieux problèmes politiques en ce qui concerne les êtres humains « non améliorés » qui seront devenus incapables d’une quelconque compétition avec ces super-humains. Le processus de domination de ces super-humains ne pourra alors que s’accélérer, les « sous-hommes » étant progressivement éliminés exactement comme toute compétition au sein d’un écosystème. Hawking se référait aux techniques d’édition telles que le CRISPR, une technologie qui date de seulement six ans et qui révolutionne déjà des pans entiers de la biologie en introduisant de manière très spécifiques de nouveaux gènes dans un organisme vivant, ou en éliminant des gènes défectueux ou encore en modifiant la régulation de l’expression de certains gènes. Des nouveaux médicaments obtenus par édition de gènes à l’aide de cet outil sont déjà utilisés pour traiter certaines maladies.

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Certains scientifiques considèrent que ce genre d’évolution est séduisant, si elle est acceptée par les régulateurs de la bioéthique, mais cette prédiction d’Hawking me laisse pour ma part terrifié. Fort heureusement je serai mort depuis longtemps quand l’humanité aura réculé ainsi les limites de l’acceptable.

Inspiré d’un article paru sur le site Zerohedge

Du grain à moudre pour les adversaires des OGMs ?

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C’est une information scientifique qui n’a pas fait l’objet d’une publication car les auteurs de l’étude se sont heurté à l’opposition du Congrès américain via la FDA (Food and Drug Administration). Il s’agit d’un parcours assez inhabituel car l’enjeu est de taille : la modification génétique d’un embryon humain. Cette fois-ci la manipulation n’a pas été réalisée dans un laboratoire chinois, à l’Université médicale de Guanzhou, mais à l’Université de Portland dans l’Oregon. L’administration américaine s’est à juste titre émue du comment et du pourquoi de ce type de recherche qui a néanmoins respecté la loi car les embryons humains ont été détruits à la fin de l’expérience. Le Congrès américain a en effet interdit le financement de tels travaux sur les embryons humains. Cependant les comités d’éthique prévoient que dans un avenir encore incertain de telles approches soient autorisées mais seulement dans certains cas très limités qu’il reste à préciser.

Les résultats des tentatives réalisées à l’Université de Portland ont une nouvelle fois révélé que l’utilisation de l’outil CRISPR-cas9 n’étais pas aussi spécifique que les scientifiques l’espéraient. Ils ont encore une fois, après les Chinois, constaté un « effet mosaïque », c’est-à-dire une dissémination indésirable de l’introduction du gène en question. Dans le cas de ces derniers travaux, selon les informations disponibles, la modification à l’aide du CRISPR a été réalisée au cours de la fécondation in vitro avec le sperme d’un donneur et encore une fois non seulement il y a eu dissémination indésirable du gène introduit mais moins de 50 % des cellules résultant de la multiplication subséquente ont été modifiées. Cette observation pourrait réduire à néant l’utilité d’un tel outil qui fait toujours l’objet d’une vive querelle juridique au sujet de sa protection par des brevets. Que cette approche technique soit utilisée pour modifier une plante ou une levure est une chose mais qu’elle soit utilisée pour modifier des embryons humains en est une autre.

Précisément à l’heure ou le petit Charlie Gard (illustration) a été « débranché » et est décédé après que son cas ait défrayé la chronique en Grande-Bretagne, il faudrait que les comités d’éthique se positionnent une fois pour toutes car la croyance populaire semble fonder trop d’espoirs sur les progrès récents de la biologie. L’enfant souffrait d’une très rare mutation concernant son ADN mitochondrial et s’il a survécu à sa vie foetale ce fut une exception. Aucune thérapie génique n’aurait pu sauver cet enfant, certainement pas avec l’outil CRISPR … Néanmoins il ne faut pas définitivement interdire toute approche génétique dans la mesure où des vies puissent être sauver. Il est opportun de citer ici les modifications de cellules souches de lymphocytes provenant d’un patient souffrant d’un cancer afin de les rediriger pour détruire les cellules cancéreuses, une solution beaucoup plus rapide expérimentalement que la production d’anticorps monoclonaux … La biologie moderne réserve encore de nombreuses surprises et il faudra parfois faire fi du détestable principe de précaution mais dans un cadre juridique bien défini.

