La première mondialisation financière : l’argent de Potosi

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Il ne reste aujourd’hui qu’une montagne dont la base se trouve à plus de 4000 mètres d’altitude, rongée de l’intérieur par des milliers de galeries de mine, entourée d’une ville de près de 150000 habitants menacés d’être les victimes d’un éboulement de cet édifice pierreux. En effet, cette montagne, le Cerro Rico qui se trouve en Bolivie renferme encore d’importantes réserves de minerai d’argent et d’étain.

Le Cerro Rico (montagne riche) de Potosi fut intensivement exploité pour extraire l’argent du minerai dès les années 1530 et la technique de l’amalgame avec du mercure mise au point au début des années 1550 par le Sévillan Bartolomé de Medina au Mexique provoqua une augmentation spectaculaire de la production d’argent. En quelques années cette bourgade compta plus d’habitants qu’aujourd’hui ce qui en fit la plus grande ville du monde avec jusqu’à 200000 habitants, plus peuplée que Londres, Milan, Séville ou Paris en comptant les milliers de travailleurs forcés dont l’espérance de survie était limitée à quelques mois. Il fallait extraire l’argent à grande échelle et elle devint également la première grande ville industrielle du monde. Potosi était enviée par les rois, en particulier le Roi d’Espagne, pays propulsé première super-puissance financière mondiale.

Les mineurs littéralement kidnappés dans tout les pays environnants et forcés de travailler pour extraire chaque jour près d’une tonne de minerai et le descendre sur les pentes de la montagne dans des sacs pesant jusqu’à 50 kilos jusqu’aux centres de purification avaient une espérance de vie très limitée et il fallait renouveller cette main-d’oeuvre gratuite chaque jour. Durant la période la plus active, de 1570 à 1610, toute cette main-d’oeuvre forcée à travailler dans la mine du Cerro Rico provoqua un effondrement démographique de la Bolivie mais aussi de l’Equateur et du nord du Chili. L’argent commença alors à se raréfier mais l’exploitation de la montagne pour extraire l’argent se termina au début du XIXe siècle. Aujourd’hui seul l’étain est encore extrait avec un peu d’argent.

Les conséquences de cette afflux massif d’argent vers l’Europe furent immenses. Le commerce fut bouleversé, que ce soit le trafic d’esclaves, les tissus, les épices et bien d’autres produits tout autour de la planète. Il provoqua des guerres (il faisait plutôt froid à l’époque en Europe) entre les Espagnols, les Anglais et les Hollandais mais cet argent les aida aussi à maîtriser les ambitions territoriales des Ottomans. L’afflux de monnaie conduisit à des bulles spéculatives commerciales jusqu’à Macao en Chine (dynastie des Mings) mais aussi en Andalousie, en France et en Hollande avec la première globalisation de l’économie qui pénétra aussi les tribus arabes nomades. Et pourtant ce n’était pas de la fausse monnaie comme aujourd’hui mais les effets pervers de cet afflux gigantesque de monnaie ont pourtant tendance à se reproduire aujourd’hui avec la confusion faite par les économistes et le monde politique entre monnaie, strict intermédiaire dans les échanges commerciaux, et création de richesse, ce qu’Adam Smith avait parfaitement décrit. L’afflux massif d’argent depuis Potosi provoqua cette confusion qui mènera plus tard le royaume d’Espagne à la ruine.

Les plus importants acteurs commerciaux à l’export : l’Allemagne en tête !

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Pour la première fois depuis des dizaines d’années les barrières douanières s’accroissent dans le monde entier. Les négociations du Brexit ont créé un environnement d’incertitude et depuis l’élection de Donald Trump des mesures pénalisantes sur les importations vers les USA d’acier et d’aluminium en provenance d’Europe, les sanctions américaines unilatéralement décidées par Washington à l’encontre de l’Iran et de la Russie ont encore aggravé ce climat d’incertitude avec également la Chine maintenant dans le collimateur de la Maison-Blanche.

Dans ce paysage économique la carte ci-dessus est instructive à plusieurs égards. Si la guerre commerciale décrétée par les USA dans le cadre du programme « America First » de Donald Trump, parmi les 10 principaux pays exportateurs dans le monde la moitié sont des pays européens. Le Japon et la Corée sont des pays de facto contrôlés par les USA – ce sont deux pays qui depuis la fin de la seconde guerre mondiale, pour le Japon, qui accueille et entretient quelques 50000 militaires américains et la Corée, truffée de bases américaines équipées d’armes de destruction massive – il est peu probable que les Américains surtaxent les produits exportés par ces deux pays vers le leur. Les gros morceaux ce sont la Chine + Hong-Kong avec 2813 milliards de dollars d’exportations vers le monde entier et le suivant sur la liste est … l’Allemagne ! On peut s’attendre à quelques frottements entre les Allemands et les Américains dans les prochains mois surtout au niveau des exportations allemandes de véhicules automobiles. Le cas de l’Allemagne a de quoi faire nerveux Donald Trump car il ne peut que constater que chaque Allemand (83 millions) produit à l’export 18000 dollars chaque année (2017) alors que la performance américaine n’est en comparaison que de 4730 dollars chaque année, quatre fois moins que l’Allemagne, et deux fois moins que la France ! Il y a carrément de quoi énerver Donald Trump. Conclusion l’Allemagne est la cible de l’occupant de la Maison-Blanche et ceci explique en partie pourquoi le gazoduc Nordstream-2 préoccupe au plus haut point les USA.

Et comme les USA, au final, contrôlent l’Europe comme ils contrôlent d’ailleurs le Japon et la Corée alors tous les coups tordus de la propagande font que par exemple le Danemark s’inquiète de la mise en place du gazoduc Nordstream-2. C’est une vraie blague !

Source : HowMuch.net