Chlamydia : une cause méconnue de stérilité masculine.

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Chaque année plus de 125 millions de personnes sont diagnostiquées comme souffrant d’une infection provoquée par des chlamydia. Il faut ajouter à cette statistique officielle de l’OMS datant de 2019 le fait que 50 % des hommes et plus des trois quart des femmes infectés par des chlamydia ne souffrent d’aucun symptômes et ne sont donc pas pris en compte dans ces statistiques. Le chiffre de l’OMS peut être donc corrigé et il faudrait plutôt parler de plus de 300 millions de personnes atteintes chaque année par cette bactérie. La chlamydiose (C. trachomatis) est ainsi la première maladie sexuellement transmissible dans le monde. Cette bactérie primitive, parasite intracellulaire obligatoire puisque son génome code pour à peine un millier de protéines, est également la première cause de cécité infectieuse dans le monde. Les symptômes, quand il y en a, sont une miction douloureuse chez l’homme et l’apparition d’une irritation souvent passagère au niveau de la vulve chez la femme.

Ce serait à peu près tout ce qui pourrait être dit au sujet des chlamydia sauf qu’une étude récente à relié sans ambiguïté certaines stérilités masculines avec l’infection par des chlamydia alors que cet aspect pathologique n’avait jamais été abordé auparavant. Pourtant la moitié de l’infertilité des couples provient d’une azoospermie chez les hommes alors que la tendance est d’incriminer un dysfonctionnement chez les femmes, une situation un peu machiste d’aborder cette question, l’homme stérile ne reconnaissant pas volontiers qu’il souffre de cette infirmité …

L’une des causes reconnues d’azoospermie était et est toujours les oreillons. Une étude récente réalisée à la Monash University (Richmond, Etat de Victoria en Australie) en collaboration avec l’Université de Technologie du Queensland également en Australie a permis d’affirmer que l’infection par les chlamydia perturbait profondément la spermatogenèse au niveau des testicules. Les chlamydia révélés par histologie spécifique sur une centaine de biopsies testiculaires dans le cadre de travaux relatifs à la stérilité masculine à la faculté de médecine de l’Université Monash a montré que plus de 50 % des hommes souffrant d’azoospermie étaient porteurs de chlamydia. Ces microorganismes ont été détectés et quantifiés à l’aide de marqueurs spécifiques, ARN-16S, ARN-polymérase spécifique et antigène membranaire (illustration). Dans 50 % des cas d’azoospermie sévère la présence de chlamydia a été confirmée. Pour les curieux les autres causes d’azoospermie, outre les oreillons, sont dues à des dérèglements hormonaux et des malformations de l’appareil uro-génital masculin.

Source et illustration : Monash University et Human Reproduction, doi : 10.1093/humrep/dez169

Les Chlamydia, ces méconnues du grand public …

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Plus de 100 millions de personnes sont nouvellement infectées dans le monde par des Chlamydia (Chlamydia tracomatis), une maladie sexuellement transmissible un peu négligée car ne présentant souvent aucun symptôme. Les Chlamydia sont des bactéries d’un type particulier puisqu’elles sont des parasites intracellulaires obligés en raison de leur incapacité à fabriquer leur propre énergie et de nombreux enzymes du métabolisme général leur font défaut. La Chlamydia dont il est question dans ce billet est capable de provoquer des salpingites, des urétrites dites « non bactériennes » mais aussi des infections pulmonaires et également oculaires sévères conduisant à une cécité partielle voire totale avec apparition d’un trachome, la première cause de cécité dans le monde. Enfin ces bactéries parasites ont une propension à se complaire dans les trompes de Fallope et peuvent alors obstruer ces dernières.

