La guerre des monnaies (suite)

Dans un billet précédent je dissertais de l’antagonisme entre la Chine et les USA. J’ai omis quelques remarques que l’opinion a tendance à amalgamer ou ignorer. D’abord les revendications territoriales de la Chine concernant Taïwan n’aboutiront jamais à un conflit armé entre les USA et la Chine. Il existe en effet un accord non écrit entre les 5 puissances dotées officiellement de l’arme nucléaire dont le fondement est de ne pas utiliser l’arme nucléaire en cas de conflit entre ces 5 puissances. Israël, le Pakistan, l’Inde et la Corée du Nord ne font pas partie de ce club. Personne ne connait l’état de leur armement ni celui des vecteurs qu’ils peuvent déployer pour tenter d’anéantir à distance un ennemi. Les 5 pays « nucléarisés » disposent d’un arsenal suffisant et opérationnel à tout moment pour détruire une grande partie de la Terre. Ils ne s’affronteront donc jamais directement tout simplement car ils ne savent pas qui sortira gagnant d’un tel conflit si tant est qu’il y aura un survivant. En conséquence les USA n’entreront jamais en conflit armé direct avec la Chine au sujet de Taïwan. Ces deux pays n’ont aucun intérêt à voir cette île détruite par des bombardements pour satisfaire une revendication territoriale, pour l’un, et une position stratégique pour l’autre. Taïwan possède un atout majeur, son entreprise TSMC. Il faudra au moins dix ans pour que l’usine TSMC-bis en construction sur le sol américain soit opérationnelle et la Chine ne sera opérationnelle dans cette technologie qu’en 2030 au plus tôt avec une résolution légèrement inférieure à 10 nanomètres alors que TSMC a déjà atteint 4 nanomètres. En d’autres termes un circuit produit par TSMC aujourd’hui sera, dans dix ans, toujours plus performant (d’un facteur 2) à la meilleure technologie que pourra atteindre la Chine.

L’autre point qui obligera en quelque sorte la Chine à modérer ses velléités d’annexion de Taïwan est la proximité de l’immense installation militaire terrestre et maritime américaine d’Okinawa au sud de Kyushu au Japon qui se trouve à 20 minutes de vol d’un F-16 (ou d’un F-35 s’il est en état de vol). Le Japon n’est pas exclu de la stratégie américaine car des entreprises nippones spécialisées mondialement dans les matériaux composites travaillent activement dans le cadre d’un contrat avec Raytheon et Lockheed-Martin pour la mise au point d’un chasseur et d’un bombardier super-furtifs. De toutes les façons un conflit armé entre la Chine et les USA serait destructeur sans même l’usage d’un quelconque armement nucléaire et les Américains auraient beaucoup à perdre. L’industrie américaine est en effet incapable de produire à domicile ce qu’elle importe de Chine. Avant d’envisager un conflit armé avec la Chine il faudra en premier lieu « ré-industrialiser » le pays. Or un tel processus durera plus de dix ans.

Le dernier point à considérer dans cette guerre des monnaies qui voit le jour est l’attitude de la Russie, l’Union européenne étant considérée dans ce jeu stratégique comme une quantité négligeable. Si les Américains étaient de fins politiciens, ce qui est loin d’être le cas, ils devraient d’abord se rapprocher de la Russie plutôt que de l’Australie ! La Russie est préoccupée par les visées économiques de la Chine sur la Sibérie. La « route de la soie » ferroviaire qui emprunte le territoire russe sur des milliers de kilomètres constitue un sujet de réflexion pour le Kremlin. Plutôt que de laisser croiser des navires de guerre à proximité de la péninsule de Crimée les Américains seraient bien avisés de renouer des relations de bonne entente avec la Russie. En décidant avec l’Europe de sanctions contre la Russie les Américains ont anéanti toute crédibilité au sujet de leur stratégie d’encerclement maritime de la Chine car il faudrait aussi que la Chine soit « encerclée » par la terre, comprenez la Russie. Mais les Américains sont trop fiers d’eux-mêmes pour reconnaître qu’ils ont fait une grave erreur stratégique dans leur attitude vis-à-vis de la Russie. Sans le soutien de la Russie les USA ne pourront jamais maîtriser les projets de dé-dollarisation de la Chine. Et un tel soutien relève de l’hypothèse puisque Moscou est également en faveur d’un abandon du dollar pour les échanges internationaux.

La conclusion est évidente : à terme le leadership américain disparaîtra avec le dollar, en d’autres termes la « globalisation adossées au roi dollar » puis l’Union européenne s’effondrera, c’est inévitable, et un nouvel équilibre s’établira avec une Chine plus modérée, confrontée elle aussi à des problèmes démographiques sérieux et qui s’occupera plus de ce qui se passe à l’intérieur du pays car le parti dominant redoute tout mouvement populaire de mécontentement comme celui qui enfle avec la possible faillite d’Evergrande car d’autres promoteurs immobiliers pourraient suivre. Le colosse chinois a des pieds d’argile et les responsables politiques en sont conscients. Ils savent que tant les Américains que les Européens ne peuvent se passer des produits « made in PRC » et cette situation durera encore longtemps car les Chinois ont une autre notion du temps que les Occidentaux.

La guerre des monnaies ne fait que commencer

Lorsque le Président Saddam Hussein envisagea de vendre son pétrole aux Européens et d’être payé en retour en euros les Etats-Unis trouvèrent un stratagème honteux pour leur déclarer la guerre. Souvenez-vous de la fiole brandie par Donald Rumsfeld aux Nations-Unies pour justifier cette entrée en guerre, la preuve que l’Irak disposait d’armes de destruction massive. Bis repetita placent lorsque le commandeur Khadaffi fit la même proposition aux Européens, les Anglais et les Français servirent de bras armé aux Américains pour détruire, au sens littéral du terme, la Libye. Le Président américain aurait pu ouvertement mettre en garde tous les pays producteurs d’hydrocarbures (liquides ou gazeux) contre toute tentative d’abandon du dollar US dans leurs transactions, la situation aurait été plus claire pour tout le monde, y compris pour la Russie qui subit des sanctions de la part des Etats-Unis, accompagnés de manière honteuse par l’Union européenne. On a prétendu dans les chancelleries que ces sanctions avaient pour but de punir la Russie pour son annexion de la péninsule de Crimée. C’était un prétexte car la Russie avait aussi proposé aux Européens de payer le gaz qu’ils importaient en euros. Naturellement les Européens, les laquais des USA, n’avaient pas donné suite à cette proposition du Kremlin et ils s’en mordront les doigts … dans un proche avenir.

