Boire du lait ne peut qu’être bénéfique pour l’intégrité du cerveau …

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C’est en parcourant les « News » des Université Américaines qu’on peut aisément trouver le récit de travaux scientifiques parfois encourageants. Je dois prévenir mes lecteurs que l’article dont je vais brièvement relater le contenu m’a interpellé favorablement. Il s’agit des effets bénéfiques du lait sur le cerveau, or comme je bois depuis des lustres un litre de lait entier chaque matin, autant dire que ma curiosité m’a pris par la main pour écrire ce billet. Comment le lait que je consomme sans modération peut-il être bénéfique pour le cerveau et également pour tout l’organisme ? Il a fallu mettre en œuvre tout l’équipement sophistiqué dont dispose l’école de médecine de l’Université du Kansas à Lawrence, KS capable de mesurer par résonance magnétique nucléaire les teneurs en certains métabolites dans les tissus. L’équipement utilisé est un appareil d’imagerie par résonance magnétique à haut champ capable de mettre en évidence les discrètes modifications du signal de l’atome d’hydrogène dans des molécules biologiques. Il faut que les signaux de l’appareil soient traités de manière à s’affranchir du bruit de fond de l’eau qui contient deux hydrogènes par molécule et dont l’intensité représente près de 99 % de ces signaux. Pour que le signal qu’on veut étudier puisse être détectable il faut utiliser un appareil d’imagerie dont le champ magnétique est d’au moins 3 tesla pour augmenter le rapport signal/bruit. On en déduit ensuite ce que les physico-chimistes appellent un déplacement chimique (chemical shift) du signal d’un atome d’hydrogène donné dans une molécule biologique par son environnement atomique, par exemple un atome de carbone, d’oxygène, d’azote ou de soufre. Chaque métabolite présente donc une signature caractéristique qui n’est parfaitement identifiée que si le champ magnétique appliqué est suffisamment élevé.

Quelle relation entre le lait et ses effets bénéfiques sur le cerveau ? Avec cette technique de spectroscopie in vivo extrêmement puissante une petite équipe de deux médecins, les Docteurs Sullivan et Choi, a montré que sans aucun doute possible, boire au moins trois verres de lait par jour non seulement maintenait la quantité de glutathion dans le cerveau mais avait tendance à l’augmenter. Certains de mes lecteurs risquent de décrocher mais il faut parler un peu du glutathion pour comprendre l’importance de cette découverte pas si fortuite qu’elle n’en a l’air puisque les études relatées ici ont été financées par le Dairy Research Institute, en français l’institut de recherche sur le lait et ses produits dérivés.

Le glutathion est une petite molécule biologique constituée d’un enchainement de trois acides aminés, glutamate, cystéine et glycine. Son rôle dans de nombreuses fonctions métaboliques essentielles est vital à plus d’un titre. L’une des autres missions clés du glutathion est de « chasser » les produits d’oxydation apparaissant dans une cellule vivante et cela en permanence car tout produit susceptible de présenter un pouvoir oxydant doit être éliminé sinon nous ressemblerions rapidement à une vieille voiture avec une carrosserie complètement rouillée. Les processus oxydatifs sont favorisés par de nombreux facteurs aussi bien externes, comme une alimentation déséquilibrée ou simplement une exposition exagérée au soleil mais également par des facteurs internes, stress, inflammations, infections et désordres métaboliques. Les espèces chimiques oxydées sont immédiatement neutralisées par le glutathion qui se trouve alors lui-même oxydé et ensuite régénéré par un mécanisme consommant de l’énergie. La vie de la cellule vivante a un prix et c’est pourquoi les quantités de glutathion sont phénoménalement élevées dans les cellules.

Pourquoi le lait est-il bénéfique à la santé ? C’est une évidence de rappeler qu’un nouveau-né, incapable de digérer un quelconque aliment autre que du lait, survit et grandit avec ce seul apport en nourriture. Le lait contient en effet toutes les vitamines dont on a besoin outre des acides gras, des sucres et des sels minéraux dont le calcium indispensable pour la croissance osseuse. Si on se penche sur la composition en acides aminés du lait, acides aminés provenant des protéines du lait, on s’aperçoit qu’il est particulièrement riche en acide glutamique. Or cet acide est l’un des trois constituants du glutathion, un tripeptide spécialement synthétisé à l’aide d’activités enzymatiques dédiées sans passer par la machinerie de synthèse des protéines, les ribosomes. Il s’agit d’une exception qu’on peut expliquer facilement dans la mesure où la cellule vivante à besoin de quantités massives de glutathion : glutamate-cystéine-glycine :