Les Chlamydia, la forme invasive ressemblant à des spores, ont tendance à coloniser les cellules superficielles des tissus épithéliaux de ce que les biologistes appellent des organes annexes comme l’urètre, les paupières, les bronchioles ou les trompes de Fallope exposées justement au milieu extérieur et donc facilement accessibles à ces dernières. C’est ainsi que les biologistes du Max Planck Institute for Infection Biology de Berlin ont choisi d’étudier les Chlamydia colonisant les cellules épithéliales des trompes de Fallope et ils ont découvert que cette infection provoquait des grossesses extra-utérines mais aussi des modifications épi-génétiques persistantes des cellules hôtes. L’astuce utilisée a été de rediriger des cellules souches pour reproduire in vitro des architectures cellulaires identiques à celles des trompes c’est-à-dire un modèle de laboratoires, un organoïde très fidèle à la réalité (photo en tête de billet, en bleu et vert les cellules épithéliales, en rouge les Chlamydia) avec une durée de vie suffisamment longue, plusieurs mois, pour enfin étudier les processus d’infection et de multiplication en détail.

Outre la sécrétion par les Chlamydia de signaux pouvant provoquer des grossesses ectopiques (extra-utérines) les changements induits par ces dernières au niveau de l’ADN des cellules épithéliales de la trompe de Fallope permet d’expliquer également l’apparition de cancers sur le long terme même si la bactérie a été éradiquée par un traitement antibiotique approprié.

On connait donc beaucoup mieux aujourd’hui quelles peuvent être les conséquences des infections par des Chlamydia, beaucoup plus sérieuses qu’on ne le croyait auparavant et qui mériteraient d’être prises au sérieux par le corps médical.

Source : https://doi.org/10.1038/s41467-019-09144-7

Il n’y a plus d’antibiotiques pour soigner la chtouille …

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Les maladies contagieuses sexuellement transmissibles sont les plus répandues dans le monde. Les dernières statistiques de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) sont éloquentes : plus de 350 millions de personnes dans le monde souffrent d’une quelconque de ces maladies, soit 1 million de nouveaux cas par jour dont 210000 cas de blennoragie (primo-infection ou récidive). Si les dizaines de milliards de dollars consacrés à la mise au point de thérapies adaptées au virus du SIDA (AIDS) ont porté leurs fruits, ainsi que la mise au point d’un vaccin dirigé contre l’hépatite C, il en est tout autrement avec les redoutables bactéries provoquant la blennorragie, le gonocoque (Neisseria gonorrhoeae) et la syphilis (Treponema pallidum) qui sont en recrudescence constante y compris dans les pays de l’OCDE (voir note). Alors que l’incidence de la blennorragie avait diminué de plus de 90 % avec la découverte de nouveaux antibiotiques les médecins, tenus dans beaucoup de pays du monde de déclarer officiellement les cas de blennorragie aux autorités, se trouvent confrontés à une résistance aux antibiotiques qui est devenue préoccupante pour ne pas dire alarmante. Trois cas de blennorragie réfractaires à tous les antibiotiques connus viennent d’être décrits récemment, en Espagne, en France et au Japon.

En Afrique, le continent le plus touché par la blennorragie, l’incidence est de 5,68 cas pour mille adultes, femmes et hommes, et tous les pays de la zone Pacifique-Ouest et Asie du Sud-Est sont également touchés. Mais comme cette maladie ne présente le plus souvent pas de symptômes chez les femmes les données rassemblées par l’OMS sont largement sous-estimées. Les symptômes de la blennorragie chez l’homme sont également ambigus dans la mesure où une autre maladie sexuellement transmissible peut conduire à une erreur de diagnostic. Il s’agit des chlamydioses (Chlamydia trachomatis) également asymptomatiques chez la femmes et l’une des premières causes de cécité dans les pays en développement, en particulier en Afrique. La situation est donc compliquée et ce d’autant plus que le corps médical s’était habitué au traitement – pour la blennorragie – efficace à l’aide d’une dose unique de céphalosporines modifiées de dernière génération. Or ce type de protocole de traitement a tout naturellement favorisé l’apparition de résistances.

