Le cratère d’impact de Chicxulub va peut-être livrer ses secrets

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C’est en observant divers cratères d’impact sur la Lune, Mars et d’autres objets célestes du système solaire que les scientifiques ont formulé l’hypothèse de la formation d’anneaux concentriques entourant le point d’impact central. Du cratère lunaire de 930 km de diamètre extérieur situé sur la « Mer orientale » provoqué par la chute d’un météore d’environ 20 kilomètres de diamètre il ne subsiste que trois anneaux concentriques (image ci-dessus, crédit NASA). À la suite de l’impact par un très gros caillou il y a 3,8 milliards d’années, il se forma un réarrangement du manteau lunaire qui donna naissance à un pic de roches de 140 kilomètres de haut. Cet amas instable s’effondra sur lui-même pour provoquer une onde de choc secondaire qui se matérialisa par deux rides concentriques. Ce n’est qu’une hypothèse de travail qu’il est impossible d’aller vérifier sur place : il faudrait acheminer sur la Lune du matériel de forage en profondeur …

Mais il existe sur la Terre le cratère de Chicxulub dont un grande partie sur trouve sur la péninsule du Yucatan au Mexique qui pourrait permettre de vérifier cette hypothèse et rendre compte de l’effet dévastateur de cet impact qui provoqua la disparition des dinosaures et de bien d’autres espèces animales il y a 63 millions d’années (voir le lien sur ce blog). Selon cette hypothèse l’impact du météore a provoqué un effondrement de la croute terrestre (lunaire) sur une centaine de kilomètres de diamètre et l’onde de choc a entrainé la croissance transitoire d’un pic de matière – des roches de diverses origines provenant de cette croute et du manteau sous-jacent – qui, tel le phénomène d’une goutte tombant à la surface de l’eau, a ensuite provoqué des ondes de choc secondaires, processus illustré par la figure ci-dessous :

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L’éjection initiale de matière a formé le cercle le plus externe de l’impact et deux autres formations circulaires concentriques se sont ensuite formé, un processus qui n’a probablement pas duré plus de quelques heures voire moins. Pour en avoir la certitude les scientifiques de l’IODP (International Ocean Discovery Program) ont donc décidé d’effectuer un forage au large de la péninsule du Yucatan, tous ceux réalisés par la société pétrolière Pemex à la recherche de pétrole ayant été abandonné car en lieu et place de pétrole les trépans ne rencontrèrent que du basalte là où les données gravimétriques prévoyaient la présence d’huile.

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Le site de forage à 30 kilomètres au large au nord du port de Progreso a été choisi comme étant situé le plus probablement au niveau du second anneau hypothétique de l’impact et également là où comme par hasard la profondeur de la mer n’est que de 17 mètres. Le forage doit atteindre la profondeur de 1500 mètres et selon les prévisions traverser en premier lieu une couche de 550 mètres de calcaire. En remontant donc le temps, à cet horizon géologique le trépan devrait rencontrer une couche riche en algues fossilisées correspondant au maximum climatique Paléocène-Eocène (il y a 55 millions d’années) de 5°C plus élevé qu’aujourd’hui.

Ensuite, bien qu’il ne s’agisse encore que d’hypothèses, le forage devrait remonter des carottes indiquant la réapparition de la vie dont les témoins seront les squelettes de foraminifères. Enfin le forage devrait arriver au niveau du deuxième anneau en rencontrant un mélange géologiquement complexe de roches d’origines variées et enfin au delà de 1000 mètres de profondeur il sera peut-être possible de retrouver des bactéries qui se sont infiltrées dans les fissures provoquées par l’impact et ont continué à vivre en utilisant d’autres sources d’énergie que le carbone et l’oxygène mais plutôt le fer et le soufre … Tout un programme alliant la géologie, la biologie, le climat et l’histoire passée lointaine. Le forage a débuté au mois de mai dernier. À suivre … Ci-dessous reconstitution d’artiste du cratère d’impact de Chicxulub.

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Source et illustrations : sciencemag.com

https://jacqueshenry.wordpress.com/2016/07/21/le-petrole-cest-vraiment-dangereux-pour-le-climat/

Le pétrole c’est vraiment dangereux pour le climat !

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Que mes lecteurs se rassurent tout de suite, je ne suis pas devenu brusquement un adepte inconditionnel des moulins à vent et des panneaux photovoltaïques. En effet, le titre de ce billet pourrait faire croire que je viens de me ranger dans la catégorie des pourfendeurs des grandes compagnies pétrolières qui déversent leurs barils d’or noir sur les marchés, ce qui accroit inexorablement (?) la teneur en « gaz à effet de serre » de l’atmosphère. Rien de tout cela, il s’agit de la vraie raison de la disparition soudaine des dinosaures il y a entre 66 et 63 millions d’années.

