Médecines alternatives et cancer : une catastrophe !

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Ne parlons même pas de ces charlatans notoires qui prescrivent des herbes pour soigner un cancer, c’est presque trivial. Mais il y a presque pire dans le genre de l’engouement d’un certain public assourdi et lobotomisé par de véritables campagnes publicitaires pour à tout prix se gorger de suppléments alimentaires pour promouvoir une meilleur santé générale. On trouve tout et n’importe quoi dans ce registre et le nombre d’échoppes spécialisées dans ce commerce hautement lucratif fleurit à tous les coins de rue. Il n’y a pratiquement aucun contrôle, tout ce business est basé sur deux principes, la bonne foi des clients et leur inaptitude totale à se forger une opinion raisonnée sur les produits qu’ils achètent pour leur bien-être.

Il y a une vingtaine d’années la vogue était que les fruits et les légumes, sources de vitamines et de sels minéraux, étaient excellents pour la santé, ce qui est d’ailleurs vrai en un sens. De nombreuses études furent entreprises pour promouvoir les régimes riches en fruits et légumes car certaines d’entre elles montrèrent une légère diminution de l’apparition de cancers. Il n’en fallut pas beaucoup plus pour que les doctes représentants de la médecine alternative en déduisent que se bourrer de pilules contenant une panoplie de vitamines ne pouvait qu’être bénéfique pour prévenir certains cancers parmi les plus fréquents comme ceux du colon, du sein ou des poumons. On y ajouta une petite couche de propagande démagogique en relatant d’autres études qui montraient que ces mêmes régimes enrichis en « produits naturels » étaient également efficaces pour diminuer les risques cardiovasculaires. Le Docteur Tim Byers de l’Université du Colorado a voulu en avoir le cœur net pour reprendre une expression bien connue qui n’a rien de scientifique et comme certains résultats étaient prometteurs avec des animaux, il a mis en place une étude qui a duré dix années impliquant des dizaines de milliers de patients à qui on avait prescrit des suppléments « alimentaires » ou des placebos. Cette étude révéla le contraire de ce que l’on espérait ! Non seulement les suppléments vitaminiques étaient inefficaces mais une proportion loin d’être négligeable de patients suivis au cours de ces dix années développèrent plus de cancers que les patients examinés avec placebos. Les suppléments alimentaires contenant de la beta-kératine étaient même plutôt favorables au développement de maladies cardiovasculaires et de cancers du poumon.

L’ajout de beta-kératine dans ces potions magiques est d’ailleurs complètement inutile car l’organisme n’a pas besoin de ce produit et on est en présence d’un exemple évident de charlatanisme. La beta-kératine ne se trouve que dans les plumes des oiseaux ou encore les écailles de tortues et nous ne sommes ni des oiseaux ni des tortues. Dans le même genre la gelée royale ne nous fera jamais pousser une paire d’ailes dans le dos mais amincira simplement notre porte-monnaie, nous ne sommes pas des abeilles.

L’acide folique (vitamine B9 ou acide ptéroyl-glutamique) un autre supplément très populaire en médecine « marginale » et censé diminuer l’apparition de polypes intestinaux s’est révélé avoir l’effet inverse. D’après Byers, ce sont les surdosages qui sont en cause car les adeptes des compléments nutritionnels finissent par ne plus croire en la validité de ces derniers alors ils considèrent que quelques milligrammes de ceci ou de cela ne sont pas suffisants et ils endommagent finalement leur santé en s’administrant, sans aucun contrôle médical, des quantité massives, inutiles et toxiques de produits dont la pureté et la qualité ne sont pas non plus contrôlées.

Une posologie adaptée ne peut pas être dangereuse si les produits en question répondent à des critères de qualité adaptés, mais après tout une bonne alimentation équilibrée n’a pas de substitut. Ces travaux ont été présentés au dernier Forum de l’Association Américaine de Recherche sur le Cancer et les conclusions de l’ensemble de la journée consacrée à ces suppléments alimentaires fut que ces derniers sont plus mauvais pour la santé que bénéfiques. Qu’on se le dise …

Source : University of Colorado Cancer Center

Wikipedia rongé de l’intérieur ?