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Avant cette étude réalisée au Hoglund Brain Imaging Center de l’Université du Kansas, on limitait les bienfaits du lait à l’apport en calcium, en matières grasses et en vitamines mais on ignorait l’effet bénéfique sur les teneurs cérébrales en glutathion. Il apparaît que cet effet pourrait être d’un grand secours pour contrecarrer les mécanismes d’inflammation et donc d’apparition d’espèces chimiques oxydées à la suite des perturbations induites par les maladies neurodégénératives telles que les maladies d’Alzheimer ou de Parkinson et d’autres démences d’origines encore mal identifiées.

Conclusion, pour vivre vieux, heureux et en bonne santé, buvons du lait et en abondance et puisque les quotas laitiers européens viennent d’être supprimés allons-y gaiement …

Source : University of Kansas News Desk et American Journal of Clinical Nutrition : doi: 10.3945/ajcn.114.096701

Comment l’ocytocine (l’hormone de l’amour) peut aider à traiter l’angoisse ?

 

Le « conditionnement » à la peur est un phénomène psychologique bien décrit dans la littérature spécialisée. Quand on a par exemple été victime d’un accident de la circulation, le moindre crissement de pneus ravive immédiatement des souvenirs désagréables. Certains sons ou images restent intimement gravés dans la mémoire et sont interconnectés avec les régions du cerveau impliquées dans la peur, l’angoisse ou la souffrance. Et cette mémoire des signaux nous met dans une situation dont la finalité est de fuir le danger ou de se protéger instinctivement. La réécriture dans le cerveau d’autres évènements ayant une signification inverse de celle de l’expérience passée de la peur n’efface pas complètement cette information et toute perception d’un danger ravive la « vieille » peur toujours présente. La peur dite ancestrale des araignées ou des rats est-elle transmise génétiquement ? Nul ne le sait, mais ce qui vient d’être précisé à l’Université de Bonn en Allemagne permet de préciser le mécanisme de ce qu’on appelle « l’extinction » progressive de la mémoire de la peur qui reste l’une des causes premières de l’anxiété quand ce processus d’extinction est partiellement déficient.

La maîtrise de cette « extinction » des souvenirs de peur constitue l’un des traitements centraux de l’anxiété. Par exemple une personne éprouvant une phobie non maîtrisable des araignées peut se soumettre à une sorte d’apprentissage lui permettant de réduire et de maîtriser cette phobie. Après s’être familiarisé avec des araignées – en images ou en courtes vidéos – le sujet peut finalement arriver à tenir une tarentule dans sa main, ayant appris ou plutôt pris conscience lors de cet apprentissage que la tarentule est une araignée certes repoussante mais tout à fait inoffensive. C’est cette maîtrise consciente du danger qui permet une guérison. Cependant l’apprentissage est très long et une rechute est toujours à craindre car la mémoire a gardé quelque part des traces de la peur originale. Le phénomène d’extinction n’est pas total comme lorsqu’on « écrase » un fichier avec un autre fichier dans un ordinateur. C’est la raison pour laquelle les thérapeutes cherchent à améliorer ce processus d’extinction afin de pouvoir mieux traiter des patients maladivement anxieux car l’anxiété ne concerne naturellement pas que les araignées !

L’hormone de l’amour ou ocytocine (voir le billet de ce blog du 13 octobre 2014) est aussi un puissant anxiolytique et c’est dans cette direction que des scientifiques du département de psychiatrie de l’Université de Bonn ont cherché à comprendre le mécanisme de la peur, sa mémorisation et le processus d’extinction. L’équipe dirigée par le Professeur René Hurlemann a exploré la réponse du cerveau au conditionnement pavlovien de l’extinction de la peur et de l’anxiété et parallèlement l’effet de l’ocytocine sur ce processus. Les sujets anxieux présentent en effet une sorte de découplage entre l’amygdale, première région du cerveau et le cortex préfrontal, l’autre région du cerveau, impliquées dans le « traitement cérébral » de l’anxiété. Etudier un effet de l’ocytocine est en effet relativement aisé dans la mesure où l’administration de cette hormone polypeptidique se fait par simple spray nasal. En effet l’ocytocine parcourt le trajets des nerfs olfactifs directement en contact avec l’extérieur et se retrouve immédiatement dans le cerveau sans pour autant que l’hypophyse ait participé à cet effet.

