Zika : Monsanto est coupable !

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Depuis l’épidémie de fièvre provoquée par le virus Zika, un proche cousin de celui de la dengue, il ne se passe plus une journée sans qu’on soit abreuvé de nouvelles alarmantes en provenance d’Amérique latine. Les cas de microcéphalie répertoriés tant au Brésil qu’en Colombie font frémir d’horreur et très vite, trop vite, l’association avec la fièvre Zika a été immédiatement mise en avant sans qu’aucune preuve formelle ne soit encore apportée pour confirmer ce fait. Il faudra étudier au moins 5000 cas cliniques pour pouvoir entrevoir un commencement de preuve. Les fausses-couches provoquées par la fièvre ne sont pas un phénomène propre au Zika. Une grippe violente avec une forte fièvre peut tout aussi bien provoquer la mort du foetus en début de grossesse. Il faut donc étudier chaque dossier de microcéphalie en détail et c’est ce que finance actuellement l’OMS au Brésil.

En attendant, la théorie du complot bat son plein. Le dernier accusé en date est la firme Monsanto qui « commercialise » un larvicide appelé pyriproxyfen ajouté dans l’eau. Ce produit serait la cause des microcéphalies. C’est un vrai complot exposé véhémentement dans les lignes du Guardian ! D’abord il n’existe aucune évidence que ce produit présent dans l’eau potable provoque des microcéphalies. Selon les normes en vigueur, la teneur en pyriproxifen dans l’eau du robinet, que ce soit en Argentine, au Paraguay ou au Brésil, ne pourrait éventuellement provoquer des troubles que si on buvait 1000 litres d’eau traitée par jour ! D’autre part ce produit n’est ni fabriqué ni vendu par Monsanto mais commercialisé depuis une vingtaine d’années par Sumitomo Chemical dans le cadre d’une coopération sanitaire tout à fait officielle entre cette compagnie et certains Etats d’Amérique du Sud.

Il a donc suffi de la seule mention mensongère de Monsanto pour amplifier la peur du Zika d’un cran. Encore une fois ce genre de manipulation préméditée par un journaliste en manque de scoop va faire des dégâts dans le seul but de discréditer la société Monsanto. Suivez mon regard : il y a comme un relent d’idéologie anti-OGM dans cette histoire comme si on voulait attaquer les cultivateurs brésiliens qui utilisent des plantes génétiquement modifiées. Cette information entre dans le registre de la plus pure imposture journalistique téléguidée par des organisations non gouvernementales dont il est inutile de rappeler ici l’identité.

Sources : The Guardian et http://www.marklynas.org repris par Slate.com, illustration Slate.

La croisade contre les OGM se politise

 

Certains communistes chinois fondamentalistes, oui ça existe, qui ne se réfèrent qu’au « petit Livre Rouge » de Mao, considèrent que les plantes génétiquement modifiées comme le coton (90 % du coton cultivé en Chine est du coton Bt issu de Monsanto autorisé dans ce pays depuis 1992) sont une arme développée par les USA pour contrôler l’agriculture du pays. Afin de s’affranchir de cette main-mise arrogante des Américains sur l’Empire (communiste) du Milieu ils ont demandé avec insistance aux éminents membres du Parti de financer le développement de plantes génétiquement modifiées « Made in PRC ». On a peine à trouver une différence sinon idéologique mais l’argument de ces communistes fondamentalistes n’est pas sans rappeler les diatribes plus près de nos clochers d’un José Bové ou de n’importe quel militant d’ATTAC ou de Greenpeace. A propos de Greenpeace et de la Chine, il se trouve qu’assez curieusement cette ONG est la seule officiellement tolérée en Chine. Les ONG « nationales » sont en effet interdites. C’est donc à n’y rien comprendre car Greenpeace bien qu’officiellement néerlandaise a tout de même pris naissance aux USA et profite du sponsoring inavoué de certaines organisations et industriels américains. Bref, en ce qui concerne la position de la Chine vis-à-vis des OGM c’est une affaire de politique interne et de fierté nationale.

Pour le Brésil, deuxième puissance agricole du monde après les USA à utiliser intensivement des plantes génétiquement modifiées, le problème des OGM a resurgi on pourrait dire par erreur puisque le gouvernement est favorable à l’autorisation de culture de plantes génétiquement modifiées dites « Terminator », en réalité des arbres et non pas des cultures destinées à l’alimentation animale qui serviront à conforter la filière du bioéthanol. Naturellement ce n’est pas du tout du goût ni de Greenpeace ni d’autres ONG comme le WWF qui ont fait un intense lobbying à la fin des années 90 pour interdire ce type de modification génétique. En bref, les graines dites Terminator produisent des récoltes mais les semences en tous points identiques aux autres semences, quand il s’agit de graines (soja, maïs, sorgho, colza) sont stériles. Depuis la Convention des Nations-Unies sur la biodiversité qui siégea en 2000, l’usage de ce type de semences est interdit. En effet, ce que redoutaient les activistes opposés aux OGM, comme en France José Bové et son collègue faucheur d’OGM avec lui devenu depuis ministre de l’environnement, était un verrouillage par les grande multinationales impliquées dans ce business du commerce des semences mais aussi un danger pour la biodiversité. Sur ce dernier point, mensonges après mensonges, les fonctionnaires de l’administration onusienne ont finalement arrêté un moratoire en 2000 réaffirmé et renforcé en 2006 lors d’une réunion mondaine d’ « experts » qui eut lieu au Brésil à Curitiba. Pourtant, le gouvernement de ce pays envisage donc l’autorisation de la culture d’arbres et arbustes de type Terminator. Pour rappel, un peuplier peut être génétiquement modifié pour être stérile constitutivement, soit en ne fleurissant pas soit en produisant des graines stériles ou pas de graines du tout. Dans le cas des eucalyptus et d’autres arbres dont la culture est envisagée au Brésil, il s’agit de plantes stériles dont la floraison ne produit pas de graines. L’avantage de ces plantes modifiées génétiquement est de pousser environ 30 % plus rapidement et économiquement c’est considérable surtout quand on sait que ces cultures sont destinées à être broyées, hydrolysées avec de l’acide sulfurique pour obtenir des sucres fermentescibles finalement utilisés pour produire par fermentation du bioéthanol.

Mais non, les écologistes ne sont pas d’accord, d’ailleurs on se demande bien ce sur quoi ils ne sont pas opposés.