Nouvelles du Japon : le Soka Gakkai

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Puisque je suis en villégiature chez mon fils à Tokyo en ce moment je me devais de relater quelques impressions fortuitement recueillies au cours de mes flâneries dans les ruelles paisibles des quartiers résidentiels qui s’étendent à perte de vue dans cette immense ville sans limites apparentes. J’ai été surpris qu’en dehors d’une période électorale certains habitants de ces quartiers fleuris, arborés et calmes épinglent sur le mur de leur maison l’affiche d’un politicien, un peu comme si j’habitais la Lozère et que sur le mur de ma maison, en plein village, j’avais collé le portrait de Macron pour bien signifier au passant que je suis un partisan de cet individu venu de nulle part sinon placé sur la scène politique par des marionnettistes placés bien au dessus de lui et qui tirent les ficelles avec son consentement intéressé, cela va de soi.

Je sens que je viens de m’égarer alors que je voulais parler du Japon.

Dans ces quartiers résidentiels de Tokyo il y a un nombre incroyable de chantiers de construction. On dirait que le pays est pris dans une frénésie de rénovation foncière, taux d’intérêt très bas aidant. La maison jouxtant celle de mon fils a été démolie la semaine précédant mon arrivée et ce matin une pelleteuse commençait à creuser des tranchées pour les fondations, et puis ce sera l’autre maison visiblement abandonnée se trouvant tout près et ainsi de suite.

Dans une rue proche de celle où habite mon fils il y a donc une maison avec une affiche toute fraiche d’un politicien, un élu local, pas un membre de la Diète ou de la Chambre Haute. J’ai demandé à mon fils de quoi il s’agissait. Il m’a répondu que la personne habitant cette maison est membre du Komeito puisqu’il a reconnu le visage de la femme figurant sur l’affiche. Elle se trouvait sur les panneaux électoraux il y a quelques mois lors des élections locales.

Le Komeito est un petit parti en apparence puisqu’il a 25 élus à la Diète (le Parlement) et 14 à la Chambre Haute (en France le Sénat), mais petit en apparence seulement car le système électoral japonais fait que pour gouverner le Premier Ministre, issu du parti le plus représenté (relativement) doit obligatoirement s’ « arranger » avec un certain nombre de petits partis pour constituer une majorité de coalition solide. Le Komeito joue donc un rôle pivot dans la vie politique japonaise quelle que soit d’ailleurs la couleur du gouvernement si tant est qu’on puisse parler de couleur au Japon car tout se joue dans la nuance et les compromis. Il se trouve que le Komeito est officieusement l’émanation du Soka Gakkai et tout le monde le sait sans le dire ouvertement.

Le Soka Gakkai est une secte bouddhiste créée au Japon avant la deuxième guerre mondiale répandue maintenant dans le monde entier et extrêmement active au Japon. Cette organisation est immensément riche et par conséquent très influente politiquement dans le pays. Etre affilié à cette organisation ouvre toutes sortes de portes dans les secteurs financiers, commerciaux et naturellement politiques. La seule comparaison qui puisse être établie pour décrire le Soka Gakkai est la franc-maçonnerie avec en plus une multitude d’oeuvres humanitaires et éducatives dont les budgets globaux se chiffrent en dizaines de milliards de dollars (ou trillions de yens).

Le Soka Gakkai contrôle des écoles et des universités, des crèches pour les enfants et est répandu dans le monde entier sous forme d’aides humanitaires mais il faut avouer que le prosélytisme est aussi facilité par ces activités parfaitement honnêtes et habilitées par les gouvernements des pays où il opère. Une sorte d’organisation encore plus tentaculaire que Greenpeace mais qui ne joue pas sur le chantage et l’intimidation comme le fait cette dernière ONG, bien au contraire puisque les préceptes fondamentaux du bouddhisme sont mis en avant et respectés.

Mais au final le Japon reste – du moins en apparence – une démocratie. J’ai dit en apparence car comme dans toutes les démocraties ce sont les lobbys financiers et industriels qui gouvernent et en réalité le mot démocratie y a perdu toute sa signification …

Chronique tokyoïte # 7

Je suis passé près d’un sanctuaire shintoïste cet après-midi, loin du brouhaha et des échopes qui entourent les temples bouddhistes où les touristes (il n’y en a pas beaucoup en ce moment à Tokyo puisque le temps est maussade et froid, et je ne me considère pas comme un touriste) se précipitent croyant faire de bonnes affaires dans des échopes plus ou moins bien achalandées, souvent de produits en provenance de PRC, traduisez République du Peuple de Chine. Près des temples shintoïstes c’est le calme et l’esthétique d’une végétation et d’un décor soignés qui pourrait être propice à la prière. En ces temps de trève pascale (pour la France, la fille aînée de l’Eglise, qui a maintenant un papa, non, un pape) vus depuis le Japon, c’est tout de même assez impressionant qu’un huluberlu ait tenté de reconstituer le visage du Christ en bidouillant avec un logiciel paraît-il sophistiqué l’empreinte laissée sur le suaire que l’on dit saint et gardé je ne sais plus où en Italie (source : lepoint.fr). Que mes lecteurs ne s’imaginent pas que je sois catho dans l’âme, je n’en suis pas, ni shintoïste et encore moins bouddhiste, en réalité je ne crois en rien du tout sinon que le soleil met environ 200 millions d’années pour faire un tour complet autour du centre de la galaxie et qu’il y aurait des milliards de planètes dans la dite galaxie dont certainement quelques unes habitées. Et on remet une couche d’obscurantisme à l’occasion de la trève pascale avec cette histoire à dormir debout du visage du christ comme pour se rassurer alors que la situation empire de toutes parts, en Afrique on se bat comme toujours, au Moyen-Orient c’est pire et plus à l’est il y a l’adolescent attardé à la tête de la « république populaire communiste héréditaire » de Corée du Nord, le presque dernier bastion des doctrines totalitaires initiées par un certain Oulianov il y a bien longtemps, thèses reprises en grande partie par nos dirigeants français actuels, cet adolescent attardé, donc, veut jouer à la guéguerre mais il inquiète même les Japonais, c’est dire, eux qui sont habitués aux tremblements de terre, aux tsunami et autres catastrophes naturelles variées du genre typhons, j’allais oublier, pour une fois on commence à s’inquiéter et les nationalistes crient dans les rues des slogans aggressifs, liberté d’expression oblige, pour bouter ces fous hors de Corée communiste, je les ai vu aujourd’hui devant la station de train de Shimbashi.

J’oubliais de signaler à mes lecteurs que le premier avril est au Japon le premier jour de l’année fiscale et aussi le premier jour de la nouvelle année scolaire. Et si comme par hasard le lundi de Pâques a coincidé avec le premier avril cette année, quand le dimanche de Pâques sera-t-il un premier avril, histoire de se faire de bonnes blagues ?