Les petits pays insulaires envisagent de poursuivre en justice les émetteurs de carbone !

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Si on exclut les riches expatriés et les fonctionnaires anglais, australiens et français le Vanuatu, ancien condominium franco-anglais des Nouvelles-Hébrides, est classé parmi les pays les plus pauvres du monde. À Port-Vila, la capitale, il y a un parlement, le palais du Président de la République et des ministères disséminés dans la ville. Autour de celle-ci, encore une fois en excluant les quartiers résidentiels de luxe peuplés d’expatriés, il y a dissimulés dans la forêt des quartiers peuplés de « Ni-vans » venus de toutes les îles de l’archipel, attirés par les opportunités d’emploi dans les restaurants, les hôtels ou simplement comme domestiques chez un riche expatrié installé dans ce pays car c’est un des paradis fiscaux les plus opaques du monde. Quand il y a un cyclone ces accumulations de cases construites avec toutes sortes de matériaux récupérés ici ou là sont alors exposées au regard et on se demande comment toutes ces familles peuvent vivre ainsi. Surtout à Port-Vila et après un cyclone ce contraste entre les riches et les pauvres est presque insupportable.

L’archipel se trouve exactement dans la trajectoire des cyclones souvent dévastateurs sans oublier les tremblements de terre, les tsunamis et les volcans dont certains sont particulièrement dangereux. Bref, compte tenu de cette pauvreté de la population indigène, le gouvernement du Vanuatu, pays vivant de revenus inavouables et de confortables subventions de la Grande-Bretagne, de la France, les anciens pays colonisateurs, et aussi de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande, de la Chine et des USA, a toujours besoin d’argent et il vient d’émettre l’hypothèse d’un dépôt de plainte à l’encontre des grandes compagnies pétrolières et des plus importants pays émetteurs de carbone car l’archipel est menacé par le réchauffement climatique d’origine humaine. Rien que ça !

Le Ministre des Affaires étrangères du Vanuatu, un certain Ralph Regenvanu, a déclaré qu’il allait mettre sa menace à exécution. Le souci est que son voisin, l’Australie, l’un des pays les plus émetteurs de carbone par habitant et très important exportateurs de charbon, a immédiatement déclaré qu’il refuserait de payer un quelconque dollar (australien) s’il comptait parmi les pays poursuivis. Greenpeace qui est partie prenante dans ce genre de combat contre les producteurs de pétrole, de gaz et de charbon a immédiatement assuré de son soutien le gouvernement du Vanuatu, selon Jennifer Morgan, Directrice exécutive de Greenpeace International. Attendons d’assister au déroulement de cette future « class-action » car le Vanuatu cherche déjà d’autres petits pays qui « risquent » leur survie en raison du réchauffement du climat qui, pourtant, ne cesse de jouer au chat et à la souris depuis près de 20 ans …

Source et illustration : The Guardian. Selon toute vraisemblance il s’agit de la plage de Mélé avec en arrière plan les faubourgs ouest de Port-Vila lors du cyclone dévastateur Pam (2015, catégorie 5) mais que mes lecteurs se rassurent car lors d’un cyclone de catégorie 5 personne ne sort à découvert et la photo a été probablement prise alors que la dépression était déjà partie vers le sud. J’écris ceci car j’ai vécu trois cyclones dans ce pays dont deux de catégorie 5 …

Note. Le Vanuatu compte 275000 habitants autochtones d’origine mélanésienne répartis dans 82 îles et îlots volcaniques, dont 65 d’entre eux sont inhabités, disséminés sur un axe nord-sud de 1285 km entre les Îles Fiji et la Nouvelle-Calédonie. Il y a 22 volcans pour la plupart actifs dont 4 sous-marins dans l’archipel du Vanuatu. Pour l’anecdote il existe dans ce pays environ 150 dialectes différents hors le bislama, langue vernaculaire, l’anglais et le français, les trois langues officielles. Une partie de la population indigène vit encore isolée dans la forêt bien qu’alphabétisée. Les cultes catholiques et anglicans, réminiscences de l’occupation franco-anglaise, sont menacés par le prosélytisme évangéliste très actif. Enfin, mises à part les villes de Port-Vila et Luganville dans l’île de Santo, peu d’autres agglomérations disposent de l’électricité. L’action du gouvernement du Vanuatu est de profiter d’une opportunité « climatique » pour donner un peu d’oxygène aux finances du pays.