Sources : diverses

Traitement de la drépanocytose avec le CRISPR ? Pas encore dans l’immédiat …

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Dans le cadre d’une brève collaboration avec un hôpital lyonnais je me souviens avoir purifié de l’hémoglobine d’un patient atteint de drépanocytose afin qu’il soit possible de procéder à des contrôles de routine dans cet hôpital. Et c’est en lisant un article paru dans Science Translational Medicine que je me suis souvenu de cet épisode sans lendemain de mes travaux de recherche. La drépanocytose est probablement la maladie génétique la plus répandue dans le monde puisque les estimations font état de plus de 50 millions de personnes dans le monde souffrant de cette altération de l’hémoglobine au niveau de la chaine beta de cette protéine se trouvant dans les hématies ou « globules rouges » et qui sert à transporter dans un sens l’oxygène et dans l’autre sens le CO2. Les hématies prennent alors une forme caractéristique en faucille qui altère leur libre circulation dans les capillaires outre le fait que la fixation d’oxygène est très légèrement réduite. L’aspect en pointe des hématies conduit à toutes sortes de désagréments, thromboses, ischémies, nécroses, qui peuvent être mortels. Il n’existe pas de traitement pour soigner cette maladie en dehors d’une greffe de moelle osseuse à partir d’un donneur compatible au niveau du système HLA. En France la drépanocytose est de très loin la première maladie génétique et constitue un problème sanitaire majeur dont on parle paradoxalement très peu et pour cause, elle concerne surtout les ressortissants français d’origine maghrébine.

Une équipe de biologistes de l’Université de Berkeley a synthétisé l’ARN guide de la chaine beta de l’hémoglobine pour utiliser l’outil moléculaire CRISPR-Cas9 dont j’ai souvent parlé dans ce blog afin d’éditer le gène normal de cette protéine qui a subi une seule mutation conduisant à la maladie. Ils ont prélevé du sang d’un malade et isolé les cellules précurseurs qui conduisent aux hématies. Puis ils ont soumis ces cellules mélangées au CRISPR-Cas9 contenant l’ARN-guide et l’ADN codant pour la chaine beta normale de l’hémoglobine à un choc électrique pour que ce complexe relativement encombrant puisse pénétrer à l’intérieur de ces cellules.

Environ un quart des cellules fut transformé avec succès. Elles furent alors injectées dans la moelle osseuse de souris et il fallut attendre près de six semaines pour voir apparaître dans le sang des souris (traitées pour ne pas rejeter des hématies étrangères) des globules rouges contenant de l’hémoglobine humaine normale.

Le résultat n’a pas été fantastique puisque seulement 2 % des cellules ainsi modifiées a conduit à la production d’hémoglobine normale. Ce résultat relativement décevant reste tout de même encourageant car il pourrait être appliqué directement aux patients avec quelque chance de succès. Ce résultat, bien qu’ayant été indirectement obtenu à l’aide de souris comme intermédiaires, indique en outre que l’outil CRISPR-Cas9 n’a pas encore montré l’efficacité qu’on lui prêtait initialement. L’édition du gène ne se fait pas aussi précisément qu’on le pensait et les erreurs peuvent être particulièrement dangereuses dans le cadre d’applications thérapeutiques. Même une marge d’erreur de 0,1 % peut avoir de graves conséquences. Tout le problème du CRISPR est la petitesse de l’ARN-guide qui peut conduire le complexe vers des sites qui n’ont rien à voir avec le gène défectueux que l’on veut remplacer par un gène normal. Autant dire que les applications en thérapie médicale du CRISPR pour traiter la drépanocytose, une maladie génétique longtemps négligée, ainsi que d’autres types de maladies génétiques, nécessitent encore de nombreuses études au laboratoire.

Source : Science Translational Medicine

CRISPR et bioéthique : La Chine a mis le turbo !

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Ce n’est pas une nouvelle très récente mais elle mérite d’être commentée : La Chine a édité des gènes dans des cellules immunitaires humaines en culture pour combattre une forme de cancer du poumon réfractaire à toute chimiothérapie ou radiothérapie. L’équipe du Docteur Lu You de l’hôpital universitaire de Chengdu a prélevé des cellules T du sang des patients enrôlés pour l’essai clinique prévu ce mois d’août et a modifié génétiquement ces cellules pour qu’elles attaquent spécifiquement les cellules cancéreuses. Un gène a été éliminé à l’aide de l’outil CRISPR-Cas9 et le promoteur du gène impliqué dans l’attaque des cellules cancéreuses par ces cellules T a été modifié pour amplifier la réponse immunitaire de ces cellules. Le souci, et c’est un peu le but de cet essai clinique sur des patients voués, certes, à une mort certaine, est que le « knock-out » du gène PD-1 qui contrôle justement l’agressivité des cellules T risque de provoquer des dommages sur d’autres organes sains.

