Les crimes de guerre de Truman à Hiroshima et Nagasaki (et Tokyo …)

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Ce mois-ci marque le 75e anniversaire des bombardements atomiques américains d’Hiroshima et de Nagasaki. Alors que les partisans de ces bombardements les ont longtemps justifiés en disant qu’ils ont raccourci la Seconde Guerre mondiale, le fait est qu’il s’agissait de crimes de guerre. La seule raison pour laquelle le président Truman et les pilotes qui ont largué les bombes n’ont pas été poursuivis en tant que criminels de guerre est que les États-Unis ont fini par gagner la guerre.

On a longtemps souligné que le Japon avait exprimé sa volonté de se rendre. La seule condition était que l’empereur japonais ne soit pas maltraité ou exécuté. Le président Truman a refusé d’accepter cette condition. Comme son prédécesseur Franklin Roosevelt, Truman a exigé une « reddition inconditionnelle ». C’est la raison pour laquelle le Japon a continué à se battre. Les responsables japonais ont naturellement supposé que les responsables américains allaient faire de très mauvaises choses à leur empereur, y compris la torture et l’exécution. Dans l’esprit des responsables japonais, pourquoi les États-Unis n’étaient-ils pas disposés à accepter cette condition, d’autant plus que cela aurait signifié la fin de la guerre ?

La sombre ironie est que Truman a fini par accepter la condition de toute façon, seulement après avoir pulvérisé les gens d’Hiroshima et de Nagasaki avec des bombes nucléaires.

Dans un excellent éditorial du Los Angeles Times intitulé « Les dirigeants US savaient que nous n’avions pas besoin de larguer des bombes atomiques sur le Japon pour gagner la guerre. Nous l’avons fait de toute façon », les auteurs soulignent :

« Sept des huit officiers cinq étoiles de l’armée et de la marine des États-Unis en 1945 étaient d’accord avec l’évaluation au vitriol de la marine. Les généraux Dwight Eisenhower, Douglas MacArthur et Henry «Hap» Arnold et les amiraux William Leahy, Chester Nimitz, Ernest King et William Halsey ont déclaré publiquement que les bombes atomiques étaient soit militairement inutiles, soit moralement répréhensibles, soit les deux ».

Gardez à l’esprit que rien dans les principes de la guerre n’obligeait Truman et Roosevelt à exiger la reddition inconditionnelle du Japon (ou de l’Allemagne). Les guerres peuvent être – et sont souvent – terminées par des conditions de reddition. Les deux présidents étaient prêts à sacrifier d’innombrables personnes des deux côtés du conflit pour satisfaire leur demande de reddition inconditionnelle.

Mais la demande de reddition inconditionnelle de Truman n’est pas la raison pour laquelle son action a constitué un crime de guerre. Ces attentats à la bombe constituaient des crimes de guerre car ils visaient la mort de non-combattants, y compris des enfants, des femmes et des personnes âgées, afin de provoquer la reddition inconditionnelle du gouvernement japonais.

Il a longtemps été considéré comme une règle de guerre que les armées combattent les armées en temps de guerre. Ils ne ciblent pas les non-combattants. Le meurtre intentionnel de non-combattants est considéré comme un crime de guerre.

Un bon exemple de ce principe concerne le cas du lieutenant William Calley pendant la guerre du Vietnam. Calley et ses hommes ont tiré et tué de nombreux non-combattants dans un village sud-vietnamien. Les victimes comprenaient des femmes et des enfants. L’armée américaine a poursuivi Calley comme criminel de guerre – et à juste titre. Bien que la mort de non-combattants survienne souvent accidentellement lors d’opérations de guerre, c’est un crime de guerre de les cibler spécifiquement pour la mort.

Truman a justifié son action en faisant valoir que les bombardements ont raccourci la guerre et, par conséquent, ont sauvé la vie de milliers de soldats américains et de Japonais si une invasion était devenue nécessaire. C’est une justification qui a été répétée depuis par les partisans de ces attentats à la bombe.

Cette justification pose cependant deux gros problèmes.

Premièrement, une invasion n’aurait pas été nécessaire. Tout ce que Truman avait à faire était d’accepter la seule condition de capitulation du Japon, et cela aurait signifié la fin de la guerre, sans les morts qui seraient survenues avec une invasion et qui sont survenues avec les bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki (voir note en fin de billet).

Plus important encore, le fait que la vie de soldats américains aurait été sauvée n’est pas une justification morale ou légale pour cibler les non-combattants. Si Calley avait soutenu lors de son procès que ses actions visaient à raccourcir la guerre du Vietnam, sa défense aurait été rejetée. Il aurait encore été condamné pour crimes de guerre.

Les soldats meurent à la guerre. Telle est la nature de la guerre. Tuer des femmes, des enfants et des personnes âgées dans l’espoir de sauver la vie de soldats en raccourcissant la guerre n’est pas seulement un crime de guerre, c’est aussi un acte de lâcheté extrême. Si une invasion du Japon était devenue nécessaire pour gagner la guerre, entraînant ainsi la mort de milliers de soldats américains, alors c’est ainsi que fonctionne la guerre.

