Le rôle du clitoris revisité

En avant-propos de ce billet je ne voudrais pas que mes lecteurs croient que je suis un obsédé du sexe. Chaque fois que j’écris un billet sur la sexualité, pourtant au centre de la vie quotidienne de tout couple hétéro- ou homo-sexuel normalement constitué, je constate que les commentateurs de ces billets, que je remercie ici, se font rares car ils n’osent pas s’aventurer ou s’épancher en exposant leur opinion au sujet des choses du sexe. Le climat, ou la constante de Hubble ( ! ) c’est plus intéressant, « vraiment au centre des préoccupations de tous les jours », j’allais dire plus payant, alors que mon blog est gratuit … Pourtant quelle que soit l’évolution du climat et de la cosmologie, le sexe restera toujours au centre de la vie quotidienne, qu’on le veuille ou non. Je qualifierai n’importe quel lecteur de mon blog ne jugeant pas opportun de laisser un commentaire même bref, alors qu’il en a très envie, au sujet de ce billet tout simplement de se mentir à lui-même … La suite de ce billet présente donc succintement une fantastique compilation de tous les travaux relatifs au clitoris, de son rôle dans la reproduction et naturellement de son rôle dans le plaisir sexuel de la femme, compilation écrite minutieusement par le Docteur Roy J. Levin. Bonne lecture !

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La première description anatomique détaillée du clitoris est attribuée à Matteo Realdo Colombo, un chirurgien et anatomiste qui enseigna l’anatomie à Padoue vers les années 1540. Colombo (illustration, ne pas confondre avec l’inspecteur) attribua au clitoris une fonction sexuelle en insistant sur le fait que la partie visible de cet organe à part entière, pour lui, était prolongée autour de l’entrée du vagin. Cette découverte fut oubliée pendant de nombreuses années car si Colombo écrivit que « le clitoris est le siège du plaisir féminin » dans ses écrits d’anatomie intitulés « De Fabrica » et publiés après sa mort en 1559 il fallut attendre la publication en 1844 du recueil du Professeur d’anatomie allemand Georg Kobelt pour enfin trouver une description anatomique exacte de l’ensemble de cet organe sans toutefois lui attribuer un rôle physiologique particulier (illustration ci-après). À nouveau le clitoris tomba dans l’oubli et personne ne se pencha sur la fonction du clitoris dans la reproduction. Quant à sa fonction favorisant le plaisir sexuel féminin il n’était plus question d’en parler, le XIXe siècle profondément pudique ayant répandu une chape de silence sur la science de la sexualité. Des médecins comme Sigmund Freud préconisaient l’ablation chirurgicale du clitoris pour soigner les femmes « trop portées sur le sexe », comprenez les nymphomanes, et des centaines de publications ont nié toute implication de cet organe dans le mécanisme de la reproduction. En quelque sorte le clitoris était diabolisé.

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Il faudra attendre les travaux des Docteurs William Masters et Virginia Johnson (M&J) effectués de 1957 à 1990 concernant la nature de la réponse sexuelle humaine pour enfin attribuer au clitoris sa vraie fonction physiologique dans le processus de reproduction. L’ouvrage de Masters et Johnson « Human Sexual Response » publié en 1966 constitue une étape déterminante dans la compréhension du rôle du clitoris dans le processus complexe de la reproduction, ce processus débutant par la pénétration du pénis dans le vagin pour que le sperme soit déposé au bon endroit, c’est-à-dire le plus près possible du col de l’utérus. Afin que cette pénétration ne soit pas douloureuse il faut que le vagin soit « lubrifié » naturellement à défaut de lubrifiant exogène et c’est là que débute le rôle du clitoris.

Tout commence, comme le décrivirent pour la première fois clairement et en détail M&J, par le désir sexuel. Comme toute manifestation de désir la finalité de ce dernier est d’aboutir à une récompense. Dans le cas du désir sexuel la récompense sera l’orgasme. Chez la femme ce désir sexuel, au sens physique du terme, est favorisé par une stimulation de la partie externe du clitoris. Le clitoris a été trop souvent considéré uniquement comme l’organe du plaisir féminin et sa fonction première dans le mécanisme de reproduction a été sinon ignorée, du moins minimisée et que M&J ont démystifié comme étant une fausse association entre le plaisir de la femme et le processus de reproduction. De fait, une femme n’éprouvant aucun plaisir peut parfaitement être fécondée au cours d’un rapport sexuel mal vécu et cette observation banale conduisit beaucoup de praticiens à dissocier le plaisir sexuel de toute autre fonction physiologique, pour eux inexistante.