Pour l’instant la première étape consiste à multiplier au laboratoire les cellules T modifiées génétiquement. Cette étape est réalisée par la société MedGenCell basée à Chengdu. Lors de l’essai clinique proprement dit ces cellules seront injectées en quantités variables dans le sang de 10 malades. Ceux-ci seront sous surveillance constante et divers marqueurs sanguins seront mesurés en temps réel. La Chine semble ne pas trop s’embarrasser avec la bioéthique diront certains analystes mais il faut tout de même reconnaître qu’il s’agit d’une tentative dont le but final est de sauver des vies, alors la frontière éthique, dans ce cas précis, est un peu floue.

Les scientifiques chinois n’en sont pas à leur première tentative d’édition de gènes. En mai 2015 l’équipe du Docteur Junjiu Huang finit par publier ses travaux sur la modification d’un embryon humain à l’aide de l’outil CRISPR dans une revue scientifique obscure, Protein&Cell. Les deux autres éditeurs sollicités, Nature et Science, avaient refusé de publier ce travail car il soulevait à l’évidence trop de questions éthiques. Certes l’embryon transformé se révéla non viable mais les Chinois avaient-ils transgressé les principes de la bioéthique presque universellement adoptés dans le monde au sujet des embryons humains ? Pas vraiment si les résultats ont montré au final que l’outil CRISPR n’était pas du tout aussi spécifique qu’on le croyait … La conclusion de ces travaux – l’embryon fut détruit à la fin de l’expérimentation – fut qu’il fallait considérablement améliorer la spécificité de reconnaissance des sites de modification sur l’ADN avant d’envisager une quelconque application biomédicale du CRISPR. Peut-être ont-ils résolu le problème avec les cellules T.

À suivre.

Sources en accès libre : doi : 10.1038/nature.2016.20302 et aussi 10.1038/522020a et encore : doi : 10.1007/s13238-015-0153-5

Histoire de moustiques et de téléphones

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Avec l’apparition de l’outil CRISPR-cas9 l’une des approches les plus prometteuses pour l’éradication de la malaria est le moustique génétiquement modifié pour exprimer des anticorps dirigés contre les larves de Plasmodium se trouvant dans les glandes salivaires de ce dernier. J’ai relaté ces travaux dans ce blog il y a quelques mois (voir le lien) et malgré les recommandations positives de l’Académie des Sciences américaine, il se passera encore de nombreuses années avant que ce moustique transgénique soit lâché dans la nature. Ce bloquage plus idéologique que scientifique s’appuie sur le fameux principe de précaution dont la devise peut se résumer ainsi « dans le doute abstiens-toi ». Une telle attitude est devenue en quelque sorte la doxa des mouvements écologistes politisés qui considèrent que toute modification intentionnelle d’un organisme vivant présente des risques pour les écosystèmes sans qu’il soit clairement démontré que ces risques existent réellement.

En ce qui concerne le moustique génétiquement modifié l’un des arguments des opposants à son utilisation comme moyen de lutte contre la malaria est le risque de transmission horizontale à d’autres espèces de moustiques voire d’autres insectes volants ou rampants. Un telle affirmation qui constitue un non-sens scientifique total a été également avancée dans le cas des plantes transgéniques de grande culture. En réalité l’argument est toujours le même : il ne faut pas perturber la nature. Cette attitude dénuée de tout fondement s’illustre par la rumeur selon laquelle les téléphones cellulaires seraient néfastes pour la santé et en particulier pour l’intégrité des fonctions cérébrales. On ne sait pas aujourd’hui exactement combien de téléphones portables sont utilisés dans le monde, peut-être plus de 3 milliards. Combien de tumeurs du cerveau ont pu être attribuées aux très faibles radiations électromagnétiques émises par les téléphones portables, personne ne le sait, pas même les plus éminents neurologues des plus grandes universités du monde. Le (faux) débat sur les effets potentiellement délétères des ondes électromagnétiques continuera à alimenter la presse de caniveau car la peur est un marché très lucratif.

