Il y a 75 ans, un premier avril à Burgos

Espagne-fin-guerre-civile

J’ai montré à une amie canarienne l’article de Contrepoints (http://www.contrepoints.org/2014/04/01/19527-fin-de-la-guerre-despagne) faisant mention du 75e anniversaire de la reddition des derniers groupes armés républicains devant le général Franco à Burgos le premier avril 1939. Et nous sommes partis dans une longue conversation au sujet des commémorations d’évènements historiques et d’une certaine réécriture de l’histoire pas toujours très respectueuse des faits réellement passés. L’histoire devrait pourtant être une sorte de science au même titre que la géologie ou la paléontologie. Les faits passés sont acquis et ne peuvent en aucun cas être modifiés ce qui n’est à l’évidence pas du tout le cas dans bien des pays et pour de nombreuses raisons. L’histoire, pourtant, est un élément essentiel pour faciliter la compréhension de l’identité actuelle d’un peuple et, j’irai encore plus loin, pour aider chaque individu à appréhender sa place dans la société dans laquelle il vit.

Nous sommes tous influencés par le passé de notre pays et le passé de nos ascendants familiaux, pourquoi le nier. Un petit rappel historique très bien relaté dans cet article de Contrepoints est toujours présent dans les esprits des Canariens et en particulier des habitants de l’île de Tenerife. Au printemps 1936, alors que l’Espagne péninsulaire sombrait dans le chaos et les exactions en tous genres fomentées par les Républicains de gauche au pouvoir à Madrid, Franco arriva à Santa Cruz de Tenerife et l’Armée locale, au moins une partie de celle qui était restée légitimiste, en d’autres termes respectueuse des traditions de l’Espagne, les Républicains n’ayant jamais été vraiment les bien-venus aux Canaries, se rallia à Franco venu de Mellila lors d’une réunion qui eut lieu dans le centre ville de Santa Cruz de Tenerife, précisément Plaza Weyler, là où je vais boire mon café chaque matin, au quartier général des forces armées de l’Archipel des Canaries. Franco partit dans la montagne au dessus du village de La Esperanza dans des casernements militaires pour établir une stratégie de reconquête du pays. Ce que les livres d’histoire appellent la Guerre Civile Espagnole et les Espagnols la guerre de 36 allait commencer et durer un peu moins de trois ans avec ce que l’on a bien voulu enseigner dans ces livres d’histoire comme faits d’arme, intervention des brigades internationales (genre les partisans aujourd’hui du djihad en Syrie issus de nombreux pays y compris la France), de l’armée allemande qui bombardait des villes espagnoles aux mains des Républicains pour tester ses armements en vraie grandeur, bref, des évènements qui ont complètement occulté les terribles ravages déjà occasionnés au passé historique et culturel multi-séculaire espagnol par ces mêmes Républicains, presque un remake en pire des Jacobins en France quelques années après la prise de la Bastille.

En dehors d’une séquence de 15 secondes hier soir sur la cinquième chaine de télévision aucun média espagnol ne s’est étendu sur ce 75e anniversaire, et pour cause ! A la fin de la guerre civile, ce fut le début de la « dictature franquiste » avec des exactions, des exécutions sommaires, des tortures et des massacres qui n’avaient rien à envier aux horreurs des années 1930 – 1936 qu’avait vécu le peuple espagnol sous la « République ». De même, la mort de Franco n’est pas non plus célébrée comme événement historique ni l’abdication d’Alphonse XIII d’ailleurs. L’histoire a donc tout simplement ignoré ces dates et les manuels scolaires restent pour le moins elliptiques dans leurs descriptions des évènements passés. Et pourtant il s’agit d’un passé bien réel mais il faut parfois mentir par omission plutôt que de se compromettre. Qui a osé remettre en cause le surnom de « Petit Père du Peuple » dont s’affublait Staline, certainement le plus grand criminel de toute l’histoire de l’humanité, certainement pas Maurice Thorez, un intime de Staline, dont on retrouve le nom placardé dans de nombreuses rues et places de France, qui a osé, justement en Espagne, remettre en cause la personnalité des rois très catholiques qui se sont couvert les mains de sang en massacrant souvent pour le plaisir des populations entières d’indigènes d’Amérique, les juifs d’Espagne proprement jetés à la mer, qui oserait remettre en cause la probité de l’armée française en Algérie, etc, etc ?