M&J ont montré que la stimulation du clitoris provoque une augmentation du rythme cardiaque ayant pour premier résultat une augmentation de la pression artérielle. En conséquence le débit sanguin au niveau du vagin augmente significativement. La vasomotricité de ce tissu est diminuée. Presque simultanément il y a l’apparition d’une transudation neurogène du tissu vaginal qui provoque une lubrification. Ce n’est pas tout : l’augmentation de la pression artérielle a aussi pour effet d’augmenter la pression partielle d’oxygène au niveau de l’épithélium vaginal. Ce n’est pas un détail car les spermatozoïdes, pour se déplacer, consomment beaucoup d’oxygène. Les sécrétions permettant la lubrification du vagin ont aussi pour autre rôle d’augmenter le pH de la lumière vaginale. Le vagin est en effet colonisé par des lactobacilles qui excrètent de l’acide lactique et ce pH légèrement acide (environ pH = 6) protège le vagin des agressions externes par des microorganismes indésirables.

Curieusement tous ces éléments factuels étudiés en détail pendant de nombreuses années par M&J n’ont que peu été pris en considération par les sexologues qui dissocient encore la fonction de plaisir du clitoris de sa fonction collaborative dans le processus de reproduction. Pourtant divers auteurs ont remarqué que le volume du clitoris augmentait significativement durant les quelques jours suivant l’ovulation, jusqu’au jour 20 suivant cette ovulation, une sorte d’ « érection » favorisée par un afflux de sang sous dépendance hormonale, le taux d’estradiol et de FSH augmentant au moment de l’ovulation. Cette observation prouve bien que le clitoris joue un rôle dans le processus de reproduction puisqu’il est particulièrement sensible durant l’ovulation et les quelques jours qui suivent.

Au niveau cérébral, au cours d’une stimulation du clitoris la situation est plutôt simple et elle indique un fonctionnement particulier de cet organe. Le clitoris est innervé par une branche du nerf pudendal comme le pénis chez l’homme alors que le vagin est sous la dépendance du nerf pelvique. Au niveau du cerveau les informations remontant depuis le clitoris affectent presque exclusivement l’insula de l’hémisphère gauche du cortex cérébral. Lors de la stimulation du clitoris et de la partie antérieure du vagin au cours d’un coït (pénétration du pénis) non seulement l’insula est affectée, plus grande activité détectée par imagerie par résonance magnétique ou imagerie par émission de positrons, mais le gyrus temporal supérieur, le thalamus et le gyrus préfrontal droit sont également affectés. Ces effets sur le cerveau bien identifiés par imagerie sont indépendants du cycle menstruel et cette observation est en accord avec le fait que la femme est réceptive durant tout le cycle. Chez les primates, dont les êtres humains font partie, seules les femelles bonobos et dans une moindre mesure les femelles chimpanzés sont réceptives en permanence.

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L’étude du plaisir sexuel s’est aussi penchée sur le cas des femmes excisées, il y en a environ 200 millions dans le monde, et elle a conclu qu’il était très difficile pour ces femmes d’atteindre un orgasme mais qu’en outre la « préparation » du vagin à recevoir le sperme est défectueuse. Les études ne sont pas suffisamment documentées pour montrer que la fertilité de ces femmes est diminuée en raison de l’ablation rituelle du clitoris mais que la lubrification du vagin est systématiquement défectueuse. Un dernier point intéressant est à signaler. Lorsque les petites lèvres fusionnent avec le capuchon clitoridien le gland du clitoris devient alors cryptique car il est complètement dissimulé. Seulement trois cas cliniques ont décrit les effets bénéfiques d’une intervention chirurgicale consistant à réinstaurer l’accessibilité externe du gland du clitoris. Les trois femmes ayant subi cette intervention bénigne ont indiqué que leur vie sexuelle avec tout ce que cela comporte avait été considérablement améliorée. Encore une fois ces exemples prouvent que le clitoris fait partie de la vie intime de la femme outre le fait qu’il est essentiel pour la préparation du vagin à la réception du sperme et donc à la participation de cet organe au processus d’activation des spermatozoïdes, le mécanisme de capacitation étant sous la dépendance non seulement de composants du sperme issus de la prostate mais également des sécrétions vaginales, les sécrétions des vésicules séminales, la majeure partie du sperme, apportant la source d’énergie nécessaire aux spermatozoïdes sous forme de quantités massives de fructose. Ceux-ci n’ont en effet que quelques heures devant eux pour rencontrer un ovule …