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Wikipedia peut s’enorgueillir d’accueillir 470 millions de visiteurs par mois. Les utilisateurs réguliers de cette encyclopédie en libre accès et dont la plupart des articles sont traduits en de nombreuses langues, ces utilisateurs, donc, sont régulièrement sollicités pour soutenir financièrement le fonctionnement de ce site qui est devenu au fil des années une véritable institution à but non lucratif, c’est que l’on peut du moins espérer. Or il se trouve que Wikipedia est devenue (ou devenu, le « genre » de Wikipedia est indéterminé) un champ de bataille pour certains sujets controversés. On y trouve un nombre croissant d’articles franchement orientés idéologiquement et c’est non seulement désagréable pour qui attend de Wikipedia une certaine objectivité et par voie de conséquence une certaine neutralité, mais cette tendance tout à fait perceptible à biaiser le contenu de nombre d’articles finira un jour ou l’autre par détruire la crédibilité de l’ensemble du corpus de cette encyclopédie. Il faudra donc pour qui cherche des informations dénuées de toute connotation idéologique s’abonner moyennant finance à une institution respectable équivalente à Wikipedia, sans pour autant être certain que cette alternative sera satisfaisante.

La question sera alors : existera-t-il un site encyclopédique gratuit sur internet à 100 % objectif et honnête dans tous les domaines de la connaissance ? La réponse est évidemment : non ! Et c’est déplorable.

En ce qui me concerne, moi qui suis un négationniste forcené du réchauffement climatique anthropique, chaque fois que je fais une recherche, je me heurte à des articles dont la teneur a été volontairement modifiée, orientée ou à la limite réécrite pour être en conformité avec la doxa de l’IPCC. Par exemple, le plus caricatural parmi beaucoup d’autres à propos du climat est l’absence de données scientifiques et objectives relatives à l’évolution des proxys ayant permis de reconstruire l’évolution climatique au cours de l’ «optimum médiéval », température, humidité et CO2 compris. Et systématiquement une foultitude d’articles y vont de leur couplet de propagande réchauffiste arrivant parfois comme un cheveu sur une assiette de soupe gluante. On ne mourra pas de cet hypothétique réchauffement climatique qui n’aura certainement pas lieu durant les prochaines centaines d’années à venir. Mais infiniment plus grave et entrant dans la même démarche de désinformation, beaucoup de personnes consultant Wikipedia en toute naïveté pour éclaircir leurs connaissances sur leurs problèmes personnels de santé peuvent et sont d’ors et déjà induits en erreur par des articles délibérément modifiés par des groupuscules d’activistes marginaux inspirés des mêmes doctrines malthusiennes et rétrogrades que celles des opposants aux combustibles fossiles, aux OGMs et aux pesticides qui réorientent de nombreux sujets relatifs à la santé et la médecine pour faire passer un message alternatif.

On se trouve donc ici au cœur du problème de la survie même de Wikipedia : le respect de certaines règles élémentaires de déontologie respectant les principes professionnels et scientifiques les plus fondamentaux. Le respect de ces règles est crucial. En médecine comme dans la plupart des disciplines scientifiques, mais plus encore en médecine car cette branche de la science concerne la vie, il y a des règles à respecter et celles-ci doivent (et sont) respectées dans ce milieu professionnel particulier. Les journaux scientifiques avec « peer-review » respectent autant que faire se peut ces règles, du moins dans le domaine médical. Les patients ont droit à la meilleure qualité de soins et quand ils font une recherche sur Wikipedia (comme il m’est arrivé de le faire pour un petit bobo) s’ils sont leurrés par des articles niant les règles fondamentales de la déontologie médicale, il y a un réel problème qu’il est nécessaire de dénoncer. Il s’agit des « médecines complémentaires et alternatives » qui modifient systématiquement les articles relatifs aux traitements de toutes sortes de pathologies même les plus morbides. Le prétexte à peine voilé de la naturopathie est que puisque un grand nombre (qui reste à définir) de médicaments sont issus de plantes, alors les plantes sont bénéfiques pour le traitement de cancers, d’asthme, d’hypertension, d’obésité, etc …

