L’étrange protection de la cigarette contre la maladie de Parkinson

 

Une étude portant sur 318261 participants suivis entre 1995 et 2006 par le NIH (National Institute of Health) dans le cadre d’une épidémiologie des cancers a été exploitée pour tenter de relier également l’apparition de la maladie de Parkinson en fonction des habitudes alimentaires et d’autres facteurs et habitudes de vie. Sur l’ensemble des participants 2432 d’entre eux furent déclarés souffrant de la maladie de Parkinson après 1995 et parmi ces derniers les dossiers indiquaient que 1662 étaient ou avaient été fumeurs. Les données étaient suffisamment précises, nombre d’années, nombre de cigarettes par jour, combien d’années écoulées après s’être arrêté de fumer, pour tenter d’établir un lien avec l’apparition de la maladie. L’étude a été réalisée en respectant toutes les précautions statistiques communément en usage.

Initialement, compte tenu de la mauvaise réputation de la cigarette sur la santé en général, cette étude du NIH n’avait pas pour finalité d’englober la maladie de Parkinson. Le réexamen des dossiers des participants conduisit à un résultat surprenant et non ambigu : la cigarette semble protéger autant les femmes que les hommes de l’apparition de la maladie. En examinant le nombre d’années de tabagie et l’intensité de celle-ci, c’est-à-dire le nombre de cigarettes fumées chaque jour, l’étude a permis d’établir une relation non équivoque avec les chances d’apparition de la maladie ( OR pour odds ratio qu’on peut traduire en français par facteur de chance). En d’autres termes plus l’OR est élevé plus la probabilité de souffrir de cette maladie est élevée.

Inutile de commenter la figure ci-dessous car sa signification est limpide.

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Il est intéressant d’ajouter que cette corrélation s’est trouvée également validée chez les anciens fumeurs selon le nombre d’années s’étant écoulées après avoir cessé de fumer : le « bénéfice » de la cigarette s’estompait avec les années. Expliquer physiologiquement cette « protection » de la cigarette risque d’être un travail ardu. Que choisir sachant que la cigarette durcit les artères et provoque des cancers mais ne protège pas totalement de la maladie de Parkinson, loin de là, mais en retarde son apparition ? Un véritable choix cornélien !

Source et illustration : Neurology (2010) 74, 878-884

Pesticides, lait, cigarette et Parkinson

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En 1962 l’activiste écologiste Rachel Carson accusa l’heptachlore de menacer la planète dans son livre Le Printemps Silencieux. Elle prétendait dans cet ouvrage que cet insecticide persistait durant des années dans les sols et l’eau et se retrouvait dans les aliments. Ces affirmations sont dénuées de preuves puisque la demi-vie de ce produit dans l’eau est de 25 jours, dans l’air de 27 jours et dans les sols de 80 jours environ. L’argument de Rachel Carson était que ce produit persistait donc dans les sols trop longtemps à son goût et qu’il devait se retrouver d’une manière ou d’une autre dans notre organisme. Par ailleurs d’autres études montrèrent que ce produit était toxique pour les neurones des rats en particulier ceux de la substantia nigra du cerveau. Bref, à la suite de la parution de ce livre qui fit grand bruit, l’usage de cet insecticide fut progressivement réglementé et n’est aujourd’hui utilisé que pour exterminer les fourmis rouges car elles présentent un degré de dangerosité avéré en injectant à l’aide d’un dard un alcaloïde irritant appelé solenopsine. Comme l’un des résidus du métabolisme de l’heptachlore par les bactéries du sol est l’heptachlore époxyde, la présence de ce produit fut détectée dans le lait au début des années 80 dans l’archipel d’Hawaii, parfois à des niveaux inacceptables car l’heptachlore était abondamment utilisé dans les champs d’ananas.