Source : Clinical Anatomy, 2019, article aimablement communiqué par son auteur le Docteur Roy J. Levin, biologiste et médecin britannique retraité, https://doi.org/10.1002/ca.23498

Clitoridienne ou vaginale ? Telle est là la question …

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L’idée m’est venue d’écrire ce billet assez décapant pour les âmes sensibles en conversant par courrier électronique interposé avec une amie vivant en France alors que je réside dans une contrée ensoleillée à près de 3500 kilomètres de celle où se trouve celle-ci. J’ai écrit ce billet avant de partir pour Tokyo et j’hésitais beaucoup à le mettre en ligne. Je me suis enfin décidé …

Nous conversions donc très librement de sexualité, de plaisir sexuel tant masculin que féminin, rien de plus naturel puisque le sexe, il faut le reconnaître, se trouve au centre des préoccupations presque quotidiennes de tout un chacun. Tous ceux qui nient cet état de fait de l’homme (et de la femme) d’aujourd’hui sont tout simplement des « faux-culs » comme disaient Brassens, Gainsbourg ou encore Desproges et aussi, il ne faut pas l’oublier l’inoubliable Pierre Perret, des personnages qui ont malheureusement disparu du paysage médiatique contemporain bien-pensant et qui parlaient de sexe sans trop de retenue.

Aujourd’hui être conforme aux usages consiste à parler de mouvements féministes, de LGBT, d’égalité des genres, mais l’aspect fondamental de la sexualité qui diffère entre femmes et hommes en raison de leurs natures génétiques et biologiques différentes est tout simplement ignoré car pour ces idéologues reconnaître cette différence introduirait une sorte de discrimination « genrée ». Donc après plusieurs semaines de réflexions au sujet de l’opportunité de mettre ce billet en ligne j’ai fini par me décider, tant pis pour les âmes sensibles, et je m’excuse auprès d’elles (les âmes sensibles) par avance puisque ma démonstration a voulu que je me trouve acteur dans cette histoire comme vous allez le découvrir.

Cette amie entra dans le vif du sujet en entamant, donc, une conversation relative au plaisir sexuel de la femme. Vaste sujet abordé plutôt par des hommes que par des femmes, ce qui est d’ailleurs surprenant : comme si les hommes s’étaient arrogé le privilège ou le droit d’avoir mis au grand jour le mystère de l’orgasme féminin à la suite de doctes conclusions. Je ne parlerai même pas de Sigmund Freud qui était fondamentalement un pervers sexuel refoulé méprisant profondément les femmes. Pour lui une femme libertine était une hystérique qu’il fallait traiter dans un établissement spécialisé. J’ai toujours adoré les femmes libertines qui aiment le plaisir, pour moi ce sont des femmes normales qui se sont affranchies de la pression moralisatrice issue essentiellement des préceptes religieux qui ont muselé générations après générations l’ensemble de nos sociétés occidentales.

L’évolution moderne dans la perception de la sexualité est devenue une caricature que pour ma part je considère comme une déviance insupportable. Pour ne citer qu’un exemple, si la disponibilité en hormones sexuelles de synthèse n’existait pas il n’y aurait pas de transsexuels. Par ailleurs l’homosexualité masculine ou féminine a toujours existé ainsi que le contrôle des naissances. Je n’éprouve rien contre la pilule ou les homosexuels et les homosexuelles, à un tout petit détail près : quand deux jolies filles me disent d’aller voir ailleurs, maintenant plus beaucoup parce que je ne suis plus – et de très loin – un jeune premier comme Macron, je trouve (je trouvais) que c’était à pleurer de douleur. Quant à avoir une relation avec un homme cela contreviendrait à ma nature fondamentalement hétérosexuelle.