Pourquoi le riz doré est-il considéré comme néfaste tant pour l’environnement que pour la santé ? Alors que ce riz, dont les propriétés nutritionnelles intrinsèques sont strictement identiques au riz « normal », est décrié par cette même mouvance écologiste alors qu’il pourrait sauver des millions de vies, les arguments avancés sont strictement identiques à ceux relatifs aux moustiques génétiquement modifiés ou aux téléphones portables : il faut respecter la nature et la laisser faire son oeuvre, au détriment comme dans le cas du riz doré de la santé humaine.

Il est affligeant de constater que l’opinion publique, manipulée par une fausse propagande, fasse barrage à toute avancée technologique qui pourrait bénéficier au plus grand nombre. J’insiste sur ce dernier point car il rejoint les tendances malthusiennes de ces mouvements de protection de la nature. En sont-ils arrivés à souhaiter un conflit nucléaire qui détruirait la majeure partie de l’humanité mais aussi la majeure partie du monde animal ? Bonne question …

Source partielle : World Economic Forum

https://jacqueshenry.wordpress.com/2015/11/29/paludisme-et-manipulation-genetique-combien-faudra-t-il-de-morts-pour-quune-avancee-decisive-soit-autorisee/

Les vraies raisons de la fusion Bayer Crop Sciences – Monsanto

 

Tout a été dit par les analystes financiers au sujet de la méga-acquisition de Monsanto par Bayer, mais qu’en est-il au juste ? Il ne s’agit pas seulement d’un rapprochement stratégique induisant de futures synergies profitables. Ce sont les récents développements de la biologie moléculaire qui justifient cette acquisition. En effet, selon une étude très détaillée émanant de l’Académie des Sciences américaine, on se trouve aujourd’hui à un tournant décisif dans le domaine des biotechnologies et pas seulement à propos des plantes génétiquement modifiées. Comme je le mentionnais dans ces pages en avril dernier (voir le lien) l’utilisation de l’outil CRISPR-cas9 pour effectuer des modifications génétiques fines d’une plante de grande culture ne vas plus permettre de faire la distinction entre la dite plante et celle issue d’amélioration par sélection traditionnelle. Depuis la fin des années 90 de nombreuses plantes ont été génétiquement modifiées en vue d’améliorer des caractéristiques particulières comme par exemple des tomates qui ne pourrissent plus, du riz enrichi en une vitamine essentielle, le beta-carotène ( le riz doré ) ou encore l’introduction d’une résistance à certains ravageurs. Ce qui a le plus frappé le public, le monde politique et les écologistes, est l’apparition sur le marché de plantes résistantes au RoundUp qui a terni durablement l’image de Monsanto. Les plantes génétiquement modifiées pour exprimer la toxine Bt et devenir résistantes aux insectes et à leurs larves ont été également diabolisées alors qu’elles permettent de substantielles diminutions de l’usage d’insecticides à spectre large qui détruisent également les insectes butineurs comme les abeilles. C’était encore Monsanto qui sévissait dans un but strictement mercantile comme cela a été clamé dans les médias relayant les écologistes opposés à toute atteinte à l’état « naturel » de la nature.

Les études dites génomiques et protéinomiques ainsi que le décryptage de l’ADN de la plupart des plantes cultivées pour un usage alimentaire et l’avènement de l’outil CRISPR ont bouleversé l’appréhension de la transgenèse végétale. Selon l’Académie des Sciences américaine (NAS) il n’est déjà plus possible de faire la différence entre plante non modifiée et plante génétiquement améliorée au laboratoire. Seules les caractéristiques phénotypiques pourront désormais être examinées. Par exemple un maïs pourra être modifié (si ce n’est déjà fait) pour synthétiser plus de lysine afin d’éviter de supplémenter l’alimentation animale à base de maïs avec cet acide aminé, le maïs étant notoirement pauvre en lysine. La seule différence entre les deux maïs sera cette teneur en lysine. La NAS a statué sur un tel cas en déclarant qu’il ne pouvait pas exister d’effet détrimental pour l’environnement induit par une telle modification génétique. Le comité mis en place par la NAS a examiné plus de 900 dossiers, brevets et publications récents relatifs aux modifications génétiques discrètes de seulement trois grandes cultures, le maïs, le soja et le coton. Plus de 80 personnalités du monde universitaire ont été sollicitées pour apporter leurs commentaires. Des réunions publiques ont été organisées pour mieux comprendre l’impact des plantes génétiquement modifiées sur la santé animale et humaine ainsi que sur l’environnement et l’industrie agricole elle-même.

