Grandeur et décadence de l’intelligence artificielle : le cas du Boeing 737 MAX

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Il aura fallu la mort de 346 personnes pour que les autorités en charge de la sécurité aérienne se penchent sur les logiciels équipant la nouvelle version de l’avion emblématique B 737 dont les premières versions firent leur apparition en 1967. Le « MAX » est équipé de moteur dont le diamètre à l’avant était de 100 cm en 1967 et est maintenant de 176 cm. Pour « loger » ce moteur sous les ailes les ingénieurs de Boeing ont fait preuve d’artifices variés qui ont eu pour but de déstabiliser l’aéronef. En effet et succinctement lorsque le pilote « met les gaz » les moteurs, tels qu’ils sont situés, ont tendance a faire cabrer l’avion. Il s’agit d’un simple problème d’aérodynamique apparu lors de l’installation de ces nouveaux moteurs moins gourmands en carburant et plus efficaces au niveau de la poussée exercée sur l’avion.

Or ce problème de cabrage a été corrigé à l’aide de diverses sondes d’assiette rajoutées pour alimenter le logiciel de pilotage de la puissance des réacteurs. Normalement ces modifications auraient du faire l’objet d’une nouvelle demande de certification auprès des autorités compétentes. Ce qui n’a pas été fait pour deux raisons : la procédure est longue et cette procédure est très coûteuse, de l’ordre de 20 millions de dollars. Comme Boeing a fait pression sur ces autorités en charge de la sécurité aérienne, considérant qu’un avion certifié en 1967 ( ! ) ne nécessitait pas de nouvelle procédure et bien qu’une multitude d’autres modifications aient été apportées au modèle initial du B737 les quelques 200 B737 MAX restent toujours cloués au sol.

Il faut ajouter à cette défaillance flagrante de Boeing le fait que les pilotes n’ont été que très partiellement informés sur la nature même du nouveau logiciel de commande de la puissance des moteurs et de l’assiette de l’avion. Boeing a fait confiance – les yeux fermés – à ce logiciel d’ « intelligence artificielle » supposé prendre le relais des décisions du pilote. On en est arrivé avec cet aveuglement à considérer qu’il n’y a tout simplement plus de pilote dans l’avion puisqu’il est devenu incapable d’intervenir sur les décisions » prises par l’ordinateur de bord.

Pourquoi Boeing a-t-il doublé d’ingéniosité pour pouvoir installer ces moteurs sur-dimensionnés par rapport aux ailes de l’avion qui n’ont pas fondamentalement changé depuis 1967 ? Pour une autre raison qui relève de la politique de marketing de cette société. Il a fallu en effet modifier la géométrie du bras de support et d’attache des moteurs pour que la distance les séparant du sol reste suffisante mais aussi et surtout pour que ces moteurs restent aisément accessibles lors des opérations de maintenance. Ces opérations sont en effet coûteuses et le simple fait que les nouveaux moteurs du B737 MAX se trouvent pratiquement à hauteur d’homme ce qui réduit les coûts de maintenance. Les 737 MAX resteront donc encore cloués au sol pour longtemps … espérant avoir fait l’économie d’une nouvelle certification Boeing se voit au contraire confronté à ses responsabilités. Cette histoire dégage des relents de corruption d’autant plus que Boeing est l’un des principaux acteurs du complexe militaro-industriel américain. S’en remettre à un logiciel aussi sophistiqué soit-il et qualifié d’intelligent pour faire voler en toute sécurité un avion est criminel et le cas du B 737 MAX en est une illustration.

Source : blog de Mish Shedlock