Revenons donc à la distinction entre les vaginales et les clitoridiennes, objet de cette conversation électronique avec cette amie française qui se qualifie elle-même de libertine. Quand je lui écrivis qu’à mon humble avis il n’y avait pas de femmes dites « vaginales » elle fut à moitié surprise et je lui demandais de me décrire ses propres arguments. Elle reconnut que finalement son vagin ne jouait qu’un rôle insignifiant dans son plaisir et qu’à ses copines qui lui demandaient pourquoi elle leur répondait que pour elle c’était son clitoris et « tout son clitoris » qui était important. Excellente remarque qui ne passa pas inaperçue pour moi, vieux briscard trousseur de jupons compulsif durant les décennies passées. Elle mentionna donc « tout son clitoris » et me fit remarquer que l’éducation sexuelle que les enseignants des écoles dispensent (comme si les parents ne pouvaient pas prendre en charge l’éducation sexuelle de leurs enfants, c’est à pleurer aussi) ne mentionnaient pas que la partie visible de cet organe du plaisir de la femme ne représente qu’à peine 5 % de ce dernier. Cette amie libertine avait découvert qu’elle pouvait avoir du plaisir avec la partie cachée de son clitoris et qu’elle en avait pris conscience, par conséquent elle entretenait à dessein auprès de ses copines cette ambiguïté.

Alors pourquoi, à mon humble avis, les femmes dites « vaginales » n’existent pas. Je pourrais dire que le récit très personnel et vécu qui va suivre est « une étude de cas » comme se plaisent à le dire les médecins et là j’entre dans le vif du sujet de ce billet qui risque de choquer mes lectrices et mes lecteurs puritains mais je m’en moque.

Je fis la connaissance il y a bien des années d’une riche veuve esseulée d’à peu près mon âge et elle s’était persuadée que je serais l’homme qui lui procurerait enfin le plaisir (sexuel) tant attendu depuis son enfance. Il est vrai qu’elle s’était empressée, une fois devenue veuve, de trouver l’amant idéal quoi qu’il puisse arriver. Je fis donc ce qu’il fallait faire comme « préliminaires » et ce que les lesbiennes connaissent parfaitement. Le mot préliminaire me rappelle le magnifique film de Robert Mulligan « A Summer 42 » avec l’irrésistible Jennifer O’Neill (illustration) … Je découvris que cette belle femme n’avait pas de clitoris. La toute petite partie externe de cet organe spcifique du plaisir féminin était dans son cas totalement dissimulée par la convergence de ses petites lèvres. Il était invisible, insensible et inaccessible, tout simplement.

Ma tâche se révélait maintenant ardue. J’introduisis alors le brûleur dans la chaudière, une expression qui n’est pas de mon fait mais dont j’aimerais retrouver l’origine – je crois que je l’ai entendue dans un film – et rien, aucune réaction. Mon expérience relativement bien documentée des relations sexuelles réussies me fit comprendre qu’il fallait stimuler la partie interne et invisible du clitoris de cette femme franchement handicapée par la nature, la pauvre … Je me livrais donc à un exercice particulier que m’avait enseigné une de mes anciennes conquêtes consistant à rester totalement immobile et à contracter mon attribut viril toutes les cinq à dix secondes, en quelque sorte en guise de préliminaires … C’est carrément épuisant surtout quand il faut tenir le choc pendant un quart d’heure et … Oh miracle ! pourraient dire certains ou certaines, ma nouvelle partenaire vécut d’un seul coup et sans prévenir un gigantesque orgasme, le premier de sa vie, tellement intense que j’eus peur qu’elle ait une syncope, orgasme qui dura, je n’avais pas de chronomètre à mon poignet, au bas mot deux minutes, un raz de marée de plaisir.