Soixante-deux sujets de sexe masculin en bonne santé, c’est-à-dire ne présentant pas de problèmes psychologiques et n’ayant pas utilisé de substances psychotropes, constituant un échantillon homogène selon une série de critères socio-économiques et non fumeurs, ont été choisis en les laissant dans l’ignorance de la nature des tests auxquels ils seraient soumis. Au cours du conditionnement des stimuli visuels neutres ou accompagnés d’une décharge électrique construisaient par effets répétés un réflexe dit de Pavlov en associant une image à l’aspect défavorable avec une décharge électrique. Cette première partie du test consistait donc à conditionner les sujets selon la terminologie de Pavlov.

La moitié des sujets étaient ensuite traités avec un spray nasal d’eau saline isotonique, les témoins placebo, ou d’une solution saline contenant de l’ocytocine. On leur faisait endurer une nouvelle série de tests mais en les soumettant également à une analyse par imagerie en résonance magnétique nucléaire fonctionnelle. Comme dans la première partie du test les images étaient montrées à l’aide d’un visionneur tridimensionnel attaché au visage comme ceux utilisés dans certains jeux vidéo. L’imagerie fonctionnelle fut basée sur le contraste dépendant du taux d’oxygène sanguin, une approche devenue maintenant classique pour suivre l’activité cérébrale. Durant la phase d’extinction plusieurs régions du cerveau semblent coopérer et cette activité est commandée par la partie droite de l’amygdale. Ce couplage fonctionnel n’est évident que durant la phase précoce de l’extinction. L’ocytocine amplifie ces connexions en particulier avec le cortex préfrontal droit mais réduit sensiblement l’activité au niveau de l’amygdale droit, le centre de la peur bien que cette même hormone ait tendance à exacerber la réponse à la peur des chocs électriques au début de la phase d’extinction.

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Ces résultats ouvrent la voie à de nouvelles thérapies pour les sujets chroniquement anxieux d’autant plus que l’ocytocine peut également faciliter l’échange entre le patient et le médecin traitant et ainsi augmenter les chances de succès du traitement.

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Dans les deux illustrations ci-dessus d’imagerie fonctionnelle par résonance magnétique basée sur la consommation d’oxygène les taches colorées résultent de la différence de contraste calculée entre les sujets traités avec de l’ocytocine (OXT) ou un placebo (PLC). Une région du cortex préfrontal droit (PFC) est fortement activée en présence d’ocytocine (ocytocine > placebo) alors qu’au contraire l’amygdale droit est moins activé en présence d’ocytocine (ocytocine < placebo). Ces résultats montrent pour la première fois quelles sont les régions du cerveau directement impliquées dans la perception de la peur, l’amygdale, et dans le processus d’extinction, le cortex préfrontal, et le rôle de l’ocytocine dans ces deux fonctions. L’exploration fine du fonctionnement du cerveau réserve donc encore bien des surprises !

Source : Biological Psychiatry ( http://dx.doi.org/10.1016/j.biopsych.2014.10.015 ) article aimablement communiqué par le Professeur René Hurlemann qui est vivement remercié ici, illustration tirées de l’article.

Un autre virus intervenant dans les maladies neurodégénératives ? Inattendu celui-là !

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Qu’un virus pathogène pour les plantes devienne également dangereux pour un insecte, c’était du jamais vu (voir le lien sur ce blog) en l’occurrence le TRSV (tobacco ring spot virus) devenant pathogène pour les abeilles, mais qu’un virus s’attaquant aux algues devienne pathogène pour l’homme ça fait peur. Et ça fait d’autant plus peur que l’algue en question se trouve un peu de partout dans les eaux douces car il s’agit de la vulgaire chlorelle, une algue unicellulaire qui est la bête noire des aquariophiles. Le virus qui la parasite est relativement gros puisque son ADN comporte pas moins de trois cent vingt mille paires de bases et code pour plus de 375 protéines ce qui est assez remarquable pour un virus. Il s’agit d’un virus appelé chlorovirus puisqu’il affectionne la chlorelle et son nom est ATCV-1 pour Acanthocystis turfacea chlorella virus 1, c’est dit mais je ne le répéterai pas.