Effets des OGMs sur la santé humaine

Le comité ad hoc a soigneusement recherché des évidences convaincantes d’effets indésirables sur la santé humaine qui puissent être directement imputés aux plantes génétiquement modifiées, essentiellement maïs et soja, et le résultat a été négatif. Tant chimiquement que biochimiquement les aliments contenant des produits issus de plantes génétiquement modifiées sont indiscernables de leurs homologues non génétiquement modifiés. Les études épidémiologiques sur le long terme n’ont pas pu mettre en évidence des effets adverses de ces plantes. Aucune maladie chronique n’a pu être identifiée comme étant liée à l’usage d’OGMs dans l’alimentation. Quelques évidences ont indiqué un effet bénéfique des plantes exprimant le gène Bt sur la santé tant animale qu’humaine et ont été expliquées par une teneur significativement plus faible en insecticides résiduels dans ces plantes. Le cas du riz doré a déjà été mentionné et le comité de la NAS s’est dit préoccupé que ce riz soit toujours banni dans de nombreux pays alors qu’il pourrait sauver des vies et éviter que des centaines de milliers d’enfants deviennent aveugles en raison de déficiences en vitamine A.

Effets sur l’environnement

Le comité a reconnu que l’utilisation de plantes exprimant la toxine Bt n’avait aucun impact sur l’environnement, notant de surcroit que l’usage de ces cultures avait un effet plutôt bénéfique sur la diversité des insectes. Si quelques cas de transfert horizontal du gène Bt ont été observés, il n’y a pas eu d’effets notoires observables sur l’environnement. Aucune relation de cause à effet direct n’a pu être établie entre les plantes Bt et une quelconque détérioration de l’environnement même si, comme l’a reconnu le comité, des conclusions définitives sur le long terme ne peuvent pas pour l’instant être étayées.

Effet sur l’agriculture

L’utilisation des plantes génétiquement modifiées par les agriculteurs a eu des effets économiques bénéfiques mais le comité de la NAS insiste sur une meilleure appréhension des techniques culturales et de l’utilisation de pesticides afin d’améliorer les rendements. En effet l’utilisation de plantes génétiquement modifiées n’a pas significativement augmenté ces rendements considérés globalement. Sans en être totalement certain le comité de la NAS préconise une agriculture « raisonnée » prenant en considération tous les intrants, les techniques culturales et l’observation stricte des règles d’utilisation tant des plantes génétiquement modifiées que des pesticides pour améliorer durablement ces rendements des récoltes. Quant aux surcoûts induits par l’utilisation de plantes génétiquement modifiées, ceux-ci sont largement occultés par la diminution de l’usage de pesticides, dans le cas des plantes Bt, et des opérations de désherbage dans le cas des plantes résistantes au RoundUp.

Réflexions sur la transgenèse

Le comité de la NAS insiste sur le fait que ce n’est pas le procédé de transgenèse qui doit être désormais pris en considération mais les caractéristiques biochimiques, organoleptiques et alimentaires de la plante considérée. C’est sur ce dernier point qu’apparaît l’intérêt particulier de la firme Bayer pour la société Monsanto. Les techniques « anciennes » de transgenèse végétale ne sont plus qu’un lointain souvenir. Les outils modernes de haute-couture au niveau de l’ADN à l’aide du CRISPR-Cas9 rendront indiscernables des plantes améliorées génétiquement de celles améliorées par sélection variétale. Le comité de la NAS a insisté sur le fait que les deux approches pouvaient présenter les mêmes risques alors que la sélection variétale a toujours été considérée comme non risquée par les spécialistes ! On comprend dès lors qu’une fusion-acquisition de Bayer Crop Science et de Monsanto tombe à point nommé.

Source : www8.nationalacademies.org (17 mai 2016)

https://jacqueshenry.wordpress.com/2016/04/20/les-ogms-nouveaux-sont-arrives/