Lorsque la société Pemex et d’autres majors du pétrole élargirent leurs prospections autour du principal gisement de pétrole du Mexique au large de la péninsule du Yucatan ils furent étonnés de constater qu’il y avait une sorte d’îlot circulaire sous-marin de 180 kilomètres de diamètre sans quantité notoire de pétrole alors que le champ pétrolifère de Cantarell, par exemple, est une véritable éponge tout près de ce « désert » pétrolier. C’est ainsi que fut découvert le cratère d’impact de Chicxulub dont on attribua la formation à la chute d’un astéroïde d’au moins 10 kilomètres de diamètre constitué en grande partie de fer et d’iridium. Des études détaillées confirmèrent par la suite que ce cratère d’impact maintenant totalement comblé par des sédiments datait bien d’environ 63 millions d’années.

Or, comme la disparition soudaine des dinosaures date d’à peu près la même époque, tous les ossements fossilisés de ces monstrueuses créatures dont je ne suis pas du tout fanatique ont été datés d’avant cette période bien précisée par les géologues et appelée la frontière crétacé/paléogène. Ce mot barbare veut tout simplement dire qu’au même moment sur toute la planète on retrouve une couche géologique très fine enrichie en iridium, un métal très rare dans la croute terrestre. Tout concourrait pour considérer que les dinosaures avaient disparu subitement à la suite de la chute de ce gros astéroïde, mais pas seulement les dinosaures car les ammonites disparurent également ainsi que près de 80 % de toute forme de vie que ce soit terrestre ou océanique.

Les scientifiques se sont creusé les méninges pour expliquer comment un tel impact avait pu avoir un effet planétaire aussi catastrophique, toutes les simulations conduisant à des conclusions hasardeuses. Il a fallu attendre la sagacité d’une équipe de géologues et de physico-chimistes de l’Université Tohoku de Sandai au Japon pour comprendre exactement le déroulement de ces évènements catastrophiques relatés ici : doi: 10.1038/srep28427 .

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L’équipe du Docteur Kunio Kaiho a approfondi l’analyse de cette couche riche en iridium sur deux échantillons l’un provenant de l’île d’Haïti actuelle et l’autre du sud de l’Espagne à Caravaca dans la province de Murcia. Ils ont trouvé qu’outre la présence d’iridium et de fer il y avait bizarrement la présence notoirement élevée d’hydrocarbures de la famille des coronènes et des benzopyrènes. Or ces hydrocarbures sont la signature des particules carbonées qui forment la suie et la fumée y compris des pots d’échappement des moteurs diesel ! La chute de l’astéroïde du Chicxulub n’aurait tout de même pas mis le feu à toute la végétation existant sur la Terre à cette époque. L’explication fournie par ces géologues est beaucoup plus terrifiante : l’astéroïde alluma un gigantesque feu de pétrole, volatilisant en un instant entre 2 et 60 milliards de tonnes de pétrole produisant un panache de fumée d’une taille difficile à imaginer qui monta à des altitudes stratosphériques enveloppant toute la planète d’une épaisse couche de suie qui obscurcit durablement – au moins pendant 10 ans – la planète Terre entière.

Selon les simulations réalisées au Département des Sciences de la Terre de l’Université Tohoku la température globale chuta de près de 16 degrés en moins d’une année, toutes les plantes photosynthétiques ainsi que le phytoplancton furent affectées ce qui conduisit à une rupture de la chaine alimentaire entrainant l’extinction probablement en moins de dix ans de la majorité des espèces vivantes, y compris des insectes ! Les crocodiles, dignes descendants des dinosaures, échappèrent à l’extinction totale en survivant tant bien que mal dans les zones intertropicales, du moins seulement certaines espèces …

Pour donner un ordre de grandeur de cette catastrophe pétrolière, le petit trou fuyard qui fit la une des journaux de la Terre entière dans le golfe du Mexique il y a quelques années ne déversa dans l’océan que 4,9 millions de barils soit en gros un million de tonnes de pétrole, l’équivalent de deux gros super-tankers. L’impact du Chicxulub vaporisa et enflamma, dans l’hypothèse haute expliquant parfaitement toutes les disparitions d’espèces vivantes observées, jusqu’à 60 milliards de tonnes de pétrole en quelques secondes … ce qui provoqua un changement climatique très brutal non pas provoqué par le CO2 mais tout simplement par la fumée.

Source : voir le doi dans le texte, en accès libre, illustration Wikimedia et Courtillot et al. Earth and Planetary Science Letters, 166, 177-195 (1999)