C’est en réalisant une étude de la flore microbienne et virale de l’oropharynx d’un échantillon de 92 personnes de la région de Baltimore à l’aide de puissantes techniques de séquençage d’ADN qu’on a trouvé chez 40 % de ces personnes la présence d’ATVC-1. Pourquoi un tel échantillon a été choisi, l’article scientifique qui décrit ces travaux ne le dit pas, toujours est-il que ces personnes subissaient pour d’autres raisons des tests permettant d’évaluer leurs fonctions cognitives sans autre précision sinon que leur âge moyen était d’une trentaine d’années et qu’ils étaient apparemment en parfaite santé. Sauf que les personnes porteuses du virus réussissaient légèrement moins bien le test bien connu consistant à relier avec des lignes tracées au crayon par ordre croissant des nombres disposés aléatoirement sur une feuille de papier. Il s’agit d’un test révélant la vitesse de reconnaissance visuelle associée à la motricité. Même si la différence était très faible et le nombre de personnes étudiées limité, il n’en fallut pourtant pas plus à l’équipe du Docteur Robert Yolken de la Johns Hopkins School of Medicine à Baltimore pour vérifier si des souris massivement infectées avec ce virus n’allaient pas présenter ce même type de symptôme plutôt inquiétant.

Il existe en effet toute une série de protocoles parfaitement bien définis pour étudier les fonctions cognitives des souris et leur évolution selon les conditions expérimentales. Deux tests montrèrent que les souris auxquelles ont avait inoculé le virus par voie orale étaient significativement plus lentes à réagir. Il s’agissait de tests de mémorisation spatiale d’un objet inconnu associé à un signal sonore ou électrique que des souris témoins reconnaissaient plus rapidement lorsqu’elles étaient soumise une deuxième fois au même test. La figure ci-dessous tirée de l’article paru dans les PNAS ( doi/10.1073/pnas.1418895111 ) montre que les performances des souris infectées avec le virus (barres pleines) sont moins bonnes que celles des souris témoins dans les deux tests de mémorisation spatiale et que les souris infectées manifestent une moins bonne attention aux objets nouveaux présentés, deux indications d’une dégradation certes légère mais significative de leurs fonctions cognitives générales.

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Que se passe-t-il donc au niveau du cerveau en présence de ce virus ? Pour le savoir il y a un moyen devenu maintenant presque routinier avec les machines modernes d’analyse des acides nucléiques consistant à mesurer quelles sont les protéines, en particulier des enzymes, qui sont à un instant « t » synthétisées. Ce ne sont pas les protéines elles-mêmes dont on mesure l’abondance mais les ARN messagers en cours de traduction correspondant à ces protéines. Une fois l’échantillon de tissu préparé, une machine effectue tout le travail et on sait alors quelle voie métabolique a été altérée. Et les résultats obtenus sont carrément inquiétants ! Six mois après l’inoculation orale du virus, l’expression de près de 1000 gènes différents était significativement modifiée au niveau de l’hippocampe, la région du cerveau impliquée dans la mémorisation spatiale. L’expression d’un gène était particulièrement altéré (Cdk5) or une mauvaise régulation de ce gène est connue pour être impliquée dans certaines maladies neurodégénératives dont en particulier la maladie d’Alzheimer. Ce même gène est impliqué dans l’excrétion des neurotransmetteurs contenus dans les vésicules au niveau des synapses dont celles des neurones dopaminergiques. Or le déficit en dopamine est l’une des caractéristiques de la maladie de Parkinson. Pour l’instant cette étude n’a rien prouvé chez l’homme mais les résultats incontestables obtenus avec des souris au bout de six mois d’infection (on retrouve des antigènes viraux dans le sang des souris) sont alarmants dans la mesure où des chlorelles potentiellement infectées avec le virus ATVC-1 se trouvent dans n’importe quelle rivière, lac, étang ou même dans des aquariums. L’hypothèse virale de certaines perturbations cognitives et de maladies neurodégénératives n’est donc pas à exclure.

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Arbre philogénétique des chlorovirus (cercle grisé) rapproché d’autres virus à ADN ( en caractères gras les virus pathogènes pour l’homme). HSV 1 et 2 : virus de l’herpès, PrV : virus de l’herpès du porc, VZV : virus de la varicelle, EBV : virus d’Epstein-Barr, HCMV, cytomegalovirus, VacV : virus de la vaccine, une forme atténuée de la variole, GPCMV : cytomégalovirus du cobaye, CbEPV : virus apparenté au virus de la vaccine infestant un papillon, FPV : virus de la fièvre aviaire du canard, AcNPV, HzNPV, LdNPV et BmNPV : poxvirus infestant des insectes dont le ver à soie, LCDV : virus infestant des poissons et ASFV : virus de la fièvre porcine africaine.