Le « sens » de l’histoire, lui, ne doit pas être remis en cause et si besoin était, peut être réécrit par les politiciens pour enjoliver les heures sombres que des nations entières ont traversé pour la « bonne cause ».

J’ai donc fait une petite enquête pour apprécier ce qu’en pensaient quelques Espagnols du cru, des Canariens pure souche directement concernés par ces évènements. Et la réponse fut invariablement « muy politicamente incorrecto », point barre. Une des personnes que j’ai interviewé m’a répondu que trop de familles avaient encore un parent vivant dont les mains étaient couvertes de sang républicain ou franquiste et qu’il n’était pas bien venu de parler de ces évènements. Un vieux militaire à la retraite (89 ans) m’a raconté que son frère avait été enrôlé de force par Franco à l’âge de 15 ans et qu’il a combattu dans la division Azul et s’est ensuite volontairement engagé dans l’armée allemande pour aller se battre sur le front russe. Il m’a raconté cette histoire parce qu’il était lui-même militaire de carrière et que pour lui l’histoire était modifiée par les politiciens et non les militaires qui au final n’avaient pas le droit de protester …

Qui faut-il donc commémorer, les exactions des Républicains espagnols ou la dictature de Franco ? Ni l’une ni les autres. Avant tout la paix sociale et politique quitte à mentir sur l’histoire, mentir, le maître mot devenu aujourd’hui, dans tous les domaines, d’une triste, répugnante et révoltante banalité …

Illustration : Contrepoints

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Scènes banales de la vie quotidienne (le 11 mars 2014)

J’étais complètement à court d’inspiration pour écrire un billet sur mon blog. Rien d’intéressant ! Les habituelles jérémiades de Fabius qui veut sévir parce que la Russie aurait annexé la Crimée, le troisième anniversaire de « Fukushima », quand on pense qu’il faudra plus de trente ans avant qu’on puisse avoir une petite idée de ce que le combustible est devenu dans les réacteurs, sans parler de l’eau contaminée qui s’accumule dans des dizaines de milliers de réservoirs fuyards, c’est tout ce qui a frappé les esprits, les OGM, les pesticides, la vague de chaleur sur l’Europe, la centrale au charbon de GDF-Suez en Italie qui a déjà fait des milliers de morts, et j’allais oublier les cancers de la thyroïde dans la province de Fukushima, mais si ! C’est nouveau, ça vient de ressortir pour ce troisième anniversaire et enfin l’avion de Malaysia Airlines qui reste toujours introuvable, vraiment rien d’intéressant, point barre.

Et pourtant j’ai fini par me sentir sollicité par un hasard inattendu comme d’ailleurs tous les hasards. Ce matin (donc hier 11 mars), vers 11 heures, après avoir rituellement bu mon café au soleil, tout de même avec un petit vent du nord désagréable, je suis revenu dans mon meublé, loué à un agent immobilier qui en est propriétaire, et j’ai constaté que la compagnie des eaux m’avait déconnecté. Plus d’eau ! Tout de suite une grosse panique. Dans ce genre de situation on comprend à quel point on est devenu dépendant de services basiques comme l’électricité, le téléphone et l’eau, en quelque sorte trois fluides essentiels pour la survie. On peut se passer de téléphone, surtout le cellulaire que j’utilise rarement et que je considère comme étant un parasite aussi nocif qu’une tique, on peut se passer de télévision tout aussi bien, d’ailleurs je n’ai pas de télévision chez moi et je m’en porte très bien ! L’eau c’est une utilité, comme disent les Anglo-saxons, vraiment basique. On en a besoin pour se laver les dents, le cul et les mains au minimum deux fois par jour sans oublier la douche matinale. Pour aggraver la situation, comme je ne parle pas vraiment l’espagnol, j’ai sollicité l’aide d’une amie francophone qui a aussi d’autres choses à faire et j’ai pu identifier le problème. Mon propriétaire qui ne loue ses possessions immobilières qu’aux étrangers pour éviter les problèmes avait tout simplement oublié de payer la facture d’eau ! Mon amie francophone, je viens de le dire, lui a carrément soufflé dans les bronches pour lui faire comprendre que tout Canarien qu’il est (mangeur de bananes) il pourrait avoir un peu de respect pour ses locataires, surtout les étrangers.

