Quelques mémoires de ma carrière de chercheur en biologie (suite et fin)

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Le cas d’un fongicide (épilogue)

Mes travaux arrivaient à leur terme (voir les liens en fin de billet) après plus de deux années de difficiles moments de doute et de remises en question. J’avais en effet parfois douté en effet de mes capacités d’analyse. La remise en question de ses propres travaux par un chercheur fait partie de son éthique surtout quand ces travaux sont essentiellement expérimentaux. Beaucoup de mes collègues à qui je confiais mes états d’âme avaient tenté de me dissuader de continuer mes investigations en particulier ceux du sérail, c’est-à-dire les chercheurs employés par la firme chimique qui réalisait de confortables bénéfices en particulier avec cette molécule. Il suffisait de constater l’opulence du laboratoire en comparaison des laboratoires universitaires qui comme on a coutume de le dire dans les chaumières « tiraient le diable par la queue » pour simplement survivre. J’allais donc voir mon supérieur hiérarchique qui me répondit sèchement que j’avais choisi de travailler sur une molécule de la compagnie et que je devais assumer mes responsabilités.

Il me conseilla de rédiger un article relatif à la purification de l’enzyme et de « fermer ma gueule ». Néanmoins je je tins pas compte de sa mise en garde et j’organisais une conférence, ce qui m’occupa trois semaines pour préparer la présentation. Tout le Centre de Recherche se retrouva le jour où j’allais exposer les résultats de mes travaux excepté le Directeur des recherches et mon supérieur hiérarchique du CNRS, par ailleurs membre du Collège de France. Curieuse absence qui sans vraiment m’inquiéter me perturba tout de même un peu. Mon exposé était mal ficelé et il fut l’objet de critiques acerbes émanant des anciens qui avaient travaillé sur ce produit près de 20 ans auparavant, mais sur des points de détail, en tous les cas selon mon point de vue. J’étais en effet convaincu de la validité de la totalité de mes travaux qui formaient un tout cohérent et difficilement réfutable.

Le lendemain je fus convoqué par le « chef-produit » en charge de l’Iprodione qui rapportait plus de 750 millions de francs de bénéfices nets à la société et il me dit clairement qu’il était hors de question que je publie quoi que ce soit au sujet de mes résultats. Quelques jours plus tard mon supérieur, reconnaissant la valeur de mon travail me proposa une promotion au grade de directeur de recherches à condition de me taire, ce que je refusais en bloc. Puis il me conseilla de m’intéresser à un autre sujet comme par exemple la résistance des bananiers aux attaques virales. Une blague ? Je ne connaissais rien des bananiers et encore moins de la virologie phytopathogène. Puis je suis parti assister à deux congrès internationaux sur les bananes à Brisbane puis à Kuala-Lumpur et j’établis de solides contacts avec des spécialistes du bananier et j’entrepris une étude bibliographique minutieuse et découvris que l’on pouvait diagnostiquer aisément si une plantule de bananier produite in vitro pouvait être génétiquement satisfaisante pour le planteur par simple imagerie en fluorescence infra-rouge sous éclairage ultra-violet. Ce n’était pas une vue de l’esprit de ma part car il ressortait à l’issue de cette étude bibliographique exhaustive que j’avais réalisé qu’il s’agissait d’une histoire de pigments qu’exprimaient ou non ou plus ou moins normalement les bananiers, sans entrer dans des détails complexes.

J’eus alors l’idée d’une réalisation expérimentale dans une serre d’acclimatation des plantules produites in vitro dans une petite entreprise de Montpellier. Je fis un voyage à la Guadeloupe (à mes frais) pour mettre au point ce projet avec un horticulteur de Saint-François. À mes temps perdus je rédigeais un brevet pour protéger mon idée. Lorsqu’arriva le moment où j’allais me décider à partir à Saint-François mettre en place la réalisation de mon idée je fus convoqué par le CNRS à Paris qui me signala que je devais reverser 30 % de mes royalties à l’Etat car mon brevet était une propriété du CNRS. Je fus totalement découragé car mon business-plan n’allait même pas pouvoir me rémunérer sans salaire du CNRS pour survivre en étant optimiste au moins durant les 3 premières années. Je ne pris même pas la peine d’exposer ma position à mon supérieur au sujet des bananiers quand il vint me demander où j’en étais. Pour toute réponse je lui donnais ma lettre de démission. Je vendis tous mes biens et je partis dans les îles des mers du sud. C’est ainsi qu’au Vanuatu j’eus le plaisir de créer une petite entreprise très lucrative d’exportation de productions végétales locales.