Source : PNAS. Je tiens à la disposition de mes lecteurs curieux l’article du PNAS (DOI ci-dessus) aimablement communiqué par une de mes lectrices. Illustration Chlorelles (Wikipedia), arbre phylogénétique : University of Nebraska (Digital Commons).

https://jacqueshenry.wordpress.com/2014/02/02/un-virus-des-plantes-pathogene-pour-les-abeilles-du-jamais-vu/

https://jacqueshenry.wordpress.com/2014/10/16/une-origine-intestinale-et-virale-de-la-maladie-de-parkinson/

Obésité : estradiol, cerveau et acide palmitique, un curieux mélange …

 

Bien que l’obésité affecte aussi bien les hommes que les femmes parmi les quelques deux milliards de personnes en surpoids dont un demi-milliard d’obèses pathologiques sur la planète (alors que deux autres milliards de personnes ne mangent pas à leur faim tous les jours) on s’est rendu compte que les femmes obèses ou en surpoids supportaient mieux leur embonpoint que les hommes en termes d’effets secondaires comme la résistance à l’insuline (diabète de type 2) ou les maladies cardiovasculaires. Cette différence qui va à l’encontre de la théorie du genre s’estompe après la ménopause, ouf ! La théorie du genre est respectée in extremis : les femmes ménopausées sont tout aussi sensible que les hommes aux effets dévastateurs du surpoids sur la santé.

Cette observation a conduit un groupe de biologistes du Cedar-Sinai Institute de Los Angeles à se pencher sur les possibles causes de cette différence entre hommes et femmes en utilisant des souris. Les médecins déconseillent fortement aux hommes en surpoids souffrant de diabète et présentant des risques au niveau cardiovasculaire d’abuser de plats trop riches en sucres et en graisses alors qu’ils considèrent que les femmes également en surpoids peuvent s’offrir de temps en temps un hamburger bien dégoulinant de gras, bien salé et humecté de sirop de maïs. Énoncé autrement il y a là une évidente discrimination entre hommes et femmes en termes de conseils nutritionnels. Or comme cette violation évidente de la théorie du genre disparaît lorsque la femme est ménopausée, il y avait une direction de recherche toute trouvée : la modification du statut hormonal chez la femme au cours de la ménopause.

Durant cette période, les ovaires s’endorment progressivement car ils ne sont plus stimulés par l’hypophyse et non seulement il n’y a plus d’ovulation mais également la synthèse ovarienne d’estradiol chute progressivement pour atteindre un niveau basal correspondant à la faible production de cette hormone par les vaisseaux sanguins et quelques autres organes dont en particulier les tissus adipeux atteignant finalement la production d’estradiol de l’homme, pardon, du mâle. Mais tout se passe initialement dans le cerveau, en particulier au niveau de l’hypothalamus. Or on sait que la composition en acides gras du cerveau diffère légèrement entre hommes et femmes, disons désormais entre mâles et femelles puisque les travaux relatés ici ont été réalisés avec des souris.

Si on manipule génétiquement un mâle (de souris) pour qu’il atteigne une composition en acides gras cérébraux identique à celle de la femelle, quand on le gave d’aliments riches en graisses il ne présente plus les symptômes secondaires caractéristiques de l’obésité comme un diabète de type 2 ou des troubles cardiovasculaires alors qu’il devient tout aussi obèse. Cette différence en acides gras, en particulier en acide palmitique, favorise l’apparition de phénomènes inflammatoires qui vont perturber l’expression des récepteurs de l’estradiol dans le sens d’une diminution entrainant une propagation de l’inflammation non seulement à l’hypothalamus mais aussi à plusieurs régions du cerveau et également dans le tissu adipeux. Les mâles sont, en raison de cette composition en acides gras de leur cerveau, beaucoup plus sensibles aux effets délétères d’une nourriture riche en graisses. L’estradiol est connu pour ses propriétés anti-inflammatoires et sa relative protection aux problèmes cardiovasculaires, la relation était donc assez assez bien établie entre cet estradiol et une certaine protection dont bénéficient les femelles grâce aux doses massives de cette hormone d’origine ovarienne.