Wikipedia reflète un certain consensus scientifique et est resté relativement neutre dans l’évaluation de ses articles dont la valeur n’a d’égal que celle de leurs auteurs et éditeurs, tous anonymes et c’est peut-être là que réside le problème. Les fondements de la médecine reposent sur le respect de règles strictes tant professionnelles que scientifiques. L’éducation médicale est standardisée, les étudiants passent des examens périodiquement et ceux-ci sont standardisés. Les institutions, les hôpitaux, les organisations professionnelles et gouvernementales comme les journaux scientifiques à comité de lecture sont soumis à des règles déontologiques strictes. Et ce n’est qu’à ces conditions que les patients reçoivent des soins de la meilleure qualité. On voit donc fleurir ici et là, dans la presse de caniveau comme dans les publicités qu’on distribue dans les boites aux lettres, dans la publicité télévisuelle également un nombre sans cesse croissant de conseils pour la « liberté des soins de santé ». L’aspect le plus inquiétant est que certains médecins diplômés y vont de leur couplet pour promouvoir des produits dits « naturels » envers et contre toute régulation dans un but uniquement mercantile. Il suffit qu’un médecin affiche son orientation de naturopathe, homéopathe, réflexologiste, chiropracteur ou encore acuponcteur, pour s’arroger le droit de transgresser les principes même de la déontologie médicale. Les régulateurs (FDA aux USA, agence européenne de sécurité sanitaire, par exemple) ont défini une nouvelle ligne de standards définissant l’aspect « naturel » de ces approches pseudo-médicales. La porte est donc ouverte pour tous les excès contraires aux principes scientifiques mêmes de la médecine. Et tout ça au nom de la liberté de penser, de choisir et d’agir. Et Wikipedia participe à la promotion de cette déviance dangereuse car chaque article est édité et publié en respectant la règle du consensus. Il est donc du devoir des éditeurs des articles de Wikipedia de déterminer, au travers d’un examen minutieux des sources et références des articles, quelle est la pertinence de ces références et donc celle de l’article lui-même afin d’effectuer un tri objectif de ce qui relève de la science et de ce qui relève de la pseudo-science. Et l’opinion des promoteurs de la pseudo-science n’a aucune place dans ce processus.

Cependant les promoteurs de pseudo-science n’apprécient pas cette stratégie et si on les désapprouve, ils dénoncent une censure, une conspiration dirigée contre leurs idées. Juste un exemple cité dans la revue Natural News : « Impartialité : il faut soutenir un auteur qui cite la censure de Wikipedia au sujet de la médecine alternative ». L’article dit ceci : dans sa politique d’information, Wikipedia nie activement l’existence des sciences avec lesquelles elle n’est pas d’accord. Ce qui est en partie (seulement) le cas pour la médecine mais ne l’est plus pour ce qui concerne les plantes génétiquement modifiées, l’énergie nucléaire et le climat. On est finalement amené à faire le constat désolant que Wikipedia est progressivement et insidieusement caviardé par les activistes anti-science dont l’objectif global est de désinformer des centaines de millions de personnes dans le monde et leur imposer leur idéologie.

Pour ce qui concerne une dernière fois la médecine, il est urgent que les institutions et la communauté scientifique digne de ce nom s’insurgent par des mesures autoritaires si nécessaire contre cet envahissement des pseudo-sciences dans un média aussi quotidiennement utilisé que Wikipedia. Que des périodiques scientifiques comme Nature Climate Change aient délibérément aboli la probité de l’institution du peer-review, on peut à la limite le comprendre puisqu’il s’agit d’un périodique spécialisé pour les spécialistes de l’anti-science climatique avec un comité de lecture constitué de spécialistes de l’anti-science climatique, mais que Wikipedia s’abaisse à de telles turpitudes est d’autant plus inquiétant que cette encyclopédie englobe tous les sujets de la connaissance sans exception et y compris l’histoire ou la politique, deux sujets hautement sensibles … L’évolution dans la mauvaise (la pire) des directions d’internet est à redouter, mais n’est-il pas déjà trop tard ?

Source : inspiré en partie d’un billet paru dans Science-based Medicine

Des amphétamines synthétiques dans des produits « bio » de médecine alternative : on aura tout vu !

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Aux USA comme en Europe et la plupart des pays de l’OCDE des organismes gouvernementaux sont censés contrôler les médicaments et identifier les substances se trouvant dans les additifs et les suppléments alimentaires mais pas ceux contenus dans les produits commercialisés à des fins supposées à usage médical alternatif comme certains extraits végétaux. En ces temps troublés où d’une part on déplore le surpoids qui atteint près des deux tiers de la population adulte en Europe, Allemagne, Grande-Bretagne ou Espagne par exemple et de manière encore plus critique aux USA, au Mexique ou en Australie, et d’autre part la surveillance de son poids, en particulier chez les femmes, pour ressembler aux mannequins top-modèles, la course à l’offre de médecines alternatives d’origine naturelle, pas forcément « bio » mais supposées avoir un effet sur l’appétit et donc la prise de poids, est devenue au cours de ces dernières années un gigantesque business.

