Thérapie génique et brevets

 

J’avais argumenté dans mon blog des agissements pour le moins contestables de la société Myriad de Salt Lake City dans un précédent article de ce présent blog qui avait tout simplement breveté deux gènes humains dont les mutations accroissaient les risques de cancers notamment du sein : https://jacqueshenry.wordpress.com/2013/04/14/quand-nos-genes-sont-brevetes-sans-que-nous-le-sachions/ . C’était aller un peu trop loin et les plaintes de nombreux particuliers et organismes américains ont conduit la Cour Suprême Américaine à statuer :

 

USA/L’ADN humain ne peut pas être breveté (Cour suprême des Etats-Unis)

Washington (awp/afp) – L’ADN humain est un produit de la nature et ne peut pas être breveté, a tranché jeudi la Cour suprême des Etats-Unis, estimant que seul l’ADN complémentaire, c’est-à-dire synthétisé, pouvait l’être. Une société de biotechnologies avait revendiqué la propriété de deux gènes liés aux cancers de l’ovaire et du sein. Il s’agit en particulier du gène défectueux identifié chez Angelina Jolie, à cause duquel elle a subi une ablation des seins pour prévenir un risque très élevé de cancer. La haute Cour a ainsi tranché dans une intense bataille juridique contre Myriad, une société de biotechnologies qui a déposé neuf brevets pour ces deux gènes qu’elle a isolés dans les années 90 et dont les mutations héréditaires accroissent fortement le risque de développer le cancer du sein ou de l’ovaire. Dans cette décision très attendue pour la recherche génétique, la plus haute juridiction du pays a jugé que « l’ADN produite naturellement est un produit de la nature et n’est pas éligible pour un brevet, simplement parce qu’il a été isolé ». Myriad a « découvert un gène important et nécessaire mais les découvertes aussi révolutionnaires, innovantes et brillantes soient-elles, ne s’appliquent pas en soi » à la loi sur les brevets. En vertu de ce texte, « les lois de la nature, les phénomènes naturels et les idées abstraites sont des outils fondamentaux du travail scientifique et technologique qui n’entrent pas dans le domaine de la protection des brevets ». Mais la haute Cour a permis à certains brevets de Myriad de survivre, ceux sur l’ADN complémentaire, c’est-à-dire copié de l’ADN d’une cellule et artificiellement synthétisé. Elle a jugé que « l’ADN complémentaire peut être breveté car il n’est pas produit naturellement ». Dans ce cas, « le technicien de laboratoire crée sans nul doute quelque chose de nouveau », a écrit le juge Clarence Thomas, dans l’arrêt de la Cour pris à l’unanimité des neuf juges.

rp

(AWP / 13.06.2013 17h27)

Cette sage décision de la Cour Suprême des USA met donc un terme à une polémique qui n’avait pas lieu d’être. Maintenant, le fait de breveter un gène synthétisé en laboratoire en vue de diagnostics est une autre facette du même débat qui ne devrait pas concerner que l’humain mais également tous les organismes vivants quels qu’ils soient. Cependant, la biologie moléculaire d’aujourd’hui permet d’élucider la totalité du génome de n’importe quelle plante, bactérie ou mammifère en quelques jours. Les données scientifiques ainsi recueillies sont dans le domaine public via le NIH et n’importe quelle séquence spécifique d’ADN peut être reproduite soit à l’aide de machines, soit par génie génétique. Le gène de la toxine du Bacillus thuringiensis utilisé par Monsanto n’est pas en lui-même breveté, la construction ayant permis de l’incorporer comme entité génétique fonctionnelle dans le maïs, le coton ou le soja pour rendre ces cultures résistantes aux ravageurs fait au contraire  l’objet de brevets. De même que les thérapies géniques de plus en plus utilisées dans le cas de certaines maladies dites orphelines elles-mêmes résultant de mutations au niveau de gènes bien identifiés utilisent des copies de gènes le plus souvent intégrés dans un virus, le plus communément utilisé étant un adénovirus qui sert donc de vecteur, et la technologie (le traitement thérapeutique) fait naturellement l’objet d’un brevet. Il s’agit d’une construction intégrant le gène palliant le défaut dans l’ADN du virus qui a tendance à s’intégrer à l’ADN cellulaire et ainsi exprimer la protéine déficiente. Entre parenthèses, un tel traitement par thérapie génique transforme stricto sensu le malade en OGM ! Mais cette fois-ci on peut espérer qu’il n’y aura pas d’imbéciles animés par une idéologie obscurantiste gauchisante pour manifester devant le Ministère de la Santé afin obtenir l’interdiction des thérapies géniques qui peuvent sauver des vies ou au moins améliorer le quotidien des malades. En effet, le traitement de la déficience en lipoprotéine lipase (pancréatite chronique incurable) avec le gène authentique (copié) intégré dans un adénovirus peu immunogène par lui-même a été autorisé par l’instance européenne de la santé (EMA pour European Medicines Agency) et la FDA américaine. On se trouve donc au cœur du problème soulevé par la biologie moléculaire contemporaine et la décision de la Cour Suprême Américaine a donc pris une sage décision. Mais au fait, si on avait injecté avec un adénovirus les gènes authentiques BRCA 1 et 2 à Angelina Jolie, peut-être n’aurait-elle pas eu besoin de se faire enlever les nichons …