Tokyo ville de contrastes (épisode 2) : les chemins de fer à Tokyo

DSCF6887 - copie.JPG

J’ai fait un cliché de qualité médiocre des proches environs de la gare ferroviaire de Shimbashi située à deux stations au sud de la gare centrale Tokyo-station, soit environ 3 kilomètres. On discerne dans ce cliché le viaduc ferroviaire en briques rouges et le passage d’une rame de la ligne Yamanote. Tokyo-station, qui n’a aucun caractère central sinon qu’elle est proche du Palais Impérial, a été construite au cours des années 1910 à la demande de l’armée qui exigeait une ligne de chemin de fer reliant Tokyo à Nagoya par l’intérieur afin d’éviter d’exposer les trains circulant sur la voie côtière vers le sud de Honshu en direction d’Osaka à d’éventuels bombardements par les marines étrangères. Ce projet a été réactualisé il y a une dizaine d’années seulement pour créer une ligne de shinkansen ultra-rapide (350 km/h) pour relier ces deux villes et elle sera opérationnelle au milieu des années 2020. Au début du XXe siècle la gare de « Tokyo-central » était donc le point de départ de cette ligne future qui s’appelle aujourd’hui la Chuo Line qui s’arrête quand elle atteint les montagnes de l’ouest de l’agglomération de Tokyo sans être jamais allée jusqu’à Nagoya.

Vers le sud il existait toujours au début du XXe siècle la station terminale appellée Shimbashi de la première ligne de chemin de fer allant jusqu’à Yokohama dont la création remonte à la fin de la guerre russo-japonaise en 1872. Shimbashi, donc à environ 3 kilomètres de Tokyo-central, fut reliée à celle-ci vers 1920 par un long viaduc partiellement construit avec des briques qui a résisté à de nombreux tremblements de terre dont celui particulièrement dévastateur de 1923 quelques années seulement après sa construction et qui détruisit la presque totalité de Tokyo. Ce viaduc pas très élevé, une dizaine de mètres tout au plus, permettait la libre circulation entre les quartiers est et ouest de la ville.

DSCF6888 - copie.JPG

Il est toujours là et des milliers de trains l’empruntent chaque jour excepté les shinkansen pour lesquels une voie parallèle a été créée spécialement. Depuis ce tremblement de terre qui traumatisa le peuple japonais ce tronçon de viaduc est scruté minutieusement. Les arches ont été renforcées avec du béton armé (je n’ai pas su déterminer en quelle année) et les espaces situés sous ces arches sont louées par la compagnie JR (Japan Rail) à diverses sociétés dont majoritairement des restaurants. Il y a des travaux incessants sur ce viaduc, voie névralgique du système ferroviaire de la ville de Tokyo. L’illustration ci-dessus montre une série de capteurs destinés à surveiller le pilier entre deux arches 

On se trouve là devant un vestige du passé comme la gare de Tokyo au beau milieu d’édifices flambants neufs construits pour résister aux pires des tremblements de terre comme celui du 11 mars 2011.

Pour l’anecdote, la gare de Tokyo a reçu quelques bombes larguées par des B-29 au plus fort du bombardement de Tokyo par les Américains mais ni ce viaduc ferroviaire ni le palais impérial n’ont été pris pour cible par les Américains. La rumeur dit que cette voie ferrée fut épargnée car les yankees avaient mis sur le papier un grand plan d’invasion de toute l’île de Honshu. Cette liaison ferroviaire aurait été d’une extrême utilité pour convoyer les troupes sur le territoire japonais.