Trouver l’âme sœur …

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Qu’est-ce qui fait qu’une femme et un homme arrivent à trouver une harmonie qui leur permet d’envisager une vie de couple. Il s’agit là de la préoccupation des sites de rencontre, on parlait autrefois des agences matrimoniales, qui à l’aide de logiciels spécialisés analysent maintenant les « préférences » de chacun des potentiels partenaires, femmes ou hommes pour organiser des rencontres « mathématiquement favorables ». Et c’est un marché juteux ! Mais quelle est la part de vérité quand, après avoir payé une certaine somme d’argent, le site (ou l’agence) vous propose « le » ou « la » partenaire idéal(e) pour une rencontre qui a le maximum de chances de se concrétiser en une union durable. C’est ce qu’ont voulu savoir avec précision des spécialistes du comportement humain en grande partie issus de l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA) en analysant avec la plus grande rigueur les réponses à deux questionnaires englobant plus de 28000 personnes, femmes ou hommes, hétérosexuels, en quête de l’âme sœur. Et les résultats obtenus sont intéressants à plus d’un titre.

Au cours de l’évolution les êtres humains ont privilégié les couples stables dans le temps afin d’assurer une descendance, avec cependant quelques exceptions de sociétés où apparaissaient des structures polygames. Il est intéressant de rappeller que la polygamie ne peut exister que lorsque l’homme peut subvenir matériellement et financièrement aux moyens de subsistance de plusieurs femmes, ce qui rend cette situation relativement rare même quand elle est autorisée par la loi. Par instinct, la femme recherche un partenaire susceptible, donc, de lui assurer le gite et la nourriture pour qu’elle puisse s’occuper des enfants à naître. Les sites de rencontre se sont rendu compte que les hommes ayant un statut social élevé et un revenu confortable étaient beaucoup plus sollicités que ceux qui, en toute honnêteté, déclaraient au contraire une situation sociale moins enviable.

Dans ce contexte les femmes recherchent un partenaire plus agé et ayant suivi des études éventuellement supérieures dans la mesure où ces deux critères constituent un espoir de ressources stables et de statut social élevé. À l’inverse les hommes recherchent une partenaire plus jeune ayant un potentiel reproductif plus élevé. Ces deux critères expliqueraient qu’il existe presque toujours une différence d’âge marquée chez les couples qui se sont formés en faisant appel aux services d’un site de rencontre.

Si l’on s’intéresse à l’attractivité physique, il apparaît que les hommes sont « plus regardants » que les femmes. Un critère utilisé est l’indice de masse corporelle (BMI en anglais) systématiquement indiqué par les agences de rencontre. Ce n’est pas la fraîcheur de la peau ou la symétrie du visage qui sont importants mais la silouette. Et ce critère de sélection est valable aussi bien pour les hommes que pour les femmes : assez paradoxal dans un pays, les USA, où près de 60 % de la population est en surpoids … Bref, cette étude a analysé une série de critères allant des revenus financiers, du niveau d’éducation, de la couleur des cheveux, la taille, le poids, le passé sexuel et matrimonial et enfin le désir (ou non) de fonder ou refonder un foyer. La question était à peu près la suivante : « quels traits trouveriez-vous désirables ou indésirables chez un (ou une) partenaire en vue de fonder un couple stable sur le long terme ? ».

Il est apparu très nettement que le critère principal de sélection chez l’homme est l’apparence physique et chez la femme le niveau de revenus, en d’autres termes on peut se demander si ce genre d’institutions a de réelles chances de succès ! Comme l’indique la figure ci-dessous tirée de l’article paru dans la revue Personality and Individual Differences ( doi:10.1016/j.paid.2015.08.041 ) en accès libre, la femme privilégie les revenus financiers et la stabilité professionelle de l’homme alors que ce dernier attache une plus grande importance à l’aspect physique de sa « future partenaire ». Selon les ages plus l’homme est agé plus il est sélectif et c’est l’inverse chez les femmes. Cependant au delà de la quarantaine les critères de sélection des hommes s’estompent quant à l’aspect physique des femmes recherchées. Pour les non-anglophones le mot slender signifie sveltesse ou minceur, c’est selon.

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Comme on pouvait s’y attendre le niveau éducatif joue un grand rôle dans les critères de sélection. De même, une femme ou un homme se considérant comme satisfaisants en termes d’apparence physique ou disposant de revenus confortables sont beaucoup plus sélectifs. Ceci n’est pas surprenant dans la mesure où l’apparence joue un grand rôle, en particulier aux USA. Encore que les femmes sont généralement moins sélectives quant à l’aspect physique de leur éventuel futur partenaire, 58 % contre 80 % pour les hommes. Mais en définitive c’est le désir de créer une union stable qui l’emporte rationellement au niveau individuel. Reste à trouver des statistiques sur le taux de réussite des couples se formant par l’intermédiaire de sites de rencontre, aucune donnée fiable n’existe. En étant optimiste ce serait quelques pourcents …

Source : voir le lien, illustration Wikimedia

Mères allaitantes et sexe : libido plus intense ou stratégie relationnelle ?