Ceci prouve que la supposée sensibilité de l’entrée du vagin s’explique par la présence de la partie interne du clitoris qui entoure cette dernière et qu’une femme peut atteindre son plaisir par ce subterfuge. Je pense tout particulièrement à toutes ces malheureuses qui ont subi de par le monde une excision rituelle. Cette histoire est entièrement vraie et je souhaite à mes lectrices d’en prendre bien note. Pour moi qui ne suis pas écolo(giste) j’ai été interpellé par ce site : https://www.neonmag.fr/eco-orgasme-peut-on-baiser-bio-469736.html : c’est un peu n’importe quoi …

Brève : C’est parti mon « cli-cli »

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Parmi les organisateurs des nuits de la science au bord du lac Léman il y a quelques semaines près de Genève, Isaline Stahl a déclaré : « Entre les filles et les garçons nous avons un même organe qui s’exprime différemment. Les normes sociales n’ont donc pas de base organique« . C’est la raison pour laquelle ce clitoris géant a été présenté à une foule de visiteurs incrédules, une présentation ludique de l’organe du plaisir féminin.

Source et illustrations : 20min.ch Prochain billet sur ce sujet : « psychologie de l’orgasme féminin », patience !

Un rôle physiologique de l’orgasme féminin ?

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Compte tenu des différences anatomiques et physiologiques évidentes entre la femme et l’homme, ce dernier – beaucoup plus que la femme d’ailleurs – a toujours tenté d’expliquer la nature de l’orgasme féminin afin de se considérer comme l’acteur principal de ce processus physiologique. Le plaisir sexuel féminin, pour certaines religions, n’a même pas lieu d’être, c’est dire à quel point il a été vilipendé au cours des siècles. Les « bons chrétiens » ne disait-ils pas il y a encore peu d’années que « une femme honnête ne doit pas avoir de plaisir« , l’orgasme masculin concrétisé par une éjaculation étant la seule forme de plaisir sexuel reconnue (par l’homme). Pour l’homme, donc, la nature même de l’orgasme féminin fut et est encore un sujet de débats dans la communauté scientifique (et au comptoir du café du commerce au coin de la rue). Il y a encore peu d’années, dans les années 1970, certains médecins avaient émis l’hypothèse que les règles contenaient une substance toxique qu’ils avaient appelé ménotoxine et puisqu’elle provoquait le flétrissement des fleurs (vraiment n’importe quoi …) l’homme courait un réel danger en voulant avoir un rapport sexuel avec une femme qui avait ses règles. Je n’invente rien c’est écrit en toutes lettres dans un article du Guardian !

Lien : http://www.mum.org/menotox.htm

La question centrale que les physiologistes (surtout masculins) se sont posé est l’utilité de l’orgasme féminin. S’il ne fait aucun doute qu’en ce qui concerne l’homme il est lié à la contraction des minuscules muscles des vésicules séminales pour expulser le sperme, dans la même problématique l’homme a tenté de lier l’orgasme féminin à ce qu’il a appelé pompeusement et par une sorte de mimétisme une éjaculation vaginale. En toute logique ce serait pour faciliter la pénétration du pénis or les physiologistes se sont rendu compte finalement que persévérer dans cette direction de recherche était erroné à moins qu’une relation sexuelle (hétérosexuelle) suive un protocole bien défini comme cela fut magnifiquement illustré dans le fameux film de Robert Mulligan « Un été 42 » : les préliminaires … Donc les physiologistes ont réalisé une étude minutieuse avec le lapin, un animal de laboratoire dont la femelle présente la particularité d’être sexuellement réceptive quel que soit son stade hormonal reproductif. Pour expliquer en effet un trait particulier apparaissant au cours de l’évolution il est judicieux d’étudier d’autres animaux placentaires afin de faire la part entre le rôle de l’orgasme de la femelle dans le processus de reproduction en liaison avec celui du mâle qui est crucial pour la transmission du sperme et donc de déterminer la signification de ce trait plutôt que son origine au cours de l’évolution. Cependant le choix du lapin pour de telles études apparut inapproprié car ces mêmes physiologistes ont constaté un peu trop tard que la lapine possédait effectivement un clitoris mais que celui-ci se trouvait à quelques millimètres à l’intérieur du vagin.