Il se trouve que le gouvernement central de la Chine a autorisé la bourse de Shanghaï a ouvrir une cotation du pétrole et du gaz en yuan, en yuan convertibles en or qui plus est. Ceci a été rendu possible après avoir mis de l’ordre à Hong-Kong dans le but d’évincer la City de Londres dans le cours des projets chinois. Des accords de swap ont été conclus avec divers pays de la région, Viet-Nam, Thaïlande, Indonésie et, fait notoire, le Japon. De plus la Chine est sur le point de finaliser un système de transactions équivalent au SWIFT qui est entièrement contrôlé par les Américains, et de ce système les Chinois n’en veulent plus et ils ont bien raison.

Devant ces faits il est donc facile de comprendre la nervosité des Américains et le ralliement de la Grande-Bretagne au projet d’encerclement de la Chine par la mer (cf. l’affaire des sous-marins) révèle également l’humiliation de ce pays qui n’a presque plus de pouvoir de contrôle sur la place financière d’Hong-Kong. Les Américains ont toujours considéré que l’Océan Pacifique était leur « mare nostrum » au sens romain du terme depuis la fin de la guerre hispano-américaine de la fin du XIXe siècle. Avant Pearl Harbor les américains mettaient en place un blocus maritime du Japon. Ce fut d’ailleurs la raison principale du bombardement du port de Honolulu. Les Américains alimentent donc le projet de blocus maritime de la Chine. L’Australie, un pays gouverné par des imbéciles, a réduit voire annulé toutes ses exportations de charbon, de bauxite, de minerai de fer, de bétail ou encore de sucre en direction de la Chine, la Chine étant en effet son principal client en 2020. Ce pays a par conséquent perdu près de 20 % de son produit intérieur brut avec ces restrictions. Faut-il être idiot pour choisir une allégeance inconditionnelle à un pays, les USA, dont la fourberie est maintenant avérée en dépit du fait que l’économie de son propre pays, l’Australie, est mise en danger.

Finalement ce n’est pas la montée en puissance de la Chine qui inquiète les Etats-Unis mais bien la « dédollarisation » de ses échanges avec des pays tiers. Enfin la convertibilité du yuan en or est humiliante pour les Américains qui ne peuvent que constater que la valeur de leur billet vert est en chute libre par rapport à l’or. Les Américains ne pourront pas éternellement manipuler le cours de ce métal et alors le billet vert ne vaudra plus rien. La Chine est le premier producteur d’or du monde et le premier client des raffineries suisses tant pour l’or extrait sur son sol que pour l’or qualité joaillerie sur lequel les acheteurs chinois font main-basse dans le monde entier. Il y a lieu de se réjouir car les Américains vont un jour ou l’autre payer leur désinvolture et la suprématie du dollar sur les marchés mondiaux ainsi que les iniques pratiques d’extraterritorialité mises en place ne sont plus qu’une affaire de mois ou d’années. Pour plus d’informations à ce sujet l’excellente présentation de Charles Gave devant la Banque Cantonale de Genève est hautement instructive : https://www.youtube.com/watch?v=-olDIuigOUA

SARS-CoV-2 et gains de fonction : collaboration entre Chine et USA

Des documents récemment publiés fournissent des détails sur la recherche financée par les États-Unis sur plusieurs types de coronavirus à l’Institut de virologie de Wuhan en Chine. The Intercept a obtenu plus de 900 pages de documents détaillant le travail d’EcoHealth Alliance, une organisation de santé basée aux États-Unis qui a utilisé l’argent fédéral pour financer la recherche sur le coronavirus des chauves-souris au laboratoire chinois. La mine de documents comprend deux propositions de subventions inédites qui ont été financées par l’Institut national des allergies et des maladies infectieuses (NIAID dont le Directeur est Antony Fauci), ainsi que des mises à jour du projet relatives à la recherche d’EcoHealth Alliance, qui a été examinée dans le cadre d’un intérêt accru pour les origines de la pandémie https://en.wikipedia.org/wiki/EcoHealth_Alliance .

Les documents ont été publiés après la conclusion d’un litige sur le Freedom of Information Act par The Intercept contre les National Institutes of Health (NIH). Intercept met les documents complets à la disposition du public (liens en fin de billet). « Il s’agit d’une feuille de route pour la recherche à haut risque qui aurait pu conduire à la pandémie actuelle », a déclaré Gary Ruskin, directeur exécutif de U.S. Right To Know, un groupe qui a enquêté sur les origines du SARS-CoV-2.

L’une des subventions, intitulée « Comprendre le risque d’émergence du coronavirus des chauves-souris », décrit un effort ambitieux mené par le président de l’EcoHealth Alliance, Peter Daszak, pour dépister des milliers d’échantillons de chauves-souris à la recherche de nouveaux coronavirus. La recherche a également impliqué le dépistage des personnes qui travaillent avec des animaux vivants. Les documents contiennent plusieurs détails critiques sur la recherche à Wuhan, y compris le fait que des travaux expérimentaux clés avec des souris humanisées ont été menés dans un laboratoire de niveau de biosécurité P3 au Centre universitaire d’expérimentation animale de Wuhan – et non à l’Institut de virologie de Wuhan, comme c’était le cas auparavant. Les documents soulèvent des questions supplémentaires sur la théorie selon laquelle la pandémie pourrait avoir commencé dans un accident de laboratoire, une idée que Daszak a agressivement rejetée ( https://www.cbsnews.com/news/covid-19-wuhan-origins-60-minutes-2021-03-28/ ).

La subvention de recherche contre le coronavirus de chauve-souris a fourni à EcoHealth Alliance un total de 3,1 millions de dollars, dont 599 000 $ que l’Institut de virologie de Wuhan a utilisé en partie pour identifier et modifier les coronavirus de chauve-souris susceptibles d’infecter les humains. Même avant la pandémie, de nombreux scientifiques s’inquiétaient des dangers potentiels associés à de telles expériences. La proposition de subvention reconnaît certains de ces dangers : « Le travail sur le terrain comporte le risque le plus élevé d’exposition au SRAS ou à d’autres CoV, tout en travaillant dans des grottes avec une forte densité de chauves-souris et le potentiel d’inhalation de poussière fécale ». Alina Chan, biologiste moléculaire au Broad Institute, a déclaré que les documents montrent qu’EcoHealth Alliance a des raisons de prendre au sérieux la théorie des fuites de laboratoire. « Dans cette proposition, ils soulignent en fait qu’ils savent à quel point ce travail est risqué. Ils n’arrêtent pas de parler de personnes potentiellement mordues – et ils ont tenu des registres de toutes les personnes mordues », a déclaré Chan. « EcoHealth a-t-il ces dossiers ? Et sinon, comment peuvent-ils exclure un accident lié à la recherche ? »

Selon Richard Ebright, biologiste moléculaire à l’Université Rutgers, les documents contiennent des informations critiques sur les recherches effectuées à Wuhan, notamment sur la création de nouveaux virus. « Les virus qu’ils ont construits ont été testés pour leur capacité à infecter des souris qui ont été conçues pour afficher des récepteurs de type humain sur leur cellule », a écrit Ebright à The Intercept après avoir examiné les documents. Ebright a également déclaré que les documents indiquent clairement que deux types différents de nouveaux coronavirus ont pu infecter des souris humanisées. « Pendant qu’ils travaillaient sur le coronavirus lié au SRAS, ils menaient en même temps un projet parallèle sur le coronavirus lié au MERS », a déclaré Ebright, faisant référence au virus qui a causé le syndrome respiratoire du Moyen-Orient.