Il convient également de souligner que le Japon n’a jamais eu l’intention d’envahir et de conquérir les États-Unis. La seule raison pour laquelle le Japon a bombardé Pearl Harbor était dans l’espoir d’assommer la flotte américaine du Pacifique, non pas comme un prélude à l’invasion d’Hawaï ou de la zone continentale des États-Unis, mais simplement pour empêcher les États-Unis d’interférer avec les efforts du Japon pour sécuriser le pétrole dans les Indes néerlandaises.

Et pourquoi le Japon avait-il tellement besoin de pétrole pour déclencher la guerre contre les États-Unis? Parce que le président Franklin Roosevelt avait imposé un embargo pétrolier très efficace sur le Japon afin de pousser les Japonais à attaquer les États-Unis.

Le plan de FDR, bien entendu, a réussi, ce qui a fini par coûter la vie à des centaines de milliers de soldats américains et à des millions de citoyens japonais, y compris ceux d’Hiroshima et de Nagasaki.

Article paru sur le site de Jacob G. Hornberger « The Future of Freedom Foundation » le 5 août 2020, illustration : corps carbonisé d’un enfant à Nagasaki le 9 août 1945.

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Note. Le bombardement de Tokyo débuta à la fin du moins de novembre 1944 et se termina le 10 août 1945. Je suis allé visiter le musée Edo à Tokyo. On peut y voir des images effrayantes de ces bombardements qui firent au moins 1 million de morts et plusieurs millions de blessés, essentiellement des civils. Près de la moitié de la ville fut totalement détruite. L’illustration ci-dessus (Wikipedia) indique clairement que jamais les Américains ne ciblèrent les ponts et les voies ferrées car ces axes de communication devaient rester intacts en cas d’invasion et pour faciliter ensuite l’occupation du Japon après la capitulation de l’Empereur. L’armée américaine est toujours présente au Japon et la Maison-Blanche exige toujours que la BoJ achète des T-bonds américains qui ne seront jamais remboursés …

Il y a 50 ans le bain de sang de My Lai, une date à inscrire dans les livres d’histoire

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Aujourd’hui dans la bourgade de My Lai se trouve une stèle rappelant à la mémoire des passants l’indicible massacre gratuit par l’armée américaine de 504 personnes, la moitié d’entre elles âgées de moins de 20 ans et 210 d’entre elles de moins de 12 ans et les quelques adultes étant des femmes et des vieillards. Ce massacre effroyable fut perpétré le 18 mars 1968. Les victimes n’avaient pas d’armes et ne purent fuir sous le feu des hélicoptères des GIs. La presse américaine fut abreuvée par la suite de procès de parodie des auteurs de ce massacre. Aucun des auteurs ne fut condamné. Kissinger parla d’un dommage « collatéral » regrettable et Nixon se disculpa auprès de l’opinion, lui qui était de par la constitution américaine le chef des armées. Selon les dires des militaires qui furent les auteurs de ce massacre gratuit d’innocents ces derniers allaient devenir de futurs communistes, il fallait donc les éliminer.

Le massacre de My Lai n’était que le sommet de l’iceberg d’horreurs perpétrées par les Américains au Vietnam. Habitués du fait ces mêmes « pacificateurs et promoteurs de la démocratie » dans le monde ont réitéré leur goût du sang et de la torture inimaginables pour un individu sain d’esprit lors du scandale de la prison d’Abu Ghraib dans la banlieue de Bagdad en Irak. Mais les Américains n’ont jamais reconnu la notion internationale de crime de guerre qui puisse être appliquée à eux qui n’ont jamais reconnu la validité du Tribunal Pénal International, alors qu’ils ne se sont pas privé lors des procès de Nuremberg et de Tokyo de faire condamner des criminels de guerre à la pendaison ou au peloton d’exécution.

Source détaillée pour les curieux anglophones et illustration : https://www.counterpunch.org/2018/03/16/the-tip-of-the-iceberg-my-lai-fifty-years-on/

Note : j’ai en vain tenté de trouver dans les quelques quotidiens en ligne dont je parcours les gros titres et disponibles sur internet gratuitement la moindre allusion à ce massacre de My Lai. Le cinquantième anniversaire d’un évènement historique ça n’intéresse personne dans la mesure où ça dérange l’opinion formatée par les Américains dans le monde entier avec l’aide bienveillante par exemple de Facebook (cf le scandale Facebook-Cambridge Analytica qui va avoir des retombées inattendues).

Vol MH17 : connaîtra-t-on la vérité ? Pas si sûr !