Bref, je suis allé in extremis à 19 heures payer la facture (que je n’avais jamais reçu) dans ce qu’on appelle ici un estanco, un peu comme un conveni au Japon, avec les références complexes qu’avait communiqué mon propriétaire à mon amie francophone pour que la compagnie des eaux puisse dans la demi heure qui suit le paiement débloquer mon compteur. Une référence à dix chiffres et une autre à douze caractères ainsi que le montant exact à payer, 49,61 euros dont 21,35 euros de taxe de coupure et de raccordement. Je me ferai un plaisir de soustraire ces 21,35 euros de ma prochaine facture d’électricité.

J’ai finalement pu m’entretenir directement avec mon propriétaire et je lui ai signifié que si une telle mésaventure arrivait avec l’électricité je le trainerais immédiatement en justice, je connais en effet un très bon avocat qui parle fort heureusement anglais. Quand on sait que la compagnie des eaux se résigne à couper l’eau après six mois d’impayés, il y a quelques questions à se poser surtout quand on est un « pauvre » locataire de meublé étranger et qu’on s’adresse à un loueur qui ne loue qu’à des étrangers pour ne pas avoir de problèmes d’impayés ! C’est renversant … Autre nouvelle, j’ai reçu un mail du consulat de France à Madrid m’informant qu’un nouveau consulat va ouvrir à Santa Cruz (l’ancien consul a disparu de la circulation parce qu’il avait « oublié » de payer les charges sociales de sa société impliquée dans l’énergie dite verte, on a parlé de plusieurs centaines de milliers d’euros. Je ne sais pas comment les consuls sont rémunérés pour leur représentativité aléatoire, mais ça fait mauvais effet. Ce message m’indiquait que si je devais renouveler mon passeport je devrais aller à Madrid. C’est bon ! Un aller-retour (125 euros pour les résidents canariens) et le timbre fiscal, ça le fait ! Ce mail m’a tout de même rappelé que je m’étais fait voler mon précédent passeport en Thaïlande en 2005 et je me suis demandé si lors de mon prochain embarquement pour le Japon je ne vais pas demander à la fille du check-in si mon passeport est bien authentique. Il serait tout de même logique que les agences de voyage comme toutes les compagnies aériennes soient connectées à la base de données d’Interpol qui tient à jour plus de 40 millions de passeport volés ou perdus. Triste perspective puisque je sais selon mon billet d’avion que je volerai de Rome à Narita dans un Boeing 777 d’Alitalia, un avion très confortable au demeurant … Comme quoi une banale coupure d’eau vous égare.

Redressement improductif ! (Montebourg)

Montebourg veut une filière industrielle du stockage de l’électricité

PARIS – Le ministre du Redressement Productif Arnaud Montebourg a défendu jeudi la constitution en France d’une filière industrielle du stockage de l’électricité, un domaine jugé essentiel pour accompagner l’essor des énergies renouvelables.

Nous souhaitons constituer une filière industrielle du stockage, a déclaré le ministre devant un parterre de représentants des écoindustries, rassemblés à Bercy.

Il s’agirait de batteries, mais aussi de toute autre technologie (…) Franchement, je vois défiler dans mon bureau beaucoup d’idées extraordinaires qui sortent de l’esprit des entrepreneurs de France et qui me paraissent dignes d’intérêt, a indiqué M. Montebourg.

Le ministre a défendu une stratégie de soutien aux technologies émergentes par multifécondation, consistant à ne pas mettre tous les oeufs dans le même panier.

Nous favorisons la multifécondation. Pour être sûrs d’avoir un bébé, comme dans la procréation médicalement assistée, c’est ce qu’on fait là, on est obligés de bombarder les ovules pour augmenter les chances de la naissance, a plaisanté le ministre.

Donc nous y allons très fort, le redressement productif prend tout son sens, a-t-il lancé, en déclenchant les rires.

Le stockage d’électricité à grande échelle est un des points faibles de l’équation énergétique mondiale. A moins d’utiliser de grands barrages hydrauliques et des batteries à la taille encore limitée, l’électricité doit être consommée en même temps qu’elle est produite.

Plusieurs énergies renouvelables comme le photovoltaïque ou l’éolien produisant de façon intermittente, le stockage d’électricité permettrait de ne pas avoir à recourir à d’autres moyens de production quand le vent ne souffle pas ou le soleil ne brille pas.