Interrogé sur les subventions de recherche, Robert Kessler, responsable des communications chez EcoHealth Alliance, a déclaré: « Nous avons demandé des subventions pour mener des recherches. Les agences concernées ont estimé qu’il s’agissait d’une recherche importante et l’ont donc financée. Donc je ne sais pas s’il y a grand chose à dire ». La subvention a été initialement accordée pour une période de cinq ans – de 2014 à 2019. Le financement a été renouvelé en 2019 mais suspendu par l’administration Trump en avril 2020. Le plus proche parent du SRAS-CoV-2, qui cause le Covid-19, est un virus trouvé chez les chauves-souris, faisant de ces animaux un point focal pour les efforts visant à comprendre les origines de la pandémie. La manière exacte dont le virus s’est propagé à l’homme fait l’objet d’un débat houleux. De nombreux scientifiques pensent qu’il s’agissait d’un débordement naturel, ce qui signifie que le virus est passé à l’homme dans un environnement tel qu’un marché humide ou une zone rurale où les humains et les animaux sont en contact étroit. Les experts en biosécurité et les détectives d’Internet qui soupçonnent une origine de laboratoire, quant à eux, ont passé plus d’un an à se pencher sur des informations accessibles au public et des publications scientifiques obscures à la recherche de réponses. Au cours des derniers mois, des scientifiques de premier plan ont également appelé à une enquête plus approfondie sur les origines de la pandémie, tout comme le président Joe Biden, qui en mai a ordonné à la communauté du renseignement d’étudier la question. Le 27 août, Biden a annoncé que l’enquête de renseignement n’était pas concluante.

Biden a reproché à la Chine de ne pas avoir publié de données cruciales, mais le gouvernement américain a également mis du temps à publier des informations. The Intercept a initialement demandé des éclaircissements en septembre 2020. « Je souhaite que ce document soit publié au début de 2020 », a déclaré Chan, qui a appelé à une enquête sur la théorie de l’origine des fuites de laboratoire. « Cela aurait changé les choses massivement, juste pour avoir toutes les informations en un seul endroit, immédiatement transparent, dans un document crédible qui a été soumis par EcoHealth Alliance ».

La deuxième subvention de recherche, « Understanding Risk of Zoonotic Virus Emergence in Emerging Infectious Disease Hotspots of Southeast Asia », a été attribuée en août 2020 et s’étend jusqu’en 2025. La proposition, rédigée en 2019, semble souvent prémonitoire, se concentrant sur l’intensification et le déploiement de ressources dans L’Asie en cas d’épidémie d’une « maladie infectieuse émergente » et se référant à l’Asie comme « le plus chaud des points chauds du NIAID ».

https://theintercept.com/2021/09/09/covid-origins-gain-of-function-research/

https://theintercept.com/document/2021/09/08/understanding-the-risk-of-bat-coronavirus-emergence/

https://theintercept.com/document/2021/09/08/understanding-risk-of-zoonotic-virus-emergence-in-emerging-infectious-disease-hotspots-of-southeast-asia/

Note. Les souris humanisées sont des animaux génétiquement modifiés exprimant une protéine humaine. Dans le cadre des travaux effectués pour la recherche de gains de fonction des coronavirus de chauve-souris ces souris exprimaient la forme humaine de l’enzyme de conversion de l’angiotensine de type 2 qui se trouve être abondant à la surface des cellules épithéliales des voies respiratoires et du système de circulation sanguine. Cette protéine appelée ACE2, alors exprimée par les souris génétiquement modifiée constitue un excellent moyen pour optimiser l’interaction entre le virus et l’hôte (ici la souris), le but de la mise au point de gains de fonction. La recherche de gains de fonctions était initialement réservée aux chimistes pour modifier des molécules naturelles afin d’augmenter leurs effets. Le cas le plus classique est la transformation de l’acide salicylique naturellement présent dans les feuilles de saule en ester acétique de la fonction OH de la molécule originelle pour conduire à l’aspirine.

Energie nucléaire : la Chine définitivement en avance !

Avec quelques jours d’intervalle le monde entier a appris que la Chine était devenue l’incontestable leader mondial de l’énergie nucléaire du futur : le chargement en combustible du premier réacteur nucléaire à très haute température et la mise en fonctionnement d’un réacteur à sels de thorium fondu. Ces deux programmes de démonstration ont été planifiés il y a plus de dix ans et ont chacun nécessité le travail de milliers d’ingénieurs souvent formés dans des universités occidentales et de techniciens hautement qualifiés ainsi que le savoir-faire d’une multitude de petites entreprises de haute technologie. La Chine s’oriente donc résolument vers un avenir énergétique fiable et peu onéreux.

Le réacteur à très haute température refroidi avec de l’hélium est situé à Shidaowan dans la province du Shandong. Il s’agit de deux unités qui fourniront de la vapeur de très haute qualité pour alimenter une turbine de 210 MW électriques. La première unité est déjà opérationnelle et le complexe sera raccordé au réseau électrique avant la fin de cette année. La construction de cette usine a débuté en décembre 2012. La température de l’hélium en sortie de réacteur est de 750°C et après passage dans un générateur de vapeur cet hélium refroidi à 250°C retourne dans le réacteur. Le réacteur lui-même se trouve dans une cuve de 11 mètres de haut et de 3 mètres de diamètre comprenant des déflecteurs en graphite et des barres de contrôle entourant un dispositif innovant constitué d’un lit fluidisé de billes de combustible de 60 millimètres de diamètre. À pleine charge le combustible comprend 420000 billes de céramique contenant chacune 7 grammes d’uranium enrichi à 8,5 % d’isotope 235. Il faut un mois pour que le chargement soit complet.

