Billet d’humeur économique : le pétrole « made » in USA

 

Comme d’habitude je fais une revue de presse chaque matin et ce samedi 19 décembre, on dirait que l’approche de la trêve des confiseurs a précipité les journalistes dans une sorte de torpeur qui les aveuglent totalement. Même le quotidien en ligne Les Echos n’a pas cru opportun de mentionner une nouvelle d’une extrême importance : le Congrès Américain a aboli vendredi soir l’embargo sur les exportations de pétrole et de produits raffinés qui était en vigueur depuis 1975 à la suite du premier choc pétrolier. Ce n’est pas tant parce que le Congrès est à majorité républicaine que cette décision a été prise.

Il y a eu certes des négociations, on pourrait plutôt dire des marchandages politiciens avec la Maison-Blanche qui peut toujours opposer son veto à cette décision, les Républicains s’engageant verbalement à ne pas détricoter les décisions des Démocrates et en particulier d’Obama sur les allègements fiscaux consentis dans la plus pure démagogie verdoyante aux sociétés impliquées dans les énergies renouvelables.

La levée des sanctions contre l’Iran a aussi eu une influence, comme se plaisent à le rappeler les analystes, mais ce n’est pas tout à fait ainsi qu’on peut analyser cette nouvelle d’une importance extrême tant sur le plan domestique américain que sur le plan international. La chute vertigineuse des cours du baril de pétrole, tant le WTI que le Brent, est en grande partie due à une récessions généralisée mondiale qu’on continue à nier dans les milieux politiques mais aussi pour une grande part due au fait que les USA n’importent plus une goutte de pétrole de l’étranger. La production de pétrole quotidienne américaine est passée entre 2008 et 2015 de 5 à 9,5 millions de barils. Les réserves de brut débordent et la chute des cours du pétrole a plongé le secteur pétrolier non conventionnel américain dans une crise sans précédent et très dangereuse pour l’économie américaine. Un danger non pas provoqué par les près de 40000 licenciements récents dans ce seul secteur mais surtout le montant des prêts accordés aux compagnies pétrolières, essentiellement des petites compagnies qui est de plus de 5000 milliards de dollars. Si cette bulle spéculative éclate, l’Amérique plongera dans une crise infiniment plus sérieuse que celle des sub-primes.

Si le Congrès a pris cette décision historique c’est pour tenter de sauver le secteur pétrolier et éviter cette méga-crise qui se profile.

Mais n’est-il pas déjà trop tard ?