La France emprunte à sept ans à des taux négatifs, du jamais vu !

 

Normalement quand on emprunte de l’argent, c’est le prêteur qui gagne puisqu’on doit acquitter des intérêts. Eh bien non, les temps ont changé, c’est l’inverse qui se produit maintenant.

Difficile de croire qu’un Etat souverain (plus vraiment puisqu’il doit tendre la main aux banquiers pour survivre même si cela leur coûte de l’argent) puisse s’offrir des intérêts négatifs sur le long terme. On se demande où les banquiers peuvent trouver l’argent nécessaire pour souscrire aux émissions de dette de l’Agence France Trésor, probablement de l’argent dont l’encre est encore toute fraîche, brute d’impression, mais on peut se demander aussi si le monde ne devient pas complètement fou quand les banquiers finissent par accepter de perdre de l’argent et pour des échéances à 7 ans ils prennent de très gros risques. Il doit bien y avoir quelque part des arrangements « entre amis » sinon ce type de transaction certainement gagnant-gagnant quelque part ne pourrait pas tenir la route.

Conclusion sur les termes de cet extrait de la dépêche de l’agence AWP, les dés sont pipés et comme tous les pays européens vont devoir remettre au pot pour sauver le Portugal dont l’ensemble de l’économie risque bien de s’effondrer comme un château de cartes avec la faillite de la holding Espiritu Santo qui contrôle près de 40 % de l’économie du pays, ça promet …

Mais ça n’intéresse pas les médias main-stream français subventionnés alors que la vraie crise, la vraie de vrai, pourrait bien prendre naissance au Portugal comme je le mentionnais déja le cinq février dernier dans un billet de ce blog :

https://jacqueshenry.wordpress.com/2014/02/05/et-si-tout-partait-du-portugal-ou-de-la-france/

« Enfin, l’Agence France Trésor, chargée de placer la dette française sur les marchés, a levé 350 millions d’euros d’obligations indexées sur l’inflation française à échéance 7 ans (juillet 2021), au taux négatif de -0,38% contre 0,24% lors de la dernière opération de même type le 20 mars. »

(AWP / 21.07.2014 13h20)

 

Qu’en termes journalistiques ces choses-là sont dites …

Quand on lit la presse et les dépêches d’agence, comme je le fais souvent, on peut se prêter à toutes sortes d’analyses arithmétiques à la portée d’un élève de CM1. Par exemple, dans un essai clinique, quand sur une cohorte de 250 sujets, il y a eu trois fois plus de pathologies évitées avec un médicament en comparaison du placébo et qu’on va lire dans le détail l’article, on a parfois des surprises. Trois fois plus, ça fait 300 %, certes, mais sur les 250 sujets étudiés, s’il y a eu trois cas de pathologies développées avec le placébo et seulement un cas détecté en présence du médicament testé, une arithmétique simple n’aboutit plus à 300 % mais à 0,01008 % de diminution de la pathologie (249/247 = 1,008/100) ce qui est tout aussi significatif que zéro. En économie, c’est la même chose, on a dit tout au long de l’année 2012 que la croissance de la France flirtait avec zéro (plus ou moins zéro et au dernier trimestre – 0,2 % après une correction tardive de la Banque de France) de même que le réchauffement des océans se mesure en centièmes de degrés (et que c’est vraiment significatif) ou encore que le taux de césium au sommet du Puy de Dôme était de 15 becquerels pour un millier de mètres cubes d’air, autant dire zéro, c’est plus honnête.

Pour illustrer la malhonnêteté ambiante de la manipulation des chiffres, statistiques et autres données numérisées, la dépêche d’agence ci-dessous peut encore illustrer mon propos puisqu’on parle de plus en plus d’une augmentation des taux lors des prochaines émissions obligataires de l’Agence France Trésor.

BONDS/La France a emprunté au total 7,992 mrd EUR à court terme lundi

Paris (awp/afp) – La France a emprunté au total 7,992 mrd EUR sur le marché lundi lors d’une opération de court terme qui s’était soldée par des taux en hausse et une forte demande, a annoncé mercredi l’Agence France Trésor (AFT). L’AFT, chargée de placer la dette française sur les marchés, a enregistré 7 mio d’offres non compétitives (ONC) à échéance un an. Lors d’une émission obligataire, les investisseurs choisissent de prêter un montant à un certain taux. Ils peuvent proposer une somme supplémentaire qu’ils prêteront après l’adjudication au taux de celle-ci, dans le cadre d’une offre dite non compétitive (ONC). La France prévoyait initialement de lever entre 6,8 et 8 mrd EUR à l’occasion de cette opération qui a suscité une très forte demande des investisseurs. Les taux consentis par la France sur les trois lignes proposées se sont inscrits en hausse et ne sont plus négatifs sur l’échéance à 3 mois comme c’était le cas lors des deux dernières émissions. Les taux négatifs signifient que les investisseurs, qui cherchent à tout prix des placements sûrs, perdent de l’argent en prêtant à la France. En tout, l’AFT a emprunté 4,195 mrd EUR à 3 mois (13 semaines) au taux de 0,005% (contre -0,004% le 6 mai), 1,995 mrd EUR à 6 mois (24 semaines) au taux de 0,014% (contre 0,001%) et 1,802 mrd EUR à un an (50 semaines) au taux de 0,033% (contre 0,018%).

(AWP / 15.05.2013 12h09)

Cette fois-ci on nage dans le surréalisme puisque les taux d’intérêt étaient négatifs et redeviennent positifs pour les taux à trois mois mais on peut s’amuser à faire un calcul par exemple pour les taux à six mois, l’augmentation est alors effrayante : + 1400 % et à un an 180 % en seulement 9 jours !!! Pour les taux d’intérêt à trois mois, j’avoue n’avoir pas trouvé la méthode de calcul, si un de mes lecteurs en propose une, je suis preneur … Je suis convaincu que les journalistes sont capables de faire ce genre de calcul (qui ne veut rien dire) en concluant que la France est décidément dans une mauvaise, très mauvaise passe. On pourrait titrer : Si ça continue, dans moins de six mois la France est en faillite ! Comme je ne suis pas économiste, je me garderai bien de faire ce genre de déclaration mais au fond de moi-même je suis un peu inquiet pour l’avenir du pays.