Le syndrome de résignation : une nouvelle maladie mortelle

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Il y a plus de 45 millions de personnes déplacées dans le monde et les quelques millions de réfugiés qui ont afflué en Europe ne sont que la partie apparente de ce grave problème. La Suède a accueilli un grand nombre de ces personnes en provenance d’Europe de l’Est mais aussi d’Asie lointaine puisque parmi ces dernières ont compte un certain nombre d’Uighurs qui ont fui leur pays sous la menace de persécutions quotidiennement pratiquées par la Chine sans que qui que ce soit s’en émeuve publiquement. Le problème des réfugiés dont l’Europe s’est lâchement lavé les mains récemment en promettant à la Turquie du dictateur Erdogan quelques milliards d’euros pour rapatrier un certain nombre de ces réfugiés encombrants pour des pays comme l’Autriche, la Slovénie ou encore la France, ce problème, donc, ne trouvera pas de solution dans l’immédiat, du moins en Europe, en raison de la stagnation durable de l’économie.

Un corrolaire à cette situation alarmante est l’apparition du syndrome de résignation chez des enfants de réfugiés qui n’a été décrit pour le moment qu’uniquement en Suède. Des centaines d’enfants et d’adolescents âgés de 7 à 20 ans sont devenus mystérieusement catatoniques. Ils ne parlent plus, ne mangent plus, refusent de boire, sont incontinents et ne réagissent plus à des stimuli physiques pourtant douloureux comme une piqûre. Ils doivent être pris en charge en milieu hospitalier et être nourris par perfusion sous sédation afin d’éviter qu’ils ne meurent.

Ce type de comportement psychologique profondément dégradé a été pour la première fois décrit par le Docteur français Jean-Martin Charcot à la fin du XIXe siècle qui conclut de ses études de cas qu’il s’agissait d’un comportement mimétique consécutif à l’immersion dans un contexte culturel et familial défavorable. C’est ce qu’ont conclu également les autorités médicales suédoises puisque les enfants réfugiés orphelins ne souffrent pas de cette catatonie qui peut bien évidemment être mortelle. Seule la Suède a pour l’instant « ébruité » très discrètement cette situation particulièrement alarmante.

Un article paru dans le journal Frontiers in Behavioral Neuroscience ( http://dx.doi.org/10.3389/fnbeh.2016.00007 ) a fait état de cet étrange syndrome. Il ne faut en effet pas alerter le public car on peut craindre une réaction xénophobe basée sur des rumeurs infondées comme par exemple une nouvelle maladie contagieuse, suivez mon regard … Pour « sortir » ces enfant de leur état de torpeur profonde le traitement médical est parfois très long, plusieurs années, les premiers cas ayant été décrit en 2005 et 2006, essentiellement des Uighurs et des réfugiés provenant de l’ex Yougoslavie. En 2014, 22 cas ont été encore répertoriés dans la région de Stockholm.

La question à laquelle il n’a pu être apporté de réponse satisfaisante est pourquoi cette situation n’a été décrite qu’en Suède alors que bien d’autres pays ont accueilli des réfugiés en provenance des mêmes pays. Peut-être existe-t-il une sorte d’omerta dans ces autres pays ? Une étude a été réalisée au Kurdistan parmi les enfants dans le camp de réfugiés de Duhok qui a accueilli 100000 personnes en provenance de Syrie et 600000 déplacés en provenance d’Irak. Aucun cas de syndrome de résignation similaire à ceux répertoriés en Suède n’a été décrit. Finalement ce syndrome de résignation a été classé comme une forme de catatonie induite par la désespérance de la mère qui projète son propre mal-être sur son enfant. La plupart des mères de ces enfants ont en effet subi des agressions physiques ou sexuelles et elle reportent leur traumatisme sur leur enfant.

Illustration : Bioedge.org