Chronique japonaise (suite)

Mon fils a pris deux jours de congés de maladie, terrassé par une gastroentérite, j’en ai été témoin, et il a utilisé un tiers de ses jours de congés de maladie pour l’année 2014. Mais comment fonctionne au Japon le système des arrêts de travail indemnisés pour des raisons de santé ? C’est une vraie information sur laquelle devrait se pencher la ministre de la santé française. Le système d’indemnisation des arrêts de travail pour maladie au Japon reste à l’entière discrétion des entreprises. Dans ce pays il n’y a pas de règle générale imposée par un Etat tout puissant qui comme en France veut s’occuper de tout. La règle généralement adoptée est la suivante : chaque salarié a droit à 6 jours d’arrêt de maladie par an. Au delà de ces six jours les arrêts de travail sont décomptés des congés payés qui sont en général de 15 jours ouvrables par an en dehors des fêtes et autres jours fériés officiels. Si pour les besoins de la cause, plus précisément en raison d’une longue maladie, le malade est immobilisé plus longtemps, il doit obtenir un certificat médical qu’il présente à son assureur qui décidera ou non de prendre en charge cet arrêt de travail si la période d’arrêt a épuisé les jours de congés payés.

Il ressort de ce système qu’au Japon il faut d’abord être vraiment malade pour mettre en jeu ses congés payés et la plupart des salariés japonais réfléchissent plutôt trois fois qu’une pour accepter un arrêt de travail pour fait de maladie, à moins d’un cas de force majeure qui doit de toutes les façons être justifié. Ensuite, de nombreux ongles retournés, des brûlures superficielles, des douleurs parfois imaginaires et de simples rhumes sont tout simplement ignorés, sans parler des congés de maladie pour convenance personnelle, règles douloureuses ou petite déprime passagère à répétition, bref chacun est responsabilisé non pas devant l’Etat tout puissant et protéiforme comme en France et dans bien d’autres pays de l’OCDE mais devant lui-même.

Il existe naturellement des dispositions particulières pour les longues maladies mais encore une fois toutes les justifications doivent être présentées à l’administration ou auprès des compagnies d’assurance privées. On en est encore très loin en France, à plusieurs révolutions près … Mais au fait combien de milliards d’euros pourraient être économisés en France avec une réforme de ce genre s’alignant sur ce système japonais qui n’est pas unique d’ailleurs au Japon ? Et si le gouvernement français prenait une décision en ce sens appliquée à la lettre tant pour le secteur privé que pour le secteur public (surtout le secteur public) qui, au fond de lui-même, réagirait négativement au risque de voir tout le système d’assurance maladie imploser ? Qui irait manifester de Nation à Bastille pour défendre des privilèges acquis qui sont la porte ouverte à toutes sortes de fraudes et d’abus ? Cinq, dix milliards, quinze milliards d’économies ?

Les Japonais sont donc globalement en bonne santé et la meilleure preuve est le nombre de centenaires que compte le pays mais le vieillissement de la population fait aussi que le système de santé public est en déficit et le serait certainement beaucoup plus si le dispositif d’indemnisation des congés de maladie était aussi laxiste que celui appliqué en France !