Or qui dit profit dit aussi entorses aux règles les plus élémentaires de la déontologie. La perte de poids est le domaine de prédilection des charlatans qui iront jusqu’à ajouter des substances synthétiques interdites et dangereuses dans des extraits de je ne sais quelle plante pour vendre à n’importe quel prix à des consommateurs crédules et angoissés par la tournure que prend leur image dans un miroir des préparations susceptibles d’entrainer cet effet désiré. Il ne va pas sans dire que la situation devient assez critique et dans ce billet je vais m’attarder sur un produit végétal en particulier qui est à la mode, on dit « in », pour perdre du poids.

Il s’agit d’un supposé extrait d’une espèce particulière d’acacia, plus précisément l’ Acacia rigidula, dont les extraits contiennent une quarantaine d’alcaloïdes dont de la méthamphétamine, de l’amphétamine, de la nicotine et des dérivés de la dopamine pour ne citer que les plus abondants selon une étude réalisée au Texas A&M en 1998. Les alcaloïdes présents dans cette plante ont des propriétés anorexigènes (coupe-faim) et stimulent la dégradation sous forme de chaleur des acides gras sans aucun bénéfice pour l’organisme sinon une hypothétique perte de poids. Or les teneurs en ces alcaloïdes sont beaucoup trop faibles naturellement pour produire de tels effets et encore plus insignifiantes dans les préparations (honnêtement) proposées au public avide de trouver des substances permettant de contrôler son poids. Les extraits de ce buisson poussant au Texas et dans le nord du Mexique constituent un business très florissant aux USA car il en existe pas moins de 21 préparations commerciales différentes issues des sociétés Vitacost, Hi-Tech Pharmaceuticals, iForce Nutrition, Applied Nutriceucals, Powermill Labs et quelques autres toutes disponibles à l’achat sur internet sans qu’un quelconque contrôle de qualité puisse être revendiqué. On se trouve en quelque sorte dans une sorte de jungle « épineuse » et dangereuse car parmi ces 21 préparations se présentant sous divers conditionnements, toutes ou presque dédiées à la perte de poids, onze d’entre elles contiennent une amphétamine synthétique, la beta-méthylphenylethylamine (BMPEA) qui n’a jamais été trouvée dans les extraits de cet acacia. Je n’invente rien ( DOI: 10.1002/dta.1793 ) ceci figure clairement dans l’article cité ici et paru dans le périodique Drug Testing and Analysis du 7 avril 2015 et en accès libre.

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Or il se trouve que le BMPEA, synthétisé dans les années 1930 pour remplacer l’amphétamine n’a jamais fait l’objet d’études quant à son mode d’action, ses effets et sa toxicité sur l’homme pour des raisons inconnues. Cette molécule n’a jamais non plus été proposée comme médicament. En 2013 la FDA a identifié la présence de BMPEA dans une multitude de suppléments de santé alternative dont l’étiquette portait la mention « Acacia rigidula » … sans suite. Curieuse attitude d’un organisme dont l’une des missions est de surveiller la santé des citoyens. Y aurait-il conflit d’intérêt ou simple négligence ? Une société comme Hig-Tech Pharmaceuticals est spécialisée dans les préparations amaigrissantes à base de plantes mais échappe à tout contrôle de la part de la FDA car les dispositions législatives américaines ne prévoient pas d’autorisation de mise sur le marché pour de tels produits. C’est donc avec stupeur qu’on retrouve dans les produits supposés préparés à partir de cet acacia texan des quantités impressionnantes de BMPEA. Par exemple dans le « Yellow Scorpion » d’High-Tech Pharmaceuticals une pilule contient 23,05 mg de ce produit entièrement synthétique mais dans d’autres préparations la quantité de BMPEA peut atteindre 146 mg par dose préconisée par le fabricant ! L’Europe a interdit la vente d’extrait d’acacia jusqu’à plus ample information. Dans un supplément alimentaire très utilisé par les sportifs on retrouve aussi des produits synthétiques comme le BMPEA et un autre analogue de la méthamphétamine la N,N-diméthyl-2-phénylpropane-1-amine, il s’agit du « NOXPUMP » commercialisé sur internet par la société Dorian Yates. Un athlète a été contrôlé positif pour ces deux produits mais a plaidé non coupable, n’ayant pas été informé que le produit en question contenait des substances non pas illicites mais dont on ignore l’effet sur l’organisme. Tous ces produits amaigrissants ou énergétiques voient leur pouvoir destructeur sur l’organisme amplifié par la présence de caféine achetée à bas prix aux grandes multinationales qui contrôlent le marché mondial du café … décaféiné. Les effets sur le cerveau pourraient être redoutables. Or quand la publicité forcément mensongère concernant ces produits fait également mention d’une amélioration des fonctions cognitives il y a vraiment de quoi être inquiet et se poser des questions sur l’efficacité des instances régulatrices et du législateur.