Aujourd’hui (voir le lien) l’OMS tire la sonnette d’alarme à l’échelle mondiale car il n’existe plus aucun antibiotique efficace contre le gonocoque. Cette bactérie est difficile à cultiver dans un laboratoire de bactériologie hospitalier courant afin de procéder à un diagnostic et de déterminer les éventuelles résistances aux antibiotiques. L’OMS préconise la généralisation du diagnostic directement avec l’ADN de la bactérie qui est très rapide mais nécessite un équipement coûteux, en particulier pour les pays en développement. À ce diagnostic du gonocoque peut être facilement adjoint celui des chlamydia. Cependant comme la résistance aux antibiotiques est portée par ce que l’on appelle des plasmides, des petits ARNs le plus souvent circulaires que les bactéries se transmettent entre elles très rapidement, l’équipement permettant un diagnostic rapide de l’une ou l’autre bactérie (ou les deux) mentionnées ci-dessus ne peut pas analyser ces plasmides.

En dernier ressort et avant qu’une nouvelle molécule soit découverte l’OMS préconise l’utilisation d’un cocktail de plusieurs antibiotiques à défaut d’autres alternatives mais ce protocole reste délicat à mettre en oeuvre. Reste le bon vieux préservatif mais le Vatican en interdit l’utilisation …

Note. Au cours de la période 2013-2014 34 pays africains ont signalé des cas de syphilis à l’OMS mais également 9 pays de l’Union européenne dont la France.

Source : Plos Medicine, doi : 10.1371/journal.pmed.1002328.t001 Illustration : Neisseria gonorrhoeae

Alerte : les Chlamydia sont cancérigènes !

On s’en doutait un peu mais cette fois-ci c’est prouvé les Chlamydia sont bien des agents oncogènes. Ces petits micro-organismes, c’est un peu un pléonasme d’écrire ceci, mais les Chlamydia sont des petites bactéries qui sont, un peu comme les virus, des parasites obligatoires des cellules qu’elles infectent pour se multiplier puisqu’elle ne disposent pas de tout l’équipement nécessaire pour se reproduire par elles-mêmes. Pour situer le problème, les chlamydioses constituent la première maladie sexuellement transmissible dans le monde avec plus de 90 millions de nouveaux cas par an. Chez l’homme, le symptôme le plus commun est une sensation de brûlure de l’urètre au moment de la miction (en général l’homme va vite consulter un urologue) mais chez la femme l’infection est souvent indolore et inaperçue et donc ignorée jusqu’à ce que l’on découvre un cancer de l’utérus ou pire des ovaires bel et bien déclenché par les Chlamydia. Des biologistes du Max Planck Institute de Berlin ont en effet montré que ces parasites intracellulaires modifiaient l’ADN de la cellule hôte. Quand l’ADN d’une cellule est trop endommagé pour diverses raisons, si la réparation de ce dernier n’est pas possible, la cellule se suicide littéralement, ce que l’on appelle doctement l’apoptose. Lorsque les Chlamydia parasitent une cellule et se multiplient à l’intérieur de celle-ci elles induisent des dommages à l’ADN de la cellule hôte mais par un mécanisme encore mal connu, les Chlamydia prennent en charge la réparation de l’ADN de la cellule et c’est au cours de ce processus qu’une cellule peut tout d’un coup devenir cancéreuse parce que la réparation a été défectueuse. Un peu comme si le parasite finit par tuer la cellule mais pas trop vite tout de même pour pouvoir se multiplier aisément, d’où ces mécanismes de réparation ingénieux mais au final dangereux. La cellule hôte n’y comprend plus rien et devient alors cancéreuse au lieu de se suicider comme elle aurait dû le faire en cas de gros dégâts de son ADN. De même que l’on sait maintenant sans équivoque que certains cancers de l’estomac sont provoqués par la bactérie Helicobacter pilori également responsable de certaines formes d’ulcères de l’estomac et dont on sait se débarrasser à l’aide d’antibiotiques appropriés, de même que le virus du papillome (HPV) responsable des tumeurs du col de l’utérus peut être combattu par vaccination depuis peu, de même un dépistage des Chlamydia serait opportun pour réduire l’incidence des cancers de l’utérus et des ovaires car l’apparition des symptômes des cancers, en particulier de l’ovaire, est souvent tardive avec les conséquences que l’on connait sur les chances de survie. Dans le cliché ci-dessous, chaque petit grain vert est une Chlamydia …

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Chlamydia (green) sheltered inside a human host cell (red).

© MPI for Infection Biology/V. Brinkmann

Source et crédit photo : Max Plank Institute