L’intérêt d’un tel dispositif est que le réacteur peut fonctionner sans arrêt de rechargement puisque celui-ci peut être effectué en continu et en cas d’incident les billes peuvent être stockées dans des cuves ayant un volume tel que le processus de fission s’arrête en raison du déficit de quantité critique d’uranium. Il s’agit pour l’instant d’un prototype néanmoins producteur d’électricité qui permettra aux ingénieurs de se former pour l’étude d’unités de puissance plus importante ainsi que pour développer toutes les technologies afférentes dont en particulier la production d’hydrogène.

L’autre innovation chinoise se trouve implanté à WuWei dans la province du Gansu. Il s’agit du premier réacteur à sels fondus de thorium. Bien que cette technologie ait été explorée au début des années 1960 aux USA elle n’a jamais fait depuis l’objet de nouvelles recherches car le fonctionnement de ce réacteur est beaucoup plus problématique. Le fonctionnement en continu d’une telle installation requiert absolument une unité de retraitement chimique en ligne afin de séparer les produits de fission qui empoisonnent le fonctionnement normal de la fission en raison de leur très grande section de capture des neutrons. L’isotope naturel du thorium est le thorium-232 qui n’est pas « fissile » comme l’uranium-235 ou le plutonium-239. Il faut donc une source de neutrons pour initier la réaction nucléaire. Celle-ci est constituée d’uranium-235. Le thorium-232 capte un neutron et se transforme alors en uranium-233. Mais la situation se complique avec l’apparition de protactinium-233. Tous ces métaux se trouvent sous forme de fluorures mixtes fondus à partir d’une température d’environ 290°C. Le prototype de 3 MW thermiques permettra surtout d’étudier le cycle du combustible, le flux de neutrons étant particulièrement délicat à contrôler. Depuis 1969 aucun pays dans le monde n’a envisagé la construction d’un tel prototype.

Pourquoi s’intéresser au thorium ? D’abord parce que le thorium est beaucoup plus abondant que l’uranium et ensuite parce que la Chine accumule des quantités impressionnantes de « stériles » provenant de la purification des terres rares, stériles très riches en thorium. Pour clore ce deuxième chapitre il n’existe aucune information disponible quant au choix technologique des ingénieurs chinois : simple flux ou double flux. S’il s’agit de la technologie double flux la Chine est alors très novatrice en ce qu’un tel dispositif peut fonctionner indéfiniment car il ne comporte pas de réflecteur en graphite mais il est beaucoup plus complexe à mettre en œuvre (voir le lien wikipedia ci-dessous). Si les ingénieurs chinois réussissent ils auront fait franchir un grand pas à l’humanité qui n’aura alors dans l’avenir plus aucun problème d’énergie.

Sources : World Nuclear News, https://www.nature.com/articles/d41586-021-02459-w et

https://en.wikipedia.org/wiki/Liquid_fluoride_thorium_reactor#Removal_of_fission_products

Origine du SARS-CoV-2 : Washington patauge …

« Washington préfére salir la Chine plutôt que d’avoir une enquête scientifique honnête et ouverte sur l’origine de la pandémie », écrit Finian Cunningham.

Lorsque le président Joe Biden a ordonné à ses agences de renseignement de clarifier l’origine du virus Covid-19, il semblait qu’un coup monté était en cours pour désigner la Chine comme étant responsable de la pandémie mondiale. En mai, Biden a donné 90 jours à la communauté du renseignement américaine pour enquêter sur la possibilité que le virus SARS-CoV-2 qui cause la maladie Covid-19 ait été libéré par un laboratoire de microbiologie de la ville chinoise de Wuhan.

La Chine a toujours qualifié les insinuations américaines de « prédéterminées » et non scientifiques. Pékin souligne l’absurdité d’employer des espions pour résoudre un problème scientifique d’une immense complexité. La politisation américaine d’une question scientifique contrecarre inévitablement une coopération internationale appropriée pour vaincre la pandémie et toutes les collaborations futures. Les espions américains ont publié leurs conclusions la semaine dernière dans une version non classifiée de leur rapport publié par le directeur du renseignement national qui dirige 17 agences. La conclusion majoritaire était que le virus provenait de la nature et infectait les humains via un vecteur animal. Il a été explicitement déclaré que les services de renseignement américains ont estimé que le virus n’était pas une « arme biologique ».

Ainsi, l’establishment de Washington semble se conformer au consensus scientifique international sur la pandémie. Washington semble s’éloigner de la « théorie » déséquilibrée que l’administration Trump précédente et les républicains bellicistes avaient promue, qui cherchait à rejeter la responsabilité de la pandémie sur la Chine. Rappelons que Trump et son secrétaire d’État voyou Mike Pompeo avaient accusé la Chine de détruire « la plus grande économie que le monde ait jamais connu » et ont insinué que l’instrument de sabotage était une arme biologique fabriquée par l’Institut de virologie de Wuhan.

Sous l’administration Trump, les médias américains s’étaient moqués de ses affirmations anti-chinoises. Cependant, sous Biden, le nouveau président démocrate a ravivé la théorie imprudente en chargeant les services de renseignement de l’examiner. Et les médias américains inconstants et consciencieux ont suivi le demi-tour en semblant donner de la plausibilité à la « théorie des fuites de laboratoire ». Les agences de renseignement désavouent maintenant cette notion. En d’autres termes, elles disent qu’il n’y a « pas d’arme à feu fumante » (smoking gun) impliquant la Chine dans la militarisation d’un virus et que la pandémie est due à une épidémie naturelle.

Cette évaluation américaine peut être considérée comme partiellement bienvenue. Si ceux qui veulent semer la peur avaient ostensiblement conclu que le virus était le résultat d’une fuite de laboratoire d’armes biologiques, les conséquences auraient été potentiellement catastrophiques. Car cela aurait impliqué que la Chine avait mené un acte de guerre furtivement pour détruire l’économie américaine et causer plus de 630 000 morts – de loin le plus grand nombre de morts dans le monde.

À cet égard, le rapport de renseignement de 90 jours ordonné par Biden avait une résonance inquiétante avec le tristement célèbre récit des armes de destruction massive (ADM) concocté pour le lancement de la guerre contre l’Irak en 2003 sous George W. Bush. Cette information s’est avérée plus tard sans fondement. Les Américains et les Britanniques ont politisé (fabriqué) ce renseignement pour permettre une guerre génocidaire contre l’Irak – dont l’héritage odieux se répercute encore aujourd’hui. Encore une fois, les médias d’information contrôlés par les entreprises (financières) ont été complices de la vente de ce faux récit et sont donc complices de crimes de guerre monumentaux.

