Décadence

Je regardais ce soir à la dérobée depuis le balcon de mon modeste meublé en fumant une cigarette et en regardant les avions s’approcher de leur point d’atterrissage l’activité des insulaires qui prennent le frais quand le soleil a presque terminé son voyage dans le ciel. Il y a, offerte à mon point de vue, une petite place arborée avec de curieux enclos délimités par des sortes de murets en tôle qui il y a quelques années étaient fleuris mais ne sont plus aujourd’hui qu’une pâle réplique des champs de lave du Teide (le volcan qui domine l’île de Tenerife) et où les chiens de toutes tailles, couleurs et races viennent s’épancher, qui pour uriner et flairer l’odeur d’un autre chien, qui pour déféquer en bon ordre. Deux femmes, on dirait d’un âge, avec trois chiens dont je ne ne peux pas déterminer la race car je n’y connais rien dans ce domaine, n’ayant jamais eu de chien ou d’autre animal de compagnie, sont arrivées presque bras dessus bras dessous avec leurs clebs et je subodore que ces deux femmes doivent sinon vivre ensemble, du moins mener dans le cas contraire une vie d’une telle solitude qu’elles ont besoin d’un animal de compagnie et qu’elles en arrivent à s’abaisser à ramasser les étrons de leurs chers compagnons d’infortune morale et psychologique. Il y a des milliers de chiens dans cette ville, donc des milliers de personnes présentant des signes évidents de désordre psychique pour ne pas pouvoir survivre sans s’imposer le ramassage bi-quotidien des étrons fumants et odorants de leurs chers sacs à puce, silencieux ou tonitruants, c’est selon. C’est, avec la télévision, les hamburgers et le coca cola zéro, un signe évident de décadence. Pauvres gens …