Finalement j’aurais été probablement plus productif en faisant du business mais pour créer une entreprise il faut des idées et j’avais acquis ces idées au cours de ma carrière de chercheur dans un organisme public. Aujourd’hui l’Iprodione est toujours en vente car on n’a pas trouvé d’alternative aussi efficace. Il n’y a jamais eu d’accident sanitaire (comme d’ailleurs pour le glyphosate dont je vécus l’avènement de l’intérieur du centre de recherche) et parfois il me semble avoir vécu une sorte de fiction durant toutes ces années …

https://jacqueshenry.wordpress.com/2018/12/08/quelques-memoires-de-ma-carriere-de-chercheur-en-biologie-4/

https://jacqueshenry.wordpress.com/2018/11/03/quelques-memoires-de-ma-carriere-de-chercheur-en-biologie-3/

Sauvons le soldat Olivier Voinnet ! Il peut compter sur mon soutien …

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Il faut être spécialiste dans le domaine de la biologie moléculaire pour comprendre les enjeux des microRNAs et de la lutte acharnée entre divers laboratoires de recherche en pointe dans ce domaine, une lutte à mort car tous les moyens sont bons pour discréditer des collègues gênants y compris les coups bas dans une sorte de pugilat sanglant. Pour comprendre l’enjeu des microRNAs (micro ARNs en français) il est nécessaire de faire un petit résumé des travaux dans ce domaine relativement nouveau de la biologie. De tout petits ARNs d’environ 22 bases ont été découverts un peu par hasard dans un nématode (C. elegans) très utilisé en biologie puis on a retrouvé ces mêmes curieux petits fragments dans une plante très simple que les généticiens des plantes affectionnent, l’arabette (A. thaliana). Ce sont des sortes de messages émis par le noyau cellulaire vers la machinerie de synthèse des protéines et ces petits bouts d’acide nucléique viennent reconnaître des séquences des ARN messagers et bloquent alors la traduction de ces derniers en protéines. On appelle ce mécanisme le « gene silencing » qui signifie en gros que l’expression d’un gène est stoppée. Chez l’homme c’est à peu près la même chose et les applications potentielles de ces petits ARNs qu’on peut très facilement synthétiser avec des machines et modifier légèrement pour qu’ils aient une durée de vie prolongée dans l’organisme sont immenses dans toutes sortes de domaines thérapeutiques, depuis la modulation du système immunitaire au traitement d’une maladie d’origine métabolique en passant par des traitements innovants de certains cancers ou tout simplement des applications de confort comme éviter que les cheveux blanchissent avec l’âge, que sais-je encore puisque les applications sont gigantesques et non encore toutes explorées.

Devant une telle situation, il est compréhensible qu’il y ait une lutte acharnée pour protéger immédiatement toute trouvaille pouvant avoir des applications potentielles dans n’importe quel domaine, non seulement en médecine humaine mais également pour améliorer les plantes ou les animaux sans modifier leur patrimoine génétique, en quelque sorte le rêve des écologistes. Il se trouve qu’un Français spécialiste dans le domaine des microRNAs est dans le collimateur de ses détracteurs car quelle que soit la qualité d’une publication scientifique, on peut toujours trouver une petite bête qui éveille alors des soupçons nauséabonds alimentés par la jalousie. Voinnet a près de 100 publications à son actif dans ce domaine et des petits malins en ont décortiqué quelques unes, une quarantaine, et trouvé de drôles d’illustrations qui paraissent « trafiquées » pour mieux illustrer le contenu des articles. Certaines de ces figures réapparaissent dans plusieurs articles sans qu’on ne se soit jamais posé la question de savoir si ces détails étaient cruciaux pour la qualité de l’ensemble du travail présenté. Un site polémiste appelé PubPeer et spécialisé dans le « contrôle-qualité » des publications scientifiques a débusqué entre le 4 et le 14 septembre dernier ce qui a été qualifié de supercherie de la part de Voinnet. Dans 11 articles cosignés par ce spécialiste des microRNAs des illustrations suspectes ont été détectées. Le Web s’est alors déchainé, on ne pouvait pas s’attendre au contraire, pour descendre en flammes cet « arrogant » biologiste qui a été nommé professeur à l’Ecole Polytechnique Fédérale de Zürich (EPFZ) en 2010 et dirige maintenant une équipe de trente personnes tout frais sorti du giron du CNRS qu’il a parfaitement bien fait de quitter car il s’agit d’un des pires paniers de crabe du monde scientifique où seul l’usage du cyanure est encore prohibé !