Il y avait un danger que nous assistions à une mascarade de propagande similaire sur la Chine et la théorie de la « fuite de laboratoire ». Si les services de renseignement américains avaient pointé du doigt la Chine pour la pandémie de Covid-19, les médias occidentaux soumis auraient rempli leur fonction habituelle de prostituées. Les protestations de Pékin auraient sans doute été rejetées. Le résultat aurait eu de graves implications pour une confrontation militaire – à un moment où les tensions entre Washington et Pékin sont déjà vives. Alors, qu’est-ce-qu’il s’est passé? Il semble que l’establishment de Washington savait qu’il devait prendre du recul par rapport à la machination supposément imprudente de la Chine. La logique menait à l’abîme de l’affrontement militaire. Contrairement à l’Irak en 2003, la Chine est une puissance formidable qui est en fait défendue avec des armes nucléaires.

Mais il y a aussi le facteur gênant des preuves scientifiques et de la vérité objective. Dans le cas de la création du conflit avec l’Irak, les fauteurs de trouble américains avaient une certaine liberté d’imagination. Ils pourraient vraisemblablement prétendre identifier des armes nucléaires ou chimiques à partir d’images satellites ambiguës. À l’époque également, le secrétaire d’État Colin Powell pouvait brandir une fiole en verre de poudre blanche devant le Conseil de sécurité des Nations Unies, menaçant implicitement que s’il la laissait tomber par terre, tout le monde dans la pièce mourrait d’une infection à l’anthrax. Il s’avère que Powell brandissait probablement un échantillon de lessive en poudre. Un stratagème aussi sournois n’est pas possible pour tenter d’incriminer la Chine à propos de la pandémie de Covid-19.

Pour pousser la théorie de la fuite de laboratoire d’une arme biologique, les États-Unis auraient dû fournir des données génétiques de l’agent pathogène et attribuer les données à l’Institut de virologie de Wuhan. Mais scientifiquement, il n’est pas possible de fabriquer frauduleusement une très longue séquence génétique. Une arme biologique est un produit de synthèse dont le séquençage génétique montre incontestablement des techniques d’ingénierie microbiologique. Un virus d’origine naturelle présentera une évolution naturelle de sa composition génétique.

Les fauteurs de trouble américains ne pourraient jamais concocter une telle preuve génétique. Ce n’est pas scientifiquement possible. De plus, les microbiologistes chinois avaient bien sûr des copies des données génétiques relatives à tous les virus qu’ils étudient et recherchent. Toute tentative de falsification des Américains serait absolument vérifiable. Toute la théorie des fuites de laboratoire a toujours été une course ridicule pour le renseignement américain. La plupart des scientifiques, dont une équipe internationale de l’Organisation mondiale de la santé en coopération avec des experts chinois, ont conclu que le virus Covid-19 est d’origine naturelle et a infecté l’homme via un vecteur animal. L’équipe de l’OMS a conclu qu’il était « extrêmement improbable » que le virus sorte des laboratoires de Wuhan, soit en tant qu’arme biologique, soit à la suite de la libération accidentelle d’échantillons de virus naturels.

Alors que la plupart des agences de renseignement américaines ont réalisé que la politisation de la pandémie est une impasse, néanmoins, l’un de leurs agents est cité dans l’enquête « 90 jours » (lien en fin de billet) comme affirmant que le virus Covid-19 pourrait avoir été libéré en tant qu’agent pathogène naturel au cours d’un accident à l’Institut de virologie de Wuhan. Cette évaluation ne constitue pas la pleine incrimination de la Chine. Mais cela implique toujours un degré de culpabilité pour la pandémie mondiale en cours. S’il ne s’agit pas d’un « pistolet fumant », les Américains ont recours à un pistolet graisseux pour salir la Chine.

Pékin et de nombreux scientifiques du monde entier ont condamné Washington pour avoir politisé les origines de la pandémie. C’est un canular futile et non scientifique de blâmer la Chine. De plus, cette diversion dangereuse empêche un effort international approprié pour étudier les origines du virus SARS-CoV-2 qui est essentiel pour vaincre les futures pandémies.

Il sert également de diversion aux appels valides pour enquêter sur la possibilité que la maladie de Covid-19 soit originaire des États-Unis ou de l’Europe des mois avant que les premiers cas ne soient signalés à Wuhan en Chine en décembre 2019. Fort Detrick, Maryland, impliquant des échantillons de virus naturels est une préoccupation valable pour une enquête internationale. Mais heureusement pour Washington, sa politisation crasseuse de la pandémie sert à entraver une telle enquête. Il préférerait salir la Chine plutôt que d’avoir une enquête scientifique honnête et ouverte sur l’origine de la pandémie sur le sol américain.

Article paru sur le site strategic-culture.org le 30 août 2021

L’avortement sélectif est toujours populaire en Inde, Chine et Asie du Sud-Est

Le 4 mars 2010, The Economist a publié l’une de ses couvertures les plus mémorables : une page complètement noire, à l’exception d’une paire de minuscules chaussures roses avec des nœuds à froufrous en bas. Le titre était « Gendercide : qu’est-il arrivé à 100 millions de bébés filles ? »

Bonne question. La réponse est qu’elles ont été avortées ou tuées, principalement en Chine et en Inde, mais aussi dans d’autres pays. Il a brossé le tableau d’une tragédie : la violence croisée d’une fécondité plus faible, des tests prénataux plus précis et la préférence pour les fils.

Quelques années plus tard, en 2017, The Economist était plus optimiste : « En Inde, et dans le monde dans son ensemble, la guerre contre les bébés filles semble s’achever ». Il conclut avec un aplomb caractéristique : « L’Asie s’est engagée dans une expérience démographique aux conséquences désastreuses. Cela ne se répétera sûrement pas ».

Selon un article paru dans The Lancet Global Health (lien), le sex-ratio, en Inde au moins, ne cesse de s’élargir. Le ratio naturel à la naissance est d’environ 950 filles pour 1000 garçons. Les chercheurs ont constaté que

13,5 millions de naissances féminines manquaient au cours des trois décennies d’observation (1987-2016), sur la base d’un sex-ratio naturel de 950 filles pour 1000 garçons. Les naissances féminines manquantes sont passées de 3,5 millions en 1987–96 à 5,5 millions en 2007–16. La comparaison du sex-ratio conditionnel de la première décennie d’observation (1987–96) à la dernière (2007–16) a montré une aggravation pour l’ensemble de l’Inde et presque tous les États, parmi les primogénitures et les suivantes. Le Pendjab, l’Haryana, le Gujarat et le Rajasthan avaient les rapports de masculinité les plus asymétriques, représentant près d’un tiers du total national des femmes manquantes aux deuxième et troisième nés à la naissance. Si le ratio naturel est en fait de 975 pour 1 000, 22 millions de filles sont portées disparues.