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Deux constatations ont finalement abouti à une explication physiologique de l’orgasme féminin. D’une part le clitoris est plus éloigné de l’orifice vaginal chez la femme que chez tous les autres primates et la confirmation relativement récente de la présence des corps caverneux du clitoris entourant l’entrée du vagin a permis d’envisager une éventuelle relation entre la pénétration du pénis et l’orgasme féminin. D’autre part, et ce trait est commun chez tous les animaux placentaires, l’orgasme féminin provoque une véritable inondation de l’organisme par de l’ocytocine, une hormone neuro-hypophysaire essentielle pour l’ensemble du cycle de reproduction.

Chez les lapins par exemple mais plus encore chez les félins l’orgasme de la femelle au cours d’une copulation stimule l’ovulation alors qu’elle est spontanée chez une grande majorité d’autres mammifères placentaires car l’ovulation est corrélée au cycle hormonal lié à l’ovulation. S’il est très difficile sinon impossible d’identifier un orgasme chez les femelles d’animaux la fonction de l’orgasme chez la femme a évolué vers le seul plaisir sans qu’il ait une signification physiologique majeure. Comme le dit le Docteur Elisabeth Lloyd, biologiste à l’Université de l’Indiana, je cite : « l’orgasme féminin est un fantastique bonus, même s’il a perdu toute sa signification au cours de l’évolution« .

Reste la question des orgasmes multiples dont seulement entre 14 et 16 % des femmes déclarent être les bénéficiaires. Des études récentes ont montré que ces femmes, pour ainsi dire privilégiées, ont une activité cérébrale au niveau des ondes alpha différente de celle des femmes ne faisant l’expérience que d’un seul orgasme et parfois difficilement. Chez ces femmes ces ondes alpha sont significativement plus lentes. Aucune explication satisfaisante n’a pu encore être apportée à cette observation. De là à prétendre que l’orgasme féminin est plus cérébral que physique il n’y a qu’un pas que pour ma part je refuse de franchir mais qui l’a été par de nombreux hommes et en particulier les médecins généralistes qui se sont spécialisé dans la gynécolobie et l’obstétrique.

Les physiologistes sérieux considèrent définitivement que l’orgasme réside dans une sensibilité du clitoris exacerbée par un afflux de sang lors de la stimulation sexuelle et que l’existence du point G (point de Gräfenberg) justifiant une origine vaginale de l’orgasme est un pur fantasme masculin monté de toute pièce par les hommes pour justifier le fait que la pénétration du pénis est indispensable pour que la femme atteigne un orgasme, encore une attitude totalement erronée de l’homme face au mystère de l’orgasme féminin. Et pour cause la pénétration met en contact l’os pubien de l’homme avec son homologue féminin. Or ce contact entraine naturellement une stimulation du clitoris pouvant parfois conduire à un orgasme chez la femme … Messieurs cessez de vous sentir maîtres dans ce domaine du mystère de l’orgasme féminin, vous n’êtes qu’un acteur subalterne le plus souvent inexpérimenté que ne recherche que son propre plaisir.

Inspiré d’un article paru dans le Guardian (première illustration) et aussi

https://doi.org/10.1002/jes.b.22690 , doi : 10.1007/s00192-012-1831-y , autre illustration : Meg Ryan dans le film « Quand Harry rencontre Sally » (capture d’écran).

Note à l’intention de mes fidèles lecteurs. Comme ce billet suscitera de nombreuses remarques et qu’en cette période estivale bon nombre d’entre vous ont d’autres préoccupations, durant les 4 semaines à venir je ne mettrai en ligne un billet que tous les deux ou trois jours. Bonnes vacances à tous et merci pour votre assiduité.

Clitoris et pénis : l’égalité artistique des sexes

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Je me souviens être allé diner à Tokyo dans un restaurant à Roppongi Hills, l’un des quartiers les plus cosmopolites de cette immense ville. Il y avait pendu au plafond un pénis d’environ 3 mètres de long et de presque un mètre de diamètre. Il suffisait de toucher du bout du doigt cette sculpture dont les qualités décoratives étaient plutôt limitées pour qu’elle se mette à osciller en un mouvement évocateur qui semblait profondément intéresser les filles qui se trouvaient là. Je n’en dirai pas plus quand les statistiques prétendent que plus de 60 % des Japonaises ne font que très rarement voire jamais l’amour. et n’envisagent pas de de se marier un jour.