 

Selon Peter Heisenko, ancien pilote chez Lufthansa, le traitement du crash du Boeing 777 de Malaysia Airlines dans l’espace aérien ukrainien n’a pas été réalisé selon les normes en vigueur. Par exemple les débris n’ont pas été collectés et rassemblés pour être reconstitués afin de déterminer les causes du crash. Aucun expert de Boeing, le constructeur n’a été envoyé sur le site du crash, ni aucun expert des parties et des pays concernés. Ces faits constituent une entorse évidente aux procédures internationalement respectées dans ce genre de circonstance. Washington a refusé de diffuser les renseignements satellitaires dont dispose le Pentagone, les autorités du contrôle aérien ukrainien ont également refusé de confier les enregistrements des conversations avec les pilotes. Enfin, l’analyse des boites noires tarde à être révélée. Pour Peter Haisenko, ce faisceau de manquements aux règles internationales en dit long : autant les USA que l’Ukraine ont quelque chose de monstrueux à cacher. Un expert canadien auprès de l’OSCE a pourtant révélé son analyse : le cockpit de l’avion a été mitraillé (voir le lien). Un expert malaisien a de son côté affirmé que le moteur tribord de l’aéronef avait été atteint par un missile à guidage infra-rouge. Enfin, les radars russes ont affirmé que deux avions de chasse ukrainiens se trouvaient dans la zone où volait le Boeing du vol MH17 au même moment.

Selon Peter Heisenko, un missile air-air a atteint le moteur tribord de l’avion. Dans le cockpit, un choc violent a été ressenti, les alarmes incendies et autres alertes ont retenti. Dans une telle situation les pilotes n’ont d’autre souci que de sauver leur vie et celles de leurs passagers, isolent le moteur défectueux et avertissent le contrôle au sol d’une demande d’urgence pour atterrir. L’aéroport le plus proche étant celui de Rostov en Russie, le pilote décidé de faire demi-tour, toujours selon Peter Heisenko, pour retourner à Kiev, presque à la même distance. Mais les pilotes n’ont pas imaginé un instant qu’une fois au sol, il serait évident que le moteur avait été atteint par un missile air-air et ce fait ne pourrait pas être dissimulé ! La chasse aérienne ukrainienne a donc terminé son travail criminel en mitraillant le cockpit.

Crime de guerre !

Source : paulcraigroberts.com

http://www.anderweltonline.com/fileadmin/user_upload/PDF/Cockpit-MH017.pdf

https://jacqueshenry.wordpress.com/2014/07/31/ca-commence-a-sentir-le-roussi/

Billet de mauvaise humeur : Catherine Ashton et la Syrie

Catherine Ashton a déclaré à Vilnius que Assad devrait être condamné pour crime de guerre par la CPI. Mais au fait quelle est la définition exacte d’un crime de guerre ? Moi qui suis un antimilitariste viscéral, je n’arrive pas à saisir la nuance, s’il en existe une, entre un crime de droit commun et un crime de guerre. La guerre est par essence criminelle quelles que soient ses motivations. L’homme est le seul animal sur cette planète qui tue ses congénères sans raison. Je passe sur les infanticides chez les primates, les gorilles entre autres, dont j’ai parlé dans un billet qui n’ont rien à voir avec un crime. Mais cette espèce d’envie obsessionnelle de vouloir faire la guerre est propre à l’homme qui est fondamentalement mauvais, nuisible et destructeur. Déjà quand on parle de guerre, ça me fait nerveux, alors quand Catherine Ashton parle de crime de guerre, je suis doublement nerveux. Après la signature de la reddition de la France en 40 par Pétain, les résistants français étaient considérés comme des criminels par l’occupant allemand. On n’a jamais considéré que les résistants étaient des criminels de guerre, seulement des terroristes pour la bonne cause, et encore … J’ai pris cet exemple extrême à dessein pour sensibiliser mes lecteurs à la notion de crime de guerre. La Shoah est classée comme crime de guerre assortie du qualificatif de génocide, je suis parfaitement d’accord encore qu’on puisse contester le fait que ce soit un crime de guerre puisque cette entreprise d’élimination de Juifs, de Tziganes et d’autres ethnies n’avait rien à voir avec la guerre elle-même, c’était le résultat du délire de ce fou syphilitique qu’était Hitler. C’était lui le criminel. Quand les Hutus ont massacré les Tutsis, il s’agissait bien de crimes ethniques, à l’évidence, puisque le pays n’était pas en guerre. Pour ce qui concerne l’usage de gaz ou d’autres produits chimiques, les Américains ne se sont pas privé au Viet-Nam, je n’ai jamais entendu dire qu’ils avaient été condamnés pour crimes de guerre. Et on peut continuer pendant des pages à trouver des exemples du même genre. En ce qui concerne la Syrie et Assad, le fait d’avoir tué des gens avec un gaz neurotoxique est criminel, c’est l’arme du lâche. Malgré le fait que l’on ne sache toujours pas précisément qui a utilisé ce gaz, on accuse Assad d’être un criminel de guerre. Je veux bien mais le régime en place se bat contre des terroristes, beaucoup d’entre eux n’étant même pas des Syriens. Où est le crime ? C’est la guerre, civile, ce qui encore pire, et tout est dès lors criminel. Si Assad se défend au cas où les Américains l’attaquent et coule par exemple un ou deux bateaux de la Navy (il en a amplement les moyens) où sera le crime si crime il y a, du côté des Américains ou des Syriens ? J’aimerais bien connaître l’avis de Catherine Ashton !