En résumé, entre 13 et 22 millions de filles indiennes ont été « portées disparues » entre 1987 et 2016 en raison d’un avortement sélectif en fonction du sexe. L’holocauste entre les sexes n’est pas dû au manque de messages sociaux et de rhétorique féministe de bien-être. Politiciens, bureaucrates, militants, éducateurs chantent tous la même partition : ne pas avorter les filles. Cela n’a pas fonctionné.

En 1994, la loi sur les techniques de diagnostic pré-conception et prénatales a interdit l’utilisation du diagnostic sexuel prénatal qui permet des avortements sélectifs selon le sexe – mais cela a eu peu d’impact. Les chercheurs ont constaté que le sex-ratio s’était stabilisé entre 2007 et 2013, mais qu’il s’était par la suite aggravé. L’infanticide féminin semble avoir disparu, mais le diagnostic échographique suivi d’un avortement est de plus en plus courant. Les chercheurs écrivent :

« L’avortement sélectif selon le sexe semble être plus prononcé pour les naissances de troisième ordre que pour les naissances de deuxième ordre après une première fille. L’avortement sélectif selon le sexe est resté plus courant dans les familles plus riches et plus éduquées que dans les familles plus pauvres et moins éduquées, contrairement aux différences dans la survie des enfants et l’accès aux soins de santé. Le principal déterminant des naissances féminines manquantes dans les naissances de deuxième et de troisième ordre était une fille ou des filles antérieures. Les tendances défavorables des naissances féminines manquantes contrastent nettement avec l’amélioration substantielle de la mortalité infantile des filles au cours des deux dernières décennies en Inde ».

Selon une étude d’un chercheur australien, Richard Egan, la préférence pour les fils et la volonté de recourir à l’avortement sélectif selon le sexe sont également présentes dans les communautés immigrantes indiennes, chinoises et vietnamiennes du monde entier.

Liens : https://doi.org/10.1016/S2214-109X(21)00094-2

Article de Michael Cook paru sur son site BioEdge.
Remarque. Ce phénomène d’infanticide sélectif existe avec la même ampleur en Chine, au Vietnam et dans une moindre mesure en Thailande. Conjugué à la politique de l’enfant unique qui a été en vigueur pendant près de 30 ans en Chine, l’infanticide sélectif prépare un problème démographique pour ce pays qui sera d’une extrême gravité : un vieillissement brutal de la population avec des conséquences économiques et sociales difficiles à imaginer. On ne joue pas avec la démographie …

Cryptomonnaies : pourquoi la Chine encourage-t-elle cet engouement ?

La Chine avec sa population stabilisée à 1,39 milliards d’individus voudrait paraître le bon élèves de l’énergie propre à l’horizon 2050. C’est pourquoi le développement du programme électro-nucléaire est classé prioritaire. Après avoir sorti de la pauvreté cinq cent millions de personnes, plus que la population de l’Union européenne, en moins de 20 ans l’augmentation du niveau de vie de ce pays va inexorablement avoir pour conséquence une augmentation de la consommation d’énergie. Cette tendance va s’accélérer avec la production massive de véhicules électriques.

Mais, contrairement à ce que l’on pourrait croire en Occident, il existe un autre secteur de consommation d’énergie qui devrait préoccuper le gouvernement chinois, il s’agit des cryptomonnaies. En Europe et aux USA on croit que les cryptomonnaies ont été créées par les Occidentaux et sont utilisés par eux seuls. C’est loin d’être le cas. Le premier à avoir imaginer ce que l’on appelle maintenant la « blockchain » est un cryptographiste appelé David Chaum au début des années 1980. Il faudra près de 30 ans pour que les progrès de l’informatique permettent une concrétisation du concept de chaine de documents contenus dans un bloc d’informations crypté et certifié par un code unique, transférable et considéré comme une valeur liquide. C’est à peu près ce que j’ai compris de la « blockchain. C’est Satoshi Nakamoto qui a dans les faits introduit la blockchain en 2008 mais on ne sait pas s’il s’agit d’un individu ni même s’il s’agit d’un Japonais.

Bref, la blockchain est devenue un véritable sport national en Chine, une sorte d’échappatoire à la main-mise de l’Etat central sur les individus, une bouffée d’oxygène idéologique. L’essor des cryptomonnaies chinoises est devenu tel qu’il représente aujourd’hui plus de 65 % de toutes les transactions cryptées du monde. Tout le monde parle en Occident du Bitcoin mais c’est un nain par rapport au Poolin, la cryptomonnaie la plus populaire de Chine suivie par AntPool, une émanation lointaine d’Alibaba, le plus grand groupe de commerce digital du monde fondé par Jack Ma maintenant en délicatesse avec le pouvoir central chinois pour abus de position dominante sur le marché digital. Les tribulations à la limite de la légalité d’un Elon Musk au sujet du BitCoin semblent alors totalement ridicules et tous les commentaires des analystes financiers le sont encore plus !

Curieusement ce même pouvoir central chinois laisse le champ libre aux cryptomonnaies dans ce pays pourtant dominé par le parti communiste. Il ressort que les cryptomonnaies sont devenues en Chine le nouvel opium dont les citoyens ont besoin pour vivre un quotidien le plus souvent morne et répétitif. Si un de moi-milliard de personnes ont été sorties de la pauvreté en un temps record, les estimations révèlent qu’un demi-milliard de personnes utilisent quotidiennement des cryptomonnaies aujourd’hui en Chine. Mais il y a un problème : la consommation d’électricité nécessaire pour le mining, en d’autres termes la mise en place de transactions cryptées. Aujourd’hui la blockChain consomme plus d’électricité en Chine que toute l’Italie, soit 300 TWh par an ! Qu’à cela ne tienne, la Chine construit des centrales électriques brûlant du charbon en attendant que les quelques 20 réacteurs nucléaires en cours de construction soient opérationnels, car il y a une urgence pour maintenir la population dans le calme …