Est-ce la méconnaissance de leur anatomie par les hommes qui les persuade de choisir le célibat ? En Suisse, la municipalité de Neuchatel a pris les devants et va exposer, cette fois dehors et à la vue de tous les passants de tous âges un clitoris de plus de 2 mètres de haut, une sculpture de l’artiste genevois Mathias Pfund nommée « Instant Pleasure ». On peut traduire cet intitulé par « plaisir immédiat » ou encore « instant du plaisir ». L’illustration trouvée sur le site de RTS est évocatrice si on s’est préalablement informé de la structure interne de cet organe du plaisir « immédiat » de la femme. Les enfants demanderont peut-être à leur mère ce que peut bien représenter cet objet bizarre et elles seront certainement très embarrassées pour imaginer une réponse adéquate qui satisfasse leur bambin. On n’arrête plus le progrès, y compris en Suisse.

Source : rts.ch

Orgasme féminin : après le clitoris le périnée …

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Dans la rubrique du nirvana sexuel de la femme il y a aussi des éléments anatomiques relativement méconnus qui pourtant contribuent (ou pourraient contribuer) largement à l’atteinte du plaisir sexuel. Il s’agit de l’ensemble de muscles assez complexe qui constitue ce que le spécialiste appelle le plancher pelvien. Entre l’os du pubis et le coccyx il n’y a rien pour soutenir tous les organes de la partie inférieure du ventre et cette zone anatomique n’est pas uniforme puisqu’elle comporte aussi la verge chez l’homme et le vagin chez la femme mais aussi l’anus chez l’une comme chez l’autre. Pour tenir compte de ces éléments la musculature de soutien est donc assez compliquée et pour plus de détails voici un lien utile : https://en.wikipedia.org/wiki/Perineum .

Il s’agit donc du périnée qui joue un rôle souvent ignoré, surtout par les femmes, dans l’atteinte du plaisir sexuel. En effet, si des muscles du périnée entourant la base du pénis chez l’homme permettent à ce dernier de contrôler (plus ou moins) son érection, ces mêmes muscles entourent également l’entrée du vagin chez la femme et se trouvent donc directement à proximité de la partie interne du clitoris. Ils ferment le vagin en jouant le rôle de sphincter et s’ils sont commandés volontairement peuvent contribuer largement à la stimulation de cette partie interne du clitoris et donc à l’atteinte d’un orgasme.

Cette redécouverte du rôle du périnée dans l’orgasme féminin est mise en avant par certains organismes comme par exemple kegelness.com et fait l’objet de rééducation ou d’éducation tout court chez les femmes éprouvant des difficultés au niveau sexuel par certains physiothérapeutes conscients de l’importance de ces muscles délaissés par les sexologues (lien). Bien que les médecins connaissent parfaitement l’existence du périnée et son rôle central en particulier dans l’incontinence et les troubles de l’érection chez l’homme, peu de femmes osent en parler à leur praticien, d’où l’opportunité de ce genre de site (suisse) ne serait-ce que pour que les femmes s’informent, prennent conscience de leur anatomie et décident d’une approche personnalisée pour améliorer leur plaisir sexuel.

L’un des exercices simples préconisé par les spécialistes pour les femmes afin de renforcer la musculature du périnée consiste à se mettre debout, en chaussettes, sur un parquet glissant, d’écarter les jambes et d’introduire une grosse règle en plastique dans le vagin. L’exercice musculaire consistera à éviter que la règle ne tombe sous son propre poids et d’éviter également que les jambes aient tendance à s’écarter …

Inspiré d’un article paru dans le très respecté quotidien genevois Le Temps et aussi https://kegelness.com/le-secret-du-plaisir-le-perinee/ , ilustration : Le Temps, https://jacqueshenry.wordpress.com/2016/09/07/complement-au-billet-de-ce-jour/

Le clitoris retrouve ses lettres de noblesse, enfin !