Il est donc urgent d’interdire tous les suppléments diététiques dits naturels tant que des informations complémentaires ne seront pas rendues disponibles. Une telle action serait bénéfique en clarifiant une situation pour le moins confuse et opaque de cette industrie parallèle qui ne respecte aucun principe scientifique allant jusqu’à proposer de la poudre de riz colorée avec du caramel pour la faire passer pour un extrait de ginseng ou de gingko biloba. On erre dans le domaine de la non-science un peu comme il en est de l’homéopathie, à la limite de l’alchimie, Un genre de charlatanisme bien juteux mais abuser de la bêtise humaine ne date pas d’aujourd’hui …

Le Prince Charles en visite aux USA pour soutenir l’homéopathie, les médecines alternatives et d’autres billevesées !

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Je me bornerai ici à traduire librement un article paru dans un blog américain de Slate.com écrit par David Gorski que j’ai trouvé intéressant ( http://www.slate.com/articles/health_and_science/medical_examiner/2015/03/prince_charles_visits_washington_d_c_and_kentucky_homeopathy_and_anti_gm.html ). J’ai ajouté quelques commentaires de mon cru …

Comme beaucoup d’Américains, j’ai tendance à considérer la famille royale britannique (c’est David Gorski qui écrit, je n’ai pas d’opinion personnelle) avec un certain amusement en réalisant qu’une telle nation avancée comme la Grande-Bretagne maintienne toujours un appendice du gouvernement suranné et inutile, sinon très coûteux, que sont la Reine et la famille royale avec ses coutumes de succession au trône médiévales et héréditaires. C’est aussi le mélange fascinant de l’ancien et du moderne dont est capable la famille royale en organisant le mariage du Prince William et de Catherine Middleton. Richesse et pompe mises à part, je ne peux toujours pas manifester de sympathie pour le Prince Charles qui, du haut de ses 66 ans, a passé sa vie à attendre de devenir roi. D’un autre côté, en tant qu’éditeur du blog Science-Based Medicine mon attention pour le Prince Charles est moins historique ou culturelle que médicale, raison pour laquelle je m’intéresse à sa visite aux USA cette semaine (l’article a été écrit le 16 mars).

Mardi, le Prince de Galles et la Duchesse de Cornouailles arrivent aux USA pour une visite de 4 jours. Selon les informations divulguées par le Bureau du Prince, Charles et Camilla entreprendront une large consultation pour promouvoir la collaboration entre les USA et le Royaume-Uni dans des domaines clés comme le développement durable et le changement climatique, créant des opportunités pour la jeunesse, encourageant la responsabilisation sociale et en promouvant les liens historiques et culturels. Ils passeront pour cela trois jours à Washington DC mais ce n’est pas cet aspect de leur visite qui attire l’attention de ceux qui se préoccupent de science dans le domaine médical. Vendredi 20 mars Charles et Camilla se rendront à Louisville dans le Kentucky où le Prince « montera en exergue le travail accompli par les membres de la communauté locale et des organisations caritatives pour protéger, préserver et promouvoir la santé et le bien-être des habitants de Louisville par la cohésion de la communauté, les initiatives sur la pureté de l’air et l’enseignement d’une alimentation saine« . Ça semble assez bénin et peut-être l’est-ce aussi. Cependant, peu de temps après le communiqué de presse de l’office du Prince un article paru dans le Daily Beast (un site que je consulte régulièrement, voir le lien) intitulé : « Le Prince Charles qui croit aux sorcières veut donner une leçon de médecine aux Américains » :

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Ce titre a peut-être choqué certains Américains mais il n’est pas injustifié. Ce que les Anglais connaissent du Prince, la plupart des Américains l’ignorent : le Prince Charles est un fervent défenseur des médecines alternatives dont l’homéopathie, l’une des formes les plus ridicules et élaborées de charlatanisme d’un point de vue scientifique. (Je précise que witchcraft  signifie sorcellerie et quackery charlatanisme).