La pénurie de semi-conducteurs : un problème mondial récurrent

Ce n’est pas la pandémie coronavirale qui a provoqué une pénurie mondiale de semi-conducteurs puisque les deux principaux pays producteurs de ces composants essentiels pour l’industrie mondiale n’ont jamais été affectés par le coronavirus. Il s’agit de la Corée et de Taïwan, deux pays précisément exemplaires dans la gestion de cette crise sanitaire. La demande mondiale en semi-conducteurs n’a cessé de croître au fil des années et les gigantesques investissements pour créer de nouvelles unités de production n’ont pas suivi cette augmentation de la demande. Pour créer une unité industrielle de production de semi-conducteurs l’investissement nécessaire est de l’ordre de 12 milliards de dollars et il faudra trois années pour qu’elle devienne opérationnelle. Ces usines dont la sophistication est poussée à l’extrême puisque les circuits électroniques atteignent maintenant des échelles de l’ordre de quelques microns sont encore appelées des « fonderies ». En effet, l’activité en amont consiste à produire des lingots de silicium ultra-pur à partir de sables particuliers pauvres en contaminants mais qu’à cela ne tienne les techniques de purification dites de « zone » des lingots ont fait des progrès considérables quand il s’agit de ce secteur particulier de la production industrielle de « chips » spécialisés. Le court documentaire (lien en fin de billet) donne un aperçu de ce type d’unité de production. Deux entreprises extrême-orientales sont les leaders de ce marché, Samsung en Corée et TSMC (Taiwan Semiconductor). Quelques autres acteurs comme Intel aux USA et SMIC en Chine se partagent les miettes. Le Japon dont les unités de production, en particulier celles de Toshiba, ont été ruinées par le grand tsunami du 11 mars 2011 n’a pas suivi cette évolution. Seules des firmes nippones spécialisées dans la robotique de précision ont survécu mais ne sont plus que des sous-traitants de TSMC ou de Samsung.

Pourquoi des industriels du monde entier doivent attendre des livraisons de « chips », tout simplement parce qu’aucune entreprise occidentale ne peut prendre le risque financier considérable d’investir des milliards de dollars dans ce créneau alors que la conjoncture économique est incertaine et que par conséquent les risques de profitabilité sont tout aussi incertains. Un faisceau de paramètres a donc créé cette crise. D’abord les constructeurs d’automobiles ont reporté leurs commandes, occupés à repenser leurs productions pour passer du diesel à la voiture électrique. De tels changements de stratégie ne s’effectuent pas en un jour. Les confinements et autres couvre-feux ont eu pour conséquence une explosion du travail à domicile et la demande en électronique personnelle de bureau a bondi. Les décisions politiques de l’ex-président américain à l’égard de la Chine ont poussé une firme comme Huawei a constituer des stocks de semi-conducteurs jamais vus auparavant. Enfin le « minage » des monnaies électroniques a rapidement épuisé la production de cartes graphiques, une pression supplémentaire sur les principaux fabricants.

La conséquence de cette crise est une augmentation significative des prix de toute l’électronique grand public : quand il n’y a pas assez de blé le prix du pain augmente et ceux qui mangent du pain sont les premiers à en subir les conséquences, c’est exactement ce qui se passe aujourd’hui dans l’industrie des semi-conducteurs …

Inspiré d’un article paru sur le site The Conversation

Note. Pour ceux qui envisageraient de placer leurs économies en achetant des actions de TSMC qui ont « pris » 190 % d’augmentation en quelques semaines en raison de la pénurie mondiale de semi-conducteurs ils doivent s’armer de patience car investir à Taïwan est très compliqué. Enfin la Chine a besoin de Taïwan et pas seulement de TSMC mais également de FoxCon et un conflit armé entre la Chine populaire et la République de Chine (Taïwan) me paraît improbable pour l’instant car il faudra au moins 15 ans pour que la Chine devienne autosuffisante dans ce domaine.

Le cas des Ouïghours : remettons les choses à leur place

Les Ouïghours sont une peuplade originellement nomade, turcophone, qui a été sédentarisée par la force au cours des années 1950. Ce ne sont pas des Hans, ils pratiquent une religion proche de l’islam et leur écriture est dérivée de l’arabe. L’implantation des Ouïghours est le Xinjiang. Depuis près de 200 ans le peuple Ouïghour s’est révolté contre l’autorité chinoise et, appuyés par le parti islamique du Turkestan dont on peine à cerner l’idéologie politique, les Ouïghours n’ont cessé de fomenter des attentats, des meurtres souvent gratuits et diverses actions subversives contre l’autorité chinoise. La situation s’est aggravé avec la doctrine du parti communiste d’assimilation des minorités ethniques. L’attitude des Ouïghours a naturellement encouragé le pouvoir central a réprimer sévèrement toute tentative de rébellion ou de désordre. Comme toutes les peuplades nomades les Ouïghours sont avant tout des guerriers doublés d’une idéologie de conquête identitaire. L’Occident et en particulier les Etats-Unis ne disposent que de rares informations relatives à ce peuple puisque le Xinjiang est dans la pratique interdit aux Occidentaux. Malgré l’indiscipline caractérisée des peuple Ouïghours le pouvoir central chinois investit des somme considérables pour développer l’économie de cette riche province, la voie vers une assimilation économique et culturelle. C’est sans compter sur la particularité de ce peuple sans cesse en rébellion contre le pouvoir local, c’est-à-dire les représentants du pouvoir central appuyés par une police et une armée dont la mission est de maintenir l’ordre.

Malgré l’emprise du pouvoir central dans cette région dite autonome la violence, les attentats et les homicides restent courants, ce qui constitue un frein considérable au développement de la région, trois fois plus étendue que la France et dont les ressources minières sont considérables outre le charbon, le pétrole et le gaz. Devant cette permanence de la violence le pouvoir central chinois a choisi de punir les activistes séparatistes teintés d’islamisme radical. Cette politique ne plait pas aux démocraties occidentales emmenés dans une croisade anti-chinoise par Washington, dénonçant une grave atteinte aux droits de l’homme, prétendant que Pékin a jeté des millions de Ouïghours dans des camps de travail forcé, accusations allant jusqu’à dénoncer un véritable génocide. Aucun Occidental n’est allé sur place vérifier les prétendues exactions dont sont victimes les Ouïghours. Cette propagande totalement mensongère est organisée par un pseudo-ethnologue, Adrian Zenz, idéologue évangélique d’extrême droite notoire, qui a étroitement collaboré au sein d’une prétendue université, la Fairfax University of America, qui n’est pas une université mais un groupement d’activistes évangéliques. Cette mascarade idéologique est organisée en sous-main par la CIA, exactement comme les évènements de Hong-Kong auxquels le pouvoir central chinois a mis fin autoritairement.

Les Ouïghours constituent donc un moyen de pression sur Pékin ou plutôt un faux prétexte pour renforcer les sanctions économiques à l’égard de la Chine. Et les Occidentaux, totalement dépourvus du moindre esprit critique, soutiennent Washington. Il serait avisé que les pays européens commencent à gérer leurs propres problèmes de minorités ethniques et religieuses avant de proférer de véritables insultes à l’encontre de Pékin puisqu’il s’agit tout simplement de « fake-news » dont sont coutumiers les Américains depuis le faux attentat dans le port de la Havane comme prétexte pour déclarer la guerre à l’Espagne à la fin du XIXe siècle.