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Pour mieux comprendre le rôle de l’estradiol dans cette histoire il faut préciser que le récepteur de l’hormone (ER-alpha) commande une multitude de facteurs d’activation (PGC1-alpha) de transcription et au final l’amplification, si on peut dire les choses ainsi, d’une série de voies métaboliques. Il semble donc que l’estradiol protège la femelle des effets secondaires de l’obésité et du surpoids induits par une nourriture trop riche en graisses (HFD, high fat diet) en diminuant la propriété inflammatoire de l’acide palmitique au niveau de l’hypothalamus. Enfin, à la vue de ces résultats disponibles en ligne (voir le DOI) il n’y a aussi qu’un petit pas à franchir pour déclarer que l’acide palmitique est nocif pour l’organisme et accuser l’huile de palme de méfaits sur la santé serait un peu un raccourci car on trouve aussi le même acide gras dans le beurre, le fromage et le lait. Il est vrai que l’huile de palme contient 44 % d’acide palmitique mais ce billet n’avait pas pour objectif d’alimenter la controverse sur l’huile de palme …

Source : Cell Reports en accès libre DOI: 10.1016/j.celrep.2014.09.025

La théorie du genre encore sérieusement mise à mal

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Les différences entre les hommes et les femmes sont génétiques, c’est évident et personne ne peut prouver le contraire. La femme possède deux chromosomes X dont l’un est pratiquement inopérant car « silencieux ». L’homme possède un chromosome X qui n’est pas totalement « réduit » au silence et un chromosome Y codant pour un certain nombre de fonctions qui font qu’un homme est un homme et non pas une femme puisqu’il possède aussi un chromosome X. Jusque là il n’y a pas d’équivoque possible même si cette entrée en matière est un peu schématique.

Là où les choses deviennent plus compliquées c’est quand on examine le rôle de la testostérone sur le développement du cerveau durant la vie foetale. Les adeptes de la théorie du genre vont hurler et les féministes vont grincer des dents mais c’est un fait pour lequel les preuves viennent enfin d’être apportées car cette histoire de développement différentiel du cerveau selon que le fœtus est « mâle » ou « femelle » et qui faisait l’objet d’une hypothèse dite de Geschwing-Galaburda vient d’obtenir un support incontestable mais assez indirectement, il faut l’avouer. Les différences cognitives objectivement observées entre hommes et femmes sont en effet liées à la bilatéralisation du cerveau dont la manifestation la plus connue est l’aptitude à mieux se servir de sa main droite ou de sa main gauche pour écrire ou manipuler un outil. Mais il y a aussi les oreilles, l’acuité auditive n’est jamais identique pour les deux oreilles, et il en est de même pour la vue ainsi que pour les fonctions cérébrales liées à la maitrise du langage. Bref, les choses n’étaient pas toujours très claires puisque par exemple pour 95 % des droitiers, le langage est géré par le lobe frontal de l’hémisphère gauche alors que pour les gauchers ce pourcentage de gestion du langage par l’hémisphère droit tombe à 19 % et la prise en charge du langage est pour 20 % des gauchers bilatérale. Les deux hémisphères du cerveau sont reliés entre eux par des connections neuronales qui passent par le corps calleux et la maturation de cet ensemble complexe durant la vie foetale est influencée par le taux de testostérone circulant dans le sang du fœtus soit en provenance de la mère dont les ovaires sécrètent un peu de testostérone mais aussi et surtout du fœtus lui-même quand il s’agit d’un garçon. La production de testostérone est en effet en grande partie commandée par le chromosome Y puisque ce dernier a pour fonction première d’assurer la maturation des testicules qui produisent de la testostérone dès la vie foetale et la différence entre filles et garçons est suffisante pour aboutir à des différences de maturation du cerveau et donc des fonction cognitives latéralisées.