En bref, l’homéopathie est un système médical vieux de deux cent ans inventé par Samuel Hahnemann et basé sur deux lois : la loi des similitudes qui stipule que ce qui est semblable au mal guérit ce mal et la loi des infinitésimaux qui considère que diluer un remède homéopathique le rend plus puissant. En homéopathie une dilution de « 30C », c’est-à-dire 30 dilutions successives d’un facteur 100, n’est pas rare, c’est une dilution d’un facteur de 10 élevé à la puissance 36 soit dix mille milliards de fois supérieure au nombre d’Avogadro, ce qui veut dire qu’il est extrêmement improbable que la moindre molécule de matière active originale puisse encore se trouver dans la préparation homéopathique. Le nombre d’Avogadro ou constante du même nom est le nombre de molécules vrais que contient « une mole » d’une substance donnée. Par exemple dans 18 grammes d’eau il y a N molécules d’eau vraies :

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Un tel genre de remède homéopathique, l’Oscillococcinum, vendu par Boiron pour traiter la grippe consiste en une dilution « 200C » (je vous laisse le soin de calculer) de Anas Barbariae Hepatis et de Cordis Extractum, en d’autres termes des extraits de foie et de cœur de canard de barbarie (voir la note en fin de billet) …

En 2008, devant le soutien du Prince à l’homéopathie et d’autres charlatanismes, la blogosphère britannique médicale surnomma le Prince de « Charlatan Royal ». David Colquhoun, pharmacologiste à l’University College de Londres, déclara même que le Prince Charles représentait un réel danger pour le gouvernement et sa politique de santé du pays. En bref, les critiques ont considéré que le Prince utilisait sa position et son influence pour promouvoir les médecines alternatives.

Charles s’est intéressé depuis son enfance aux thérapies médicales alternatives. Il alla en effet, alors jeune Prince, en voyage de découvertes spirituelles dans les contrées sauvages du Kenya sous la protection du guide et gourou Laurens van der Post. Après la mort de cet individu une biographie le décrivit comme fraudeur, fantaisiste, menteur, compulsivement infidèle à son épouse et « paternaliste » (on peut aussi traduire par pédophile) qui falsifia son livret militaire pour se donner de l’importance. Van der Post était un partisan du « vitalisme », une croyance mettant en avant l’existence d’une force vitale ou force de vie semblable au qi et au prana dans les médecines traditionnelles chinoise ou ayurvédique. Il s’avéra en réalité que cet individu était avant tout un charlatan bien qu’il fut promu conseiller de Margaret Thatcher et le véritable gourou du Prince Charles. Le Prince Charles basa donc ses croyances en ces médecines alternatives sur le vitalisme et usa de sa notoriété pour les promouvoir. En 2006 il osa même prêcher pour une intégration des médecines alternatives dans la médecine conventionnelle devant un parterre de fonctionnaires de l’OMS à Genève parce que, selon lui, elles sont enracinées dans les traditions anciennes qui comprirent intuitivement le besoin de maintenir une balance harmonieuse entre notre corps, notre esprit et la nature et ainsi la médecine moderne avait donc besoin de cette intégration dans une approche plus holistique, tout en vantant au passage certaines pratiques de la médecine chinoise comme l’acupuncture. La Fédération Américaine des Sociétés de Biologie Expérimentale marqua le coup en décrivant le Prince Charles comme parti en guerre contre la science ! Dans la foulée, treize des plus éminents médecins du Royaume-Uni publièrent une lettre ouverte dénonçant l’intégration des médecines alternatives, dont l’homéopathie, dans le système de santé publique anglais comme le souhaitait le Prince Charles ( http://www.homeowatch.org/news/baum.html ).