Pour toute information complémentaire je conseille à mes lecteurs de se reporter à l’article de Ajit Singh paru (en français) sur le site Inestig’Action le 22 mars 2020 dont voici le lien :

Illustration trouvée sur le sommaire de quotidien Marianne ce 24 mars 2020 : l’Ambassadeur de Chine en France Lu Shaye. Je n’ai pas lu l’article.

Géopolitique. Diverses remarques : USA et Europe

Je voudrais présenter mes plus humbles excuses auprès de mes fidèles lecteurs car je n’ai pas l’intuition analytique surprenante par sa finesse d’Emmanuel Todd qui, bien avant la chute du mur de Berlin, eut l’audace de prédire le collapsus du bloc soviétique. Todd a récidivé en prédisant la chute de l’Empire américain dont on assiste aujourd’hui à la déliquescence. Ce pays, il y a encore quelques années, dominait le monde et, miné par l’usage de diverses drogues, par l’extravagante consommation de boissons sucrées conduisant à un surpoids de près de 60 % de la population avec toutes ses conséquences pathologiques, une chute alarmante de l’espérance de vie, une mortalité infantile en augmentation et un chômage massif de près d’un tiers de la population active, ce pays ne peut que régresser.

J’avais écrit des billets de politique-fiction sur ce blog et je me suis systématiquement trompé. Mais pour ce qui concerne les Etats-Unis, la situation est préoccupante. Juste une remarque préliminaire. Si le vieux « Joe » avait dit à son électorat au moment de la campagne électorale présidentielle, clairement, qu’il allait au cours de la première année de son mandat entrer en guerre contre un pays de son choix, ces électeurs auraient-t-ils voté pour lui ? En ce qui concerne mes « fictions » je me suis trompé au sujet d’un encombrement des maternités à la fin de l’année 2020, neuf mois après le premier confinement qu’ont subi les Français. J’avais oublié qu’en France le nombre annuel d’avortements atteint le chiffre invraisemblable de 280000 par an. Et pour une révolution lors du 150e anniversaire de la Commune, rien ne s’est passé et Christophe Claudel dont j’ai inséré sur ce blog son article l’a très bien expliqué dans une prose un peu laborieuse : les Français sont devenus des moutons dociles et il n’y a plus rien à espérer.

Pour se donner l’illusion qu’il est encore le leader du monde l’Amérique, maintenant dirigée par une équipe hétéroclite constituée d’opportunistes en tous genres, n’a plus d’autre choix que de fomenter un conflit armé avec un pays quelconque pour redémarrer une pseudo activité industrielle, comme si les USA vivaient encore les années 1940 lorsque Roosevelt orienta la totalité de l’industrie américaine pour fournir à l’Europe le soutien qui permit à la Grande-Bretagne de vaincre l’Allemagne nazie. Au passage il faut rappeler que sans la percée sur le front est de l’armée soviétique les Américains et les Anglais auraient rencontré de réelles difficultés pour vaincre le IIIe Reich. Comme chacun sait les vainqueurs réécrivent l’histoire comme ils l’entendent, mais c’est une autre affaire.

Malheureusement pour les Etats-Unis la donne géopolitique a changé. À force de traiter les Russes et les Chinois de « sous-hommes » incapables d’installer une démocratie « à l’américaine », excusez l’euphémisme, la politique américaine a réussi ce qu’elle devait éviter à tout prix : rapprocher la Chine et la Russie. En conséquence toute velléité guerrière quelle qu’elle soit de la part des USA à l’encontre de quelque pays que ce soit, aujourd’hui, constituera un très grand risque, une aventure à coup sûr perdante. L’administration Biden devrait prendre conscience que le monde a changé depuis Obama, le bloc Russie + Chine constitue un challenge qui ne pourra même pas conduire à un conflit nucléaire dont personne ne veut puisqu’il s’agirait de la plus grande extinction massive depuis la chute de la météorite qui anéantit les dinosaures il y a 65 millions d’années. Économiquement en chute libre les Etats-Unis sont devenus dépendants de la Chine, comme d’ailleurs l’Europe, et « faire des misères » à ce pays est un jeu qui se retournera contre le peuple américain.

Emmanuel Todd avait raison en prédisant la chute de l’empire américain et il a raison également en prédisant la chute de l’Union européenne. En effet l’Europe est le « pré carré » des Américains. L’Europe occidentale était déjà sous la coupe des USA lors de la guerre froide et depuis la chute du mur de Berlin c’est l’ensemble de l’Union élargie qui est dominée militairement par les Américains. À cette domination militaire il faut ajouter la domination économique et financière, le dollar étant toujours la monnaie d’échange au sein de l’Europe, le système SWIFT (américain) et les lois extraterritoriales américaines rendant de fait l’ensemble de l’économie européenne prisonnière des USA. Tout projet industriel ou commercial non conforme à la doctrine américaine est, en Europe, soigneusement combattu par tous les moyens, les plus tordus, par les Américains. L’exemple du gazoduc NordStream-2 en est une illustration.

Il y a pire encore. Les USA ont entrainé l’Europe dans le déclin idéologique en exportant les analyses ultra-gauchistes émanant des campus universitaires, y compris des plus prestigieuses universités de la côte est comme de la côte ouest. Les mouvements LGBT ou BLM (Black Live Matters) ont trouvé un terrain de choix en particulier dans les universités françaises qui, comme le gouvernement feint de l’ignorer, sont des pétaudières de gauchistes prétendant réformer le monde en attendant d’hypothétiques allocations de chômage. Ce qui sévit aujourd’hui dans ces universités me rappelle les conversations houleuses auxquelles j’ai participé en mai 1968 à l’Université de Lyon. J’osais dire haut et fort aux étudiants avec qui je suivais les cours de biologie que lorsqu’ils auraient décroché un poste de recherche pour préparer une thèse de doctorat leurs revendications s’éteindraient avec une rapidité proportionnelle au montant de leur premier salaire. C’est exactement ce qui arriva. Aujourd’hui la situation est très différente. Comme pour les hôpitaux les universités sont des laissées pour compte budgétaires et les rares diplômés français s’expatrient.

Donc l’Europe s’enfonce dans le déclin et le SARS-CoV-2 a juste un peu accéléré ce processus mortifère inexorable. Bienvenue dans un monde où tout sera beau et tous seront gentils … Prochain billet de géopolitique, le cas des Ouïghours.