Les requins « grands blancs » ont aussi un ennemi mortel

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Les requins « grand blanc » (Carcharodon Carcharias) font un peu partie de la légende des mers. Ce sont des grosses bêtes avides de chair qui peuvent atteindre une longueur de plus de 5 mètres. Je me souviens d’une petite virée sur la côte ouest de l’île de Hua Uka (prononcez oua ouka) dans l’archipel des Marquises avec des touristes de passage. Une petite baie protégée de la houle avait été choisie pour se restaurer puis se baigner. Nous avions jeté les os de cabris à la mer et nous allions tous prendre un bain lorsque quelqu’un cria « grands blancs ». Il me semble que pour sortir de l’eau j’ai marché sur la mer tant il fallait vite se mettre à l’abri. Deux grand ailerons dorsaux gris très clair se trouvaient à quelques dizaines de mètres. Nous sommes tous sortis sains et sauf de l’eau mais je crois avoir vécu la plus grande peur de ma vie.

Les grands requins blancs ont une mauvaise réputation : celle d’être les pires prédateurs des mers … et pourtant ils ont un concurrent sérieux qui n’hésite pas à les attaquer pour proprement leur manger le foie, ce sont les orques aussi appelés épaulards, ces cétacés noirs et blancs (Orcinus orca) que beaucoup de vacanciers connaissent pour avoir admiré leurs exercices dans les bassins des « marineland » pour reprendre une appellation typiquement américaine. L’orque possède un avantage considérable par rapport au grand blanc. C’est un mammifère à sang chaud beaucoup plus intelligent que le requin. Sa stratégie d’attaque est différente de celle de son adversaire. Le requin chasse tout ce qui se trouve devant lui alors que l’orque évolue en groupes et l’un des membres de ce groupe peut agresser le requin latéralement ou par dessous. C’est ce qui est arrivé au grand blanc échoué après une mort soudaine sur une plage du côté de Monterey en Californie (illustration) qui a été proprement éviscéré.

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Lorsque les grands blancs sont pris en chasse par des orques ils ne reviennent jamais dans les même eaux. Ils ont au moins un peu de mémoire à défaut d’une intelligence qui n’égale pas celle des orques. Et les grands bénéficiaires de ces campagnes de prédation des orques sont les éléphants de mer (Mirounga angustirostrous) qui constituent des proies faciles pour les requins comme les phoques, les loutres et autres otaries. Les spécialistes de la biologie marine ont constaté cette sorte de collaboration entre mammifères tant le long des côtes de Californie que de l’Oregon. Normalement l’orque se nourrit de poissons mais il lui arrive également de s’offrir quelques petites friandises comme par exemple le foie d’un éléphant de mer mais ce genre d’évènement est plutôt rare. Dans toutes les mers du monde le thon rouge paie un lourd tribut aux orques, cepandant anecdotique en comparaison des ravages de la pêche sauvage en haute mer par des marins hauturiers qui déciment les mers du monde avec des lignes dérivantes.

La photo en tête de billet est une preuve que la chaine alimentaire marine est respectée : ce sont encore une fois les mammifères qui sont au sommet de cette chaine alors que l’on aurait pu croire que le requin grand blanc s’y trouvait. Pour enfin illustrer la voracité sans égal de l’orque, celui-ci n’hésite pas à s’en prendre à des baleines beaucoup plus massives que lui. Un orque mâle peut atteindre une longueur de 8 mètres avec une espérance de vie de l’ordre de 50 ans. Les femelles deviennent fertiles vers l’âge de 15 ans. Ces magnifiques cétacés vivent en groupes sous la domination d’une femelle dite alpha, une forme de structure familiale matrilinéaire que l’on retrouve chez les humains dans certaines peuplades comme en Indonésie ou plus exceptionnellement au Surinam et en Guyane française chez les Njukas dans la jungle du bassin du Maroni. Ce sont des descendants d’esclaves qui se sont enfuis des plantations et se sont réfugiés dans cette jungle épaisse. Il s’agit de la seule population exclusivement matrilinéaire de France …

Souces : https://doi.org/10.1038/s41598-019-39356-2 et science alert