Une récente étude parue dans la Revue Neurology vient un tant soit peu bousculer les idées reçues en ce qui concerne ce pesticide. Cette étude a concerné plus de 8000 Japonais-Américains durant plus de 30 ans. Au début de l’étude au milieu des années 80, leur âge moyen était de 54 ans, ils furent autopsiés après leur mort et des échantillons de 449 cerveaux conservés. Les habitudes alimentaires et d’autres informations concernant chaque sujet furent également sauvegardées dans le cadre d’une étude sur le vieillissement en partenariat entre les Universités d’Honolulu et de Chiga, à Otsu au Japon (HAAS pour Honolulu-Asia Aging Study). L’un des aspects de l’étude concernait l’abondance des neurones de la substantia nigra, une région du cerveau préférentiellement atteinte lorsque la maladie de Parkinson se développe. Or comme il faut parfois plusieurs dizaines d’années pour que les symptômes de cette maladie apparaissent, cette étude présentait donc un grand intérêt pour la compréhension de l’éventuel effet de l’heptachlore qui se retrouvait dans le lait sur les sujets étudiés qui furent exposés à cet insecticide avant que son usage ne soit restreint.

On sait par exemple que la cigarette diminue de 50 % les risques d’apparition de la maladie de Parkinson et que l’exposition à certains pesticides comme la roténone ou le paraquat double ce risque. Or comme la plupart des sujets étudiés consommaient du lait alors contaminé avec de l’heptachlore, l’étude montra que la présence du résidu heptachlore époxyde dans le cerveau était corrélé avec la dégénérescence des neurones de la substantia nigra, jusqu’à une chute de près de 40 % de la densité neuronales, autant chez les sujets buveurs de lait ayant souffert de la maladie de Parkinson que chez ceux qui en furent indemnes et également buveurs de lait, plus de deux verres par jour. Là où l’étude révéla une surprise c’est que chez les buveurs de lait également fumeurs il ne fut pas possible de trouver des taux comparables d’heptachlore époxyde dans leurs cerveaux avec par ailleurs une incidence de la maladie de Parkinson significativement plus faible chez ces même sujets.

Même si cette étude épidémiologique qui concerna donc plus de 8000 personnes depuis 1980 et pour la plupart décédés aujourd’hui n’apporte pas de preuves formelles de ces interactions pesticide-cigarette, il apparaît cependant que de telles études sont irremplaçables pour préciser les mécanismes d’apparition de la maladie de Parkinson. L’effet « bénéfique » de la fumée de cigarette reste encore à expliquer.

Note : il est intéressant de rappeler que le paraquat et la roténone sont deux substances interférant avec la chaine respiratoire mitochondriale. L’un des mécanismes suspectés être à l’origine de la maladie de Parkinson est l’apparition de ce qu’on appelle des radicaux libres issus de phénomènes d’oxydation déréglés, pour faire bref. Or l’intégrité fonctionnelle des mitochondries joue un rôle essentiel dans la protection cellulaire contre les peroxydes et autres radicaux libres car l’un des rôles majeurs des mitochondries est de fournir à la cellule les armes de destruction des peroxydes et des radicaux libres issus de ces derniers. Quand on analyse un ensemble d’informations scientifiques et médicales on arrive à déceler une tendance, certes infime, mais néanmoins une direction vers laquelle je me suis orienté en m’administrant chaque jour une cuillère à soupe (environ dix grammes) de glycine que je commande à la pharmacie locale (qu’elle vend à un prix exorbitant) pour maintenir la machinerie énergétique des cellules constituant mon corps vieillissant dans un relatif état de fonctionnement satisfaisant pour préserver mon état de santé, et naturellement je continue à fumer, allez savoir …

Source : Neurology, DOI : 10.1212/WNL.0000000000002254

https://jacqueshenry.wordpress.com/2015/06/08/rester-jeune-tres-simple-gavez-vous-de-glycine-acide-amino-acetique/

Deux tiers des cancers sont le fait de la malchance …

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La vieille dame qui vit dans sa maison à coté de celle de mon fils à Tokyo doit, à en juger de loin, avoir au moins 95 ans. Chaque fois que je séjourne à Tokyo je l’observe quand je vais fumer ma cigarette dans ce que l’on peut appeler le « jardin » de la maison de mon fils. Cette vieille, très vieille dame sort parfois pour étendre sa lessive sur les barres en acier inoxydable disposées sur des potences devant son logement, une cigarette à la bouche. Si elle détecte ma présence parce qu’elle est presque complètement sourde, elle me salue, « konichiwa », et m’explique en japonais, que naturellement je ne comprends pas, que le temps est probablement beau, ou froid ou humide …