La rumeur a donc pris de l’ampleur et tous les moyens sont maintenant utilisés pour ternir la réputation de Voinnet. On est même allé jusqu’à raconter que son propre laboratoire était particulièrement bordélique et qu’il ne suivait pas de près les travaux et les manuscrits de ses collaborateurs, en quelque sorte une brebis galeuse qu’il faut éliminer du troupeau des scientifiques comme un certain Willie Soon à propos du changement climatique (voir le lien). Cette histoire d’illustrations supposées « trafiquées » relève de la comédie sinon de l’affabulation de la part des détracteurs de Voinnet. J’ai probablement publié une dizaine de fois la même figure dans des revues scientifiques de haut niveau à comités de lecture et des ouvrages genre « Annual Reviews » sans que jamais il ne me fut opposé la moindre remarque alors que le contexte de ces illustrations différait d’une publication à une autre. C’est basiquement ce qu’a fait Voinnet en toute bonne foi sans jamais imaginer qu’un jour une bande de vautours déciderait de le dépecer sur la place publique. Je ne suis pas du tout spécialiste des microRNAs et je ne peux pas juger de la supercherie, s’il y a d’ailleurs eu réellement supercherie, ce dont personnellement je doute, et je ne peux que me désoler des agissements inqualifiables d’une frange de scientifiques médiocres, envieux, dénués de toute créativité, pataugeant dans des recherches obscures faute de financement et surtout d’idées nouvelles.

Je suis allé musarder sur PubMed pour lire un article de Voinnet en libre accès, il n’est plus disponible (voir le lien) ! La mise à l’index d’un brillant biologiste est programmée et il serait très intéressant de connaître in fine qui manipule les détracteurs de ce monsieur qui a déposé une bonne dizaine de brevets bridant les prétentions des grands laboratoires pharmaceutiques car il y a gros à parier et le pari est gagnant avec les microRNAs. Après la gigantesque imposture du réchauffement climatique et les agissements plus que douteux d’Al Gore et de ses sbires, nommément Greenpeace et autres organisations terroristes sans oublier de mentionner les milliers de laboratoires qui fraudent impunément et ouvertement parce qu’il faut être dans la ligne politique du réchauffement, voilà qu’on va trainer dans la boue pour des broutilles insignifiantes, excusez le pléonasme, un génie atypique qui dérange la nomenclatura politique et pseudo-scientifique en place en particulier en France au CNRS, organisme notoirement connu pour favoriser les encartés au syndicat de la recherche scientifique d’obédience marxiste et les copains des copains politiciens de gauche …

Source et illustration : http://www.letemps.ch/Page/Uuid/05f9cca4-d7c2-11e4-95aa-b84293f29f2d/Star_de_la_biologie_dans_la_tourmente

https://jacqueshenry.wordpress.com/2015/02/27/la-controverse-de-wei-hock-willie-soon-ou-la-delation-verte/

http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/25437534

Réponse à Irène Pereira (LePlus du NouvelObs), toujours à propos de l’imposture Séralini

Réponse à Irène Pereira (LePlus du NouvelObs)

Toujours à propos de l’étude de Séralini, qui à mon humble avis d’ancien chercheur scientifique, est une imposture, je voudrais répondre à Madame Pereira, docteur en sociologie (science que je ne considère pas, toujours à mon humble avis, comme exacte) en lui narrant une expérience personnelle relative à la découverte du mode d’action d’un fongicide connu entre autres noms commerciaux sous le nom de Rovral depuis le milieu des années 70 et contenant comme principe actif l’iprodione.
Au début des années 90, je poursuivais mes travaux de recherche dans l’un des rares laboratoires français de l’époque réalisant des études sur les plantes transgéniques. Il s’agissait du Centre de Recherche de Rhône-Poulenc Agrochimie où j’ai passé treize années de ma carrière de chercheur en biologie, non pas sur les plantes transgéniques qu’on appelle depuis des OGM, terme fourre-tout qui ne veut pas dire grand chose, mais sur diverses voies métaboliques chez les plantes pouvant constituer des cibles potentielles pour de nouveaux herbicides (entre autres travaux).
Je rappelle au passage que Jean-René Fourtoux (sans faire de jeu de môts) liquida purement et simplement ce fleuron de l’industrie française qu’était Rhône-Poulenc Agro pour la plus grande satisfaction des actionnaires du groupe mais c’est une autre histoire.