De nombreuses technologies –encore non compétitives– émergent depuis quelques années, souvent en consommant l’électricité pour produire un gaz, puis en réutilisant ce gaz pour générer du courant.


(©AFP / 04 avril 2013 11h47)

Je suis tombé par un heureux hasard sur cette dépêche d’agence surréaliste et truffée d’idioties tellement énormes que je me permets de mettre en doute les capacités intellectuelles du ministre du redressement contre-productif. Monsieur Montebourg devrait retourner dans son fief charolais peigner les vaches dans le sens du poil et cesser de se gonfler le jabot en racontant des imbécillités qui font à coup sûr sourire les professionnels de l’énergie dont les ingénieurs d’EDF. Il n’existe qu’un moyen de stockage de l’électricité réaliste et économiquement viable, le pompage de l’eau vers des barrages d’altitude ou des retenues collinaires suivi de turbinage pour produire l’électricité ainsi stockée sous forme d’énergie potentielle avec des rendements tout à fait satisfaisants et largement éprouvés (moins de 10 % de perte). Cette pratique est mise en œuvre par EDF en France depuis de nombreuses années et par toutes les compagnies de production d’électricité de par le monde quand la configuration du relief est favorable. Elucubrer à propos de batteries relève du délire, produire de l’hydrogène par électrolyse également car le stockage de l’hydrogène est lui-même énergivore.

Je reprends un des mots de Montebourg : « Donc nous y allons très fort, le redressement productif prend tout son sens », j’ai tenté de trouver une explication à ce trait d’humour mais je suis resté perplexe car il semble bien que Montebourg semble être détenteur de la science infuse des énergies nouvelles qui sont selon lui la seule alternative possible pour sauver l’humanité toute entière et en particulier les Français. Désolé Monsieur Montebourg mais vos déclarations tonitruantes sont un non-sens et vos grandes idées granguignolesques sont vouées à l’échec. Avant de parler, documentez-vous pour éviter le ridicule.

Pour information le Japon est sur le point de terminer une installation de stockage de l’énergie éolienne sur l’île de El Hierro (Canaries) en pompant de l’eau de mer dans une retenue en altitude. L’équipement résistant à l’eau de mer existe (pompe et turbine) et les Japonais n’ont pas envisagé un seul instant d’installer des batteries ou de procéder à l’électrolyse de l’eau pour produire de l’hydrogène, ils ont les pieds sur terre !

Et le pétrole des îles Canaries ?

Dans le port de Santa Cruz de Tenerife, le terminal de containers appellé Candelaria est totalement inactif et cela depuis le début de la crise financière de 2009. Des portiques de levage de containers ont même été découpés en morceaux pour revendre l’acier, c’est dire en quelques mots le marasme que traverse l’archipel. Pourtant deux plates-formes pétrolières sont en construction dans la darse, des objets flottants insolites et gigantesques qui partiront dans quelques mois se positionner au large du Sahara occidental, ancienne colonie espagnole annexée par le Maroc et également entre le Maroc et les îles Canaries du Nord, Lanzarote et Fuerteventura. Car il y a du pétrole et peut-être aussi du gaz exploitables. Chevron, la quatrième « major » pétrolière du monde est déjà sur site pour démarrer les premiers forages, ayant signé un accord pour l’exploration (et l’exploitation) d’un bloc de plus de 11 000 miles carrés, 75 % des profits revenant à Chevron et le reste au gouvernement marocain. On ne connait pas encore précisément quelles sont les potentialités de cette zone partagée entre le Maroc (Sahara occidental inclus) et l’archipel des Canaries. Mais si les hydrocarbures sont exploitables, les Canariens se reposeront peut-être la question de savoir si oui ou non ils exploiteront « leur » pétrole. En dehors du tourisme et des bananeraies, la seule activité industrielle de Tenerife est le raffinage pétrolier, alors pourquoi ne pas attirer une « major » pour au moins connaître le potentiel, côté canarien, du plateau continental ? Il faudra du temps pour que les écologistes locaux se renient ou plutôt se rendent à la réalité des faits si le Maroc devient soudain un producteur de pétrole important.

En attendant, le port commercial de Santa Cruz est bien désert …