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Curieuse question que s’est posé Michelle Escasa-Dorne de l’Université du Colorado en étudiant le comportement sexuel de femmes mariées à Manille aux Philippines. L’étude a englobé 86 femmes mariées allaitant et encore en aménorrhée, 48 femmes allaitant et étant réglées et 106 femmes mariées sans enfants et normalement réglées. Toutes étaient âgées de moins de 35 ans et avaient suivi une éducation normale, vivaient dans les faubourgs de Manille près de centres de santé et avaient accepté de répondre à un questionnaire un peu indiscret relatif à leur comportement sexuel avec leur époux. Il faut rappeler ici que les Philippines est un pays très catholique et que la fidélité conjugale est un devoir sinon une obligation religieuse. Mais là n’est pas la question.

La littérature scientifique faisait état d’une chute de la libido chez les mères après avoir donné naissance à leur enfant, trop préoccupées par les soins prodigués à ce dernier, et que cette chute de libido se traduisant par sinon une absence du moins une rareté dans les rapports sexuels n’était due qu’à cette occupation de mère allaitante et plus encline à s’occuper de son enfant que son époux. L’étude réalisée par le Docteur Escasa-Dorne démontre qu’il n’en est rien. On aurait pu croire que les femme allaitantes et en aménorrhée seraient plus disposées à un rapport sexuel dans la mesure où le risque de grossesse est amoindri. Ce sont au contraire les mères avec leur enfant au sein et réglées qui sont les plus actives sexuellement, y compris en comparaison des femmes mariées nullipares et normalement réglées. Ces mêmes femmes ont aussi déclaré être encore plus actives sexuellement qu’avant de se retrouver enceintes.

Puisqu’on cherche à trouver une explication logique à tout comportement humain comme dans le cas présent largement instinctif, il n’y a qu’un pas vite franchi pour en trouver une : une stratégie consistant à maintenir une relation étroite avec son partenaire dans le but de s’assurer un avenir confortable pour la progéniture. En quelque sorte une sorte d’instinct de conservation qui se traduit par une disponibilité sexuelle plus soutenue ou énoncé différemment la nécessité de préserver le couple pour assurer un avenir à l’enfant. Comme l’indique le tableau 2 de l’article relatant cette étude, c’est l’engagement entre partenaires du couple qui est le facteur prépondérant dans l’activité sexuelle et non le désir, l’amour, ou encore la recherche d’orgasmes ou de satisfaction. On se trouve donc devant un comportement strictement instinctif qui n’est justifié que par le maintien de la cohésion du couple en vue d’assurer la survie de la cellule familiale. Il faut enfin noter que dans cette étude la majorité des enfants au sein étaient âgés de 9 mois et plus, un détail qui n’a pas été relevé par l’auteur de l’étude (voir le lien) et qui pourrait à lui seul expliquer ce comportement particulier de la mère. En effet à cet âge l’enfant a besoin d’une alimentation plus différenciée que le lait maternel pour son développement et cette simple nécessité de disponibilité en nourriture peut expliquer ce comportement. On retrouve peut-être ici les comportement primordiaux de nos ancêtres chasseurs-cueilleurs qui étaient assurés de toujours trouver une partenaire sexuelle active et consentante à condition peut-être qu’ils subviennent à la survie de l’enfant … et de sa mère, au prix de quelques sacrifices l’obligeant à délaisser un instant son enfant pour satisfaire son partenaire. En effet, la sécrétion de prolactine a tendance à diminuer le taux de testostérone chez la mère allaitante et donc par voie de conséquence la libido, mais ce n’était pas le but de cette étude.

Source : DOI 10.1007/s12110-015-9223-x , Human Nature en accès libre, illustration Marie Cassat « Mère et Enfant » (1906)

Conversations sur l’oreiller

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De plus en plus de couples déclarent n’avoir pratiquement plus de relations sexuelles ou seulement à de très rares occasions, quand ils ont bien picolé à l’issue d’une soirée entre amis. S’il existe de nombreuses raisons pour expliquer ce comportement, il est évident que la communication à l’intérieur du couple est prépondérante pour maintenir une intimité sexuelle. Et c’est cette communication « sur l’oreiller » qui est justement importante pour maintenir le désir sexuel dans un couple. Plusieurs études récentes classées dans le domaine gris de la « science postcoïtale », comme c’est romantique ( ! ), ont reconsidéré l’importance des conversations sur l’oreiller après un orgasme, ou une bonne partie de cul, comme vous voudrez. On s’est rendu compte par exemple que les femmes qui avaient fait l’expérience d’un orgasme réussi étaient plus enclines à une communication relationnelle positive que les hommes, bien qu’ayant également atteint l’orgasme sexuel, ce qui est beaucoup plus aisé pour eux, et naturellement beaucoup plus que les femmes restées non satisfaites. De plus il est apparu que l’orgasme libère la communication relationnelle positive. Le Docteur Amanda Denes de l’Université du Connecticut, principal auteur d’une étude parue dans Communication Monograph (open access, voir le lien) n’emploie pas la langue de bois en déclarant : « la conversation sur l’oreiller après une relation sexuelle réussie joue un rôle primordial dans le maintien de l’intimité du couple ». Les médecins ont caractérisé la période suivant directement un rapport sexuel réussi comme étant un état mental altéré durant lequel les processus cognitifs sont profondément modifiés et favorisent la communication et la reconsidération des mécanismes de prise de décision et durant cette période particulière l’évaluation des risques et des bénéfices de se confier à son (sa) partenaire « sur l’oreiller » à ce moment précis est également altérée.