Bref, en ma qualité d’enzymologiste, je me suis intéressé au mode d’action de l’iprodione, les données de la littérature scientifique d’alors étant contradictoires et ne permettant pas d’expliquer clairement quelle était la cible primaire de ce fongicide. Seul un faisceau d’observations macro- et microscopiques pouvait éventuellement laisser penser que ce fongicide avait un effet sur la paroi cellulaire du champignon, mais seulement quand les cellules se divisaient.
Pour mes lecteurs, je précise que les champignons phytopathogènes sont des organismes microscopiques qui se mutiplient un peu comme les bactéries et se nourrissent en perçant la paroi cellulaire des plantes à l’aide d’excroissances spécialisées.
Quand j’ai initié cete recherche non seulement je savais que j’allais entreprendre un travail complexe et de longue haleine mais que je devrais en cas de succès affronter les commerciaux de la société qui seraient automatiquement contraints de faire une nouvelle demande d’autorisation de mise sur le marché au cas où mes recherches constituent un élément scientifique nouveau pouvant éventuellement conduire à une remise en cause de l’inocuité du produit. Enfin, les résultats de la littérature de l’époque étaient pour le moins troublants et non concluants. Cependant, quelques éléments me permirent d’échafauder une hypothèse de travail intellectuellement satisfaisante comme par exemple l’éclatement de la paroi du champignon en cours de division et un déficit en acide ascorbique (vitamine C) induit par le fongicide. Sachant que les parois cellulaires sont constituées d’éléments contenant des sucres et que l’acide ascorbique est synthétisée à partir de glucose, une cible potentielle devait se trouver dans la voie d’assimilation du glucose vers des métabolismes tels que ceux permettant la constitution des parois cellulaires et de l’acide ascorbique.
Sachant que les organismes vivants y compris l’homme, sont incapables d’ajouter un phosphate en position 1 du glucose (je suis désolé pour mes lecteurs mais je dois entrer dans les détails) un candidat possible était l’enzyme qui transfert le phosphate de la position 6 à la position 1 du glucose et qui commande l’ensemble des voies métaboliques en amont du glucose, pour la synthèse de polyosides dont le glycogène et … de l’acide ascorbique. Pour prouver que l’enzyme en question était bien la cible il fallait le purifier à l’homogénéité pour vérifier si l’iprodione avait un effet sur son activité. Tel ne fut pas le cas, l’iprodione en tant que telle n’avait aucun effet sur l’activité de cet enzyme, ce qui compliquait sérieusement la validation éventuelle de l’hypothèse envisagée, mais heureusement que des souches résistantes de champignon existaient et étaient accessibles au laboratoire. Les champignons résistants permirent de valider l’hypothèse émise mais aussi de mettre en évidence une dégradation de la matière active en divers composés dont l’un se révéla être un inhibiteur extrèmement puissant de l’enzyme suspecté pouvoir être la cible primaire du fongicide en question.
Non seulement les purifications de l’enzyme d’une souche sauvage et d’une souche résistante permirent au final de bien prouver que l’enzyme en question était bien la cible primaire, mais la purification et la caractérisation du produit de métabolisation de la matière active initiale inactive était bien l’inhibiteur de l’enzyme en utilisant un marquage radioactif pour pouvoir quantifier par rapport au produit initial le pouvoir inhibiteur de ce produit de dégradation qui fut synthétisé et étudié en détail après élucidation de sa structure par spectrographie de masse.
Je passe sur les détails qui ne relèvent pas du propos de mon billet, mais la démarche scientifique que j’adoptai alors fut la plus scrupuleuse possible et aurait tout aussi bien pu aboutir à une infirmation de l’hypothèse de départ.
Ce travail n’a jamais pu être publié malgré l’exemplarité de son exécution pour deux raisons : Rhône-Poulenc s’est opposé à la publication car le produit découvert est un diabétogène potentiellement puissant, et après avoir démissionné du CNRS en partie à cause de ce fiasco, j’ai tenté de publier ce travail directement alors que je n’étais plus localisé dans un environnement universitaire. Il a été refusé car les référés, à la lecture de leurs commentaires, étaient de toute évidence liés à l’industrie phytosanitaire, car qui connait mieux les fongicides que les industriels et les quelques universitaires courageux qui tentent de développer dans un coin de leur laboratoire des recherches souvent parcellaires par manque de capitaux.
Je travaillais au sein d’une entreprise d’agrochimie et j’ai eu la malencontreuse idée d’oeuvrer contre les intérêts de cette entreprise.

Dans le cas des travaux de Séralini, l’hypothèse de travail était la toxicité du maïs de Monsanto et tous les moyens ont été bons pour le prouver quitte à la limite à truquer les résultats. Ce n’est pas une philosophie acceptable et même un étudiant en sociologie le reconnaîtrait. J’espère qu’un laboratoire indépendant, dirigé par un vrai scientifique et non un idéologue borné, infirmera rapidement ces résultats et obligera cet individu à se rétracter publiquement pour lui éviter d’être tout simplement radié de l’université car une telle attitude nuit à l’ensemble de la communauté scientifique française. Que Madame Pereira fasse donc de la sociologie du milieu scientifique et comprenne finalement que le militantisme n’est pas compatible avec une recherche scientifique honnête et sans parti pris !!!

Lien de l’article de Madame Pereira :
http://leplus.nouvelobs.com/contribution/630291-etude-de-seralini-sur-les-ogm-science-et-militantisme-ne-sont-pas-incompatibles.html#reaction