L’oligopole de l’audit méconnu du grand public

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Pour que mes lecteurs comprennent l’article traduit par mes soins et paru sur le site wolfstreet (lien en fin de billet) il est nécessaire de disposer de quelques informations. Les 4 grandes sociétés d’audit, de comptabilité et de conseil fiscal et juridique dont il est question ici sont KPMG (Amsteveen, Pays-Bas), Deloitte (Londres, UK), Ernst&Young (Londres, UK) et PricewaterhouseCooper (Londres, UK). En raison de récentes faillites retentissantes comme Carillion en Grande-Bretagne il était nécessaire de faire le point sur cet état dans les Etats que constituent ces « Big Four » dont les services auprès des entreprises cotées en bourse sont indispensables en raison des régulations nationales et internationales. À l’heure du Brexit et compte tenu des législations fiscales laxistes de la City de Londres et des Pays-Bas il m’est apparu opportun de traduire cet article. Bonne lecture.

L’oligopole de l’audit des « Big Four » s’étend de plus en plus.

Les 4 géants de la comptabilité des entreprises se trouvent aujourd’hui dans une situation inattendue, les gouvernements et les régulateurs, après plusieurs faillites retentissantes d’entreprises clientes, semblent vouloir casser leur position monopolistique. Mais cela ne les a pas empêchés de se diversifier pour accroitre leur expansion. L’une de ces nouvelles activités est l’aide juridique globale auprès des entreprises clientes, un marché estimé à plus de 600 milliards de dollars. C’est Deloitte qui, la première, a offert ce type de services holistiques rapidement suivie par Ernst&Young. Les cabinets de conseils juridiques traditionnels ne voient naturellement pas d’un bon oeil cette récente diversification des « Big Four » car elles joueront un rôle très important sur ce marché en raison de leur base de clientèle considérable. Par exemple Ernst&Young vient de racheter Riverside Law, l’un des cabinets juridiques majeurs de Londres pour bien montrer l’extension de son territoire d’activité. Les « Big Four » ont immédiatement exploité la nouvelle loi britannique qui précise que les cabinets d’avocats ne doivent plus obligatoirement être dirigés que par des avocats, une modification de la loi très probablement obtenue à la suite d’un lobbying intense de ces « Big Four ».

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L’immense richesse des « Big Four » à une vaste échelle leur permet de conquérir ce marché juteux du conseil juridique. En 2017 PwC a réalisé un chiffre d’affaire de 37 milliards de dollars et Deloitte 39 milliards alors qu’un « gros » cabinet londonien comme Latham&Watkins a à peine atteint les 3 milliards, et tout ça malgré la méfiance grandissante des gouvernements devant la puissance immense de ces 4 firmes. Les « Big Four » ont réalisé en 2017 134 milliards de chiffre d’affaire avec 890000 employés dans pratiquement le monde entier, et elles continuent de s’étendre avec les acquisitions de plus petits concurrents ainsi que l’augmentation incessante du coût de leurs prestations en dépit de la détérioration de la qualité de ces dernières, pointée du doigt par les gouvernements. En Grande-Bretagne, le gouvernement cherche à casser le monopole des « Big Four » dans la mesure où il existe le plus souvent des conflits d’intérêt entre l’activité d’audit et le conseil juridique et fiscal. Au contraire la Commission Européenne à Bruxelles a rétribué les « Big Four » à hauteur de 105 millions d’Euros en 2016 pour seulement évaluer l’impact que pourraient avoir l’établissement de nouvelles dispositions relatives à l’optimisation fiscale des entreprises transnationales alors que tout le monde sait très bien que ces « Big Four » sont justement impliquées dans l’optimisation fiscale de leurs clients. Comme s’il n’y avait pas de conflit d’intérêt favorisé, qui plus est, par cette même Commission Européenne (source euobserver.com du 10 juillet 2018) !

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Les « Big Four » auditent 99 des 100 compagnies cotées au FTSE 100, 497 des 500 compagnies cotées au S&P 500 et plus de 90 % des sociétés cotées sur l’Euronext. Et cette situation monopolistique ne fait que s’accroître malgré le scandale Enron (voir note) et toutes les économies occidentales – et les gouvernements – resteront encore longtemps sous leur coupe.

Source : Wolfstreet.com, https://wolfstreet.com/2018/08/12/big-four-audit-oligopoly-expands-global-reach-further/

Note. La société texane Enron auditée par le cabinet Arthur Andersen subit une retentissante faillite au début des années 2000 car sa comptabilité était complètement falsifiée. Ce scandale eut pour conséquence la disparition dévastatrice du cabinet Arthur Andersen qui faisait partie alors du club des « Big Five » qui ne sont plus que 4 aujourd’hui.