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Dans la ville de Calvin les commentaires vont bon train au sujet des nouveaux manuels scolaires de SVT à l’usage des élèves des collèges de France : on y découvre pour la première fois l’anatomie de la partie cachée du clitoris dans le manuel de SVT des Editions Magnard car en vertu du respect de l’égalité des sexes puisque l’anatomie du pénis était à peu près décrite dans le détail, celle du clitoris était cruellement absente (voir lien sur ce blog). Pendant des siècles le clitoris a alimenté les débats et les controverses – surtout auprès des hommes – jusqu’à la découverte récente de sa structure interne beaucoup plus importante qu’on ne l’imaginait jusqu’alors. Pour Hippocrate la stimulation du clitoris augmentait la fertilité des femmes. Pour les médecins de la fin du Moyen-Age le clitoris était comparé à la luette qui selon eux tempérait l’air pénétrant dans le corps. Il faudra attendre la seconde moitié du XVIe siècle pour que le clitoris soit décrit dans les planches anatomiques du Sieur Realdo Colombo qui appela le clitoris « amor veneris » après avoir effectué des expériences de toucher pour prouver que ce petit appendice de chair était lié au désir sexuel de la femme.

Colombo se risqua à appeler le clitoris « frénésie de Vénus » que Fallope, un autre anatomiste italien, renomma cleitoris, une dénomination qui a perduré. Mais les controverses se multiplièrent quant à la fonction véritable de cet organe à part entière. André Vésale (1514-1564) considérait que le clitoris était une malformation, un reliquat d’hermaphrodisme, rien que ça ! Le grand Ambroise Paré considérera que le clitoris est une partie obscène, dangereuse et honteuse de l’anatomie féminine … Quand il apparut que sans aucun doute cette petite proéminence anatomique était le siège du plaisir féminin l’Eglise, comme il fallait s’y attendre, s’en mêla après avoir admis que le « frisson » que procurait le clitoris était nécessaire pour la fécondation et qu’il participait à une sorte de double semence de concert avec le pénis de l’homme. La situation devint plus sujette à controverse quand il fut reconnu que l’ovulation n’avait rien à voir avec ce « frisson » et qu’elle était la conséquence d’un cycle d’environ 28 jours, alors l’Eglise, tant catholique que protestante, stigmatisa définitivement l’utilité du clitoris car après tout il n’était plus que la source du plaisir féminin.

Influencés par les prises de position des autorités religieuses certains médecins allèrent jusqu’à préconiser l’excision pour traiter l’épilepsie, la catalepsie et la nymphomanie. Des campagnes de propagande agressive diabolisèrent le clitoris car il était considéré comme la cause numéro un de l’hystérie, un argument repris par Sigmund Freud dans les années 1930 pour expliquer les névroses des femmes immatures et déviantes qui pratiquaient à outrance l’onanisme … Tout un programme ! Aujourd’hui le clitoris a été magnifiquement banalisé et presque glorifié dans une amusante vidéo de la réalisatrice canadienne Lori Malépart-Traversy que je conseille à mes lecteurs (et lectrices) de visionner tant elle est réaliste et humoristique ( https://youtu.be/J_3OA_VZVkY ). Les spécialistes de sexologie ne font plus de distinction entre l’orgasme dit vaginal et l’orgasme appelé par opposition clitoridien. Selon eux la pression du pénis sur les parois latérales de l’entrée du vagin stimule les corps caverneux internes (cachés) du clitoris conduisant à un orgasme que l’homme a trop tendance à considérer comme vaginal, donc provoqué par la nécéssaire présence de son pénis, une interprétation bien machiste de l’orgasme féminin.

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Le clitoris a donc, dans les livres de SVT français retrouvé ses lettres de noblesse, du moins en partie car il n’est nulle part mentionné qu’il est beaucoup plus innervé (plus de 8000 terminaisons neuronales) que le pénis de l’homme.

Inspiré d’un article paru dans les colonnes du quotidien genevois Le Temps. Illustrations : première description anatomique du clitoris, traité d’anatomie de Charles Estienne, 1546, le clitoris et les corps caverneux cachés (manuel de SVT des Editions Magnard, en violet dans l’illustration). Et aussi sur ce blog :

https://jacqueshenry.wordpress.com/2016/09/07/vous-saurez-tout-tout-sur-le-clitoris/