Le chikungunya attaque !

800px-CDC-Gathany-Aedes-albopictus-1

Il aura suffi d’une unique mutation sur l’une des protéines de l’enveloppe du virus du chikungunya pour que ce virus soit capable de se multiplier dans le tractus intestinal du moustique tigre (Aedes albopictus, illustration Wikipedia), le plus commun des moustiques et présent dans le monde entier, sauf en Antarctique naturellement. Ce virus se contentait du moustique Aedes aegypti, également vecteur de la dengue, pour se répandre. En quelques mois seulement après l’apparition de la chikungunya dans les petites Antilles, Iles Vierges britanniques, Guadeloupe et Saint-Barth portée par le moustique tigre, la maladie a envahi la Floride et remonte jusqu’à la Caroline du Nord et rien ne semble arrêter sa progression depuis notamment Saint-Domingue et Haïti également concernés. Plusieurs cas ont été aussi signalés au Brésil il y a quelques jours.

Il est certes rare de mourir de la chikungunya mais la maladie est très préjudiciable à la santé avec des douleurs articulaires récurrentes qui peuvent parfois persister plusieurs années après l’épisode de fièvre aigüe initial. Seuls les enfants en très bas âge et les personnes souffrant d’autres pathologies graves peuvent être mortellement exposés à cette maladie contre laquelle il n’existe aucun traitement ni vaccin efficace. L’épidémie de chikungunya qui frappa l’Ile de la Réunion en 2006 affecta 266000 personnes avec 248 décès et le vecteur du virus était justement le moustique tigre. Ce virus avait déjà muté comme le montrèrent des biologistes français à partir du virus présent en Asie du Sud-Est et cette étude a été récemment confirmée par une équipe américaine, la situation devenant alarmante dans tout le sud-est des Etats-Unis. Situation effectivement très préoccupante car le moustique tigre supplante les autres espèces de moustiques endémiques des pays dans lesquels il arrive comme le moustique commun des régions tempérées Culex pipiens qui n’est pas un hôte pour le virus du chikungunya, en tous les cas pas pour le moment, car ce virus présente une extraordinaire faculté d’adaptation et le moustique tigre également puisqu’il est maintenant capable d’hiberner dans les pays tempérés, ses œufs étant devenus résistants au froid.

Capture d’écran 2014-06-18 à 18.45.25

Tous les éléments sont donc réunis pour qu’on assiste à une très large épidémie de chikungunya aussi bien dans les Amériques qu’en Europe et en Afrique.

Source : Nature, arbre phylogénétique du virus (Nature)