Une équipe de neuropsychiatres de l’Université de Vienne en Autriche a étudié deux échantillons de personnes en Allemagne et en Autriche, indépendants et suffisamment importants pour atteindre des certitudes statistiques sur le fait d’être gaucher ou droitier. Treize mille personnes ont été étudiées en deux groupes distincts. Ces deux études séparées ont abouti aux même résultats. Globalement, 7,5 % des femmes sont gauchères et 8,8 % des hommes le sont. La différence n’est pas vraiment convaincante mais si on affine l’analyse en se penchant sur les dates de naissance l’équipe de chercheurs de la Faculté de Psychologie de l’Université de Vienne s’est aperçu que nés entre février et octobre, 8,8 % des hommes était gauchers alors que ce pourcentage atteignait 10,5 % pour ceux nés en novembre, décembre et janvier, selon Ulrich Tran, principal auteur de cette étude parue dans la revue Cortex. Il ne faut pas s’arrêter sur les mois les moins éclairés de l’année mais rechercher plutôt la cause en amont, vers les mois de mai à août car la sécrétion de testostérone est discrètement plus importante chez la femme durant les mois d’été pour une raison encore inconnue. Or la construction spatiale du cerveau débute très tôt au cours de la vie foetale et une différence même infime du taux de testostérone influe sur cette maturation et la présente étude le confirme. On sait que la testostérone a pour effet de légèrement retarder la maturation de l’hémisphère gauche du cerveau durant le développement du fœtus et il n’y a qu’un petit pas à franchir pour en déduire que c’est donc bien la testostérone qui favorise cette plus importante apparition de gauchers selon la date de naissance puisque le gaucher est plutôt droitier en terme d’hémisphère cérébral.

Et on peut en déduire alors que cette même hormone peut avoir pour effet une différence dans les fonctions cognitives générales entre la femme et l’homme pour cette même raison malgré le fait que des études détaillées par fMRI n’ont pas pu montrer de différence significative pour la densité de matière grise entre les hommes et les femmes (voir le lien). Reste à démontrer que les gauchers sont « plus intelligents » que les droitiers pour les mêmes raisons. Je ne m’aventurerai pas dans ce domaine, étant moi-même gaucher, car on me taxerait de débatteur scientifique entaché de basse partialité.

Source : Universität Wien ( http://medienportal.univie.ac.at/presse/ )

http://www.plosone.org/article/info%3Adoi%2F10.1371%2Fjournal.pone.0071275

Jouer d’un instrument de musique très jeune, c’est bon pour le cerveau !

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Apprendre dans l’enfance à jouer d’un instrument de musique rend plus alerte sinon plus intelligent, c’est ce qui ressort d’une étude très sérieuse publiée dans le journal en accès libre PlosOne, de même que les enfant bilingues sont significativement plus à même de réussir des tests d’évaluation de leurs capacités intellectuelles. Les fonctions exécutives impliquées dans les prises de décision relèvent des capacités cognitives qui permettent de planifier et de contrôler le comportement avec, chez l’enfant, une forte corrélation avec les aptitudes scolaires et les activités extra-scolaires, mais en ce qui concerne l’apprentissage de la pratique d’un instrument de musique peu d’études existaient et les quelques descriptions relevaient d’une méthodologie d’analyse approximative. Les fonctions exécutives ont été analysées et quantifiées par imagerie fonctionnelle par résonance magnétique nucléaire (fMRI) avec deux lots de personnes, 30 adultes et 27 enfants jouant ou non d’un instrument de musique. Toutes ces personnes ont été choisies afin d’être homogènes en ce qui concernait leurs capacité cognitives et leurs paramètres socioéconomiques pour ne pas avoir à faire des ajustement statistiques parfois sources d’erreurs pouvant conduire à des interprétations erronées. Pour exemple, les 15 enfants jouant d’un instrument de musique avaient été choisi sur des critères précis comme suivre des leçons dans un cours privé, faire des exercices au moins 3h45 par semaine et ayant débuté leur apprentissage de la musique avant l’âge de six ans. Les enfants ne jouant d’aucun instrument appartenaient à la même catégorie socioprofessionnelle. Pour les adultes, le choix fut un peu plus simple : 15 musiciens professionnels et 15 non musiciens tous de même couche sociale.

L’homogénéité de tous les sujets, enfants et adultes, fut vérifiée avec des tests de QI et d’évaluations cognitives. Pour les adultes, 6 d’entre eux jouaient du piano, 5 d’un instrument à cordes et les autres de la harpe ou d’un instrument à vent. Chez les enfants, à peu près la même répartition, 5 joueurs de piano, 5 joueurs d’un instrument à corde, deux percussionnistes, un guitariste et deux joueurs d’instruments à vent. Les tests cognitifs standards consistaient en une série de reconnaissances numériques ou alphabétiques comme par exemple citer le plus de mots commençant par la lettre V en 30 secondes, etc … les protocoles de tous ces tests étant décrits dans la littérature spécialisée. Seuls les enfants furent soumis à l’analyse par fMRI alors qu’ils étaient soumis à des tests visuels simples auxquels ils devaient répondre en appuyant sur un bouton ou un autre lors du défilement de symboles accompagnés de sons. Les curieux peuvent lire l’article dont je ne fais que relater les principaux résultats ( DOI: 10.1371/journal.pone.0099868 ).