Et pourquoi se trouve-t-on dans cet état second, tout simplement parce que notre cerveau est littéralement inondé d’oxytocine, l’hormone dite du plaisir mais aussi celle qui favorise la lactation et encore la construction de la relation intime mère-enfant. L’oxytocine a aussi un rôle prépondérant dans le comportement car elle inhibe l’agressivité et la perception du danger et donc aussi le développement de la peur. De plus l’oxytocine réduit la production du cortisol qui est l’un des éléments de déclenchement du stress. La conversation post-orgasmique sur l’oreiller est donc sous le contrôle de l’oxytocine et on n’y peut rien, on plane, on se confie, l’intimité du couple trouve là un moment privilégié pour s’affermir et se construire.

L’étude conduite par le Docteur Denes a aussi considéré les effets de l’alcool sur les « conversations sur l’oreiller » car bien souvent les relations sexuelles sont également vécues sous l’emprise de l’alcool, des statistiques montrant qu’au moins 40 % des relations sexuelles ont lieu après une consommation de boissons alcoolisées malgré le fait que l’alcool a tendance a diminuer les performances sexuelles conduisant à un orgasme réussi, au moins chez l’homme, selon une étude parue en 1993 et réalisée par B.C. Leigh et parue dans le Journal of Abnormal Psychology.

L’étude récente a porté sur des interrogatoires strictement contrôlés de 253 personnes âgées de 18 à 45 ans, sexuellement actives et pour la plupart hétérosexuelles, à 7 exceptions près, réparties en 78 % de femmes et 22 % d’hommes. Toutes ces personnes ont déclaré avoir une activité sexuelle incluant pénétration vaginale, cunnilingus ou fellation et stimulations manuelles. Elles devaient rendre compte quotidiennement pendant deux semaines par internet à l’aide d’un questionnaire approprié dans les deux heures suivant leur rapport sexuel si elles avaient fait l’expérience d’un orgasme, si elles avaient consommé de l’alcool et enfin de décrire quelle avait été qualitativement leur conversation sur l’oreiller avec leur partenaire en tentant de classer l’intensité de cette conversation qui a ensuite été analysée à l’aide d’algorithmes statistiques. Les questions étaient du genre : « je ne voulais pas lui dire ce que je lui ai finalement dit » ou encore « j’ai dit à mon (ma) partenaire des choses que peu de personnes connaissent » ou enfin « après un orgasme je me confie plus facilement que dans la vie courante ». Ce genre de questionnaire est facile à intégrer car de toutes les façons on n’a plus vraiment le contrôle de nos comportements conscients quand nous sommes soumis à ces effets massifs de l’oxytocine sur l’ensemble du cerveau.

Ce qui ressort de cette étude, certes entachée d’approximations puisque la majorité des sujets étudiés étaient des femmes hétérosexuelles qui vivaient au moins trois rapports sexuels réussis par semaine pour 57 % d’entre elles, consommation d’alcool ou pas, est que la consommation d’alcool avant un rapport sexuel, que ce soit au sein d’un couple établi ou au cours d’une relation occasionnelle n’a que très peu d’incidence, selon cette étude, sur la libération de la parole, ou dit d’une autre manière, c’est le taux extravagant d’oxytocine qui éblouit ou obscurcit le cerveau, selon le côté où on se place, et une bonne partie de jambes en l’air libère la parole et l’ensemble de l’organisme pour son plus grand bien.

Enfin, l’étude mentionne que les « conversations sur l’oreiller » après un bel orgasme partagé, ce qui reste malgré tout exceptionnel pour les couples non entrainés pour ce genre d’exercice, constituent une excellente thérapie pour l’équilibre du couple et les interactions physiologiques dont on ne mesure pas l’importance quand on se couche pour faire l’amour, la banalité de ce comportement étant souvent considérée comme une simple formalité alors que dans cet acte peut-être banal pour beaucoup d’entre nous, réside le secret de l’équilibre du couple, qu’on le veuille ou non, l’amour et faire l’amour n’étant finalement que le résultat de processus chimiques et hormonaux triviaux sur lesquels nous n’avons aucun pouvoir.

 

http://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/03637751.2014.926377#.U7Q9phbTYnE