Le soir, comme je suis moi-même fumeur, j’ouvre la fenêtre de la pièce où je dors sur un futon mais ne fume jamais dans cette chambre ni nulle part à l’intérieur de la maison, et de lourdes effluves de fumée de cigarette envahissent cette pièce précisément au moment où cette très vieille dame envisage d’aérer sa maison avant de s’endormir devant sa télévision. Elle fume deux paquets de cigarettes par jour et n’en est pas moins active puisqu’elle peint toujours des tableaux qui ont un franc succès international.

Vous vous demandez où je veux en venir parce qu’après tout, l’existence même de cette vieille dame n’a pas grand intérêt. En réalité la relation de cause à effet entre le fait de fumer et l’apparition de cancers du poumon a été remise en cause, en partie seulement – ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit – dans une étude réalisée à la faculté de médecine de la Johns Hopkins University. Près des deux tiers des cancers sont dus à des mutations spontanées de l’ADN des cellules en perpétuelle division dans notre corps. Le foie, les reins, le pancréas, les poumons, les intestins et bien d’autres organes se régénèrent en partie au cours de la vie à partir de cellules non différenciées existant dans ces dits organes. Comme les bactéries ou les virus ces cellules subissent une pression de mutation constante dont les causes peuvent être externes comme par exemple des radiations ionisantes, rayons cosmiques, radioactivité naturelle et artificielle, rayons X ou ultra-violets, des agents chimiques externes (c’est le cas de la fumée de cigarette) mais aussi et surtout, et c’est là que réside la « malchance », des erreurs de copie de l’ADN lors d’une division cellulaire conduisant à une cellule cancéreuse qui va se multiplier anarchiquement. L’organisme dispose de moyens de défense pour se débarrasser en permanence des cellules monstrueuses apparues n’importe où dans le corps en mettant en œuvre des lymphocytes sentinelles. Il arrive parfois, et c’est de la vraie malchance, que les mutations ponctuelles entrainent l’apparition de cellules qui ne sont plus reconnues par notre système immunitaire et alors un cancer apparaît …

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La « malchance » du cancéreux se situe donc à deux niveaux, une accumulation de mutations délétères et un mauvais fonctionnement du système immunitaire. Cette vieille Japonaise, fumeuse compulsive depuis de nombreuses années, dispose-t-elle des bons systèmes de défense ? Nul ne le sait précisément. Les études comparatives entre l’incidence de cancers de l’intestin grêle et du colon (voir l’illustration tirée de l’article paru dans Science, ci-dessous) ont montré que la fréquence plus élevée d’apparition de cancers du colon était directement liée à la plus importante fréquence de division des cellules souches de ce tissu. Certains types de cancers, sein, prostate, échappent encore à cette corrélation entre vitesse de division cellulaire et apparition de cancer mais dans ces deux derniers cas, les facteurs génétiques ne peuvent être niés. On pourrait ajouter à cette étude les cancers d’origine virale puisque dans tous les cas il s’agit d’une perturbation profonde de l’ADN induite par la présence du virus, un exemple bien connu étant celui du papillome.

