Économie française : encéphalogramme plat !

La croissance économique d’un pays peut être estimée par deux approches toujours valables compte tenu de la forte dépendance de la plupart des économies occidentales aux combustibles fossiles : la consommation de ces derniers ou l’émission dans l’atmosphère de divers gaz résultant de cette consommation. Une série de satellites permet d’obtenir en temps réel les émissions de CO2 et d’oxydes d’azote provenant de la combustion de ces combustibles fossiles. Leur utilisation se répartit entre la production d’électricité, le transport terrestre, le transport aérien, le transport maritime, l’industrie et le chauffage urbain et résidentiel. Ce dernier poste de consommation (ou d’émission de CO2) est saisonnier. L’agrégation de toutes ces données a permis de mettre en évidence une profonde dépression économique à l’échelle mondiale au cours de la première moitié de l’année 2020 en comparaison de la même période de l’année 2019 :

Ce déclin a été le plus violent aux USA et en Europe. Et parmi les pays de l’Union européenne les plus « économes » en combustibles fossiles durant les 6 premiers mois de l’année 2020 on trouve l’Espagne avec 18,8 % d’émissions de CO2 (ou de combustion de combustibles fossiles) en moins par rapport à la même période de 2019 suivie par l’Allemagne et le Royaume-Uni (moins 15 %) la France (moins 14,2 %) et l’Italie (moins 13,7 %). Il est opportun sinon nécessaire de faire une correction pour la France car ce pays a utilisé très peu ou pas du tout de combustibles fossiles pour générer de l’électricité en regard des autres pays européens où cette utilisation de combustibles fossiles est dédiée pour 50 % à cette production d’électricité. Pour la France, pays qui intéresse la majorité des lecteurs de ce blog, si le paysage énergétique était sensiblement équivalent à celui des autres pays européens la chute des émissions de CO2 correspondrait donc à un ralentissement profond de l’activité industrielle utilisant des combustibles fossiles combiné à un ralentissement des transports terrestres autres que les chemins de fer majoritairement électrifiés.

Considérant donc que l’utilisation de combustibles fossiles est un marqueur de la vivacité de la croissance économique et que dans les pays européens cette utilisation est en moyenne dédiée à hauteur de 50 % à la production d’énergie électrique, alors cette chute des émissions de CO2 (ou de consommation, virtuelle, de combustibles fossiles) n’est plus, pour la France, de 14 % mais de 28 %. Dans un précédent billet sur ce blog je prévoyais déjà en mai une chute globale de l’économie française de 20 % pour l’année 2020 (lien ci-dessous) il serait plus probable que cette chute atteigne au mieux 25 % voire au pire 28 % comme je viens de le mentionner. Je n’aimerais pas du tout être aujourd’hui un membre du gouvernement français qui ne cesse de répéter de manière mensongère que la chute de l’activité économique française ne dépassera pas 10 % en 2020 … et avec ce reconfinement qui vient d’être mis en place pour une durée inconnue la situation pourrait bien atteindre ces 28 % de chute, une catastrophe aux conséquences dramatiques dont le gouvernement français n’a pas l’air de se préoccuper !

Source : https://doi.org/10.1038/s41467-020-18922-7 en accès libre. Je suggère à mes fidèles lecteurs d’ouvrir cet article et de regarder en détail la Figure 2.

Autre lien: https://jacqueshenry.wordpress.com/2020/05/15/en-france-les-ecolos-deconfines-ont-repris-les-manettes-pour-le-pire/