La Fondation pour une Santé Intégrée (FIH) créée par le Prince Charles en 1993 avait pour but d’explorer comment des thérapies alternatives prouvées comme étant saines pouvaient fonctionner en harmonie avec la médecine conventionnelle. Cette fondation fit l’objet d’attaques réitérées car elle promouvait le charlatanisme et fut finalement interdite en 2010 pour malversations frauduleuses d’un montant de 300000 livres. Un porte-parole de cette fondation déclara que de toutes les façons l’arrêt des activités de cette fondation avait été programmé et que les évènements avaient seulement accéléré sa fermeture. Curieusement une nouvelle entité naquit des cendres de la fondation du Prince Charles et fit la une des journaux avec un tant soit peu de sarcasmes non dissimulés : ( http://www.theguardian.com/lifeandstyle/2010/aug/02/prince-charles-college-medicine-holistic-complementary ) . Le Prince a lui-même fait la promotion d’une teinture à base de pissenlit et d’artichaut qui facilite la digestion tout en détoxifiant l’organisme. Il essuya des critiques féroces l’accusant de colporter son charlatanisme auprès des médias : ( http://www.theguardian.com/uk/2009/mar/11/prince-charles-detox-tincture ).

Passons sur les sordides démêlés entre le Prince Charles et un certain Edzard Ernst, médecin ouvert aux médecines alternatives à propos d’une chaire proposée à l’Université d’Exeter. Ce médecin, évincé de la chaire de médecine alternative de l’Université à la suite d’une intervention directe du Prince n’en finit plus de publier des ouvrages dénonçant le charlatanisme de l’ensemble de ces pratiques n’ayant strictement rien à partager avec la science. Bref, Ernst fut mis à la retraite anticipée pour en quelque sorte lui imposer le silence et ainsi ne plus invectiver directement le Prince de Galles.

Franchement, pourquoi les Américains se soucieraient-ils de la visite du Prince Charles sur leur sol ? Peut-être bien parce que la conférence d’inauguration de ce symposium de Louisville sera présentée par le Prince. On peut s’étonner des très vagues articles relatant cet événement. Laconiquement ce symposium est en partie encouragé par le gouverneur démocrate de l’Etat, le maire de Louisville, la Fondation charitable Owsley Brown et l’Institut de l’Air, de l’Eau et du Sol dirigé par une dénommée Christina Lee Brown, également membre d’une organisation basée en Grande-Bretagne appelée « Sustainable Food Trust » qui n’est qu’une organisation orientée « bio » comme les aime le Prince de Galles ( http://sustainablefoodtrust.org/about-us/ ) franchement hostile aux plantes transgéniques et à toute nourriture pouvant contenir la moindre trace de produits issus de plantes transgéniques. Naturellement cette organisation a soutenu Séralini dans ses travaux ainsi qu’une obscure pseudo-scientifique australienne qui publia des travaux sur des porcs nourris avec du maïs transgénique, travaux publiés dans une revue sans comité de lecture et même pas référencée par PubMed, c’est dire le niveau … On comprend donc mieux pourquoi le Prince Charles a accepté cette invitation pour soutenir les pseudoscientifiques, les charlatans et la médecine anti-science puisque ces sujets ont toujours été sa préoccupation première … Après un tel récit (ce commentaire est de mon cru comme plusieurs autres remarques, traduction libre ai-je précisé) on comprend sans peine pourquoi la Princesse Diana décida de fuir cet étrange personnage.

http://www.thedailybeast.com/articles/2015/02/20/witchcraft-believing-prince-charles-to-lecture-u-s-on-medicine.html

Note : Christian Boiron m’avait confié personnellement il y a une bonne trentaine d’années sans aucune gène qu’il faisait fortune en vendant de l’eau et du glucose. Lui-même ne croyait pas à l’efficacité de l’homéopathie.

Les essais cliniques pour les médecines alternatives : une bouffonnerie !