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Mais revenons à cette vieille Japonaise fumeuse. L’étude parue dans la revue Science montre que pour les cancers du poumon le risque est augmenté d’un facteur 18 par la cigarette. L’échelle de la figure est logarithmique et peut être trompeuse mais elle indique que 75 % des risques de cancer du poumons sont dus à la cigarette, en d’autres termes ce risque est multiplié par la proportion de fumeurs dans une population donnée divisée par le nombre total de cancers du poumon. C’est dans cette approche de calcul statistique un peu à l’emporte pièce sinon spécieuse que réside la faiblesse de cette étude. En effet il est difficile d’évaluer les éventuels effets synergiques d’un composé chimique de la fumée de cigarette et les erreurs spontanées au cours du processus de copie de l’ADN. Il n’est en effet pas possible d’exclure ce type de synergie. De plus certaines estimations du taux de renouvellement des tissus font appel à des calculs parfois complexes ne reposant sur aucunes données expérimentales tangibles. Par exemple, parmi les 4 principaux cancers, sein, prostate, poumon et œsophage, le risque pour ce dernier tissu est de 0,51 % sur une vie, en d’autres termes et statistiquement on court une chance sur deux cent de souffrir d’un cancer de l’oesophage au cours de la vie. La vaste majorité des cancers de l’oesophage se répartit entre adénocarcinomes et carcinomes squameux, 38 % étant des carcinomes à cellules squameuses. L’incidence d’apparition de ce type de cancer au cours de la vie est donc de 0,0051 x 0,38 = 0,001938. Comme l’oesophage mesure de 18 à 25 centimètres de long avec un diamètre de 2 à 3 centimètres, la surface interne est donc d’environ 172 cm2. L’aire d’une cellule squameuse de la couche basale de l’épithélium de l’oesophage est de 80 micron2 et comme la fraction de cellules souches de la couche basale de l’épithélium a été estimée être de 0,4 %, il y a donc 0,21 milliard de cellules basales et parmi celles-ci 0,86 million de cellules souches. La muqueuse oesophagienne comporte environ 15 couches de cellules, le nombre total de cellules épithéliales est donc estimé à 3,24 milliards. À partir de ces données un peu ardues on a pu estimer que le temps de renouvellement de la couche la plus externe de cellules de l’épithélium est de 21 jours. Ce genre de calcul a été appliqué à tous les tissus étudiés au niveau des 31 cancers (voir le graphique) considérés dans cette étude. On peut en déduire que cette étude comporte donc un certain nombre d’approximation d’autant plus que curieusement les trois principaux cancers répandus dans la population occidentale, n’ont pas été inclus dans ce détail d’estimation, sein, prostate et poumon. Voir le lien : http://www.sciencemag.org/content/suppl/2014/12/31/347.6217.78.DC1/Tomasetti_SM.pdf

Néanmoins cette étude met l’accent sur la nécessité de développer des moyens de détection précoce (s’il en existera un jour) de l’apparition de cellules cancéreuses afin de circonscrire aussi tôt que possible par les techniques existantes (chimiothérapie, rayonnements ou chirurgie) le développement de tumeurs. Mais de toutes les façons on est encore très loin de pouvoir traiter tous les cancers car il s’agit malheureusement pour deux tiers d’entre eux du résultat d’un processus naturel que nous ne pouvons pas contrôler, pas très rassurant …

Source et illustrations : Johns Hopkins University News et Science ( DOI: 10.1126/science.1260825 )

Surpoids et cigarette, la pire des situations … pour les femmes

La province espagnole des Canaries possède le sombre privilège de compter la plus forte proportion de personnes en surpoids ou obèses de l’Espagne et si on y ajoute les touristes provenant d’Europe du Nord, le spectacle est parfois repoussant. Plus du tiers de la population locale est en surpoids et c’est très facile à comprendre. Les Canariens, comme d’ailleurs les Espagnols péninsulaires, se goinfrent de trucs malsains cinq fois par jour et toutes les occasions sont bonnes pour justifier des repas pantagruéliques qui trainent tellement en longueur que parfois ils occupent une journée entière. L’abondance de mets particulièrement favorables au développement du surpoids dans l’alimentation locale explique l’état sanitaire déplorable de cette population.