Chez les adultes des différences marquées se sont immédiatement révélées au niveau de la fluence verbale, de la maîtrise des concepts, du temps de réaction à la mémorisation et de facilité de décodage des symboles. Par contre pour les interférences entre couleurs et mots et le suivi manuel à l’aide d’un crayon des objets dans le test du labyrinthe il n’y avait aucune différence entre musiciens et non musiciens. Pour les enfants, la situation s’est trouvée être sensiblement la même à quelques petites différences mineures près. Les enfants ont été préalablement habitués à se soumettre à une imagerie fonctionnelle en les familiarisant avec l’appareil qui est imposant (voir la photo, Wikipedia) puis ils ont été soumis au test corrélant des formes symboliques et des sons et le résultat obtenu est incontestable :

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Série A, enfants musiciens, série B, enfant non musiciens. En rouge les zones du cerveau activées lors du test. A l’évidence jouer d’un instrument de musique améliore la vitesse de traitement du cerveau en mobilisant un plus grand volume cérébral, si on peut appeler les choses ainsi, comme on peut le voir par fMRI. La maîtrise d’un instrument de musique favorise donc le développement des interconnections entre les différentes régions du cortex impliquées dans des processus complexes de reconnaissance et de prises de décision. Ceci ne veut en aucun cas signifier qu’un enfant musicien est plus intelligent mais il faut constater que l’enfant jouant d’un instrument dès l’enfance utilise de manière plus optimale et rapide son cerveau et cet « entrainement » lui est par la suite bénéfique puisqu’on a observé dans d’autres études qu’apprendre à jouer d’un instrument de musique très tôt améliore les fonctions cognitives et la capacité de prises de décisions rapides dans des tests de choix simples à l’âge adulte en comparaison d’autres adultes ayant débuté plus tard au cours de l’adolescence et ceci indépendamment des tests de QI. La fMRI a donc montré sans ambiguité une meilleure utilisation du cortex préfrontal ventrolatéral et de l’aire motrice supplémentale chez les enfants jouant d’un instrument de musique, juste pour faire plus sérieux, le choc des mots …

Source : PlosOne

 

Il n’y a pas de quoi rire !

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On dit que la bonne humeur et le rire sont indispensables pour être en bonne santé et rire aux éclats relâche les tensions du stress. Il est vrai également qu’on fait travailler beaucoup plus de muscles de la face en faisant la gueule, un simple sourire ne faisant appel qu’à quelques-uns d’entre eux. Mais quand le rire aux éclats devient incontrôlable ça peut devenir inquiétant. C’est ce qui est arrivé à une petite bolivienne de 6 ans qui ne cessait d’éclater de rire sans raison apparente. Ses parents l’ont montrée à un psychiatre qui en a conclu un peu rapidement que l’enfant souffrait de troubles du comportement et qu’elle était peut-être possédée par le démon, il faut s’attendre à tout avec les psychiatres ! La situation empirant et la petite fille devenant terrorisée par ses propres crises de rire, les parents, désespérés, se résignèrent à soumettre cette dernière à des examens neurologiques plus approfondis et les radiologues découvrirent une petite tumeur bénigne qui compressait légèrement le lobe temporal gauche de son cerveau. Les médecins, qui ne sont jamais à court d’inspiration linguistique appellent ces épisodes de rire incontrôlables des « crises gélastiques », gélastique provenant du grec gelos qui veut dire rire, une forme d’épilepsie très rare. On attribue ce terme à un médecin de l’Hôtel-Dieu de Paris du nom de Trousseau qui diagnostiqua ce syndrome en 1877. Il faut dire qu’à l’époque le latin et le grec étaient obligatoires à l’école mais les temps ont changé. La tumeur mesurant 11 x 17 x 10 millimètres a été excisée et l’enfant se porte bien … Comme quoi il ne fallait pas en rire !

Source et illustration : ecancer.org (open access) DOI: 10.3332/ecancer.2014.436