 

La médecine a un peu perdu les pédales (comme la climatologie prospective) en ce sens que depuis une vingtaine d’années on dépense des fortunes pour réaliser des études en « double aveugle » sur d’innombrables volontaires dûment rétribués pour tenter de prouver que l’homéopathie est bien efficace pour ne citer que cet exemple trivial tant il défie les lois du bon sens et les lois basiques de la chimie. J’ai déjà écrit plusieurs billets dans ce blog sur l’homéopathie qui est une supercherie au même titre que la climatologie telle qu’elle est pratiquée par les « spécialistes de l’IPCC » et le mot supercherie est modéré. Il faut pour comprendre l’immensité de cette imposture faire quelques rappels. En chimie une grandeur bien connue est le nombre d’Avogadro qui stipule que par exemple 12 grammes de carbone sont constitués de six-cent-mille millions de milliards d’atomes de cet élément, un six suivi de 23 zéros, ça laisse rêveur. Pourtant les firmes qui produisent des médicaments dits homéopathiques proposent des dilutions de la matière active supposée présente dans les petits tubes de couleurs variées qui vont jusqu’à un facteur de 10 suivi de 59 zéros. Il n’est pas compliqué de comprendre que l’ampleur de la supercherie est tellement gigantesque qu’elle laisse aussi rêveur… Et pourtant les adeptes de l’homéopathie continuent à faire confiance à cette médecine alternative, le « vitalisme » prôné par Samuel Hahnemann il y a près de deux siècles. Sa doctrine se résume ainsi : plus on dilue la cause du mal plus le sujet est ensuite protégé. Scientifiquement c’est vraiment n’importe quoi.

Mais dans le genre des médecines alternatives il y a pire encore et ça vient de sortir ou plutôt c’est de plus en plus « tendance », la médecine par l’énergie, un nouveau concept émanant de la tête dérangée d’un moine bouddhiste japonais et qui s’appelle le Reiki, en japonais 霊気 , une médecine centrée sur l’imposition des mains sur le sujet, un transfert d’énergie, un truc invraisemblable supposé être efficace. C’est exactement comme le toucher thérapeutique, une autre médecine extravagante, ou encore la réflexologie, la sophrologie, la thérapie cranio-sacrée, l’acupuncture et l’homéopathie, je viens de parler de cette dernière. Alors que les progrès fulgurants de la biologie moderne et en particulier de la biologie moléculaire et de la génétique ne cessent d’identifier et de confirmer les causes intimes de nombreuses pathologies, il existe une frange de médecins (ou prétendus tels) ayant pignon sur rue qui pratiquent ce genre de charlatanisme avec la bienveillance indécente de l’administration dite de protection sociale. Il faut croire que leurs patients y croient et qu’ils sont consentants, donc consentants ils guériront, à coup sûr !

Je voudrais ici citer un exemple vécu : une de mes amies souffrait d’un cancer du sein dont elle aurait pu parfaitement survivre. Cela se passait il y a environ une trente d’années et elle choisit par conviction personnelle de se soigner par « herbothérapie », une médecine alternative par les plantes qui fit qu’au bout de moins d’une année elle succomba d’un cancer généralisé, pratique contre laquelle je n’eus de cesse de la mettre en garde mais en vain …

Des millions de dollars ont été dépensés en pure perte pour mettre en place des essais cliniques relatifs aux agents chélatants supposés contribuer à une meilleure balance des minéraux dans l’organisme et pour soit-disant réguler « l’acidité des fluides corporels », encore une notion totalement surréaliste et dangereuse, l’obsession de l’acidité, j’y reviendrai dans un prochain billet. Après des années d’investigations variées la conclusion fut qu’aucun effet des agents chélatants ne pouvait être clairement reconnu. Comme pour le cancer du pancréas pour lequel un régime essentiellement basé sur des légumes et des fruits était supposé être efficace, là encore les résultats furent décevants, quelques dizaines de millions de dollars plus tard, la mortalité par cancer du pancréas n’avait pas diminué du tout avec ce genre de pratique fallacieuse. Et l’explication est simple, ces médecines dites alternatives ne sont basées sur aucune évidence scientifique et les essais cliniques n’ont aucune justification éthique ! Il s’agit de croyances populaires qui paraissent invraisemblables aujourd’hui comme est tout aussi invraisemblable le créationisme, pour ne faire que ce rapprochement … On a l’impression que l’humanité régresse, qu’elle croit encore à la magie ou pire encore à la sorcellerie, c’est triste et inquiétant.

Un essai clinique doit suivre le schéma parfaitement logique ci-après et si les résultats sont négatifs (objectivement) le produit ou la procédure seront abandonnés et on n’y reviendra pas :

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Source : Trends in Molecular Medicine