Je me suis livré ces dernières années à une observation en dilettante des comportements ce ces monstruosités adipeuses, en particulier les femmes qui ont la réputation d’être coquettes mais qui pourtant, dans un comportement déroutant, ne prêtent plus aucune attention à leur silhouette bien que continuant à faire des efforts vestimentaires en pure perte. L’effet recherché devient inversement proportionnel au poids de celle qui en d’autres temps était encore susceptible d’attirer un regard concupiscent comme le mien. Et mes observations m’ont conduit à la conclusion que la plupart des femmes en surpoids ou franchement obèses avaient toujours une clope au bec, en tous les cas plus de la moitié d’entre elles sont des fumeuses droguées à la nicotine et aux sucreries en tous genres. Je me souviens avoir tenté une statistique à Arrecife (Lanzarote) il y a trois ans mais j’aurais probablement étayé mon présent propos avec des photographies montrant que bon nombre de femmes obèses sont des fumeuses compulsives. Cette observation me conduisit à conclure que l’obésité fatale et dont elles ne peuvent plus de défaire conduit ces femmes, autrefois attentives à leur personne, se mettaient à fumer pour oublier leur condition adipeuse dégradée, la cigarette étant une sorte de compensation qui présente en outre l’avantage d’être légèrement anorexigène. Je n’ai plus tenté de trouver une explication à ces observations ni à en établir une relation logique de cause à effet.

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Et à ma grande surprise, je suis tombé par hasard sur une étude réalisée à la faculté de médecine de l’Université Washington à St-Louis dans le Missouri et le Monell Center de Philadelphie. Deux biologistes ont étudié le comportement de femmes à qui on présentait un pudding à la vanille, un truc que je ne mange jamais mais qui sans aucun doute a de nombreux adeptes. Ce genre de gâteau qu’on prépare à partir d’un sachet contenant tous les ingrédients auquel on ajoute du lait et on peut jouer sur la matière grasse du produit final en utilisant du lait complètement écrémé, semi-écrémé, du lait auquel on a ajouté de la crème ou à la limite seulement de la crème pour obtenir le goût bien crémeux et bien onctueux qu’on désire. Dans cette étude les sujets étaient répartis en quatre groupes d’environ une douzaine chacun, des femmes obèses non fumeuses, des femmes obèses fumeuses, des femmes d’un poids normal fumeuses et enfin des femmes au poids normal et non fumeuses. Le test consistait à leur faire goûter quatre puddings vanillés contenant la même quantité de sucre mais avec des teneurs en matières grasses différentes et à leur demander quel goût et quelle satisfaction elles ressentaient, douceur, onctuosité et satisfaction, des mesures suggestives de la teneur en matières grasses indépendamment de la teneur en sucres. Ce test de faim/satiété/satisfaction était parfaitement codifié selon un protocole expérimental précis incluant également une dégustation en présence d’une pince obstruant le nez et rendant les impressions olfactives inexistantes.

Systématiquement, les femmes obèses et fumeuses présentaient une bien moins bonne perception de la teneur en corps gras que les trois autres groupes et par conséquent ressentaient une satisfaction gustative amoindrie, ce qui avait donc un effet direct sur le centre de récompense et de plaisir du cerveau. Certes il serait précipité de conclure que l’obésité associée à la cigarette constitue une catastrophe mais il semble que cette combinaison aggrave le manque de plaisir lié à l’ingestion de nourriture. Par voie de conséquence, afin d’atteindre cette sensation de satiété les femmes obèses fumeuses se goinfrent significativement plus que leurs contre-parties obèses et non fumeuses et encore plus que les femmes ayant un poids normal, fumeuses ou non. La nicotine est bien connue pour être un puissant agent psychotrope agissant sur de nombreuses cibles neuronales dans le cerveau. La nicotine a pour effet d’allonger les effets positifs de la dopamine et d’accroitre la sensibilité des centres de récompense du cerveau. La nicotine exerce-t-elle aussi des effets sur les fonctions endocrines du pancréas, c’est-à-dire la sécrétion d’insuline, puisque le pancréas synthétise aussi de la dopamine ? La littérature scientifique mentionne un effet de la cigarette conduisant à une hyper-insulinémie sans beaucoup plus de précisions.

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L’effet combiné de l’obésité et de la cigarette est donc clair, une sorte de synergie entre ces deux pathologies dont l’explication se trouve dans le cerveau mais aussi probablement au niveau du pancréas. Enfin, il ne faut pas oublier que la cigarette atténue la réponse des papilles gustatives, or ces dernières jouent également un rôle direct dans la perception des saveurs sucrées et salées, perception qui agit sur les centres de récompense du cerveau, dont le noyau accumbens. L’obésité associée à la cigarette, au moins chez les femmes et selon cette étude, semble donc constituer la pire des situations.

 

Source : Washington University Newsroom

http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1002/oby.20697/full

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cancer (?) et phénols (thé, café et autres viandes fumées)

J’ai déjà écrit un billet sur la protéine p53 qui commande la mort des cellules malades mais est aussi impliquée dans la réparation de l’ADN cellulaire si ce dernier est endommagé par des facteurs externes comme les ultra-violets ou des substances chimiques délétères, et il y en a ! A l’Université Johns Hopkins (Kimmel Cancer Center) une équipe pluridisciplinaire réunissant des chimistes des aliments et des biologistes spécialisés dans l’étude des causes du cancer ont montré sans ambiguité que certains produits présents dans l’alimentation étaient susceptibles d’endommager l’acide désoxy-ribonucléique (ADN) le support de l’hérédité et si ces dommages étaient mal contrôlés une cellule pouvait devenir cancéreuse avec les conséquences que l’on sait. Le gène de la protéine p53 est activé pour produire cette protéine quand l’ADN a été endommagé et c’est donc une sorte de marqueur des risques de cancer dont un test par fluorescence de l’activation a été mis au point dans le laboratoire de Scott Kern à la Johns Hopkins School of Medicine. Les chimistes des aliments ont effectué divers extraits de toutes sortes d’aliments ou boissons ou encore des sauces et ont redilué ces extraits pour qu’ils soient étudiés à des doses sensiblement identiques à celles présentes dans les aliments avec des cultures de cellules en suivant l’activation du gène de la protéine p53.

Partant d’une hypothèse simple que je retranscris de l’anglais ainsi : « On ne sait pas trop ce que contient notre alimentation et quels effets elle a sur les cellules de notre corps », cette équipe a trouvé que des composés apparemment anodins pouvaient être considérés comme vraiment dangereux d’après le test utilisé. Par exemple les sauces « barbecue » sont particulièrement dangereuses (potentiellement) ainsi que d’autres agents de saveur plus ou moins artificiels ajoutés aux saucisses, par exemple pour qu’elles aient un goût de fumé, mais aussi le thé vert, le thé noir et le café sont aussi potentiellement dangereux. Les chimistes ont ainsi montré que les deux principaux composés qui activaient le gène de la p53 étaient l’acide gallique et le pyrrogallol. Or ces deux phénols se retrouvent en quantités variées dans le saumon fumé, ou d’autres viandes boucannées, mais aussi dans la fumée de cigarette, les colorants pour les cheveux (mesdames attention!) le thé, le café, la croute de pain (mon dernier petit-fils en rafolle) le malt qui sert à fabriquer la bière et le whisky, mes deux boissons préférées, ou encore la poudre de cacao.

Heureusement que Scott Kern, qui doit être un amateur de whisky ou de bourbon, a vite vérifié que le whisky écossais ou tout au moins des extraits dûment préparés dans les conditions strictes du protocole utilisé n’avait qu’un effet mineur sur le gène de la p53, ouf ! Bien d’autres additifs du genre sauces, les Américains sont friands de « dressings » pas vraiment prisés des Français, tabasco, sauce au soja, sauce aux haricôts noirs, kim chee, sauce au paprika ou wasabi pour n’en citer que quelques unes, n’ont aucun effet dans le test utilisé.

En conclusion de ces résultats, leurs auteurs considèrent que des études complémentaires sont nécessaires pour bien préciser quel est l’effet de ces phénols sur la cancérogénèse. A suivre donc et bon appétit.

Source et p53 dans ce blog : http://www.hopkinsmedicine.org/news/media/releases

https://jacqueshenry.wordpress.com/2013/02/02/un-espoir-dans-le-traitement-des-cancers-enfin/